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Test blu-ray

L'Étrange incident

BLU-RAY - Région B
ESC Editions
Parution : 22 / 1 / 2019

Image

ESC ajoute à sa collection "Hollywood Westerns" le chef d'oeuvre de William A. Wellman, en reprenant le master HD sorti en Blu-ray en Espagne, en 2014, et édité ensuite aux Etats-Unis et en Angleterre, en 2016. Il s'agit d'une restauration 4K dont on reconnaît certaines caractéristiques (copie très stable, sans pulsations, et totalement nettoyée) mais qui offre pourtant un rendu HD décevant : le piqué est vraiment très doux, le niveau de détail peine à convaincre pleinement. D'où vient le problème ? Cette restauration a été effectuée à partir d'une copie 35mm du négatif : cet élément, élaboré plusieurs décennies après la production du film, présente un gros défaut de fabrication, un problème de stabilisation de pellicule dans la machine de tirage (nous ne croyons pas au défaut de tournage) occasionnant un sérieux manque de netteté. Il semblerait que cette même source soit également à l'origine de la précédente restauration (en DVD), ce qui veut dire que les laboratoires de la Fox n'ont toujours pas réussi à mettre la main sur de meilleurs éléments - une restauration coûteuse en 4K ne se fait pas à la légère avec le premier matériel disponible. Cela signifie que le négatif original est perdu, introuvable ou trop endommagé, et que ce contretype 35mm est actuellement l'élément source dans le meilleur état. Il faudra s'en contenter. Le nouveau scan 4K proposé aujourd'hui, malgré ces défauts persistants de piqué et de détail, rehausse toutefois considérablement les conditions de visionnage par rapport au précédent DVD : l'image est plus complète, plus stable et mieux définie. Curieusement certains plans, épars et assez brefs, apparaissent avec une qualité et une texture différente, plus convaincante : une seconde source (en bien meilleure forme) a été utilisée pour remplacer ces passages sans doute endommagés. On remarque également que le "gonflage" en 35mm a occasionné une petite perte de nuance dans la gamme de gris et, surtout, les hautes lumières. Les contrastes restent heureusement équilibrés, avec des noirs détaillés mais parfois un peu clairs. Notez enfin que le grain est respecté, tel qu'il existe sur le master d'origine : l'encodage est identique au disque Arrow. 

comparatif Blu-ray Arrow (2016) vs. Blu-ray ESC (2019) :    1    2    3

comparatif DVD Fox (2003) vs. Blu-ray ESC (2019) :     1    2    3     4     5

Son

La bande son a été restaurée à partir du négatif optique 35mm. Le résultat reste honnête mais sans éclat, avec un spectre modeste, surtout pour la musique, et des sifflantes marquées. Les voix sont suffisamment claires, les ambiances présentes, et la piste a été entièrement nettoyée : il ne reste ni traces d'usure ni souffle. Le film n'est proposé qu'en version originale sous-titrée.

Suppléments

Entretien avec François Begaudeau et Frédéric Mercier (34 min - 1080i)
Les conversations entre critiques, recette éprouvée par Rimini dans sa collection Billy Wilder, sont reprises par ESC pour ce classique de William A. Wellman. On retrouve ainsi Frédéric Mercier, du magazine Transfuge, aux côtés d'un nouveau venu, le romancier François Begaudeau qui endosse ici sa deuxième casquette de critique (Transfuge également, Canal+, etc.). Comme pour les films de Wilder, cette conversation autour de L'étrange incident s'avère relativement enthousiasmante : deux érudits parlent du film et ses enjeux, confrontent leurs idées dans un fourmillement de théories et d'analyses passionnantes. On aborde ainsi le travail de Wellman, son art du découpage ("très formaliste sans en avoir l'air"), sa façon de filmer la violence, plus ressentie que montrée, et comment il accompagne le spectateur vers "un art adulte" à l'aide du personnage d'Henri Fonda. On évoque le scénario comme un "théâtre d'idées" à l'encontre de la pensée dominante américaine (qui prône l'individualisme) : le doute sur les institutions ("est-ce que le peuple est à la hauteur du pouvoir qu'il s'est donné?"), la difficulté de garder un bon équilibre moral, le rapport aux femmes qui symboliseraient l'accès à la civilisation "en stabilisant la violence constitutive du masculin". Il est aussi beaucoup question du western, "genre le plus artificiel, au départ", et du cinéma de Clint Eastwood (grand héritier de Wellman). Foisonnant.

On retrouve ensuite le journaliste Frédéric Albert Lévy dans une série de suppléments qui auraient très bien pu n'en faire qu'un seul. Dans Hollywood Rebels (25 min - 1080i), il revient la genèse de L'étrange incident et parle de son réalisateur, "l'insoumis" William A. Wellman. En se basant sur la biographie de Wellman Jr, Frédéric Albert-Lévy relate certaines anecdotes étonnantes, comme ce producteur un peu fantaisiste qui espérait compenser la tristesse de l'histoire avec du Technicolor et des chansons. Il évoque surtout la difficulté de monter le projet, au point que Wellman ira demander l'appui du producteur Darryl Zanuck, avec qui il ne s'entendait pas du tout, qui sentit pourtant immédiatement le potentiel d'un film prestigieux pour son studio au lieu de ne penser qu'au résultat du box-office.

Frédéric Albert-Lévy livre ensuite une analyse du film (28 min - 1080i), cette fois de manière un peu plus rythmée et prenante, avec des explications plus approfondies sur certaines scènes représentatives de L'étrange incident. Le critique évoque par exemple"la construction tragique et parfaite" en trois actes équilibrés, les personnages d'Henri Fonda et Dana Andrews, reflets l'un de l'autre - notamment lorsque Fonda, lisant la lettre, représente "la voix d'outre tombe de Dana Andrews" - et le  "coup de génie" dans la distribution des rôles. Il y a également l'aspect christique (et mystique) de Dana Andrews, la dimension politique des protagonistes ou la question du temps. On retrouve enfin Frédéric Albert-Lévy dans une présentation du film (8 min - 1080i) qui n'en est pas vraiment une, le journaliste revenant sur la brièveté de L'étrange incident et sa construction "en écho", les questions de démocratie en pleine Seconde Guerre Mondiale, ou la mauvaise carrière du film, sorti discrètement par un studio qui ne savait pas comment le vendre.

Posse Comitatus (7 min - 1080i)
Interview (par Linda Tahir) de Iac, fan du genre, romancier et peintre en art westerns, qui présente très brièvement l'auteur du roman original et regrette que le film ait été tourné en studio car cela accentue l'aspect huis clos, "ce qu'il n'est pas"... Il parle de la loi Lynch de 1837, qui autorisait le lynchage, et souligne que la question centrale du livre (qu'est-ce que la justice?) est toujours d'actualité. Un complément un peu superficiel, malheureusement.

En savoir plus

Taille du Disque : 39 795 133 435 bytes
Taille du Film : 19 531 701 696 bytes
Durée : 1:15:29.733
Total Bitrate: 34,50 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 30,97 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 30979 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1769 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 26,852 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 15 février 2019