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Test blu-ray

L'Homme de Berlin

BLU-RAY - Région B
Tamasa
Parution : 5 / 3 / 2019

Image

Tamasa, ici associé à StudioCanal, est un éditeur qui s'est en grande partie spécialisé dans les productions britanniques et italiennes et grâce auquel on a pu faire de nombreuses découvertes. Son rôle dans l'édition de Blu-ray est assez mineur et ce n'est pas sans une certaine appréhension qu'on attendait cette sortie HD de L'Homme de Berlin. On peut être rassurés car StudioCanal a livré un master de bonne tenue. Ce master est annoncé comme 2K restauré et nos premières impressions sont positives. Un nettoyage de la copie, par ailleurs bien stable, a été effectué et s'il reste quelques rares points noirs et scratchs, le rendu est très agréable dans l'ensemble. Ce Blu-ray propose surtout une vraie image HD avec une jolie patine argentique ; le grain cinéma a été atténué mais reste bel et bien présent. L'image est généralement assez lumineuse, particulièrement dans les scènes diurnes mais elle propose une superbe échelle de gris. Le rendu des contrastes varie selon les séquences et les lieux de tournage ; si les noirs peuvent apparaître gris foncé dans certaines séquences de jour, d'autres en studio (au théâtre) ou de nuit (sur les toits) affichent des noirs superbes et profonds avec du détail dans les ombres. La définition globale est très satisfaisante et de nombreux gros plans et plans rapprochés présentent un très beau piqué (notable sur les matières et les étoffes). Certains plans en extérieurs ont un rendu naturellement différent et baissent quelque peu en définition, mais cela n'entache en aucun cas la cohérence de l'ensemble. Vous trouverez ci-dessous un comparatif avec le DVD StudioCanal paru en 2012, complètement obsolète dont le cadrage était assez problématique.

DVD StudioCanal (2012) vs. Blu-ray Tamasa (2019) : 2 3 4

Son

Ce Blu-ray ne propose qu'une seule piste sonore, la bande-son originale dans son mixage mono. Cette piste fait certes son âge - elle manque un peu de profondeur - mais son rendu est soigné puisqu'elle présente une bonne clarté et un équilibre correct entre les différentes sources (voix, ambiances, musique).

Suppléments

Pour ce disque appartenant à la collection des polars et thrillers anglais, Tamasa livre une édition soignée qui se présente sous la forme d'un beau digipack 3 volets contenant le Blu-ray, le DVD (présentant les mêmes suppléments) et un très intéressant livret. Seul regret : le choix incongru d'avoir fait usage du voice over pour les bonus plutôt que des sous-titres...

Livret de 16 pages : le regard de Charlotte Garson
Critique de cinéma, collaboratrice pendant douze ans aux Cahiers du Cinéma, auteur de plusieurs ouvrages, Charlotte Garson participe activement à la collection des thrillers britanniques de l'éditeur. Dans ce livret illustré, ses 12 pages de texte fournissent une analyse concise mais allant à l'essentiel de L'Homme de Berlin. Garson met en lumière les personnages et leur destinée, le paysage géographique et mental décrit par le film et certains choix de mise en scène effectués par Carol Reed. Ce texte est bien sûr à lire après le visionnage du film.

Carol Reed - Un doux regard (44 min - 1.37 et 1.85 - DD 2.0 - 2016)
Carol Reed est un cinéaste relativement peu connu au regard de sa contribution essentielle au cinéma britannique, en tout cas insuffisamment cité et commenté par les critiques et historiens de cinéma. Grâce à ce documentaire anglais produit par White Dolphin Films, cette injustice est maintenant réparée puisqu'il nous permet de découvrir à la fois l'homme et son processus créatif. Pour évoquer ce grand artiste, le réalisateur Andy Kelleher a convié une belle brochette d'intervenants : les cinéastes John Boorman, Stephen Frears et Guy Hamilton, les chefs opérateurs Oswald Morris et Christopher Challis, le scénariste et ami de longue date Andrew Birkin, la monteuse Ann Coates, les comédiens Bryan Forbes et Ron Moody, la scripte Angela Allen, les historiens du cinéma Tony Rayns, Charles Drazin et Peter Evans, ainsi que son ami d'enfance Ben Harrison. Ces témoignages tracent le portrait d'un homme exubérant, d'une haute stature et d'une grande chaleur humaine, même si parfois réservé et sarcastique, un père dévoué mais aussi un « drogué du travail » qui bénéficiait néanmoins du soutien inconditionnel de son épouse. Comme cinéaste, Reed est décrit comme un artiste très méticuleux, grand directeur d'acteurs (qui aimait en particulier travailler avec les enfants), très exigeant et précis dans les choix de montage, cherchant l’expérimentation et préférant de très loin tourner en extérieurs plutôt qu'en studio. On y évoque ses débuts comme réalisateur (il a fait la passerelle entre le théâtre et le cinéma) avec son premier film d'où émerge une profonde humanité chez les personnages qui caractérise son œuvre, et la façon dont il a su se nourrir des deux grands tendances du cinéma anglais (la fiction et le courant documentaire). En tournant le film de guerre The Way Ahead, Carol Reed devient le cinéaste majeur en Grande-Bretagne avant la 2nde Guerre mondiale.


Le documentaire s'appesantit principalement sur ses trois œuvres marquantes, dont il analyse avec pertinence les singularités et les nombreuses qualités : Odd Man Out, dont l'esthétique figure parfaitement le style formel de Reed, Fallen Idol avec son personnage d'enfant au centre de la narration, et bien sûr Le Troisième homme. La naissance et le tournage en extérieurs à Vienne de ce dernier, œuvre essentielle du cinéma britannique et justement célébrée ici, sont abordés de même que ses problématiques sociales et artistiques. On apprend ensuite les mésaventures qu'a connues Reed sur le tournage des Révoltés du Bounty, remplacé par Lewis Milestone après de fortes tensions avec un Marlon Brando caractériel. Un événement qui cristallise toutes les difficultés éprouvées par le cinéaste en abordant les années 60 à Hollywood, avant de connaître une expérience heureuse grâce à la comédie musicale Oliver dont le style visuel et le tournage sont commentés. Illustré par des extraits de plusieurs films de Carol Reed et de très nombreuses photos, Un doux regard est le documentaire idéal - instructif, sobre et émouvant à la fois comme savent le faire les Anglais - pour se faire une idée plus précise de la personnalité de ce réalisateur et de son apport au cinéma britannique et mondial.


Entretien avec Claire Bloom (10 min 34 - 16/9 - DD stéréo 2.0)
Aussi charmante et distinguée que dans ses films, Claire Bloom se prête délicatement à l'exercice de l'interview. Depuis très jeune passionnée par le jeu d'acteur. elle parle notamment de ses débuts, du casting pour Les Feux de la rampe, de sa signature avec Alexander Korda suite au succès de ce dernier. Le tournage de L'Homme de Berlin est au centre de l'entretien et Bloom livre de nombreuses anecdotes sur un tournage, qui ne fut pas aisé pour elle en raison de ses rapports difficiles avec le cinéaste. Mais elle ne lui en tient pas rigueur puisqu'elle considère Carol Reed comme le meilleur cinéaste anglais. Elle évoque aussi brièvement sa collaboration avec James Mason et Hildegarde Kneff, des comédiens pour lesquels elle éprouve une grande admiration. Que l'éditeur ne nous en veuille pas, mais on voudrait mentionner une grosse coquille dans le montage de cet entretien : la confusion surprenante entre Charles Chaplin et... Robert Downey Jr. qui l'interpréta dans le film de Richard Attenborough, et dont une image sert ici d'illustration.

James Mason - Entretien (40 min 24 - DD 2.0)
Il s'agit ici d'une interview audio effectuée en 1967 et fournie par le BFI National Archive. Elle a été enregistrée en public à l'occasion d'une rétrospective de la carrière du comédien. Mason répond à l'assistance et s'exprime avec beaucoup d'implication et d'humour sur son approche du métier, le jeu d'acteur en général, sa collaboration avec des réalisateurs et sa carrière en Angleterre comme aux États-Unis, livrant de nombreuses anecdotes sur son expérience et aussi sur ses goûts en matière de cinéma. Écouter un commentaire audio sur quatre images fixes n'est pas très enthousiasmant sur le papier, mais avec un peu d'effort on est rapidement récompensé tant la faconde de James Mason et l'intérêt de son propos l'emportent sur toute autre considération. Il est seulement dommage que la voix élégante et suave de ce merveilleux acteur soit recouverte par la voix d'une doubleuse en raison du procédé de la voice over.

Galerie (1 min 24 - DD 2.0)
Ce court montage musical présente 8 photos et 11 affiches du film.

Par Ronny Chester - le 4 mars 2019