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Personnalités

Vittorio De Seta

Vittorio De Seta

Biographie

à Palerme en 1923, Vittorio De Seta, qui est issu d'une famille aristocratique, suit des études d'architecture à Rome tout en rêvant du cinéma. A trente ans, il a enfin l’occasion de faire un premier pas dans ce métier en travaillant comme assistant réalisateur sur Village magique de Jean-Paul Le Chanois, une co-production franco-italienne. Une expérience qui le convainc à la fois qu’il doit devenir réalisateur et qu’il ne doit pas s’engager dans la voie du cinéma commercial. Il s’achète une caméra 16mm Paillard, fait quelques essais lors d’une fête de Pâques en Sicile et, poussé par des amis, se lance en 1954 dans la réalisation du premier volet de ce qui deviendra une série de dix documentaires uniques en leur genre, tous consacrés au monde des pêcheurs, bergers, paysans ou mineurs du sud de l’Italie.

Pendant cinq ans, Vittorio De Seta travaille de manière totalement indépendante, écrivant, photographiant, montant et sonorisant seul ces chefs-d'œuvre du cinéma documentaire. Une indépendance délibérée mais qui n'hypothèque en rien la qualité technique incroyable de ses films. En effet, chacun d’eux est tourné en Ferraniacolor, un procédé italien concurrent du Technicolor, et en format panoramique (1.75 : 1, format utilisé à l'époque en Italie). C’est que De Seta veut graver sur pellicule, et de la plus belle manière qui soit, ces cultures ancestrales - paysannes ou maritimes - qui sont en train de disparaître avec l’avènement de l’ère moderne.

Vittorio De Seta refuse cependant tout romantisme, tout folklorisme dans cette vision d’un monde en voie de disparition. Il se concentre sur le quotidien et les techniques de travail, sur la façon dont l’homme survit dans un environnement particulièrement inhospitalier. Il évacue les à-côtés décoratifs pour se concentrer sur ce qui lui paraît essentiel, sa mise en scène s’affinant au fil du temps et tendant vers l’épure. La bande sonore est par exemple uniquement composée par les ambiances et par les chants qui rythment la vie de ces bergers, pêcheurs ou paysans. Il n’y a aucun commentaire explicatif (simplement un court carton ouvrant chaque film) et aucune musique, une démarche qui pourrait donner des films secs et bruts. Or, bien au contraire, De Seta réalise des œuvres profondément poétiques et lyriques tout on conservant la précision de son regard de documentariste.

Vittorio De Seta ne connaît rien de ces mondes, de ces cultures qu’il vient filmer. Il veut témoigner, mais pour cela doit d’abord comprendre et apprendre. Il s’immerge complètement dans cette Italie du sud si méprisée, observe les mœurs, les coutumes, les techniques, s’imprègne de ces vies avant de commencer à tourner. Il attend de se sentir nouer un lien profond avec cette terre et ses habitants pour ensuite les filmer. C’est ainsi qu’il parvient à nous transmettre quelque chose de ce monde profondément ancré dans l’histoire de l’humanité. Les films de Vittorio De Seta racontent la façon dont l'homme a apprivoisé les terres les plus arides ou bien la mer, la façon dont il a inventé et peaufiné des techniques afin de maîtriser son environnement, la façon dont il a fait de cette lutte pour la survie une culture. Ils racontent un monde « fait de travail manuel, de tradition, de poésie », aujourd’hui balayé « par le progrès de la mécanisation. »

L’oubli dans lequel est tombé le cinéaste tient à une suite de carrière qui le voit arpenter d’autres territoires, expérimenter de nouvelles choses. Après cette série documentaire qui marque fortement les esprits, et après le succès de son premier long métrage (Banditi a Orgosolo, 1960), Vittorio De Seta travaille pendant quatre ans à son film suivant, Un uomo a metà, qui est de nouveau sélectionné à Venise en 1965. Mais cette fois ci, De Seta reçoit un accueil hostile : pour avoir raconté une histoire mettant en scène un jeune bourgeois, le cinéaste est accusé d'avoir trahi son engagement auprès du peuple. Le fait d'avoir tourné le dos au réalisme documentaire de ses premiers films - pour s'essayer à une mise en scène plus onirique - est également particulièrement mal perçu. Le réalisateur gagne la France où il réalise en 1969 L'Invitée d'après une histoire de Tonino Guerra et un scénario de Michelangelo Antonioni. Ce n’est qu’en 1973, avec une série télé sur l'école, Diaro di un maestro, que De Seta regagne les faveurs du public et de la critique. Autant de films invisibles qui, nous l'espérons, pourraient enfin sortir de l'ombre. Il suffirait pour cela d’offrir à cette première édition des films de Vittorio De Seta le succès qu'elle mérite, de replacer son œuvre à la place d’honneur qu’elle n’aurait jamais du quitter.

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La fiche IMDb
Par Olivier Bitoun - le 1 octobre 2011

Informations

Naissance : 15 octobre 1923
Décès : 28 novembre 2011
Pays : Italie
Métiers : directeur photo, monteur, scénariste, réalisateur