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Test blu-ray

Ran

BLU-RAY - Région B
Studiocanal
Parution : 12 / 4 / 2016

Image

StudioCanal avait édité Ran en Blu-ray pour la première fois en 2009 et le résultat, il faut bien le dire, n'était pas glorieux. Depuis, en plus des évolutions techniques du format, a eu lieu un événement exceptionnel, à savoir la restauration minutieuse en 4K du dernier chef-d'œuvre d'Akira Kurosawa entreprise par le Laboratoire Eclair. Et cette fois, bingo, on a vraiment l'impression que Ran renaît sous nos yeux éblouis (et toujours plus exigeants). Inutile de tergiverser, le rendu technique est à la hauteur de nos espérances et l'on peut affirmer sans trop se tromper que l'image de ce long métrage n'a jamais été aussi somptueuse (malgré un petit bémol que l'on soulèvera). En premier lieu, la stabilité et surtout la propreté s'avèrent parfaites. Au niveau de la colorimétrie, un aspect essentiel de l'esthétique du film, c'est un bonheur de tous les instants : les responsables de cette édition ont tenu à respecter les tons originaux et l'on assiste à un formidable spectacle, élégant et tout en nuances, de couleurs douces et précisément restituées dans leur gamme et leur saturation. L'ensemble baigne généralement dans un éclairage tamisé - souvent même diffus et en faisant cas des manifestations climatiques - que rend compte avec délicatesse ce master alors que la tâche était pour le moins délicate en la matière. L'image affiche aussi une très belle luminosité, qui pourra peut-être surprendre. On notera cependant une légère dominante jaune/verte, dont on ignore si elle correspond à un choix d'origine. Les contrastes sont très bien gérés,  avec peut-être des noirs un peu clairs mais qui présentent du détail dans les ombres. Enfin, la définition est des plus satisfaisantes lorsqu'on analyse le rendu des textures, de la peau et des étoffes. Le bémol dont on parlait se situe au niveau du grain cinéma qui a dû être un peu lissé, mais aucune expérience dégradant l'image n'a été tentée et l'on conserve heureusement un aspect argentique toujours bienvenu. En résumé, un achat à conseiller sans aucune hésitation.

Son

Le menu général est disponible dans trois langues (français, anglais et allemand) et l'on retrouve logiquement ces trois mêmes langues, plus le japonais bien sûr, au niveau des bande-son. La version japonaise bénéficie de deux mixages : le DTS-HD MA 5.1 et le DTS-HD MA 2.0. Les deux pistes ont les mêmes qualités au niveau de la clarté et de la propreté. Les nuances dans les voix et la communion avec les ambiances sont parfaitement rendues. La piste multicanale 5.1 a un champ plus ouvert lors des scènes mouvementées mais la différence n''est pas très notable. Le travail sonore est donc fidèle à l'impression donnée d'assister à un spectacle intime au milieu d'une nature impressionnante. Les autres bande-son en 2.0 partagent les mêmes caractéristiques, avec des ambiances bien présentes (notamment pour la version française) et des voix très claires mais l'immersion est évidemment moins évidente, surtout pour la version allemande au fort volume avec des dialogues trop mis en avant et comme plaqués sur la piste directement du studio d'enregistrement.

Suppléments

Blu-ray 1

Sur le disque contenant le film, StudioCanal présente un module sur la restauration image du film (Ran - La restauration) réalisée au sein du Laboratoire Eclair. Sont interviewés ici Charlotte Quemy (responsable atelier de la restauration numérique), Ronald Boullet (directeur des expertises), Christian Dutac (étalonneur) ainsi que le chef opérateur Shôji Ueda, l'un des trois directeurs de la photographie de Ran, convié pour donner son aval à cette belle entreprise. Ueda ressortira justement du laboratoire en s'écriant qu'il a retrouvé « sa copie 35mm de l'époque. » Ce document insiste sur les réflexions et les interrogations des responsables techniques, la caractéristique du négatif original, le travail de nettoyage, la numérisation 4K image par image, les étapes de restauration et d'étalonnage avec un respect des couleurs originelles chevillé au corps. D'une durée de 9 minutes, ce module très intéressant fait le tour de la question avec beaucoup d'à-propos.


Blu-ray 2

AK (111 min - 1.66 - DTS-HD MA 2.0 - HD)
En tête des suppléments, StudioCanal propose le fameux documentaire réalisé par Chris Marker et produit par Serge Silberman en 1984 sur le tournage de Ran. D'une durée conséquente, il ne se présente pas du tout comme un "making of" traditionnel mais plutôt comme une aventure en immersion dans le processus de fabrication du film par un grand maître du cinéma mondial. AK, chapitré selon plusieurs thématiques (qui ne seront d'ailleurs pas vraiment creusées plus que cela), prend son temps et donne à observer un Akira Kurosawa posé, concentré et méticuleux à la tête d'une énorme équipe de tournage qui lui est entièrement dévouée. On prête attention à la direction d'acteurs très précise, aux séances d'habillage et de maquillage, à l'emplacement des caméras, aux conditions de tournage difficiles dues à la géographie et au climat, au remodelage d'un paysage (pour une scène de rêve qui sera coupée...),  à la scénographie d'une grande scène d'action, à l'importance des chevaux et de la pluie dans l'œuvre du cinéaste, à la présence de collaborateurs fidèles. Marker utilise aussi des enregistrements sonores de Kurosawa qui s'exprime sur sa vision du monde et de l'art, de même que des extraits d'autres de ses films. Un rappel historique est également effectué concernant le tremblement de terre de 1923 et la vision cauchemardesque de cadavres qui ont profondément marqué Kurosawa. Si l'on accepte de se laisser porter par le rythme lent et contemplatif imposé par Chris Marker et par son commentaire doux, admiratif et parfois énigmatique, c'est un vrai voyage dans l'esprit créatif du maître et à travers et une aventure humaine exceptionnelle qui s'offrent à nous.


Akira Kurosawa : l'épopée et l'intime (42 min - 1.78 - Dolby Digital 2.0 - SD - 2009)
Ce documentaire produit par Fenêtre sur Prod. convie plusieurs personnes à s'exprimer sur l'histoire de la conception de Ran, son tournage et ses ambitions : Ulli Pickardt (directeur de production de Serge Silberman), Bernard Cohn (1er assistant réalisateur, critique à Positif et collaborateur de Silberman), Bertrand Raison (journaliste et auteur du Livre de Ran aux éditions Cahiers du Cinéma), Vittorio Dalle Ore (stagiaire assistant sur Ran), Teruyo Nogami (scripte attitrée de Kurosawa), Ziad Kreidy (musicien, musicologue et auteur d'un livre sur Tôru Takemitsu) et Kazuko Kurosawa (fille d'Akira et chef costumière). On y évoque l'implication française dans le projet grâce au producteur Serge Silberman et la collaboration parfois difficile avec les Japonais, les repérages, les discussions sur la logistique, l'entourage fidèle et dévoué de Kurosawa, la concentration du cinéaste sur sa direction d'acteurs et son scénario, la création artisanale des costumes, la méthode de tournage à trois caméras, l'utilisation du climat, l'art de simuler la guerre, la préparation des acteurs pour monter à cheval et apprendre les techniques de combat, le travail musical très particulier de Takemitsu, le rôle du bouffon de par sa gestuelle et son impertinence. La personnalité très exigeante d'un Kurosawa très précis sur ses attentes - et parfois colérique - se fait jour. Le cinéaste traite de la crise de l'unité du Japon, de la crise des relations père/fils, de la crise la transmission, et dénonçait la violence inévitable du monde au moment même où son épouse allait décéder. Mais on fait aussi connaissance d'un Kurosawa amène et attaché à ses familles et aux rituels collectifs (la fête chaque soir du tournage). Si ce film apparaît assez décousu dans sa structure narrative, il nous permet néanmoins d'en apprendre beaucoup sur Ran et sur son maître d'œuvre.

Akira Kurosawa par Catherine Cadou (14 min - 4/3 - Dolby Digital 2.0 - 2002 - SD)
Il s'agit d'une interview de la traductrice attitrée de Kurosawa depuis le début des années 80. Catherine Cadou raconte sa rencontre avec le cinéaste à Cannes à l'époque de Kagemusha, ses discussions personnelles avec lui et ses proches - desquelles pouvaient ressortir quelques différences de compréhension entre Japonais et Occidentaux. Par ses propos se détache le portrait d'un homme réservé et peu disert, surtout d'une grande simplicité (il trouvait son bonheur en famille et avec son équipe de tournage, regardait la télé, aimait le baseball et le sumo) mais également d'une grande culture (il était féru de littérature, du théâtre Nô, aimait fréquenter des cinéastes étrangers). On en apprend aussi un peu sur ses méthodes de tournage : l'usage systématique des dessins à partir de Kagemusha, sa très forte exigence source quelquefois de tensions. On découvre que les Japonais étaient jaloux de son succès à l'étranger malgré l'aura que Kurosawa conservait dans son pays. Un module court mais instructif, même si souvent redondant par rapport à d'autres suppléments.

L'art des samouraïs (41 min - 1.78 - Dolby Digital 2.0 - 2003 - SD)
Dans ce documentaire émaillé d'extraits fort à propos, Jean-Christophe Charbonnier, spécialiste de l'art guerrier du Japon, donne son point de vue sur Ran et le Japon féodal en fonction des son expertise. Il aborde avec précision les différents accessoires de la tenue du samouraï suivant leur signification (quand il y en a) et leurs usages : les sabres, le casque et l'armure (évolutifs à travers le temps en raison des armes nouvelles et de l'intensité des combats). Sont évoqués également le rituel du seppuku, l'arrivée de armes à feu (suite à l'échouage d'un bateau portugais sur les côtes nippones) et son impact historique, les stratégies guerrières, les fanions, les arcs, l'importance de la calligraphie et du Kanji dans les relations humaines. Charbonnier nous rappelle que la tradition japonaise ne sépare jamais l'utilité de la beauté - surtout dans le cadre de la vie féodale - et revient sur les armes et les armures en tant qu'œuvres d'art. Il nous entretient aussi de l'usage des couleurs au Japon, vives et chatoyantes mais toujours en harmonie avec l'art japonais marqué par un grand dépouillement. Même s'il insiste sur le fait que l'art guerrier représente pour les Japonais un art à part entière, Charbonnier tient à démystifier le mythe du samouraï en rappelant qu'il était un guerrier sanguinaire et profiteur malgré les notions d'honneur et de dévouement qui lui sont attachées. Voici un documentaire plutôt édifiant, un peu mou dans son rythme mais tout à fait à sa place dans cette édition.

Entretien avec Shôji Ueda, directeur de la photographie (10 min 25 - 1.78 - DTS-HD MA 2.0 - VOST - HD - 2015)
Le troisième chef opérateur du film est interviewé quant à son expérience sur Ran. Ueda parle de l'importance du storyboard conçu avec force précision par Akira Kurosawa et auquel toutes les équipes créatives devaient scrupuleusement se conformer, de tournage à plusieurs caméras qui facilite le jeu des acteurs, des préparatifs qui pour chaque scène pouvaient durer un temps incroyable pour une durée de tournage très courte, du rôle essentiel des couleurs dans le cinéma de Kurosawa et particulièrement dans Ran, de la science du détail dans le cadre, de l'importance de pouvoir gérer le temps au moment de la conception d'un film. A lire ce résumé, on penserait apprendre beaucoup de choses mais en fait cet entretien ne fait que survoler ces thématiques. Est-ce dû à Shôji Ueda, peu coutumier de cet exercice ? Aux responsables de l'entretien ? Il reste que ce supplément ne remplit pas suffisamment son office.

Entretien avec Mieko Harada (20 min 42 - 2.35 - DTS-HD MA 2.0 - VOST - HD)
L'actrice qui interprète Kaede fait part de son expérience sur le tournage de Ran. Elle évoque son casting, la conception du maquillage, l'apprentissage du costume, les répétitions suivies d'un long temps de réflexion, la direction d'acteurs extrêmement précise de Kurosawa qui l'impressionnait, la liberté de jeu accrue grâce au tournage à trois caméras, le travail sur sa voix pour trouver le ton voulu par le cinéaste, le recul qu'elle a pris aujourd'hui par rapport eu film. Elle livre de nombreuses anecdotes au sujet de Tatsuya Nakadai et surtout concernant plusieurs scènes-clé où elle apparaît. Ce n'est pas sans une certaine émotion que Mieko Harada s'exprime, et cette émotion confère beaucoup de charme à cette interview au-delà des nombreuses informations égrainées.

Entretien avec Michael Brooke (16 min 13 - 2.35 - DTS-HD MA 2.0 - VOST - HD)
Michael Brooke, écrivain et journaliste spécialiste du cinéma anglais et asiatique, revient brièvement sur la carrière d'Akira Kurosawa, parle de ses difficultés croissantes à tourner au Japon et de ses tentatives désastreuses à Hollywood (notamment pour Tora ! Tora ! Tora !), de son retour triomphant au succès grâce à Kagemusha (qui n'a cependant pu être produit que grâce au soutien américain de la Fox et des cinéastes George Lucas et Francis Coppola) avant de s'appesantir sur Ran. Brooke aborde ce film principalement à travers la comparaison avec Le Roi Lear de Shakespeare dont il est une adaptation éloignée - le film a été à la base conçu en s'inspirant de l'histoire romancée d'un seigneur japonais du XVIème siècle. Il explicite quelques points communs et certaines grosses différences entre les deux œuvres, avant de terminer sur les obsessions de Kurosawa concernant la menace nucléaire et le souvenir du terrible séisme de 1923 à Tokyo et du chaos qu'il avait généré. Brooke a un débit rapide et semble pressé par le temps, si bien que les informations sont livrées à la chaîne, mais l'exercice se révèle in fine assez instructif.

Présentation de Ran au Festival International du Film de Tokyo 2015 (15 min - 2.35 - DTS-HD MA 2.0 - VOST - HD - 2015)
Suite à la présentation de la version numérique restaurée 4K de Ran, les comédiens Tatsuya Nakadai et Mieko Harada, la créatrice de costumes Emi Wada, la scripte Teruyo Nogami et l'assistant réalisateur Vittorio Dalle Ore sont assis côte à côte sous l'écran de la salle de projection. Tous impressionnés par cette nouvelle vision de Ran, ils répondent aux questions des spectateurs, évoquent avec plaisir leurs souvenirs et leur travail sur un film au tournage difficile et partagent quelques anecdotes. Cet extrait mal monté de quinze minutes de la présentation du film restauré se révèle en fait peu intéressant et très anecdotique.

Les samouraïs (52 min 47 - 4/3 - Dolby Digital 2.0 - SD - 2000)
Ce documentaire français réalisé par Bernard Guerrini pour la télévision il y a près de 16 ans - et sans vraiment de rapport avec Ran - se propose de faire un tour complet de l'univers des samouraïs dont le mythe reste toujours aussi vivace aujourd'hui. A travers des reconstituions au Japon, des entretiens avec des spécialistes, des descendants de samouraïs, des artistes ou des spécialistes en arts martiaux, ce film aborde les aspects historiques et légendaires de ce personnage de guerrier noble, ses accessoires, ses techniques de combat, ses rituels, ses valeurs (concernant aussi bien la vie que la mort), son mode de vie, son héritage au cinéma, etc. Plutôt intéressant mais très didactique dans la forme, ce documentaire s'avère riche en informations et remplit bien son rôle. On regrettera simplement qu'il ne s'attache qu'à des aspects essentiellement positifs de la figure du samouraï, et évacue la réalité historique concernant les crimes violents dont ils étaient l'auteur et les contradictions entre leurs agissements et les valeurs nobles qu'ils sont supposés défendre.

Par Ronny Chester - le 25 avril 2016