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Test blu-ray

La Nuit du chasseur

BLU-RAY - Région B
Wild Side
Parution : 4 / 9 / 2013

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Onze mois après son édition limitée de prestige, rapidement épuisée, Wild Side en propose une version légèrement allégée mais néanmoins conséquente, qui réunit Blu-Ray et DVD dans un coffret de taille plus classique.

 

Wild Side a utilisé un matériel identique à celui employé par Criterion, c’est-à dire-la copie restaurée par UCLA, pour présenter le film, et je renvoie à cet égard à mon précédent commentaire. L’éditeur a néanmoins déclaré au préalable apporter deux modifications notables par rapport au traitement du master par Criterion. On peut ainsi lire au sujet de ce master (entretien accordé à DVDClassik et disponible sur le site) : « Nous l’avons dégrainé un petit peu car je considère que le grain cinéma est trop fort sur un téléviseur. » L’étalonnage était également critiqué : « C’est un point sur lequel nous travaillons depuis quelques mois, je pense que nous arrivons aujourd’hui à quelque chose qui devrait nous donner satisfaction. »


Il ne s’agissait pas de vaines paroles, et ces réserves sont aisément visibles sur ce Blu-ray. Le fourmillement important et omniprésent du grain sur la copie Criterion a pour ainsi dire disparu. Quant à l’étalonnage, la luminosité a été sensiblement accrue par Wild Side. Les puristes diront peut-être que ce sont là deux points sensibles sur lesquels on pouvait se permettre de toucher durant l’ère du DVD, support limité qui nécessitait d’améliorer artificiellement la qualité de la présentation du film, mais plus à celle du Blu-ray. Ce n’est pas la voie que je choisirai d’emprunter. Le film conserve sa définition, et le travail du chef opérateur sur l’ombre et la lumière n’est pas altéré. Peut-être que ce film est véritablement magique et supporte tous les types de traitement, étant rappelé que la présentation du film au format 1.33 au lieu du 1.66 durant des décennies n’incommodait guère de monde. Cette dernière question n’apparaît à cet égard pas encore définitivement tranchée puisque nous voilà en présence de deux présentations au format 1.66 ne proposant pas tout à fait les mêmes informations dans le cadre. La copie Wild Side propose en effet sensiblement moins d’informations sur le bord supérieur du cadre : l'éditeur a certainement récupéré le master au format 1.33 (dématté, sans caches) et a refait derrière son propre cadrage au format 1.66. Wild Side ayant déclaré utiliser un matériel restauré identique à celui fourni par Criterion, une communication sur ce point précis me semble utile.

Son

Wild Side annonce une piste DTS Master Audio mono tant pour la version anglaise que française (Criterion ne propose naturellement que la version originale). Rien qui mettra en valeur un ensemble Home Cinema, et ce n'est de toute évidence pas le but recherché. L'absence de souffle et la belle dynamique suffisent à valoriser le chef-d'oeuvre de Schumann et la compréhension des dialogues originaux (si la version française ne démérite pas, elle ne fait guère que figure de curiosité).

Suppléments

En guise d’introduction, je rappellerai des faits déjà connus de tous. L’édition Criterion ne peut être lue que par les possesseurs d’une platine américaine A et ne propose aucune version française, et encore moins des sous-titres français. Seuls des sous-titres anglais (amovibles) sont disponibles. Wild Side propose évidemment des sous-titres français sur l’ensemble des compléments, sous-titres français dont on peut regretter (tel est du moins mon cas) qu’ils soient inamovibles sur le film.

 

Parmi les compléments proposés dans cette réédition (uniquement disponibles sur le BR) : un montage d’une partie des rushes conservés du film (Charles Laughton au travail), moins conséquent que le supplément équivalent figurant sur l'édition Criterion, mais d'une durée tout de même de deux heures trente ; un court entretien avec Robert Mitchum ; un nouvel extrait de l’émission télévisée Ed Sullivan Show ; et un documentaire comparant les dessins réalisés par l’auteur du livre original, Davis Grubb, avec le résultat final.

La présence au sein du coffret d’un livre plutôt que l’habituel feuillet regroupant quelques maigres informations traduit l’importance du projet pour l’éditeur : les nombreuses photographies, dessins préparatoires ou manuscrits n’ont jamais été reproduits avec autant de soin dans un ouvrage sur le film destiné au grand public. Et les écrits publiés sur le film sont particulièrement nombreux, le travail de Philippe Garnier creusant le sillon ouvert par les cinéphiles qui ont senti le besoin de déclarer au film leur flamme dans un écrit. Preston Neal Jones a écrit la référence sur La Nuit du chasseur avec Heaven and hHell to playwith, son seul livre à ce jour, le travail d’une vie. Jones a interrogé dans la mesure du possible tous les protagonistes ayant pris part de près ou de loin au film, et a intégré ces entretiens dans une vaste fresque pétrie de détails et décrivant chronologiquement la réalisation du projet. Jeffrey Couchman (The Night of the Hunter, a biography of a film) a publié un travail de thèse dont l’approche est évidemment plus académique. L’auteur insiste davantage sur les sources littéraires et plastiques de Laughton. Couchman profitait déjà largement du travail de titan réalisé par Preston Neal Jones. Simon Callow, outre une biographie de Laughton, rédigeait pour la collection du British Film Institute un livre plus concis (The Night of the Hunter), peut-être l’introduction synthétique idéale pour appréhender les différents aspects du film. En français, le livre de Charles Tatum La Nuit du chasseur est encore plus ramassé dans ses commentaires. Pour mon propre essai (La Nuit du chasseur, une esthétique cinématographique), je tentais de livrer quelques clés de l’esthétique construite par Laughton et son équipe pour livrer le film définitif s’intéressant au regard porté par un enfant sur le monde, thème qui habite depuis longtemps le cinéma américain (Louisiana Story de Robert FlahertyMoonfleet de Fritz Lang, ou le récent The Tree of Life de Malick, qui cite explicitement La Nuit du chasseur et ses éclairages).

Le livre de Philippe Garnier, le sixième donc consacré au film de Charles Laughton, évoque dans sa structure les livres de Preston Neal Jones et Simon Callow. C’est un travail de synthèse historique qui dévoile chronologiquement la genèse du film. L’auteur détaille tant les éléments biographiques des principaux protagonistes du film que les conditions de tournage, et émaille son récit de quelques appréciations personnelles sur les points le plus souvent discutés du film (la qualité du jeu de Mitchum, la direction d’acteurs de Laughton, l’importance des diverses influences esthétiques du film et notamment le rôle de ce fameux expressionnisme si souvent cité, les raisons de l’échec commercial et critique du film à sa sortie). La place manque certainement pour poser les termes du débat dans l’ampleur qu’il mérite sur l’ensemble de ces questions, le travail étant avant tout axé sur la présentation de faits historiques. L’ouvrage ne possède pas davantage la prétention de révéler des faits inédits, et les lecteurs du livre de Preston Neal Jones n’apprendront que peu de nouveautés sur le film. L’auteur n’en a pas moins tenu à apporter son éclairage personnel sur certaines zones d’ombre qui demeurent. Il a par exemple engagé un détective privé pour localiser le frère aîné de Billy Chapin afin d’en savoir davantage sur le silence complet tenu par l’interprète de John Harper sur son rôle ! Aucun entretien de Chapin ne figure en effet dans l’ouvrage de Preston Neal Jones, qui m’avait laconiquement parlé de problèmes de santé lorsque je l’interrogeais moi-même par courrier électronique sur ce point. Le lecteur découvrira ainsi avec les propos de Michael une intéressante tranche de vie des enfants acteurs hollywoodiens.

Par la qualité de sa présentation, ce livre remplit agréablement son rôle d’accompagnement du cinéphile découvrant le film et désireux d’un premier approfondissement des circonstances à l’origine de La Nuit du chasseur.

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Par Damien Ziegler et l'équipe de DVDClassik - le 5 septembre 2013