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Actualités - Cinéma

L'Empire des sens

Nagisa Oshima est un cinéaste rageur, un révolté. Dès ses premiers films il se fait peintre sans concession des excès, des carcans et des dérives de la société japonaise. Il filme les laissés-pour-compte, les délinquants, les prostituées, parle de viol et d’avortement. Du cinéma inconfortable, fougueux qui dérange les politiques et met mal à l’aise les studios. Nuit et brouillard au Japon (1960), où il évoque les manifestations gauchistes, est retiré de l’affiche après trois jours d’exploitation. Oshima s’attaque dans un long texte à ce qu’il appelle une censure camouflée et une volonté évidente d’étouffer toute voix contestataire. Son cinéma n’en sera que plus virulent et la réalisation de L’Empire des sens le point culminant d’une démarche artistique et politique. Anatole Dauman (producteur de Bresson, Godard et Borowczyk) recherche alors des cinéastes de renoms prêts à réaliser des films pornographiques, films qui peuvent dorénavant être distribués en France. Oshima saute sur l’occasion, ce projet lui permettant de briser le tabou de la représentation du sexe à l’écran. Les films érotiques sont alors légion au Japon, mais jamais le sexe n’est filmé frontalement et il demeure toujours cette interdiction de montrer des poils pubiens. Profitant du fait que le film soit une co-production (Koji Wakamatsu, cinéaste anarchiste, est co-producteur), Oshima peut tourner en toute liberté. Les autorités ne peuvent intervenir, mais elles ne manqueront pas de se venger au moment de la distribution, bloquant le film par le biais des services douaniers.

Au-delà de son importance historique, L’Empire des sens est avant tout une oeuvre immense, d’une beauté formelle de chaque instant. Inspiré d’un fait divers célèbre au Japon, le film se concentre sur deux amants enfermés dans une chambre d’hôtel (le film se déroule presque exclusivement en huis clos) qui vont au bout de leurs désirs et de leurs pulsions sexuelles bientôt destructrices. Kichiso et Sada se livrent à une joute amoureuse, une corrida (Corrida de l’amour était d'ailleurs le premier titre pressenti), transformant leurs existences en une recherche insatiable du plaisir au travers d’un long coït ininterrompu. Ils se fondent, ne forment plus qu’un être, oublient le monde, leurs vies, pour ne plus s’épanouir que dans la jouissance de nouveaux orgasmes. Tels des drogués, chaque nouvelle sensation en appelle une autre, plus forte, plus intense, et cette quête désespérée d’un absolu leur interdit toute marche arrière. Derrière eux, il n’y a que des plaisirs exsangues, des territoires calcinés, et ils se doivent d’avancer, toujours, jusqu’au bout. Oshima signe une œuvre trouble, dérangeante, portée par des images dont les couleurs et la géométrie évoquent des estampes japonaises. Un film d'une grande beauté formelle qui prend toute son ampleur au cinéma. Ca tombe bien, Tamasa nous propose de le redécouvrir en salle dès ce mercredi.

DANS LES SALLES

l'empire des sens
UN FILM De nagisa oshima (1973)

DISTRIBUTEUR : TAMASA
DATE DE SORTIE : 12 JUILLET 2017

La Chronique du film

La Page du distributeur


L'obsession amoureuse, sexuelle, de Sada Abe (Eiko Matsuda) pour le mari de son employeuse, Kichizo Ishida (Tatsuya Fuji), jusqu'à sa mise à mort (consentie), une castration post-mortem.  (lire la suite)

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