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Test blu-ray

La Dame de Shanghai

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 14 / 11 / 2018

Image

Pour son coffret Ultra collector de Noël, Carlotta nous propose La Dame de Shangai dans sa très belle restauration 4K, réalisée dans les laboratoires Sony sous la supervision de Grover Crisp. Notre test sera très rapide puisque on ne trouve rien de vraiment pertinent à reprocher à ce magnifique transfert, immaculé et d'une grande stabilité. La restauration a été effectuée à partir du négatif original et cela se voit immédiatement, tant l'image est d'une précision souvent assez incroyable, fine et détaillée. Quelques plans épars restent légèrement en retrait, peut-être issus d'une deuxième source pour compenser un état trop dégradé des photogrammes, mais il s'agit essentiellement de ceux ayant nécessité un trucage optique (fondu ou effets spéciaux, incrustations) donc rien d'anormal. Le rendu du noir & blanc est très satisfaisant, avec une belle palette de gris et une bonne gestion des hautes et basses lumières. Les contrastes sont cependant très soutenus, avec des noirs souvent bien denses, mais encore suffisamment détaillés. Le grain est particulièrement bien retranscrit : fin et homogène, bien dosé sans donner l'impression d'être trop envahissant, et sans provoquer de soucis d'encodage (encore du beau travail pour Mr Mackenzie). Le film était déjà disponible sur des Blu-rays américains, sortis en 2014 (chez TCM) et 2015 (chez Mill Creek). Un rapide comparatif avec ce dernier montre un petit avantage à l'édition française qui bénéficie d'un meilleur piqué et d'une légère différence de gamma : l'image un peu moins lumineuse renforce la densité des noirs.

comparatif Blu-ray Carlotta (2018) vs. Blu-ray Mill Creek (2015) :    1    2    3

Nous avons également comparé ce nouveau master avec la version qui était jusqu'alors disponible en France : un DVD sorti au tout début des années 2000. Hormis l'amélioration (logique) du niveau de détail, on remarquera que le ratio d'image est mieux respecté, avec un léger recadrage et des images plus complètes.

comparatif DVD Sony (2003) vs. BR Carlotta (2018) :  1  2  3  4  5  6  7  8

Son

La récente restauration du film aura aussi été bénéfique pour le son puisque l'ensemble est désormais très clair et sans traces d'usure, là où le précédent master présentait une dynamique très limitée, un spectre réduit et une saturation palpable. La musique et le travail sur le son retrouvent désormais toutes leurs nuances. on ne relève aucune sifflante ou souffle disgracieux. Le contraste avec la version française d'époque en est d'autant plus saisissant qu'elle n'a malheureusement pas été beaucoup restaurée. Le son est assez couvert et perd énormément en subtilités (pour tout dire, on la cherche encore), avec un souffle discret mais palpable et des voix caverneuses presque saturées.

Suppléments

C'est déjà le 11e coffret ultra collector proposé par Carlotta, au visuel signé par l'illustrateur britannique Jonathan Burton. Le film, présenté en Blu-ray et DVD, est accompagné de Miroirs d'un film, un livre de 160 pages illustré par de nombreuses (et magnifiques) photos de production, portraits et même décors seuls. Carlotta propose ici un recueil foisonnant de textes et d'entretiens autour de La Dame de Shanghai, avec une partie inédite comprenant une analyse très documentée de Frank Lafond, Docteur en études cinématographiques, qui revient sur l'adaptation du roman à succès, les différentes versions du scénario modifié en fonction du code de censure, "la production tumultueuse" ou le remontage effectué sans Orson Welles par un studio qui ne voyait dans le film qu'un véhicule pour sa star Rita Hayworth. On trouve également trois entretiens inédits (menés par Vincent-Paul Boncour, fondateur de Carlotta) : Dominique Antoine, productrice de The Other side of the wind, évoque la personnalité incontrôlable et imprévisible d'Orson Welles, "le réalisateur le plus modeste que j'aie jamais rencontré", "un homme libre" et passionné qui affronta le "monde très fermé" d'Hollywood. Le célèbre directeur de la photographie Darius Khondji parle du rapport d'Orson Welles aux images et le travail en "symbiose" avec son chef opérateur : visuellement, "Welles c'est la grammaire du cinéma". Le critique et cinéaste Nicolas Saada, qui nous avait tant passionné sur le coffret Hitchcock ou avec les films de Richard Fleischer, parle de La Dame de Shanghai, l'un de ses films de chevet, avec la même finesse dans l'analyse et la réflexion. C'est un "cinéma d'illusionniste" qui perd le spectateur dans "un jeu de signes permanent" où Welles se dévoile comme jamais : c'est une "métaphore de sa façon d'être dans le monde".

Carlotta propose ensuite plusieurs textes déjà parus, comme un extrait de la biographie William Castle, sortie chez Capricci. Le producteur-réalisateur revient sur la production d'un film dont il fut à l'origine et qui atterrit finalement dans les mains d'Orson Welles, "le petit génie". Avec un certain style, non dénué d'humour, il évoque dans son journal de bord le tournage sur le yacht d'Errol Flynn, qui fut marqué par un décès (dès le premier jour!), des ennuis de santé ("ce matin j'ai craché des tasses de sang") ou les caprices de Flynn (qui disparut pendant 4 jours et sans lequel le tournage ne pouvait continuer). On trouve également quelques critiques de l'époque de quotidiens new yorkais (dont la plume cinglante du New York Times qui qualifie le film de "regrettable erreur") et un article de la revue professionelle American Cinematographer qui donne pas mal de détails techniques sur le tournage, mais ne cache pas avoir été dérouté par le résultat final ("Welles peut parfois perdre son public mais il ne l'ennuie jamais"). Un bon article de la revue Etudes cinématographiques, paru en 1963, analyse La Dame de Shanghai, l'intelligence des plans, l'intensité en crescendo, la figure des miroirs, et met le film en perspective des oeuvres ultérieures du réalisateur (notamment Le Procès et La Soif du mal) : Orson Welles a "le don de visualiser l'imaginaire", il retranscrit parfaitement "la complexité et la pourriture" du monde en condamnant notre civilisation. Le livre se conclut sur deux analyses du magazine Positif, une première (parue en 1982) pour qui le cinéma de Welles exalte la dynamique des corps, leurs énergies et les rapports de force, "met en valeur les richesses du monde". La seconde est signée Yann Tobin (alias le critique et historien N.T. Binh) : en 1998, il évoquait l'ajout des gros plans par le studio ayant paradoxalement eu pour conséquence d'accentuer l'identification du spectateur et l'iconisation de sa star. Il développe enfin quelques points communs avec Une histoire immortelle, l'"extrême minutie de la mise en scène" qui participe à la "confusion des valeurs".

Le film est également accompagné de plusieurs suppléments :


Conversation avec Peter Bogdanovich (21 min - 1080i)
Un très bon complément, produit par Laurent Bouzereau en 2000, dans lequel le cinéaste Peter Bogdanovich revient abondamment sur la carrière d'Orson Welles, qu'il a bien connu, et la production de La Dame de Shanghai, "un chef d'oeuvre maudit". Le critique devenu cinéaste parle du casting, Rita Hayworth ou Glenn Anders ("une performance diabolique et étrange"), et revient sur la méthode de travail d'Orson Welles, très ouvert aux hasards. Il analyse le film et sa mise en scène, le tournage en extérieurs qui "fait énormément respirer le film", l'utilisation de l'arrière-plan "comme un commentaire du premier plan", le ton satirique du procès qui souligne sa "dramaturgie artificielle", ou la séquence finale qui fut sérieusement coupée ("il ne reste qu'un hors d'oeuvre de ce qu'était le repas").


Simon Callow à propos de La Dame de Shanghai (22 min - 1080p)
Repris du Blu-ray anglais sorti en 2017, un entretien avec l'acteur Simon Callow qui publia une conséquente biographie d'Orson Welles en 1995. Il resitue La Dame de Shanghai dans la carrière du réalisateur, alors un peu en berne après quelques échecs (dont une tentative de comédie musicale avec Cole Porter pour "Le Tour du monde en 80 jours"). Il évoque ensuite le film et son tournage "éprouvant", analyse la narration ou la scène des miroirs ("un fragment du pur génie de Welles") et note l'"anticipation visionnaire" sur le travail du son. Il souligne les rapports compliqués entre Hollywood et ce surdoué qui s'est trop reposé sur ses lauriers, déplore les retouches imposées par la Columbia (dont la musique "très mielleuse" d'Heinz Roemheld) mais pointe une autre faiblesse : celle du jeu de l'acteur-réalisateur...


Henry Jaglom en tête à tête avec Orson Welles (24 min - 1080p)
Un excellent entretien avec le réalisateur et scénariste Henry Jaglom qui raconte ses longues années d'amitié avec Orson Welles, de leur première rencontre pour le moins compliquée aux nombreux dîners pendant lesquels il enregistrait sur cassette les souvenirs du célèbre metteur en scène - cela deviendra un livre ("En tête à tête avec Orson Welles"), 25 ans plus tard. Jaglom parle de la collaboration avec son ami, de l'acteur "très critique envers lui-même" qu'il dirigea deux fois (avec quelques extraits en prime !). Il évoque ses films préférés d'Orson Welles et rapporte quelques confidences sur La Dame de Shanghai, notamment la scène finale des miroirs dont Welles était très fier, "une utilisation géniale du cinéma".

Bande-annonce (1 min 51 s - SD upscalé en 1080p - VOSTF)

En savoir plus

Taille du Disque : 39 340 061 847 bytes
Taille du Film : 25 621 755 264 bytes
Durée : 1:27:30.828
Total Bitrate: 39,04 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 34,88 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 34883 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1034 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1084 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 36,262 kbps
Subtitle: French / 0,065 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 21 décembre 2018