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Test blu-ray

Rainer Werner Fassbinder vol.2

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 18 / 4 / 2018

Image

Depuis l'événement Fassbinder du Centre Pompidou, en 2005, Carlotta entretient un précieux partenariat avec la Rainer Werner Fassbinder Foundation qui a conduit à l'édition de coffrets et de séries TV proposées au fil de l'eau depuis 12 ans. L'éditeur profite de la rétrospective consacrée au réalisateur à la Cinémathèque Française, jusqu'au 16 mai, pour ressortir en salles 14 de ses films et en rééditer parallèlement 15, dans deux très beaux coffrets Blu-ray.

Ce second volume est d'une qualité équivalente au premier coffret. A l'exception du Secret de Veronika Voss, tous les films sont présentés dans leurs dernières restaurations en date, des scans 4K souvent magnifiques qui restituent avec subtilité - et dans des conditions quasi parfaites - les photographies d'origine. Les transferts possèdent désormais un vrai rendu "cinéma", extrêmement fidèle : la texture photochimique n'a pas été lissée ou atténuée artificiellement, elle laisse vivre un grain fin très bien restitué. On notera que ces nouveaux transferts proposent davantage d'information dans l'image par rapport aux anciens DVD. La différence est surtout visible pour les cadrages (enfin respectés) de certains films qui retrouvent leur format 1.66 d'origine, après avoir longtemps été "zoomés" en 16/9 :

comp. DVD/BR "Le Droit du plus fort" :    1    2    3
comp. DVD/BR " Roulette Chinoise" :   1   2   3
comp. DVD/BR " L'Année des 13 lunes" : 1   2   3
comp. DVD/BR "Le Mariage de Maria Braun" :   1   2   3

Grâce à l'efficacité des scans 4K, les colorimétries sont beaucoup plus naturelles et nuancées, loin des manipulations d'antan qui pouvaient transformer radicalement les étalonnages. Le superbe transfert du Droit du plus fort en est une très bonne illustration, avec ses tons désormais plus froids, très différents de ceux qui étaient proposés jusqu'alors. On peut aussi citer la colorimétrie très particulière de Roulette chinoise, à tendance monochromatique, avec ses dominantes terreuses et ses carnations souvent orangées, ou les fulgurances colorées de Lola, une femme allemande, hommage plus qu'appuyé à l'esthétique des films de Douglas Sirk, qui trouvent ici un parfait écrin et sont extrêmement bien restituées. Pour tous ces films, les rendus sont désormais beaucoup plus fins et précis, avec un niveau de détail extrêmement satisfaisant. Les images ont été bien nettoyées et les contrastes sont maîtrisés, avec une belle homogénéité et des noirs denses - mais détaillés. Effi Briest, par exemple, est présenté dans un très beau noir & blanc, bien plus nuancé qu'auparavant. Le comparatif ci-dessous montre une légère coloration du noir & blanc en 4K, une dérive similaire à ce que nous avions remarqué pour certains films du premier coffret mais qui, insistons là-dessus, ne se remarque absolument pas au visionnage.

comp. DVD/BR "Effi Briest" :   1   2   3

Si la majorité des films présentés dans ce coffret a été déjà éditée en Blu-ray en Allemagne, en Angleterre ou aux Etats-Unis, entre 2016 et 2017, L'Année des 13 lunes et Le Secret de Veronika Voss sont proposés pour la première fois au monde sur support HD. Nous dirons peu de choses sur la belle restauration de L'Année des 13 lunes, d'une qualité assez équivalente aux précédentes (mais avec un grain sans doute légèrement moins présent), les captures ci-dessus parlent d'elles-même.

En revanche, la restauration du Secret de Veronika Voss est, comme celle de Martha sur le vol.1, beaucoup plus ancienne que les autres. Nous sommes sans doute face à une "simple" restauration en filière HD : une copie assez propre mais avec une finesse beaucoup moins impressionnante et un niveau de détail nettement en retrait (les gros plans sont toutefois meilleurs). L'étalonnage possède une dynamique plus restreinte, avec un noir & blanc moins nuancé, des hautes lumières peu subtiles et des noirs assez denses. Un rendu loin d'être déshonorant mais qui souffre automatiquement de la comparaison avec les autres films qui sont, eux, présentés dans des conditions idéales. Et comme pour Martha (sur le vol.1), Carlotta a choisi de ne pas allouer trop d'espace disque à Veronika Voss dont les images moins fines sont aussi moins gourmandes en débit vidéo.

Signalons, justement, que l'encodage a été réalisé avec un très grand soin, comme c'est l'habitude pour les sorties de l'éditeur. Réunir pourtant deux films par disque risquait de fragiliser le débit vidéo, affaiblir le grain ou laisser apparaître des artefacts de compression. Il n'en est rien : sur le disque 1 (4h30 de film), le disque 2 (3h30 de film) ou le disque 4 (3h40 de film), on ne note absolument aucun problème. Du grand art. Dans les comparatifs ci-dessous effectués entre l'édition Carlotta et les disques Arrow, en Angleterre, on pourra même remarquer une meilleure gestion dans l'encodage du grain en faveur du disque français, et surtout une toute petite dérive colorimétrique (orangée sur le Arrow, magenta sur le Carlotta) qui, là encore, ne se remarquera pas pendant le visionnage.

comp. BR Arrow/BR Carlotta "Le Droit du plus fort" :   1   2   3
comp. BR Arrow/BR Carlotta "Roulette Chinoise" : 1   2   3
comp. BR Arrow/BR Carlotta "Le Mariage de Maria Braun" :   1  2  3

Excepté la qualité moindre de la restauration de Veronika Voss, le seul véritable bémol de ce très beau coffret est sans doute la présentation partielle de L'Allemagne en automne, Carlotta n'ayant choisi de proposer que le segment réalisé par Fassbinder au lieu du film intégral, coréalisé par "les jeunes cinéastes du nouveau cinéma allemand"...

Son

Tous les films sont présentés en version originale uniquement, avec un rendu sonore très convaincant et très propre, sans souffle ou traces d'usure. Le Droit du plus fort et Roulette chinoise ont été post-synchronisés et possèdent un spectre assez sobre, plutôt clair mais au mixage moins détaillé. Le Secret de Veronika Voss s'en sort honorablement mais souffre un tout petit peu de l'ancienneté de la restauration, bien que ce soit le film le plus récent. Pour tous les autres titres, le rendu est un cran au-dessus, beaucoup plus clair et précis, avec des ambiances subtiles (comme sur Effi Briest) et des voix en son direct qui possèdent une très belle clarté. On notera que l'aspect sonore de L'Allemagne en automne lorgne vers le documentaire, avec une présence assumée du moteur de la caméra.

Suppléments

On trouve tout d'abord les bandes-annonces qui accompagnent chaque film, toutes en SD upscalées en 1080p : Le Droit du plus fort (3 min 21), Roulette chinoise (3 min 01), L'Année des treize lunes (3 min 39), Le Mariage de Maria Braun (3 min 03), L'Allemagne en automne (3 min 30), Lola, une femme allemande (3 min 16) et Le Secret de Veronika Voss (3 min 19). Il manque celle d'Effi Briest.

Les suppléments du coffret (issus des éditions de 2005) sont proposés sur un DVD :


La trilogie allemande (42 min)
Trois spécialistes décortiquent Maria Braun, Veronika Voss et Lola, puis d'une façon plus générale le cinéma de Fassbinder. Nicole Brunez, historienne, théoricienne, programmatrice et professeur de cinéma, revient sur le "travail profond" mené par Fassbinder sur l'allégorie des forces politiques qui président l'Histoire allemande, montrant comment le réalisateur imbrique des éléments de ses scénarios pour établir le lien fondamental entre le nazisme, la démocratie et le capitalisme. Marielle Silhouette, autre maître de conférence et spécialiste du cinéma et du théâtre allemand, s'intéresse davantage au parcours artistique de Fassbinder, ses rapports avec les différentes générations de comédiens (sa "formidable capacité à intégrer les talents"), et décrit les multiples échos entre les trois films et l'histoire contemporaine de l'Allemagne. Le scénariste et cinéaste Cédric Anger aborde davantage l'aspect formel du cinéma de Fassbinder, l'inspiration Hollywoodienne des films de la trilogie, l'utilisation de la lumière ou des décors à la façon de Douglas Sirk ou Josef Von Sternberg, les personnages faibles à la Billy Wilder qui acceptent toutes les compromissions pour s'en sortir. Anger insiste notamment sur les rapports à la représentation, "l'anti-naturalisme absolu" du scénario, de la mise en scène, du jeu, de la photographie, de la musique, etc. Un supplément extrêmement riche et passionnant qui dévoile une partie des richesses du cinéma de Fassbinder.

Hanna, une femme allemande (19 min)
Un entretien avec Hanna Schygulla, l'une des actrices fétiches de Fassbinder que l'on a pu voir récemment dans La Prière de Cédric Kahn. Dans un très bon français, elle parle de Maria Braun, une héroïne qui avance vers son idéal avec un "côté absolu" qu'elle trouve destructif. Elle parle des moments de transe, d'état second, presque hypnotiques, qui reviennent à plusieurs reprises dans le film, les différentes facettes de Maria Braun ou la façon dont le personnage a été perçu par le public, qui pouvait l'aimer ou la détester. Elle aborde également ses rapports avec Fassbinder et ses méthodes de travail.

La maison Fassbinder (21 min)
Dans un style très littéraire, presque universitaire, bien mis en image mais au contenu sans doute trop dense, le journaliste, auteur et critique Patrick Straumann fait une analyse pertinente et très précise du Mariage de Maria Braun. Il montre les figures de répétition et de symétrie, les décalages, l'importance de l'espace et des objets qui peuvent caractériser les personnages, "le caractère prismatique" de l'histoire, le lien "consubstantiel" entre le passé et le présent ("un film sur une époque plutôt qu'un film d'époque"). A travers la schizophrénie d'un personnage lié au devenir de la nation, Le Mariage de Maria Braun est "la matrice de la maison Allemagne".


Lola, les feux d'artifices (15 min)
Excellente idée d'avoir confié l'analyse de Lola, une femme allemande à la cinéaste et surtout chef opératrice Caroline Champetier, qui décortique pour nous ce mélange de brutalité et de "trivialité des corps" mises paradoxalement en rapport avec une sophistication visuelle, nostalgique du Technicolor. Champetier nous explique comment Fassbinder utilise la lumière pour rendre les choses plus confuses et complexes, non pas pour éclairer "mais pour salir", et comment le cadrage systématique en contre-plongée donne une animalité aux personnages, renforce leur côté bestial avec un "sentiment d'aquarium" voire "de cage, de zoo". Elle conclut sur le caractère visionnaire de cette peinture de recomposition de l'Allemagne, une décennie avant la réunification.

La montée du mensonge (23 min)
Après les sous-textes politiques expliqués dans le premier module, Jean Douchet analyse essentiellement l'aspect formel et la mise en scène du Secret de Veronika Voss"un film sur le cinéma" comme instrument de l'aliénation et du mensonge, mais aussi en référence aux oeuvres et cinéastes allemands du passé. Fassbinder utilise ainsi les effets narratifs des films des années 50 pour "dynamiser un récit tenté par le mortifère" et en détourne des codes : la lumière qui aveugle et enferme, qui "fait le récit" et efface la vérité du monde. Un module bien mis en image et toujours pertinent.


Fassbinder Frauen (25 min)
Un essai vidéo de Nicolas Ripoche créé à partir d'extraits et d'images des films de Fassbinder : jeu de thématiques, de son (musiques des années 50), de couleurs, de plans, etc.

Fassbinder Politik (27 min)
Heike Hurst, journaliste et critique allemande, disparue en 2012, revient sur deux oeuvres politiques de Fassbinder dont le cinéma reste "emblématique pour l'Allemagne". Hurst analyse le discours de La Troisième génération (1979), un film cynique, méchant et jouissif qui reflète la méfiance du réalisateur vis-à-vis des institutions dirigeantes, et la manipulation des masses face au terrorisme ("l'Etat a toujours besoin d'un ennemi pour affronter ses crises intérieures"). Elle revient surtout sur L'Allemagne en automne, présenté dans ce coffret, qui restitue le climat d'angoisse de l'époque (tensions sécuritaires, terrorisme rouge), en resituant les événements qui ont amené à la production du film et en précisant que le réalisateur est le seul à rendre visible sa propre angoisse. Heike Hurst parle du cinéma de Fassbinder qui évite le didactisme et l'ennui, qui "travaille contre notre peur de la peur" par sa hauteur de réflexion et la grande liberté qu'il laisse au spectateur.

Le coffret comprend également un livret de 12 pages d'extraits du catalogue de la Rétrospective Fassbinder à la Cinémathèque Française, écrit par Léo Soesanto.

En savoir plus

Effi Briest (Blu-ray 1)

Taille du Disque : 49 239 784 956 bytes
Taille du Film : 25 621 258 368 bytes
Durée : 2:20:33.425
Total Bitrate: 24,30 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 21,94 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 21943 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1054 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 34,767 kbps

Le droit du plus fort (Blu-ray 1)

Taille du Disque : 49 239 784 956 bytes
Taille du Film : 22 626 944 640 bytes
Durée : 2:03:52.425
Total Bitrate: 24,35 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 22,00 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 22000 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1053 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 26,316 kbps

Roulette Chinoise (Blu-ray 2)

Taille du Disque : 48 713 784 888 bytes
Taille du Film : 26 589 656 640 bytes
Durée : 2:04:34.675
Total Bitrate: 28,46 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 25,93 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 25931 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1076 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 27,152 kbps

L'année des treize lunes (Blu-ray 2)

Taille du Disque : 48 713 784 888 bytes
Taille du Film : 20 976 498 624 bytes
Durée : 1:26:02.157
Total Bitrate: 32,51 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,82 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29827 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1050 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 13,310 kbps

Le mariage de Maria Braun (Blu-ray 3)

Taille du Disque : 47 476 926 403 bytes
Taille du Film : 36 338 937 024 bytes
Durée : 2:00:36.395
Total Bitrate: 40,17 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 37,20 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 37205 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1044 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 25,205 kbps

L'Allemagne en automne (extrait) (Blu-ray 3)

Taille du Disque : 47 476 926 403 bytes
Taille du Film : 10 030 599 552 bytes
Durée : 0:33:16.035
Total Bitrate: 40,20 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 37,21 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 37219 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1035 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 25,822 kbps

Lola, une femme allemande (Blu-ray 4)

Taille du Disque : 49 377 142 604 bytes
Taille du Film : 33 543 976 512 bytes
Durée : 1:54:49.048
Total Bitrate: 38,95 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 35,97 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 35979 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1112 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 33,208 kbps

Le secret de Veronika Voss (Blu-ray 4)

Taille du Disque : 49 377 142 604 bytes
Taille du Film : 14 991 990 336 bytes
Durée : 1:44:28.178
Total Bitrate: 19,13 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 16,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 16999 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1072 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 23,666 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 30 avril 2018