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Actualités - Cinéma

Les Tueurs de la lune de miel

Un producteur de télé renommé est intrigué par un fait divers racontant la condamnation à mort d’un couple de tueurs. Il confie à son ami Léonard Kastle (chef d’orchestre et compositeur d’opéras) la tâche de préparer l’écriture en étudiant les coupures de presse qui relatent cette sordide affaire. Kastle, fasciné, finit par écrire lui-même le scénario qu'un jeune homme de vingt six ans, Martin Scorsese, doit tourner. Au bout d’une semaine, ce dernier est éjecté du tournage suite à sa décision de mettre en scène le film en une succession de longs plans séquences (qui amèneraient sa durée à près de quatre heures !). Après une nouvelle tentative avec un nouveau réalisateur, le producteur, acculé par le budget qui fond comme neige au soleil, décide d'en confier la mise en scène à Kastle.

The Honeymoon Killers fait partie de ces films météores (ce sera l’unique réalisation de Leonard Kastle) qui font soudainement leur apparition dans le paysage cinématographique et frappent par leur originalité et leur radicalité. Déjà il y a l’aspect du film, ce noir et blanc granuleux et agressif, cette mise en scène d’une incroyable précision dont l’âpreté secoue le spectateur. Il y a ensuite ce regard unique porté sur le drame, regard qui ne s’embarrasse d’aucune distance morale, qui ne dégage aucune compassion pour les victimes et qui n’excuse jamais (psychologiquement, socialement) les actes des amants criminels. Ainsi Martha n’est pas présentée comme un monstre calculateur ou une harpie vengeresse. C’est une femme qui sort tout juste d’une vie de frustration, qui échappe à la tyrannie des regards portés sur son corps lourd en découvrant l’amour. Tout ce qu’elle souhaite dès lors, simplement, c’est protéger ce bonheur nouveau pour elle. Ray, le gigolo, l’aime. On ne sait trop pourquoi, mais il l’aime. Il y a entre ces deux corps une irrépressible attirance, un désir pulsionnel. Comme jadis Romeo et Juliette, pour que leur amour puisse s’épanouir, il faut d’abord le libérer de ses entraves. C’est ainsi que la première victime est la mère possessive de Martha. Cet acte fondateur du couple, qui libère leur sexualité et attise leur passion, va dès lors les définir. Car pour que leur amour continue à brûler de tous ses feux, il va leur falloir répéter ad libitum ce crime originel. Martha et Ray vont ainsi alimenter leur passion en créant de troublants trios amoureux avec leurs victimes. Alors que l’on pourrait de prime abord imaginer que Martha souffre de voir Ray consommer ses mariages arrangés, au contraire son amour s’épanouit. En s’inventant des histoires avec leurs victimes, en s’invitant dans leurs intimités (voir comment les proies se livrent à Martha devenue leur confidente), en jouant sur des rapports de domination, de tromperie, de frustration, Martha et Ray enflamment leur idylle.

Kastle filme leur histoire d’amour sans romantisme, mais avec une véritable tendresse. Certes il y a de la violence, du sadisme, du masochisme dans cette histoire, mais il y a aussi en son coeur un amour absolu et total. The Honeymoon Killers est aussi une implacable radiographie de l’Amérique à travers de beaux portraits de femmes esseulées, si typiques de la middle class américaine. Des femmes qui sont d’abord victimes du puritanisme de la société et du regard des autres. Ironiquement, c’est en acceptant la présence de la sœur de leur nouvel époux dans le foyer (elles imaginent ainsi afficher aux yeux de tous leur respectabilité) qu’elles entraînent leur perdition. Martha et Ray seraient-ils une forme dévoyée de la morale puritaine ? Les bras vengeurs d’une religion qui impose sa morale étriquée aux hommes ? Quoiqu’il en soit, Leonard Kastle réalise avec The Honeymoon Killers l’un des plus cinglants portraits de l’Amérique WASP. Un pur chef-d’œuvre, une film rare et profondément troublant dont la beauté vénéneuse vous hante longtemps.

DANS LES SALLES

les tueurs de la lune de miel
UN FILM DE LEONARD KASTLE (1969)

DISTRIBUTEUR : MISSION DISTRIBUTION
DATE DE SORTIE : 27 JUIN 2018

La Chronique du film



Un gigolo séduit des femmes célibataires, se marie et s’enfuit avec leur argent, comptant sur la honte des victimes pour échapper aux poursuites. Il tombe amoureux d’une femme (qu’il présente comme étant sa sœur) et le couple d’amants se met dès lors à assassiner leurs proies. ... (lire la suite)

Par Olivier Bitoun - le 28 juin 2018

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