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Test blu-ray

Highlander

BLU-RAY - Région B
Studiocanal
Parution : 13 / 12 / 2016

Image

Depuis l’ère de la vidéo numérique, Highlander fait partie des œuvres qui ont connu un grand nombre d’éditions DVD puis Blu-ray, d’autant que plusieurs montages du film existent (versions américaine, européenne, française) selon la présence ou non de certaines scènes ou de certains sons, ainsi que de modifications techniques. On ne fera pas ici un listing exhaustif des divers changements apportés aux montages (lors de la sortie du film en 1986 ou plus tard), on se contentera de dire que cette version comptabilisant 116 minutes correspond à ce qui peut s’approcher d’une version « intégrale » et respectueuse des intentions du cinéaste - à l’exception bien sûr des séquences définitivement coupées et disponibles dans les suppléments de ce Blu-ray (comme ce fut le cas dans les éditions précédentes). On émettra aussi un « ouf » de soulagement en constatant que, après maints essais et éditons ultimes ou collectors, nous tenons enfin un master très satisfaisant en dépit de quelques limitations techniques. En 2007, StudioCanal avait proposé une « Ultimate Edition » 3 DVD censée contenir la meilleure image possible à l’époque.  Puis en 2016, l’éditeur sortait donc ce Blu-ray avec une « version restaurée prestige » qui est l’objet de ce test. Les progrès effectués depuis se révèlent ainsi très probants grâce à une véritable restauration.

En premier lieu, ce qui saute aux yeux, c’est le rendu naturel de la photographie créée par le grand chef opérateur anglais Gerry Fisher. Un rendu à la fois naturel et respectueux pour les choix colorimétriques correspondants aux lieux parcourus (chaleureux, organiques, minéraux et terreux pour les Highlands ; froids, sombres, métalliques et à dominante bleutée pour New York) ainsi que pour la texture l’image conforme à l’époque de sa fabrication : Highlander est typiquement un film des années 80 et - heureusement - il le reste sur ce support. Les couleurs retrouvent une belle saturation (alors qu’elles étaient un peu éteintes sur les disques précédents) et les carnations des visages gagnent en réalisme et en vivacité. Ensuite, les contrastes sont très soutenus, ménageant de beaux écarts entre des hautes lumières resplendissantes et des noirs profonds (avec du détail dans les ombres). Le grain argentique d’époque est correctement restitué même si une granulation vidéo se fait parfois sentir sur certaines séquences et gâche un peu cet effort. Ce qui nous amène à la définition générale du film. Le piqué de l’image est en effet très variable selon les scènes, et une perte de définition se fait remarquablement sentir quand interviennent des effets de transition (nombreux dans ce film) et des effets spéciaux optiques. Cela ne constitue pas une surprise en soi mais on se devait de le préciser. Néanmoins, ce master propose parfois des gros plans magnifiques en termes de colorimétrie et de définition. Enfin, on ne relève aucunes corrections numériques disgracieuses (de type EE ou DNR) administrées à la truelle. Et la copie n’est jamais prise en défaut en termes de propreté et de stabilité. La seule vraie déconvenue apportée par ce Blu-ray réside dans la compression ; la présence de postérisation dans les très basses lumières (les ciels et les décors de nuit new-yorkais) et le bruit numérique mentionné ci-dessus (évident dans les scènes sombres) nous en donnaient une indication. On ne s’avancera pas trop sur les raisons exactes de cette anomalie technique, mais il est certain que StudioCanal aurait dû opter pour une édition double disque afin de séparer le film de ses nombreux suppléments. Indigne du très beau Blu-ray que se destinait à constituer cette édition « prestige », ce défaut de compression manifeste ne doit certes pas nous gâcher la vision de Highlander via le meilleur master qu’il nous a été donné de voir jusqu’à présent, mais on ne peut justement s’empêcher d’enrager un peu…

Son

Ce Blu-ray propose trois pistes sonores, dont deux bandes-son originales en DTS-HD MA 5.1 et stéréo 2.0 (Highlander était sorti en salle avec des mixages Dolby Stéréo et 70mm- 6 pistes). La version multicanale est clairement la plus enveloppante mais elle manque hélas de puissance et de dynamique. L’une des conséquences affecte l’équilibre entre la musique de Michael Kamen, qui profite mieux de cette piste, et les thèmes de Queen qui étrangement n’ont pas la puissance attendue qui les caractérise. Enfin, si les ambiances sont bien traitées et immersives, les effets sonores ne bénéficient pas suffisamment du son multicanal et semblent parfois plaqués sur le reste du spectre. La version originale stéréo est bizarrement plus explosive (ce n’est évidemment pas une question de volume) avec des voix qui gagnent en présence et une meilleure dynamique. Enfin, la version française stéréo (avec son doublage convaincant) paraît bien plus étouffée et très centrée sur l’avant ; cependant, malgré son rendu plus brouillon et son aspect brut de décoffrage, elle montre une certaine force.

Suppléments

Commentaire audio  de Russell Mulcahy (DD 2.0 - VOST - 2006)
Le cinéaste aux 400 clips s’exprime sur la quasi-totalité du commentaire. C’est un bon point, mais on sent qu’il ne s’est pas du tout préparé à cet exercice et semble réagir à chaque scène comme s’il la redécouvrait. Chaque séquence ou presque a droit à quelques informations sur son tournage avec souvent des descriptions techniques bienvenues (mais pas trop poussées, dommage). Au détour des scènes, il parle aussi de son parcours, de ses débuts, de ses rencontres, de son amour pour le script de Highlander. Ainsi que de ses collaborateurs sur ce film et des comédiens, pour lesquels il n’a bien sûr que des compliments à adresser. Il évoque la liberté artistique qu’il avait obtenue à l’époque, son expérience du clip qu’on retrouve dans le film, l’importance des transitions, qui ont été minutieusement préparées à l’avance, son amitié avec Christophe Lambert, sa collaboration fructueuse avec Queen. Quelques anecdotes amusantes sont parsemées ici et là. Russell Mulcahy devient moins disert et moins intéressant dans le dernier tiers de son intervention. En toute franchise, si l’on a regardé les suppléments présents sur ce disque, il est inutile de visionner ce commentaire audio qui n’apprendra rien de plus que ce que l’on peut glaner ailleurs.

Interview exclusive de Russell Mulcahy (22 min 06 - 16/9 - DTS-HD MA 2.0 - VOST - HD)
Les propos recueillis dans cet entretien récent va de l’intéressant à l’anecdotique. Le réalisateur est sympathique et très disert mais l’interview semble avoir été menée de façon un peu brouillonne. Russell Mulcahy commence par évoquer sa passion pour le cinéma dès ses 14 ans, ses premiers courts métrages puis ses débuts comme monteur à la télévision australienne. Il fut ensuite le premier à réaliser des vidéoclips en Australie, qui furent pour lui un terrain propice à mener des expérimentations. C’est en Angleterre, dès 1979, qu’il développe son talent jusqu’à connaître son premier gros succès avec le clip de Video Killed the Radio Stars. Suivront Elton John, Billy Joel, Spandau Ballet, Queen, Duran Duran… une liste impressionnante. Une réussite qui l’amène à être sollicité pour tourner le film d’horreur Razorback, dont il évoque le tournage heureux avec sa grande liberté artistique. Mulcahy en vient enfin à son engagement sur Highlander dont il adoré le script. Il parle du casting du film, de Christophe Lambert avec « ses yeux perçants et son visage intemporel » mais qui dut apprendre l’anglais avec un coach, de l’impressionnant Sean Connery et ses sept jours de tournage (de nombreux souvenirs sont alors évoqués) et plus brièvement de Roxanne Hart et Clancy Brown (« très charmant », à l’opposé de son personnage de Kurgan). Le cinéaste poursuit avec les conditions de tournage « dans la jungle » sur les Highlands, cite le directeur de la photographie Gerry Fisher qui sut s’adapter à son style de réalisation. La partie musique redevient plus intéressante : Mulcahy avait contacté Freddie Mercury pour une chanson mais Queen, subjugué par le film, décida d’en écrire plusieurs. Michel Kamen, ancien rocker, travaillera en harmonie avec le groupe sur toute la production. Sans surprise, Highlander fait partie des films dont il est fier.

Interview exclusive de Christophe Lambert (19 min 44 - 16/9 - DTS-HD MA 2.0 - VOST - HD)
L’acteur s’exprime ici dans un anglais posé et très compréhensible malgré sa voix éraillé. Ceux qui ont des connaissances sur l’historique de Highlander n’apprendront rien de cette nouvelle interview, mais la sympathie naturelle de Christophe Lambert fait qu’on passe un moment vraiment agréable en sa compagnie. Lambert, d’abord touché par la sensibilité du script, insiste sur son attirance avant tout pour le thème de l’immortalité et ses conséquences. Pour son deuxième film en langue anglaise, il a été choisi grâce à Greystoke et Subway. Lui-même fut immédiatement séduit par la créativité et l’imaginaire de Russell Mulcahy après avoir vu Razorback et le clip Wild Boys. Il évoque sa façon d’entrer dans le personnage à partir de sa propre personnalité et les leçons qu’il a tirées de son incarnation de MacLeod, la difficulté de jouer un Ecossais et sa préparation avec un coach, sa rencontre émouvante avec Sean Connery, la méthode de travail globalisante de Mulcahy, la personnalité de Clancy Brown (son opposé en tant que comédien, qui avait besoin de rester dans le personnage). Lambert, qui aime s’échapper dans des mondes différents, avoue adorer tourner des films d’action et parle du long processus de préparation pour les combats. Il parle ensuite de son rapport à la nature et aux éléments, très présents dans Highlander) et de l’Ecosse où peuvent défiler « quatre saisons en une seule journée »). Le comédien termine par sa rencontre avec Queen, pour qui il a tourné deux clips, et Freddie Mercury, avec qui il a croisé le fer (!) avant de préciser que l’étiquette qu’on lui a apposée depuis ce film ne le dérange pas puisqu’elle n’a pas entaché sa carrière.

Making of Highlander (115 min 41 - 16/9 - DD 2.0 - VOST - 2006 - SD)
Il s’agit ici de la pièce maîtresse des suppléments, à savoir un long documentaire rétrospectif produit par Fiction Factory et réalisé par Robert Fischer. Basé sur des entretiens, il est découpé en quatre chapitres : Une légende est née (29 min 13), Le style visuel (40 min 03),  Une femme de caractère (15 min 55) et Point de vue du producteur (30 min 30). Ce making of est visible au choix dans son intégralité ou par chapitres.

Une légende est née croise les interventions des scénaristes Gregory Widen et Peter Bellwood, qui expriment chacun leur vision de créateurs. On y apprend l’origine du projet lors d’une visite effectuée par Widen à la Tour de Londres avec les trésors qu’elle renferme, l’inspiration des Duellistes de Ridley Scott avec son personnage obsessionnel. Gregory Widen évoque des modifications par rapport à son script original, plus sombre et plus intime, écrit pendant ses études à l’UCLA, avant que puis Bellwood et Ferguson soient engagés pour créer une épopée et insérer des éléments de comédie (importants pour Peter Bellwood alors que Widen se montre bien plus réservé à leur égard, le Kurgan était d’ailleurs plus sombre et torturé à l’origine). On y parle de la contribution essentielle de Russell Mulcahy et son style de mise en scène non conventionnel, des apports de Christophe Lambert en tant que comédien étranger. Des thématiques sont abordées comme la dualité de l’immortalité, l’aspect christique du début, le personnage de vieux sage expérimenté détenteur du savoir, le destin triste de Macleod, la dimension tragique du conte, le thème de la perte.  On apprend au détour de la discussion qu’une scène écrite avec Napoléon a été supprimée. Enfin, la réception critique difficile du film est abordée ainsi que le « problème » Highlander 2.


Le style visuel fait intervenir le chef opérateur Gerry Fisher et le chef décorateur Allan Cameron. Chacun parle de son engagement sur le film ; Fisher fut charmé par le style de Russell Mulcahy et accepta de changer son approche, et Cameron fut séduit par le clip Wild Boys. Les deux artistes évoquent le tournage délicat au Madison Square Garden avec le système aérien Skycam, le défi d’intégrer toutes les périodes balayées par le film, le tournage dans le parking (effectué à Londres) et la mise en place de la transition vers les Highlands, le plaisir de pouvoir filmer en Ecosse malgré les énormes variations des conditions climatiques, la bataille des deux clans avec des figurants avinés qui combattaient réellement, l’utilisation fréquente de la Louma, le travail de conception du loft de Macleod, la fabrication de la transition via l’aquarium, la construction difficile des décors (le donjon, la fermette) en milieu naturel en Ecosse, la scène de combat dans la ruelle new-yorkaise filmée à Londres et la jonction avec les rues de New York, le tournage en haut du Silvercup Studios pour le combat final et la reproduction du décor dans une usine (avec ses difficultés et ses dangers). Il ressort de ces interviews que le travail de pré-production conjoint entre Fisher et Cameron fut fondamental dans la réussite de Highlander, et ce documentaire leur rend justement hommage.


Une femme de caractère convie la comédienne Roxanne Hart, qui a débuté au cinéma sous la direction de Sidney Lumet. Elle nous parle de son casting alors qu’elle jouait au théâtre. Elle fut saisie par la violence du script et attirée par l’intelligence et la force de caractère de son personnage. Charmée par Christophe Lambert le Français, et impressionnée par son jeu minimaliste lors des rushes, elle évoque leur première scène ensemble. Puis continue sur la technique de travail de Mulcahy, cinéaste instinctif, sa relation avec Clancy Brown, un homme d’une extrême gentillesse jouant un méchant diabolique. On apprend enfin qu’elle a été blessée à la tête par une épée. Les anecdotes développées ici sont finalement plus ou moins intéressantes. L’actrice achève son propos par la longévité de Highlander et son statut de film culte.


Enfin, Point de vue du producteur invite William N. Panzer à se confier. Il s’exprime sur l’historique du projet, la réécriture du script avec l’ajout de l’histoire d’amour et de l’humour. Il fut frappé par la mise en scène de Razorback et paria sur Russell Mulcahy, travailler avec un cinéaste ayant une approche créatrice inédite pour lui fut un ravissement. Panzer aimait travailler en Europe, d’où l’accord avec EMI pour faire de Highlander une production britannique. Le producteur parle de Gerry Fisher et Allan Cameron, tous les deux fortement attirés par l’Ecosse, de l’organisation du tournage entre Londres et New York pour assurer la continuité, de Sean Connery prévu depuis la réécriture du scénario, de la performance de Clancy Brown, du casting de Christophe Lambert grâce à Greystoke (il découvrit qu’il ne parlait pas anglais lors de leur première rencontre), des cinq semaines de doublage en studio d’enregistrement pour améliorer l’accent du comédien, des exigences du rôle de Brenda et du casting de Roxanne Hart, de la musique pensée avant le tournage et du choix de Queen (on apprend que les rapports furent tendus entre le réalisateur et Queen lors du mixage), de la sortie catastrophique de Highlander aux USA et du succès immédiat en France. Panzer conclut en rappelant ce qui fait pour lui l’essence du film, qui explique son statut culte.


Scènes coupées (6 min 23 - 1.85 16/9 - DD 2.0 - 1986 - HD)
En introduction de ce module, les créateurs du master HD nous informent qu’ils ont retrouvé cinq scènes ayant une durée plus longue ou un montage différent que leurs équivalentes dans la version finale du film. Ne disposant pas des pistes audio, ils ont choisi de créer un petit montage musical en y insérant les plans inédits ou montés autrement. Ceux-ci sont en couleur alors que les images du montage final sont en noir et blanc.



Interview d’archives de Christophe Lambert (8 min 32 - 16/9 - DD 2.0 - VF - SD)
Le comédien français parle du personnage ce Macleod, de l’immortalité, de son destin, de son romantisme surtout qui l’a attiré en premier lieu pour tourner Highlander. Lambert évoque son casting, la rencontre avec Russell Mulcahy avec qui il partage beaucoup de centres d’intérêt et qu’il considère comme un formidable metteur en scène (un cinéaste hyperactif et imaginatif), le tournage de l’ouverture du film avec le système Skycam, son apprentissage des combats à l’épée pendant de longues semaines. Il décrit la scène violente d’affrontement dans les Highlands entre les acteurs écossais qui avaient bu avant de reprendre le tournage et qui finissaient par se battre réellement, la personnalité humaine de Sean Connery malgré son immense statut auprès du public. Il termine avec sa vision personnelle de l’immortalité, ses avantages et désavantages. En dépit de sa gentillesse et de ses yeux pétillants, Christophe Lambert reste assez superficiel dans son propos et la reprise de cette interview ne s’imposait pas vraiment pour cette nouvelle édition.

Bande-annonce (2 min 31 - 1.85 16/9- DD 2.0 - VOST - SD)

Par Ronny Chester - le 15 novembre 2019