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Test blu-ray

Coffret Fellini - 3 films

BLU-RAY - Région B
Le Pacte
Parution : 19 / 11 / 2019

Image


Il Bidone

Clairement, ce film a bénéficié d’une belle restauration et la qualité du scan en atteste. Il s’agit très probablement de la reprise du master sorti en 2013 par l’éditeur anglais Masters of Cinema (mais légèrement zoomé, cf. comparatifs ci-dessus). Le rendu global est plutôt à saluer, exception faite d’un bémol sur lequel on reviendra. En premier lieu, le master - parfaitement stable - se révèle quasi immaculé pour un film italien des années 50, il faut vraiment se concentrer sur le sujet pour trouver une salissure (à peine 2-3 petites rayures discrètes). Ensuite, la définition générale est superbe même si le piqué, plutôt précis, varie selon les scènes. Quelques plans en partie flous, assez rares, sont détectables mais les raisons de leur présence proviennent du tournage (une profondeur de champ problématique) ou des effets ponctuels de transition (les fondus). Aucun problème lié à l’encodage n’est à relever, ni relatif à l’usage de bidouillages numériques (si jamais l’on a eu un recours très léger au Edge Enhancement, cela ne gâche en rien la vision du film). Quant à l’aspect argentique, il est heureusement au rendez-vous grâce au respect du « grain cinéma ». Enfin, la copie présente une image naturelle et très lumineuse avec une échelle des gris séduisante. Ce qui nous amène au petit défaut technique de ce Blu-ray d’Il Bidone : les contrastes. En effet, si l’on peut soupçonner les anciennes éditions DVD d’avoir poussé ces derniers bien au-delà du rendu d’origine, les réglages actuels ont pris le chemin inverse. On note ainsi un petit déséquilibre dans les contrastes, les noirs tirent vers le gris et l’image peut manquer de relief. Ce défaut n’est absolument pas rédhibitoire mais on n’est pas passé loin de l’excellence.

comparatif Blu-ray MOC (2003) vs. Blu-ray Le Pacte (2019) :  1 2


Les Clowns

D’entrée, on est frappés par la très belle image que propose ce Blu-ray. Issu également d’une restauration récente, le master, très propre, affiche des couleurs magnifiques, à la fois très naturelles et joliment saturées. Les contrastes sont bien soutenus et équilibrés, avec des noirs profonds et des hautes lumières détaillées. Même si Les Clowns a été produit pour la télévision, il a été tourné en 35mm et la copie présente une définition certes douce mais précise. Quelques gros plans attestent d’un beau piqué et le grain cinéma a été préservé pour notre plus grand plaisir. Enfin, on ne relève aucun ratage numérique, tant au niveau de l’encodage que des effets de retouche éventuels. L’ensemble montre ainsi un rendu optimal, ce qui est d’autant plus remarquable pour un film rare comme cette œuvre méconnue du cinéaste italien.


Prova d'orchestra

En avril de cette année, Le Pacte, associé au distributeur Les Acacias, ressortait Répétition d’orchestre en salle dans une version annoncée comme restaurée. Un an plus tôt, en février 2018, l’éditeur anglais Arrow proposait ce film en Blu-ray basé sur une restauration interne en 2K à partir des éléments originaux. En toute logique, après visionnage du disque présenté par Le Pacte en cette fin d’année 2019, nous avons affaire à ce master HD de bonne qualité et très propre (aucune scorie ne vient troubler le regard). Malgré une stabilité par toujours optimale, nous avons surtout affaire à une copie très respectueuse de l’image originale par son grain cinéma (discret), ses couleurs très naturelles correspondant aux standards de l’époque et sa luminosité assez accentuée (le film a été tourné pour la télévision). Cette dernière caractéristique va de pair avec des plages de contrastes moyennement étendues certes - la nature de cette production et le lieu de tournage expliquent cela - mais avec des basses lumières consistantes même si rares. Si le piqué général n’est pas très acéré, la définition dans l’ensemble reste très correcte, associée à compression jamais prise en défaut même si des trois films proposés dans ce coffret, il est celui qui présente du bruit numérique. En somme, et malgré ses limites, Prova d’orchestra semble bénéficier actuellement du meilleur traitement possible.

Son


Il Bidone

Production italienne oblige, et ce d’autant plus que deux des comédiens principaux sont américains, la postsynchronisation est de mise et elle se remarque aisément. Cela dit, malgré cette évidence, la bande-son mono proposée s’avère propre, sans souffle et avec des voix très claires (avec cependant des aigus assez  prononcés). Le message sonore global reste très satisfaisant avec des ambiances bien présentes. Enfin, la musique est l’élément qui profite au mieux de ce mixage.

Les Clowns

Nous avons affaire à un mono classique, très clair et équilibré, d’une profondeur agréable et logiquement localisé sur l’avant. Malgré le brouhaha sonore souvent et savamment organisé par le cinéaste, l’information sonore n’est jamais brouillonne au point de donner envie de décrocher. La postsynchronisation est encore une fois évidente, mais les voix ressortent très clairement au milieu d’ambiances bien vivantes. Enfin, la bande musicale (avec des thèmes classiques et des compositions originales de Nino Rota) est particulièrement bien mise en valeur.

Prova d'orchestra

La bande-son de Prova d’orchestra est très claire et propre, elle a sans doute été nettoyée comme l’image. Son mixage mono présente une certaine profondeur, les nombreuses ambiances (les bruits d’instruments, les déplacements, les réflexions dans la crypte, les quelques effets sonores) sont bien rendues et ne se chevauchent pas de manière désagréable pour l’oreille sauf quand le brouhaha est savamment entretenu par le cinéaste. Enfin, la musique de Nino Rota se déploie avec énergie et précision.

Suppléments


Il Bidone

Un conte moral italien par Dominique Delouche, Moraldo Rossi et Aldo Tassone (20 min 35 - 16/9 - DD 2.0 - 2019 - HD)
Ce document croise les interviews de Moraldo Rossi, assistant réalisateur de Federico Fellini et ancien bidonisti, Aldo Tassone, historien bien connu du cinéma italien, et Dominique Delouche, réalisateur et témoin du tournage du film. On commence à en apprendre beaucoup sur ces escrocs qui montaient des arnaques à une époque difficile marquée par l’après-guerre et juste avant le miracle économique italien. Fellini était amusé par ces personnages, lui qui désirait « raconter de façon méchante la méchanceté humaine tout en montrant des gens gentils, mignons. » Quelques anecdotes renseignent sur le problème d’alcoolisme de Broderick Crawford, ivre durant tout le film. Un être « fou à lier » selon Rossi. Mais le comédien a fini par satisfaire le réalisateur (qui pensait d’abord à Bogart pour le rôle). On évoque les rapports d’amitié entre Fellini et Richard Basehart (on apprend l’existence d’un flirt avec Giuletta Masina). La raison pour laquelle le cinéaste appréciait les acteurs étrangers était qu’il pouvait retravaillait les dialogues après le tournage et perfectionner ainsi la nature de ses personnages. Les séquences de fête fellinienne et leur mise en scène sont évoquées, Fellini tournait beaucoup de prises, ainsi que l’importance du travail d’Otello Martelli, chef opérateur instinctif, « célèbre pour ses contre-jours de nuit. » Le montage d’Il Bidone a la particularité d’avoir été effectué par deux monteurs puisqu’il fallait faire vite afin d’être sélectionné à Venise. La dernière scène du film, « typiquement fellinienne » est ensuite abordée, elle exprime la possibilité de rédemption des personnages. Enfin, on nous précise que la critique italienne a détruit le film pour des raisons idéologiques (« Il n’a plu ni aux catholiques ni aux marxistes »). Anecdote intéressante pour terminer : le producteur a coupé une séquence que François Truffaut, admirateur du film, a tournée à l’identique dans Les Quatre cents coups.




Les Clowns

Hommage à l’imagination et à la fantaisie par Aldo Tassone (17 min - 16/9 - DD 2.0 - VF - 2019 - HD)
A présent seul intervenant, le journaliste historien apporte ses connaissances et son point de vue sur ce projet original initié par la télévision, pour laquelle Fellini n’aimait pas travailler. Il parle de la volonté du cinéaste de faire un film plus léger dans lequel transparaissent la nostalgie du passé et ses souvenirs d’enfance (d’où la découverte du premier cirque, un univers qu’il n’a jamais quitté) en vue d’émouvoir les spectateurs. Tassone aborde la forme des Clowns, son « enquête », les musiques réécrites par Nino Rota, la beauté du travail du chef opérateur, l’extraordinaire travail de la couleur (alors que la Rai avait projeté le film en noir et blanc). Il insiste sur la singularité de l’image fellinienne qui « transfigure la réalité et apporte de la chaleur. » Pour lui, les cinéastes italiens sont des peintres et il rappelle très justement que Fellini n’est pas venu au cinéma par la littérature mais par les arts du spectacle populaire. « Le plus chaplinesque des cinéastes », selon Tassone, exploite la double nature du cirque, la violence et la poésie, qui renvoie à la dualité entre la vie et la mort. Enfin, pour Fellini « la fantaisie doit rester vivante. » Les propos de Tassone, un peu décousus par le montage, s’avèrent toujours pertinents. Il est seulement dommage que les extraits des Clowns qui illustrent cette interview soient bien trop longs.


Prova d'orchestra

Prova d’orchestra ou l’orchestre parabolique (21 min 12 - 16/9 - DD 2.0 - VF - 2019 - HD)
Aldo Tassone revient une troisième fois pour donner son point de vue sur Répétition d’orchestre. Il rappelle succinctement l’historique du projet (on apprend que Fellini a interviewé et enregistré durant 2-3 mois tous les musiciens retenus pour son film) et la fascination que ressentait le cinéaste pour l’unité artistique et humaine de la direction d’orchestre. Le contexte historique est abordé avec l’affaire Aldo Moro (sa séquestration et sa mort) pour une œuvre qui traite de la manipulation des consciences (par les corps constitués, les idéologues), de la figure du leader et de la lutte de pouvoir. Avec cette parabole, Fellini met en scène une représentation de la société de l’époque et propose une mise en garde contre le dérèglement de l’Etat. Tassone nous explique que le président de la République avait fait organiser une projection au Quirinal (la résidence officielle de la présidence) qui généra beaucoup de commentaires parmi les politiciens et les artistes, amplifiant la nature politique du film bien au-delà de ses ambitions initiales. Tassone nous parle également de Nino Rota bien sûr, même si l’on aurait aimé le voir développer ce sujet, de la direction d’acteurs toute particulière du réalisateur, de son « étude anthropologique très poussée », de la bande-son très travaillée et de la figure du copiste non-comédien et son monologue au début du film qui crée une atmosphère poétique. On regrettera que cet entretien soit un peu trop décousu dans son propos et encore une fois illustré par des extraits trop longs.

Par Ronny Chester - le 25 novembre 2019