L'Île du maître (Jack Gold - 1975)

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Chrislynch
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L'Île du maître (Jack Gold - 1975)

Messagepar Chrislynch » 20 déc. 13, 12:53

L'Île du maître (Man Friday) 1975

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Spoiler !

Réinterprétation, en grande liberté, du célèbre roman de Daniel Defoe, avec la volonté d’inverser les rôles entre Robinson Crusoé et Vendredi. Retournement de situation ayant pour but de relativiser la prédominance de l’esprit occidental. Observé du point de vue psychique du « sauvage » Vendredi, les certitudes « blanches » paraissent rapidement effrayantes, d’autant plus lorsqu’elles sont assénées. Car d’entrée de jeu, le fusil à la main, c’est l’esprit occidental qui distribue les cartes : l’occidental sera le maître et l’autre l’esclave. Et tout cela, sous la lumière Divine de la pensée judéo-chrétienne. Dès la première scène, Robinson lit la Bible à voix haute dans laquelle on peut entendre « Dominez la terre, soumettez les animaux. ». Une petite phrase du récit de la genèse, absolument suggestive de la part de l’auteur, préparant le terrain extrêmement glissant dans lequel il veut faire évoluer ses personnages. Une compréhension judéo-chrétienne de l’homme à l’image de Dieu, mais qui n’empêche pas d’assimiler un homme noir à l’animal que l’on doit soumettre. Va s’en suivre un véritable duel psychologique entre les deux hommes. Rapidement, tout ce qui peut paraître évident à la conscience va rapidement voler en éclat. Que signifie réellement « civilisation » et « primitif » ? Quelles sont les valeurs qui se cachent réellement derrière ces données ? Tous les thèmes sont soumis à l’analyse : race, religion, travail, sexe, éducation, sport, rêve, économie, nourriture. Dans cette confrontation des cultures, apparaissent les différences d’interprétations mais surtout l’absurdité des certitudes. Le scénario est habile, évitant les leçons de morale. Il est subtil également car l’intolérance de Robinson est totalement inconsciente. C’est aussi l’histoire de sa désaliénation, très touchante dans l’évocation d’une lumière qui finit par briller à travers les ténèbres. Qu’est-ce qu’une lumière et que sont les ténèbres ? Comment l’une ne peut survire sans l’autre. A cet égard, je regrette un peu la finalité de la narration qui finit par donner l’avantage de l’un sur l’autre. Car il s’agissait aussi de l’histoire d’une rencontre improbable entre deux hommes et d’une amitié en construction. Quand le Yin rencontre le Yang, dans l’expression d’une pensée savante née de mouvements d’opposés. Mais l’auteur, dans son souci de provocation radicale, en oublie la sagesse des contrastes harmonisés. Dommage, parce que l’exercice était presque parfait. Jusque là, la narration mélangeait subtilement le drôle et le drame, douceur et violence, idées remarquablement interprétée par Peter O’Toole passant d’un registre de force à celui de la faiblesse avec une fluidité déconcertante. Richard Roundtree, à ses côtés, n’est pas mauvais sans pour autant offrir la même palette de jeu. D’un point de vue mise en scène, le traitement est très classique, l’accent étant surtout mis sur les échanges verbaux absolument délicieux.

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