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Test blu-ray

4 mouches de velours gris

BLU-RAY - Région B
Wild Side
Parution : 5 / 12 / 2012

Image

Le master fourni à Wild Side semble être le même que celui utilisé par Shameless en Grande-Bretagne et Koch Media en Allemagne, tiré du négatif original et revendiqué complet par les ayant-droits. Cependant, on notera que les éditions britanniques et allemandes proposent des inserts (de piètre qualité) visant à compléter encore le métrage, de moins d’une minute en tout et pour tout. Étant donné l’imbroglio au niveau des droits et de l’accès au négatif original (cf. le supplément intitulé Le Giallo perdu), on est en droit de s’interroger quant à la légitimité desdits inserts. L’image proposée sur le Blu-ray de Wild Side est très plaisante. Sans être immaculée, elle est très propre, mais aussi très stable et très homogène. L’encodage est également réussi : il s’appuie sur un débit vidéo confortable rendant les artefacts numériques quasi-invisibles. Cependant, on pourra soupçonner une application très très légère de réducteur de bruit, puisque l’image apparaît un peu moins détaillée et moins chargée en grain que celles proposées sur les disques de Shameless et Koch Media. La définition n’a d’ailleurs rien de spectaculaire, mais on pouvait s’y attendre pour un film tourné en Techniscope. Au final, ce Blu-ray signé Wild Side permettra néanmoins à de nombreux cinéphiles de découvrir ce film rare dans de bonnes conditions.

Son

Le film peut être visionné, au choix, en français, anglais ou italien. Les trois pistes DTS-HD Master Audio sont proposées en stéréo. Comme le précise Wild Side lors du choix de la piste audio, les versions française et anglaise sont incomplètes. Les dialogues manquants sont proposés en italien, sous-titré en français. Les passages disponibles uniquement en italien concernent essentiellement la scène de révélation finale. Les basculements d’une langue à l’autre sont très réussis, très raccords. Les pistes anglaise et italienne ont une dynamique et une sonorité comparables. La piste française semble plus étouffée, où les voix sont un peu plus (trop ?) mises en avant. Notons au passage que c’est bien Jean-Pierre Marielle qui se post-synchronise lui-même.

Suppléments

Outre la bande-annonce du film, ainsi que des autres films de Dario Argento édités par Wild Side, on retrouvera en bonus deux documentaires spécialement réalisés pour cette édition. Le premier, Le giallo perdu réunissant Dario Argento et Luigi Cozzi, coscénariste de 4 mouches de velours gris, prend la forme d’un rappel avant tout factuel sur la genèse de ce giallo, de même que sur son destin juridique complexe qui rendit longtemps invisible cette œuvre pourtant hantée par le désir de voir ! Si les interventions du cinéaste et de son collaborateur révèlent quelques informations intéressantes (par exemple sur le rapport de Dario Argento au montage), on avouera notre préférence pour le deuxième documentaire. Intitulé Dans l'œil de la peur, il permet à des spécialistes de Dario Argento - les uns critiques comme Jean-Baptiste Thoret (1) et Doug Headline (2), les autres cinéastes comme Pascal Laugier (3) et Bruno Forzani (4) - de développer des points de vue souvent passionnants sur les caractéristiques formelles et thématiques du film. Film dont chacun de ces intervenants souligne la puissante singularité au sein de la filmographie déjà peu commune de Dario Argento : 4 mouches de velours gris s’affirmant selon ces quatre commentateurs comme l’une des œuvres les plus expérimentales du cinéaste italien, se classant ainsi aux côtés de ces autres sommets "argentiens" que sont - chacun à leur manière - Les Frissons de l’angoisse ou Suspiria.


(1) C’est à Jean-Baptiste Thoret que l’on doit l’étude critique française la plus approfondie sur l’auteur de 4 mouches de velours gris avec Dario Argento. Magicien de la peur édité par Les Cahiers du Cinéma.
(2) Doug Headline a cofondé avec Christophe Gans, en 1983, la revue Starfix dans les colonnes de laquelle Dario Argento fut abondamment commenté et ardemment défendu.
(3) Si Pascal Laugier est avant tout connu pour le traumatique Martyrs (2008), on lui doit aussi Saint Ange (2004), un mélancolique film de fantômes témoignant d’une belle connaissance de l’âge d’or du cinéma de genre transalpin.
(4) Bruno Forzani a coréalisé avec Hélène Cattet l’extraordinaire Amer (2009), film retraçant les étapes de la vie d’une femme en adoptant avec autant de fidélité que d’intelligence les formes du giallo. On se permettra de renvoyer à l’article que nous avons consacré à Amer dans Temps Noir n°15.

Par Francis Trento - le 11 décembre 2012