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Test blu-ray

Bande à part

BLU-RAY - Région A, B, C
Gaumont
Parution : 10 / 10 / 2012

Image

La copie est très propre et les contrastes sont solides mais, malgré ces qualités, Gaumont nous propose malheureusement un master presque dénué de grain (celui-ci est à peine perceptible). On a donc eu recours à une légère accentuation des contours pour sauvegarder un niveau de définition suffisant. Cependant, la perte de détails et le manque de texture argentique peuvent parfois donner l’impression d’un léger lissage. Certains plans (trop rares) sont heureusement moins impactés que d’autres : celui à 39 min (les héros attablés dans le café) aurait presque pu servir de référence au disque.

Son

La musique est correctement retranscrite par le mixage DTS. Mais la différence dans la dynamique des voix se fait tout de suite remarquer. Dans une même scène, les paroles peuvent être plus ou moins étouffées selon le personnage ; les bruits d’ambiance (comme les sons de la rue ou les réverbérations de la pièce) sont très présents. Ce rendu "maladroit" est pourtant fidèle à la démarche artistique de Godard et au travail d'Antoine Bonfanti, en ce sens qu'il préserve les défauts des prises de son direct "voulues" par le travail en équipe réduite - là où un film traditionnel serait systématiquement passé par la case "post-synchronisation".

Suppléments

Les trois premiers modules étaient déjà disponibles dans le coffret 10 DVD sorti en novembre 2010.

Entretien avec Anna Karina (39 min - 1080i)
L’actrice revient sur le statut particulier du film, très apprécié par la jeunesse, et sur le tournage du film (les trois semaines de répétition pour la scène du madison, dans une boîte de nuit de St Germain-des-Prés). Elle ne tarit pas d’éloges sur Jean-Luc Godard lorsqu’elle aborde sa collaboration avec lui, ses méthodes de travail (la préparation des plans-séquence), sa personnalité.

Entretien avec Claude Chabrol (26 min - 1080i)
Le regretté Chabrol, filmé un mois avant sa mort, revient sur ses rapports avec Godard, les coulisses de certains de ses films et la complicité qui les unissait autour du cinéma (au point que Godard fera apparaître les noms de Chabrol et Truffaut sur l’affiche d’A bout de souffle alors qu’ils n’y ont pas participé - ou si peu). S’il admire les trouvailles de ses premiers films et apprécie ses récentes Histoires du cinéma, Chabrol avoue de pas avoir compris le tournant de sa carrière après Mai-68, le « Godard 3e manière » qui s’est éloigné du public. C’est un « cinéphile-intello, un peu anar… qui va en Suisse », se forge un personnage parce qu’il n’a pas assez confiance en lui-même, et finit par s’isoler comme un ours. On retrouve dans cet entretien le montage si particulier (et parfois agaçant) de Pierre-Henri Gibert, à l’époque.

Entretien avec Antoine de Baecque (16 min - 1080i)
L’auteur de « Godard », biographie parue chez Grasset, raconte l’aventure Bande à part, le petit film de série B en noir & blanc qui vient juste après Le Mépris, en couleurs et en Cinémascope. C’est le premier film français de Godard financé par les Américains, pour une bouchée de pain et tourné en à peine un mois. Selon de Baecque, Godard monte le projet en partie pour sauver son couple, comme une offrande à la vie pour Anna Karina qui sort d'une grave dépression. Dans le film elle est sans cesse entre le rire et les larmes. On revient aussi sur les deux plus célèbres séquences du film, l’une très préparée (le madison) et l’autre improvisée (la traversée du Louvre) parce que Godard avait peur, à ce moment du tournage, de ne pas avoir assez de matière pour faire un long métrage.

Entretien avec Denitza Bantcheva (22 min - 1080i)
Premier supplément inédit par rapport à la précédente édition, et parfait complément à l’histoire du tournage racontée par Antoine de Baecque, l’historienne du cinéma Denitza Bantcheva revient dans le détail sur les nombreuses références utilisées par Godard dans « l’un de ses films les plus savants. » Celui-ci délivre un discours sur l’histoire de l’art, la littérature et le cinéma en jouant sur les parallèles entre le classique et le moderne, la culture raffinée et celle plus populaire. Bantcheva analyse les raisons qui ont poussé Godard à citer Raymond Queneau, André Breton, Thomas Hardy, Edgar Allan Poe et bien d’autres. Godard va même jusqu’à faire des clins d’œil à ses amis de la Nouvelle Vague : une charade visuelle pour Claude Chabrol, des variations cinématographiques autour de Truffaut. Ainsi le film peut être vu comme une version boulevardière de Jules et Jim, ou une version godardienne de Tirez sur le pianiste. Pour les amateurs d’explication de texte, c’est passionnant.

Entretien avec Alexandre Astruc (19 min - 1080i)
Le critique et réalisateur de 89 ans (qui lança la théorie de la caméra-stylo) aime chez Jean-Luc Godard le côté référentiel. Car selon lui, « il faut faire des citations plutôt que des pastiches, il faut revendiquer l'héritage du passé. » Ainsi, il n'est pas d'accord quand Godard est accusé de dynamiter la mise en scène. Astruc pense au contraire qu'il ne l'a jamais poussée aussi loin, imprégné par sa culture classique. Poursuivant la réflexion développée par Denitza Bantcheva dans le module précédent, Astruc pense que les oeuvres créées par Godard autour des références s'explique par son origine Suisse : il avait besoin de se fabriquer un héritage, des racines culturelles qu'il ne pouvait trouver dans la réalité de son pays natal. Godard a complètement transformé l'intrigue du roman policer américain qui l'a inspiré pour le film : chez lui, Astruc apprécie la mise en scène, « le seul sujet des grands films », mais consent que celui de Bande à part est contenu dans le regard de son actrice principale.

Bande-annonce (2 min - HD)

Par Stéphane Beauchet - le 9 mai 2014