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Test blu-ray

Coffret Nagisa Oshima

BLU-RAY - Région All
Carlotta
Parution : 11 / 3 / 2015

Image

Les trois titres proposés en Blu-ray dans ce coffret sont trois DCP issus de restaurations effectuées au Japon en 2008 par Imagica Corps. En 2014, l'Immagine Ritrovata de Bologne réalisa quelques travaux complémentaires à partir des restaurations japonaises. Le fait que ces masters soient des DCP est déjà un gage de qualité, la projection numérique en salles ayant des spécifications drastiques, plus rigoureuses que la télévision. Il semblerait que les autres films du coffret ne soient pas proposés en DCP lors des projections salles à la Cinémathèque, mais projetés à partir de copies 35mm. L'absence de DCP pour ces titres (jusqu'à preuve du contraire) peut en partie expliquer que ces films ne soient pas proposés en Blu-ray dans ce coffret. L'autre explication serait économique.

La Pendaison
La Pendaison  a la particularité d'avoir été tourné en 1968 en Vistavision, procédé cinématographique qui eut son heure de gloire à la fin des années 50 à Hollywood, mais abandonné à partir de 1963. Officiellement, le dernier film tourné entièrement en Vistavision par Hollywood serait My Six Loves, une production de la firme Paramount. Nous ignorons si La Pendaison a été restauré à partir du négatif Vistavision ou bien d'une copie intermédiaire 35mm verticale. Le Blu-ray propose un très beau noir et blanc très stylisé et parfaitement nettoyé. On notera juste une différence de texture entre les scènes en intérieur et les scènes en extérieur, ces dernières se révélant moins granuleuses, sans que le piqué en pâtisse. Je ne pense pas que ce soit un choix de restauration, mais plus un choix artistique. La compression est excellente et le film est en 24 f/s.

Le Petit garçon
Tourné en Cinémascope et en Eastmancolor en 1969, Le Petit garçon bénéficie d'une très belle restauration, avec une colorimétrie très nuancée et un piqué remarquable. Les contrastes sont excellents, la compression restitue très bien la granulation d'origine. La photographie stylisée alterne les plans en couleur et les plans en noir et blanc teintés, l'ensemble est très cohérent et se regarde avec plaisir. Le film est encodé sur un Blu-ray double couche, avec un débit confortable et il est proposé en 24 f/s.

La Cérémonie
Encore une présentation très soignée d'un film très bien restauré. Le seul reproche que nous pourrions faire est le manque de nuance dans les noirs. Ceux-ci apparaissent un peu bouchés et légèrement trop décollés. Pour le reste, le rendu est une nouvelle fois très plaisant, avec une résolution de qualité et une colorimétrie toujours aussi nuancée et agréable à l'oeil. La compression est là aussi excellente malgré le fait que le film ait probablement été difficile à encoder. La cadence de l'image est également de 24 images par seconde.

En conclusion, je m'étonne qu'il soit une fois de plus nécessaire pour éditer un film de patrimoine japonais que l'éditeur ou le distributeur européen soient obligés de commander un complément de restauration des éléments provenant du Japon. En France, certains critiquent facilement les éditeurs, mais est ce vraiment mieux ailleurs ?

Carnets secrets des ninjas
Le format 1.33 d’origine est respecté, mais il est difficile cependant de s’exprimer sur la durée du montage : le livre de Danvers et Tatum parle d’un montage de 131 minutes qui semble être le plus proche de celui montré au Japon à l’époque, IMDB de 123 minutes, une version de 119 minutes est visible sur youtube tandis que le DVD propose une version de 112 minutes. Il semble qu’une version de 98 minutes éditée par la Sozosha ait été montrée à Locarno en 1967. Aucune version complète n’a été éditée en vidéo. Le master a visiblement été restauré. On ne note pas de défaut notable dans la pellicule, pas de griffes, taches ou autres. La définition est moyenne, mais comme pour Le Journal de Yunbogi ci-dessous, c’est peut-être dû à la technique du banc-titre. Difficile de dire à quoi ressemblait le film à l’époque en projection 35mm. On ne note pas de problème de compression.

Le Journal de Yunbogi
Concernant Le Journal de Yunbogi, nous sommes ici face à un film rare. Le master probablement tiré d’un positif n’est pas exempt de scories et est identique au niveau des défauts aux copies visibles par ailleurs. On note régulièrement quantité de petites griffures et de petites taches qui ne doivent cependant pas nous faire bouder le plaisir d’avoir l’occasion de découvrir le film. La définition est très correcte surtout pour un film de cet âge, même si on aurait aimé plus de netteté sur les photos (dont on voit des tirages mieux définis dans la présentation), mais cela doit tenir à l’utilisation du banc-titre plus qu’au transfert. Les contrastes sont bien gérés. L’encodage et le transfert vidéo sont globalement excellents.

Journal du voleur de Shinjuku
Master en noir et blanc et couleur au format 1.33 d’origine globalement très propre. Les contrastes sont dans l’ensemble très bien gérés avec de beaux niveaux de gris. L’ensemble offre une définition qui va de très bonne à excellente compte tenu du matériel utilisé pour filmer (petites caméras portatives, 16 mm...). Un grain est bien présent et naturel excepté lors de la discussion sur le sexe avec Kei Sato et les autres acteurs où l’image se révèle très granuleuse, ainsi que dans certaines scènes tournées dans les rues la nuit. Mais là encore, c’est lié aux prises de vues dans un environnement très peu éclairé. L’encodage tient parfaitement bien la route sauf dans certaines scènes sombres où l’on peu noter un peu de macroblocking.

Le Piège
Format original 2.35 respecté encodé en 16/9 compatible 4/3. Le master utilisé a été bien nettoyé et restauré, mais manque un peu de définition et malheureusement les contrastes manquent cruellement de nuance, se révélant par trop poussés. Il en résulte des noirs souvent bouchés et des blancs brûlés lors de certaines scènes. La compression par contre est très bien gérée, on ne note aucune mouvance, pixellisation ou autres artéfacts. Il n’y a rien à redire de ce côté-là. Carlotta offre donc pour ce film d’un certain âge une image correcte sans être extraordinaire, mais qui permet cependant de découvrir le film dans de très bonnes conditions.

Il est mort après la guerre
Noir et blanc. Format 1.33 d’origine respecté. La master restauré est pour ainsi immaculé, débarrassé de toute imperfection. Le contraste globalement marqué du film est très correctement géré. La définition de l’ensemble est excellente avec une foultitude de détails essentiellement dans les nombreux gros plans, malheureusement ruinée par un encodage à la truelle lors de certains passages. On notait déjà du macroblocking dans de rares scènes sombres de Journal du voleur de Shinjuku. Ici, si les gros plans et les plans fixes ont belle tenue avec notamment un beau grain cinéma et de nombreux détails, mais dès que quelqu’un bouge vite à l’image, c’est pixellisation et macroblocking à tout va. Ceci est surtout sensible dans les 10 premières minutes, ce qui fait perdre pas mal de définition dans les scènes de poursuite (voir exemple ci-dessous). Par la suite, mis à part toujours du macroblocking dans certaines parties sombres de scènes d’intérieur ultérieures, l'ensemble s’améliore sur le reste du film, qui bénéficie donc d’une présentation numérique honorable à défaut d’être excellente.

Une petite soeur pour l'été
Format 1.33 couleur. Une fois de plus le master est propre et il faut vraiment chercher pour y trouver rayures ou saletés, mais il manque cruellement de définition (on est du niveau d’une très bonne VHS non usée). Les couleurs sont globalement chaudes, saturées sans excès (le film a été tourné en Eastmancolor) et on ne note pas de grandes variations dans la colorimétrie. Point de vue compression et encodage (point qui malheureusement faisait la faiblesse des autres films en DVD, on a un fourmillement constant qui tient plus du bruit vidéo que du grain argentique mais qui n’est pas fondamentalement gênant au vu de la définition).

Son

La Pendaison
La version originale japonaise est proposée en DTS-H DMA mono, elle est sous-titrée en français. D'une manière générale, cette bande sonore volontairement dérangeante a tendance à saturer des que les protagonistes haussent la voix. On relève une absence de souffle mais une légère distorsion dans les aigus.

Le Petit garçon
La version originale japonaise est proposée en DTS-HD MA mono, elle est sous-titrée en français. La bande-son ne souffre d'aucun problème particulier, elle est plus agréable à l'écoute que celle de La Pendaison, mais légèrement plus en retrait en qualité sonore que celle de La Cérémonie.

La Cérémonie
La version originale japonaise est proposée en DTS-HD MA mono, elle est sous-titrée en français. La Cérémonie a été tourné deux ans plus tard que les deux autres films, et sa bande-son est celle qui présente le meilleur mixage et la meilleure prise de son. Ce constat n'est pas lié à la restauration, les trois films sont de ce point de vue sur la même ligne. Il s'agit juste de constater que à sa conception, le travail sur la bande sonore est plus soigné sur ce film que sur les deux autres. Dernière précision, aucun de ces films n'a été doublé, il n'y a donc pas de version française.

Carnets secrets des ninjas + Le Journal de Yunbogi
Concernant le premier film, la piste mono d’origine est correctement restaurée, et sans souffle notable. Pour le second, un mono d’origine propre et sans souffle ; les dialogues y sont un peu plus étouffés que la musique, mais il n’y a vraiment rien à redire sur ce point.

Journal du voleur de Shinjuku
Japonais mono d’origine globalement sans souffle. La qualité du son s’avère cependant très variable durant le film. A une reprise, elle varie même brutalement au milieu d’une ligne de dialogue vers 1 heure 8 minutes, mais cette altération était présente également sur la copie qui m’avait permis de découvrir le film il y a quelques années. Comme il a été évoqué dans la critique image, ces variations sont plutôt liées aux conditions de tournage.

Le Piège
Japonais mono sans défaut.

Il est mort après la guerre
Mono d’origine présentant par moment un peu de souffle. La musique expérimentale et les bruitages sont très bien retranscris de même que les dialogues.

Une petite soeur pour l'été
Côté son, rien à redire. Mono clair pour l’âge du film.

Suppléments

DVD 1 / Blu-Ray 1

Présentation de La Pendaison par Mathieu Capel (5 min - HD)
Mathieu Capel (chercheur post-doctoral en histoire culturelle et sociale de l'art) nous présente le film et son sujet inspiré d'un fait divers réel dans la communauté nord coréenne résidant au Japon en 1968. Son propos est illustré par des photos de tournage.


Bande-annonce (4 min - HD - Noir et blanc - VO japonaise sous-titrée)

DVD 2 / Blu-Ray 2

Présentation du Petit garçon par Mathieu Capel (5 min - HD)
Mathieu Capel nous présente le film comme étant une rupture dans l'oeuvre d'Ôshima suite à un événement particulier. Nous aurions néanmoins aimé avoir plus de précisions sur l'étrange fait divers qui a inspiré ce road movie.


Bande-annonce (4 min - Noir et blanc - VO japonaise sous-titrée)
En 4/3 et non restaurée, l'image est très abimée.

DVD 3 / Blu-Ray 3

Présentation de La Cérémonie par Mathieu Capel (5 min - HD)
Comme à chaque présentation, Mathieu Capel nous raconte le cadre historique du film et la situation sociétale du Japon au moment du tournage du film, avec aussi quelques photos de tournage du film en illustration.


Bande-annonce (6 min - Noir et blanc - VO japonaise sous-titrée)
D'époque mais non restaurée, en SD 4/3 mais avec upscale.

DVD 4

Présentation de Mathieu Capel (4 min)
Malheureusement, comme la plupart des interventions de Mathieu Capel, et malgré le côté éminemment sympathique du bonhomme, cette présentation de Carnets secrets des ninjas n’apprend pas grand-chose surtout au spectateur nippophile auquel s’adresse malgré tout ce coffret, mais à la différence des autres, elle a l’avantage de présenter des dessins inédits du manga.

Bande-annonce (Noir et blanc - VO japonaise sous-titrée - 1min 57)
Aucune restauration, l’image est très abîmée, mais il est toujours passionnant de découvrir ces documents.

Le Journal de Yunbogi propose également une préface de Mathieu Capel (3 min 42) : il y replace le film dans son contexte historique et explique le pourquoi du film et surtout le pourquoi du choix d’utiliser les photos qu’il a prises en Corée plutôt que de tourner un film traditionnel.

DVD 5

Préface de Mathieu Capel (4 min 47)
Comme pour la plupart des films du coffret, Capel replace Le Journal du voleur de Shinjuku dans son contexte historique, ce qui dans ce cas précis a son importance et fournit quelques clés pour décrypter cet ovni filmique.


Bande-annonce (5 minutes – VO japonaise sous-titrée)
Passionnante bande-annonce qui donne quelques pistes de compréhension également en plus d’offrir des images de tournage. Malheureusement, elle n’est pas restaurée et l’image est constellée de taches, de poinçons etc... Mais en soi, c’est le bonus le plus intéressant.

Le Piège bénéficie également d'une présentation de Mathieu Capel (4 min 05)

DVD 6
La présentation de Mathieu Capel, illustrée par quelques documents d’exploitation dont des affiches et le dossier de presse du film, s'avère plus intéressante que pour d’autres présentations, puisqu'y sont détaillées certaines théories cinématographiques, dont la « théorie du paysage » qui offre une clé de lecture au film. Il replace également une fois de plus, le film dans le contexte de son tournage, ce qui une fois de plus s’avère primordial.

Par ailleurs, la bande annonce (5 min 24 - noir et blanc – 1.33 – VO sous-titrée) - qui débute étonnamment en français - est une pépite, qui nous offre des images de tournage avec Oshima ainsi que des pistes de réflexion sur le sens du film. Malheureusement abîmée elle souffre en outre d’un encodage par moment digne de youtube. D’un point de vue documentaire, c’est "Le" bonus du disque.


Une petite soeur pour l'été fait, là encore, l'objet d'une présentation de Mathieu Capel (3 min 32) et est accompagné d'une bande annonce (2 min 25 – couleur – VO japonaise sous-titrée), intéressant document comme la plupart des bandes-annonces d’Oshima. Pas de restauration, l’image est sale et la compression moyenne. Mais une fois de plus sa présence sur le disque est un plus incontestable.

Détail des disques

DVD 1 + Blu-Ray 1 : La Pendaison
Format cinéma : 1.85:1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3

Noir & Blanc - Durée : 113 min

DVD 2 + Blu-Ray 2 : Le Petit garçon
Format cinéma : 2.35:1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3

Couleur - Durée : 93 min

DVD 3 + Blu-Ray 3 : La Cérémonie
Format cinéma : 2.35:1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3

Couleur - Durée : :118 min

DVD 4 : Carnets secrets des ninjas + Le Journal de Yunbogi
Format cinéma : 1.33:1
Format vidéo : 4/3

Noir & Blanc - Durée : 113 min / 24 min

DVD 5 : Journal du voleur de Shinjuku + Le Piège
Formats cinéma : 1.33:1 et 2.35:1
Formats vidéo : 4/3 et 16/9 compatible 4/3
Noir & Blanc et Couleur / Noir & Blanc - Durée des films : 92 min / 101 min

DVD 6 : Il est mort après la guerre + Une petite soeur pour l'été
Formats cinéma : 1.33:1
Formats vidéo : 4/3
Noir & Blanc / Couleur -
Durée des films : 90 min / 91 min

Par Jean-Marc Oudry (BR) & Christophe Buchet (DVD) - le 12 mars 2015