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Test blu-ray

L'Etat sauvage

BLU-RAY - Région B
Gaumont
Parution : 28 / 10 / 2015

Image

L'Etat sauvage est présenté dans une copie extrêmement propre, aux cadres stables et aux contrastes solides, avec des noirs souvent profonds. La colorimétrie évolue dans des teintes bleus-vertes (typique de la pellicule d'époque?) sans que cela soit pénalisant au visionnage : elle apparaît cohérente et idéalement saturée. Ce master semble regrouper les caractéristiques habituelles des restaurations Gaumont, à ceci près que la définition pâtit d'une douceur insistante, avec une finesse du trait relativement modeste (impression à peine tempérée dans les gros plans) et que le grain, pourtant présent en abondance, à un niveau tout à fait acceptable, semble malgré tout un peu épais. Si l'ensemble est d'une qualité tout à fait correcte, nous avons de sérieux doutes qu'il s'agisse là d'une restauration 2K, comme c'est le cas de la quasi-totalité des Blu-ray édités par Gaumont.

Son

La bande-son est très propre, sans souffle, avec une dynamique modérée mais efficace. Le rendu est fidèle aux conditions d'origine, souvent tributaire de la qualité de la prise de son.

Suppléments

Le Blu-ray reprend les très nombreux suppléments (en SD) produits pour l'édition double DVD sortie en 2004.

On fait d'abord plus ample connaissance avec Georges Conchon, le scénariste du film, à travers un entretien avec l'écrivain Erik Orsenna (8 min) et une interview de Georges Conchon lui-même (3 min - 4/3), juste après qu'il a été couronné du Prix Goncourt en 1964. Erik Orsenna parle de l'époque du Nouveau Roman et de L'Etat sauvage, "un roman sans romanesque", à contre-courant pour l'époque. Il en fait une fine analyse et loue au film d'apporter encore autre chose au matériau de départ. Georges Conchon raconte, lui, les circonstances qui lui ont fait écrire le livre : son expérience dans un ministère en Afrique.

La parole est ensuite donnée à Francis Girod (10 min) qui put trouver un producteur, contrairement à Henri-Georges Clouzot, Robert Enrico ou Costa-Gavras qui avaient auparavant tenté de monter le film. Girod parle évidemment de L'Etat sauvage, "une fiction de gauche" qui évitait le manichéisme des différents racismes ambiants, dont l'histoire s'inspirait d'une personnalité politique du Congo ("un Christ noir"). Il évoque également des conditions de tournage extrêmement difficiles.

Dans Une affaire de plans, Francis Girod commente trois scènes de son film : le conseil des ministres (5 min), la fuite de Laurence (8 min) et le chemin de croix (7 min). Il y explique notamment sa volonté d'éviter les malentendus de sens, raconte le morceau de bravoure du directeur de la photographie Pierre Lhomme pour la fuite, filmée de nuit, ou parle de Claude Brasseur, l'un de ses acteurs fétiches.


Le reste est une série d'interviews qui auraient très bien pu constituer un seul et même (conséquent) making of mais qui est ici présenté en modules séparés. Jacques Dutronc (12 min), égal à lui-même, parle avec nonchalance du calvaire que fut pour lui de se retrouver dans l'humidité de la Guyane. Claude Brasseur (8 min) évoque son personnage raciste et ses rapports avec Francis Girod. Marie-Christine Barrault (11 min) parle de son travail d'actrice ("prendre les personnages comme ils sont sans se poser trop de questions") et se souvient de l'acteur Doura Mané, de certaines scènes tendues ou de la question du racisme. Michel Piccoli (5 min) est présent à travers certaines archives (dont un extrait de Monsieur Cinéma) et des anecdotes de Francis Girod et Régis Wargnier, régisseur sur le film. Umban Ukset (4 min) parle du talent de Francis Girod pour la direction d'acteurs et de son personnage opportuniste. Il raconte aussi la grande complicité qu'il a entretenu avec Michel Piccoli.

La légende de Doura Mané (10 min) évoque ce Sénégalais, l'un des plus grands acteurs africains de sa génération, qui n'a toujours pas été remplacé. Disparu en Centrafrique dans un mystérieux "accident", cet idéaliste était "une fierté nationale" pour le sculpteur Ousmane Sow.

L'entretien avec Régis Wargnier (13 min) est l'un des modules les plus intéressants car on s'éloigne enfin des questions auto-centrées sur les acteurs pour s'intéresser au séjour de l'équipe en Guyane qui fut loin d'être une partie de plaisir. Régisseur sur le film, le futur réalisateur d'Indochine raconte certaines péripéties d'"un tournage absolument hors normes", de sa place parfois inconfortable au sein de l'équipe ou du virus de la dingue qu'il a attrapé juste avant de commencer le tournage et qui l'a suivi pendant plusieurs semaines (avec des prises de piqûres régulières). Il rend palpable la pression qui régnait et qui finit par servir le film.

Il manque malheureusement la bande-annonce du film.

Par Stéphane Beauchet - le 30 octobre 2015