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Personnalités

Maurice Tourneur

Maurice Tourneur

Biographie

La carrière de Maurice Tourneur est l’une des plus riches et des plus passionnantes de l’histoire du cinéma, tant par la qualité que par l’éclectisme des œuvres qui la composent. Mais, paradoxalement, cette carrière demeure encore, aujourd’hui, injustement oubliée et sous-estimée.

Né dans le quartier des Épinettes le 2 février 1876, Maurice Tourneur fut tout d’abord graphiste-illustrateur et décorateur d’intérieur, avant de tenter sa chance au théâtre, sur la recommandation de l’écrivain Jean Joseph-Renaud, un de ses anciens condisciples du lycée Condorcet. Il fit ses premiers pas sur scène au Théâtre des Bouffes du Nord de Paris, en 1900, à l’âge de 24 ans, dans une adaptation de La Tour de Nesle de Frédéric Gaillard et Alexandre Dumas. Et puisque Tourneur est téméraire et qu’il lui fallait plusieurs cordes à son arc, il exerça, en parallèle à sa carrière de comédien, une carrière de régisseur. Une double casquette qui, après l’avoir emmené aux quatre coins du globe dans une tournée épique avec l’actrice Réjane, lui valut d’intégrer, dès 1902, la troupe d’André Antoine,et dès 1909, celle d’Abel Tarride. C’est à cette époque que Tourneur fit une rencontre qui allait changer sa vie : celle du réalisateur Émile Chautard, qui l’invita à le rejoindre, en 1912, au sein de la société Éclair.

Érigée à Épinay-sur-Seine, en 1907, sous l’impulsion des industriels Charles Jourjon et Ambroise-François Parnaland, la société Éclair se spécialise, dèsles premières années de son existence,dans la production cinématographique : entre 1908 et 1918, elle est ainsi la troisième firme française, juste derrière ses illustres aînées, Gaumont et Pathé. Mais ce n’est pas en tant que réalisateur que Tourneur la rejoindra, mais tout d’abord en tant qu’acteur et assistant-réalisateur. Qu’importe, le temps des premières réalisations à part entière n’allait pas tarder. Et c’est à la faveur de la nomination de Chautard en tant que directeur de production, que Tourneur pu enfin se retrouver seul maître derrière la caméra. C’est ainsi que dans les années 1913-1914, il mit en scène seize histoires courtes – souvent de une à trois bobines – et, bien évidemment, sans paroles, parmi lesquelles on retrouvera des adaptations de Georges Courteline (Les Gaîtés de l’Escadron, Octave Féré, La Bergère d’Ivry en 1913) et Charles-Paul de Kock (Mademoiselle "Cent Millions", un drame colonial basé sur les exploits de Thomas-Robert Bugeaud ; Jean-la-Poudre) ou encore la transposition de deux pièces du théâtre du Grand-Guignol signées de l’emblématique André De Lorde (Le Système du Docteur Goudron et du Professeur Plume et Figures de Cire). Durant cette période, Maurice Tourneur a également coréalisé, avec Émile Chautard, ce qu’il est aujourd’hui permis de considérer comme l’un des premiers longs-métrages français de l’histoire du cinéma : La Dame de Monsoreau (1914), d’après une pièce d’Alexandre Dumas père.

Mais les dirigeants de la société Éclair ne se sont pas contentés de faire évoluer leur capital sur base d’une production purement française. Ils ont très tôt compris que la conquête du marché américain pourrait se révéler être une mine d’or. Et c’est donc dans cette optique de lucre que plusieurs succursales furent implantées au pays de l’Oncle Sam, dès 1909, successivement à New York (1909), Fort Lee (1911) etTucson (1913). Et c’est en raison du savoir-faire dont il avait fait preuve aux studios parisiens, mais également grâce à sa faculté de manier parfaitement la langue de Shakespeare, que Maurice Tourneur se vit confier, en mai 1914, à l’âge de 38 ans, le poste de directeur de production de la branche de Fort Lee, en remplacement d’Étienne Arnaud (1) qui l’avait dirigée depuis sa création. Malheureusement, la Première Guerre mondiale, récemment déclarée, fut le déclencheur de la fusion des studios de Fort Lee avec ceux de la World Pictures, dirigés par Lewis J. Selznick et William Brady. C’est donc en tant que metteur-en-scène que Maurice Tourneur continua son activité aux États-Unis, au sein de la société Éclair-Brady World, pour laquelle il réalisa, en l’espace de deux ans, six longs-métrages : Mother(1914), The Man of the Hour (1914), The Wishing Ring : an Idyll of Old England (1914), The Pit (1914), The Cub (1915) et Alias Jimmy Valentine (1915). Après l’avoir quitté Éclair-Brady World, Tourneur mettra son savoir-faire, durant dix longues années, au service de différents studios, y écrivant certaines des plus belles pages de l’histoire du cinéma muet, avec des œuvres aussi prestigieuses que The Poor Little Rich Girl (1917), The Blue Bird (1918), Prunella (1918), Woman (1918), Victory (1919), The Treasure Island (1920), The Last of the Mohicans (1921) et Lorna Doone (1922). Bref, une carrière en tous points exceptionnelle qui, de Fort Lee à Culver City, en passant par New York et Hollywood, le verra diriger Mary Pickford, Wallace Beery, Lon Chaney et John Gilbert, sans oublier Bessie Love, Mae Bush, Dorothy Gish ou encore Richard Dix. Une carrière qui fera de lui, l’espace d’un peu plus d’une décennie, l’un des réalisateurs les plus importants du septième art, l’alter-ego de cinéastes aussi renommés que Cecil B. DeMille, Thomas H. Ince ou David W. Griffith. Rien de plus, rien de moins.

Malheureusement, en 1927, alors qu’il devait entreprendre la réalisation de The Mysterious Island, d’après l’œuvre de Jules Verne, Maurice Tourneur s’opposa à la toute puissante Metro-Goldwyn-Mayer, et dû abandonner le film après seulement quelques jours de tournage, laissant la place,successivement, à Benjamin Christensen et à Lucien Hubbard, ce dernier se chargeant de le terminer. Cet échec professionnel, malheureusement doublé d’une déconvenue sentimentale, précipita le retour de Tourneur en France. Dès son arrivée,il porta à l’écran le roman de Joseph Kessel, L’Équipage (1928), avant de faire un crochet par l’Allemagne où il dirigea Marlene Dietrich dans l’un de ses derniers films muets, Das Schiff der Verlorenen Menschen (1929). Quelques semaines plus tard, Dietrich entrera définitivement dans la légende en tournant, sous la direction de Josef Von Sternberg, Der Blaue Engel (1929). Tourneur, de son côté, alors que le cinéma français en était à ses premiers balbutiements, retournera à Paris pour y mettre en scène Accusée, Levez-vous ! (1930), le premier des vingt-trois films qui composeront, de 1930 à 1948, sa seconde grande période française – et donc parlante. Une période qui, à l’image de toute sa carrière, fut exceptionnelle, et lui permit de diriger les plus grands acteurs de l’époque, de Gaby Morlay (Maison de Danse, 1930) à Danielle Darrieux (Katia,1938) en passant par Edwige Feuillère (Mam’zelle Bonaparte, 1942), Harry Baur (Samson, 1936 - Le Patriote, 1937 - Volpone, 1941 - Péché de Jeunesse, 1941), Charles Vanel (Au Nom de la Loi, 1931 - Obsession, 1934), Fernandel (Les Gaîtés de l’Escadron, 1932 - Lidoire, 1933), Victor Francen (Le Voleur, 1933) ou encore Pierre Fresnay (Koenigsmark, 1935 - La Main du Diable, 1942).

En 1949, peu de temps après la sortie de son dernier film, Impasse des Deux-Anges, Maurice Tourneur fut victime d’un grave accident de la route qui l’obligea à s’éloigner définitivement des studios de cinéma. Il consacrera les dernières années de sa vie à la traduction française de romans policiers américains. Il s’est éteint, le 4 août 1961, à l’âge de 83 ans, dans l’indifférence quasi générale. On doit, à Patrick Brion, la redécouverte de l’œuvre parlante de Maurice Tourneur – accompagnée d’une sauvegarde certaine de la plupart des films la constituant –, grâce à un cycle qu’il consacra au cinéaste, dans le cadre du Cinéma de Minuit de F.R.3, en 1977.


(1) Avant de diriger les studios Éclair de Fort Lee, Étienne Arnaud (1879-1955) fut un des metteurs en scène les plus importants de la maison Gaumont, en France, où il réalisa notamment, en collaboration avec Emile Cohl, La Course aux Potirons (1908). Après avoir été évincé de son poste à Fort Lee, il ne quitta pas les Etats-Unis mais s’éloigna définitivement du cinéma.

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La fiche IMDb
Par Cédric Dewever - le 14 avril 2013

Informations

Naissance : 2 février 1876
Décès : 4 août 1961
Pays : France
Métier : réalisateur