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Test blu-ray

Obsession

BLU-RAY - Région B
Wild Side
Parution : 4 / 7 / 2012

Image

Il est des films plus difficiles que d'autres à retranscrire fidèlement sur support vidéo, c'est notamment le cas quand il s'agit de la texture d'image adoptée par de nombreux cinéastes et chefs opérateurs dans les années 70. Parmi ces derniers on trouve le grand Vilmos Zsigmond qui signe avec Obsession l'une de ses photographies les plus veloutées. En accord avec Brian De Palma, Zsigmond a alors utilisé des filtres pour rendre l'image évanescente, diffuse, et donner ainsi une impression de rêve éveillée grâce à un "flou" constant. Si l'on ajoute à cela un grain cinéma prononcé, on a tout ce qu'il faut pour obtenir un désastre. Heureusement, la restauration couplée à la haute définition du Blu-ray permet d'éviter bien des écueils. En effet, le master proposé par Wild Side est particulièrement propre et stable. Et surtout le grain cinéma est heureusement respecté, ce qui n'est pas toujours sans problème pour la compression numérique mais ici l'obstacle est franchi sans trop de heurts malgré un peu de bruit vidéo. Les couleurs - dont on a privilégié les nuances fines à l'intensité, surtout pour l'épisode italien - s'avèrent magnifiques et les contrastes séduisants (les basses lumières sont plutôt bien gérées). On observe bien quelques variations de luminosité disgracieuses et des effets de "flou" prononcés (volontaires !), ce qui fera dire à certains qu'on est loin d'atteindre la perfection. Et d'autres - les plus jeunes d'entres nous en particulier - seront probablement heurtés par la granulosité et la définition spéciale de l'ensemble (mais l'absence de piqué tranchant est une option artistique qu'il faut respecter). Pourtant on peut assurer sans l'ombre d'une hésitation que l'on n'avait jamais vu Obsession dans de si belles conditions depuis bien longtemps !

Son

Wild Side nous propose trois bande-son HD : les pistes anglaises DTS HD Master audio 5.1 et stéréo, ainsi que la piste française DTS HD Master Audio mono 2.0. Les trois pistes ont en commun une clarté appréciable et une propreté évidente marquée par l'absence de défauts notables de types scratches ou souffle. La piste 5.1 offre un espace élargi qui profite essentiellement à la musique de Bernard Herrmann, qui se déploie magnifiquement sur la scène frontale. A l'écoute de la piste originale stéréo, on retrouve les mêmes propriétés que la piste multicanale et la différence en terme de spatialisation ne se fait pas vraiment ressentir. La raison tient au fait que les enceintes arrières ne sont tout simplement pas sollicitées par le mix 5.1. La piste française mono 2.0, de bonne qualité dans l'ensemble, propose tout de même une dynamique légèrement inférieure et surtout place les voix trop en avant du spectre sonore. Ce qui n'est guère gênant en milieu confiné le devient dans les scènes filmées en extérieurs, car les voix des doubleurs écrasent un peu trop les ambiances. La qualité du doublage en lui-même s'avère plutôt satisfaisant, si ce n'est qu'on perd la voix délectable de John Lithgow et que l'accent italien de Geneviève Bujold manque de naturel en français. En conclusion, pour bénéficier d'une excellent équilibre voix / musique / ambiances, ainsi que d'une meilleure profondeur dans les graves, il faudra privilégier les pistes originales.

Suppléments

Obsession revisitée (36 min)
Conçu et réalisé en 2000 par le célèbre Laurent Bouzereau, ce documentaire fait un tour d'ensemble de la production d'Obsession, de l'origine du projet jusqu'à la postproduction et la composition de la bande originale. Basé sur un schéma éprouvé, avec un montage mêlant interviews, extraits de films et photographies d'époque, Obsession revisitée nous abreuve d'informations pour l'ensemble pertinentes sur la genèse du film, la phase de tournage avec ses exigences techniques et artistiques, les thèmes traités par De Palma et l'impact du film sur la critique et le public. Sont interviewés : Brian De Palma, George Litto (producteur), Cliff Robertson, Geneviève Bujold, Vilmos Zsigmond (directeur de la photographie) et Paul Hirsch (monteur). On notera l'absence du scénariste Paul Schrader parmi les personnalités conviées, on se gardera de toutes extrapolations farfelues sur les raisons si ce n'est que ce dernier ne conserve pas vraiment de bons souvenirs de sa collaboration avec De Palma. Sont évoqués, entre autres, les difficultés du financement du film, les aléas du scénario, le choix du casting (avec une actrice qui a fait l'unanimité), la rencontre avec John Lithgow (un acteur fidèle du cinéaste), l'investissement de Zsigmond - chef opérateur mythique des années 70 - et son travail particulier sur Obsession, le travail spatio-temporel dû au montage, les ambitions de Brian De Palma vis-à-vis de l'œuvre d'Alfred Hitchcock et sa connaissance précieuse des lieux de tournage, ainsi que quelques analyses techniques de certaines séquences. La partie dédiée à Bernard Herrmann est particulièrement émouvante avec quelques belles anecdotes à la clé. Mené sur un rythme soutenu, ce documentaire estampillé Bouzereau est très pro dans sa narration, dans le choix de ses extraits et dans l'utilisation dramatique de petits montages ; surtout, s'il est sans surprise, il s'avère particulièrement bien instructif, ce qui est l'essentiel.


Entretien avec Samuel Blumenfeld (25 min)
Ce deuxième supplément fait intervenir Samuel Blumenfeld, journaliste et critique de cinéma, et également co-auteur avec Laurent Vachaud de l'indispensable Brian De Palma - Entretiens paru en septembre 2001. Sous-titré "Obsession hitchcockienne", ce documentaire - entrecoupé de quelques interventions du cinéaste recueillies en 2004, qui introduit ce supplément et parle particulièrement de Bernard Herrmann - fait la part belle aux relations qu'entretient De Palma avec l'œuvre de Sir Alfred et bien sûr avec Vertigo. Quelques informations apportées par Blumenfeld sur l'historique d'Obsession sont forcément un peu redondantes avec le documentaire de Laurent Bouzereau, mais l'essentiel n'est pas là. Le critique développe surtout des arguments très intéressants sur les thématiques et les films du cinéaste américain, qui permettent de contrecarrer facilement les accusation simplistes qui font de De Palma un vulgaire pasticheur du maître anglais. Courte mais passionnante, cette interview permet à Samuel Blumenfeld de jongler habilement entre d'un côté les commentaires propres à Obsession et à sa fabrication et de l'autre son argumentaire concernant l'oeuvre de Brian De Palma en général.

Woton's Wake (1962) et The Responsive Eye (1966)
Wild Side a eu l'excellente idée de proposer également comme suppléments deux courts métrages bien caractéristiques des débuts de Brian De Palma et de ses obsessions formelles et intellectuelles. Le premier se veut à la fois extravagant et très expérimental, alors que le deuxième adopte une approche documentaire tout en proposant un développement sur la notion de point de vue. DVDClassik avait déjà eu l'occasion de chroniquer ces deux petits films. Nous vous donnons ci-dessous les deux liens pour aller consulter les pages qui les concernent.

WOTON'S WAKE THE RESPONSIVE EYE

Bande-annonce (1 m 45)
Présenté en mono 2.0 et au format respecté (mais 4/3), ce film-annonce en version originale et sous-titré en français comporte de nombreuses impuretés. Mais d'un point de vue artistique, soutenu par une voix off, il remplit parfaitement sa mission d'attractivité en mettant bien en valeur le mystère, l'étrangeté et le romantisme propres au film de Brian De Palma.

En Blu-ray
Cette dernière section nous propose la bande-annonce promotionnelle de l'éditeur de sa future édition limitée de La Nuit du chasseur (1955) de Charles Laughton. Cette édition spéciale, qui prend la forme d'un grand livre de 200 pages écrit par Philippe Garnier, se compose d'un Blu-ray, de deux DVD et d'un CD audio. Au vu de cette superbe présentation et de la qualité de la restauration que l'on entrevoit, c'est avec une certaine fébrilité qu'on attend la sortie de ce produit événementiel.

Par Ronny Chester - le 10 juillet 2012