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Actualités - Cinéma

Vivre sa vie

Vivre sa Vie (qui ressort ce mercredi en salles, distribué par Solaris) est un titre de la filmographie de JLG que les non-godardiens parfois lui concèdent (n'essayez pas avec eux Passion ou Nouvelle Vague, ou plutôt si : tentez pour voir). En douze tableaux annoncés par son sous-titre, Godard filme l'aimée, Anna Karina, en prostituée parisienne, sur la base de recherches faites auprès de filles du milieu, tapinant entre cafés et hôtels de passes. La prostitution est une thématique obsessionnelle du cinéaste. Avec ce film il en démontre directement les rouages. Nulle putasserie pour autant, il ne filme pas une putain sur laquelle s’épancher avec misérabilisme (quand bien même sa triste fin n’est pas occultée), mais une jeune femme à la vie intérieure simultanément opaque et complexe. Nana (l’allusion à Zola n’est pas fortuite), n’est pas qu’un corps, qui danserait, pour elle ou de potentiels clients, mais un être d’affects, ébranlée par la Jeanne d’Arc de Dreyer qu’elle découvre, par hasard, dans une salle obscure (hommage indirect à la nationalité d’origine de l'actrice), un sujet pensant, quand elle a l’honneur de discuter avec Brice Parain, qui lui expose les prémisses de la philosophie du langage (d’une manière claire, sympathique et rigoureuse contrastant avec la pédanterie, le verbiage et le goût de l’obscurité caractérisant d’autres interventions de philosophes au cinéma). La mise en lumière de l’intériorité d’une personne traitée par la société comme une marchandise est le geste politique du film. Vivre sa Vie : Film en Douze Tableaux, par-delà les connivences des copains de la Nouvelle Vague, aura une profonde influence sur d’autres du mouvement, Truffant en premier lieu : « La joie physique et la douleur physique que procurent certains moments d’A Bout de Souffle et de Vivre sa Vie, je ne chercherai jamais à les communiquer par l’écriture à ceux qui ne les ressentent pas. L’irréalité totale, voulue ou non, de certains styles de cinéma est séduisante, mais installe un certain malaise. La réalité la plus forte nous séduit, un moment, mais peut finalement nous laisser sur notre faim. Un film comme Vivre sa Vie nous entraîne constamment aux limites de l’abstrait, puis aux limites du concret et c’est sans doute ce balancement qui crée l’émotion. (…) Il y a des films que l’on admire et qui découragent : à quoi bon continuer après lui, etc. Ce ne sont pas les meilleurs, car les meilleurs donnent l’impression d’ouvrir des portes et aussi que le cinéma commence ou recommence avec eux. Vivre sa Vie est de ceux-là. » (in Les Films de ma Vie, éd. Flammarion)

DANS LES SALLES

vivre sa vie
UN FILM De jean-luc godard (1962)

DISTRIBUTEUR : SOLARIS DISTRIBUTION
DATE DE SORTIE : 15 FEVRIER 2017

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