Vincent Sherman (1906-2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Julien Léonard » 26 juil. 11, 19:24

J'ai le coffret Bette Davis (entres autres) depuis un petit moment, il faudra que j'y jette un oeil. :)
Ce Sherman là m'intéresse !
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manuma
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar manuma » 26 juil. 11, 21:34

Vu qu’une seule chose de ce réalisateur : Lady of the house, amusant si probablement très romancé biopic d’une célèbre Madame de la côte Ouest des Etats-Unis, interprétée par Dyan Cannon. Aucun trait de génie du côté de la réalisation - qui est également créditée à Ralph Nelson - mais, dans l’ensemble, un petit TV enlevé et plutôt soigné, en particulier dans sa reconstitution d’époque (l’action se situe dans les années 30-40).

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Rick Blaine
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Rick Blaine » 27 oct. 11, 18:15

Cathy a écrit :L'amant sans visage - Nora Prentiss (1947)

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Un médecin abandonne sa famille pour vivre avec une chanteuse de cabaret qu'il a soigné suite à un accident.

Attention spoilers

Vincent Sherman tourne en 1947 deux films qui mettent en vedette Ann Sheridan, deux portraits l'un d'un homme dans l'Amant sans visage, et l'autre d'une femme dans l'infidèle. Nora Prentiss est un film dont il est difficile de parler sans spoiler l'intrigue. Nous sommes dans une ambiance de film noir à partir du moment où le médecin prend l'identité d'un autre homme et que va en découler une fin tragique. Le spectateur connaît pourtant toute la vérité ssur la vie de ce médecin, sa rencontre avec cette jeune chanteuse dont il va d'abord devenir l'amant, puis n'arrivant pas à divorcer, va orchestrer sa disparition suite à un imprévu ! Vincent Sherman illustre ici une histoire d'amour sur fond de night club, de vie nocturne, typique des films noirs, mais qui est en réalité un grand mélodrame, une histoire d'amour impossible, tous les retournements de situation tiennent plus du ressort du mélodrame que du film noir. Le film est mené de main de maître et on se prend de pitié pour ce mari infidèle, cette jeune femme qui va provoquer le malheur d'une famille sans le vouloir, le tout est conté en flash back, et le retour à la réalité ne se fait pas par un retour sur cet homme arrêté qui se souvient de ce qui s'est passé. Vincent Sherman ne revient pas sur cet homme effondré, mais sur son arrestation. Ann Sheridan et Kent Smith se montrent idéaux dans ce couple maudit, la première avec sa belle stature, le second avec sa fine moustache. Nora Prentiss s'avère un très beau classique du genre et mériterait une sortie en DVD autre qu'une édition Warner Archive

copie TCM

J'ai vu Nora Prentiss, je te rejoins, c'est un superbe film. Grand film noir, mais qui suit les codes plutôt propre aux cinéma mélodramatique comme tu le soulignes, ce qui nous donne des personnages parfois surprenant, comme celui du propriétaire du cabaret, que j'attendais comme un méchant de l'intrigue, personnage magnifiquement écrit et interprété par Robert Alda. La qualité d'écriture, c'est d'ailleurs ce qui caractérise Nora Prentiss avec de superbes dialogues, une dynamique d'ensemble très réussi, et au passage une belle charge envers l'american Way of Life, plus discrète que dans certains film ouvertement "rebelles" mais très efficace: l'épanouissement n'est pas dans une vie de famille qui pourrait être un idéal, et elle aliène au point d’empêcher Talbot de prendre ses responsabilités lorsqu'il s'agit d'en sortir pour aller vers le bonheur.
Nora Prentiss est à la fois tendu comme un polar et émouvant comme un mélo, porté par une Ann Sheridan époustouflante. Un très grand film!

Merci Cathy. :wink:

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Cathy
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Cathy » 27 oct. 11, 20:19

Heureuse de voir que Nora Prentiss t'a séduit :) !

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Cathy » 14 nov. 11, 00:21

L'engrenage, The Hard Way (1943)

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Une jeune femme se suicide en se jetant à l'eau. Alors qu'elle est à l'hopital, elle se rémémore ce qui l'a fait en arriver là.

The Hard way utilise le procédé courant des films noirs à savoir les longs flashbacks. Celui-ci préfigure celui de Mildred Pierce tourné deux ans plus tard, et quelque part l'histoire de l'engrenage est dans la même lignée, certes, il n'y a pas de crime, mais on y conte l'ascension d'une femme partie de rien qui à travers sa soeur, cherche à se sortir de sa province profonde. Epouse de mineur, elle ne veut pas que sa jeune soeur suive le même chemi. Celle-ci croise le chemin de deux artistes de burlesque. Elle en épouse un et part avec sa soeur. Celle-ci devient alors le deus ex machina de la vie de sa soeur, décidant de ses amours, de ses choix artistiques, bref de sa vie. Vincent Sherman excelle dans ces portraits de femmes fortes et l'héroïne de son film, bien que fortement antipathique n'arrive pas à inspirer le dégoût, le portrait qui en est fait montre aussi bien ses forces que ses faiblesses, et Ida Lupino confère à la jeune femme sa beauté et son caractère. Joan Leslie en jeune soeur s'avère une bien piètre danseuse, et on a du mal à comprendre comment elle peut devenir vedette de music hall, toutefois, elle est charmante et campe un personnage fort attachant. Côté masculin, Jack Carson est loin de ses rôles habituels de second rôle comique ou léger, et campe le mari malheureux de la jeune artiste. Dennis Morgan que l'on connaît surtout pour ses rôles musicaux s'avère fort convaincant en dragueur impénitent qui fait chavirer le coeur des deux soeurs tour à tour. Vincent Sherman réalise ici encore un superbe mélodrame, qui préfigure d'autres pépites du genre.

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Ann Harding » 19 déc. 11, 16:36

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The Hasty Heart (Le dernier voyage, 1949) de Vincent Sherman avec Richard Todd, Ronald Reagan et Patricia Neal

Birmanie, 1945, la guerre vient juste de finir. Dans un hôpital, un caporal écossais, Lachlan MacLachlan (R. Todd) est soigné pour une blessure grave. Les médecins savent qu'il va mourir à brève échéance. Mais, ils décident de le laisser dans l'ignorance de sa fin prochaine. On l'envoie dans le pavillon de l'infirmière Parker (P. Neal) où les cinq patients ont été prévenus de son état. Ils ont pour ordre de lui rendre la vie agréable. Mais MacLachlan est un vrai misanthrope, désagréable, et asocial...

Ce film Warner a été tourné aux studios Shepperton de Londres. A part les deux américains, R. Reagan et P. Neal, la distribution est britannique. Le film est une adaptation d'une pièce de John Patrick qui avait eu du succès à l'époque. Il se concentre sur un personnage atypique, le misanthrope MacLachlan qui n'a pas d'amis, ni de famille et qui refuse d'entrer en contact avec les autres. Il vit replié sur lui-même incapable de s'exprimer, se montrant arrogant et fier lorsque ses camarades tentent de se montrer aimables avec lui. Voilà un beau sujet qui tranche avec le film de guerre habituel. Malheureusement, la réalisation n'est pas vraiment à la hauteur. Le film a une fâcheuse tendance à ressembler à une succession de scènes théâtrales. Pourtant, les acteurs font preuve de talent. En particulier, Richard Todd, qui était alors débutant, et qui fait preuve d'une belle sensibilité en écossais renfrogné et austère. C'est certainement une des meilleures interprétations de cet acteur qui est assez pâlot dans de nombreux films. De même, Patricia Neal, alors à l'orée de sa carrière à la Warner, échappe à ses rôles de garces pour celui d'une infirmière chaleureuse et humaine. Quant à Ronald Reagan, il est également plutôt bon en Yankee sympathique et compatissant face à l'écossais. Je ne peux que regretter la lourdeur de la mise en scène, qui au lieu d'être légère, ne fait qu'accentuer les effets. Heureusement, le film se termine sur un éclat de rire plutôt que sur une scène larmoyante. Mais, quel dommage qu'un autre metteur en scène n'ait pas été choisi... Le film est disponible en Z1 US avec des ST français.

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Roy Neary » 16 janv. 12, 12:32

Aujourd'hui, DVDClassik met en ligne sa chronique de L'Étoile du destin (Lone Star, 1952) réalisé par Vincent Sherman.
Le DVD est disponible depuis quelques mois dans la collection Trésors Warner, le test est signé Mr Western. :)

:arrow: L'Etoile du destin
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feb
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar feb » 16 janv. 12, 13:38

Pinaise qu'est ce qu'il est fort ce M. Maurel 8) Nickel chrome cette chronique !
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Profondo Rosso » 8 juin 12, 02:25

L'Étoile du destin (1952)

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L'histoire de la lutte pour la réunion du Texas aux Etats-Unis: un aventurier, Burke, est chargé par le président texan de retrouver le vieux héros de l'indépendance, Sam Houston, et de le convaincre de se rallier aux USA.

Un western qui vient saluer avec une belle touche de romanesque un moment historique de l'histoire des USA : l'annexion de l'état indépendant du Texas à l'union. Le script de Borden Chase équilibre plutôt bien ce croisement romantico historique de l'intrigue en greffant formidablement personnages forts et destins individuels à des enjeux qui les dépassent. L'introduction est ainsi un modèle du genre dans sa manière d'introduire le contexte historique et les forces en présences entre indépendantistes souhaitant un Texas libre (par fierté, ambition personnelle ou par crainte de la réaction du voisin mexicain après les évènements de Fort Alamo) et les chantre de l'annexion pensant que l'acte apportera la paix et la sérénité à l'Etat. Notre trio de héros se situe entre ces deux voies mais le scénario loin d'être manichéen y apporte néanmoins des contrastes intéressant. Devereaux Burke (Clark Gable) est un aventurier cynique pour qui l'annexion sera un moyen de s'enrichir (en vendant son bétail à l'armée lors de l'inévitable conflit avec le Mexique) s'il remplit sa mission en retrouvant Sam Houston (Moroni Olsen) seul homme capable de faire basculer le vote et réfugié chez les indiens. Thomas Craden (Broderick Crawford) est lui un indépendantiste convaincu mais dont la ferveur nourrit des ambitions plus personnelles. Martha Ronda (Ava Gardner) est quant à elle la figure la plus pure, indépendantiste sincère et pensant sa cause juste.

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L'histoire offre un formidable chassé-croisé entre ces trois personnages qui passent le film tour à tour à s'allier puis s'opposer, être sincère puis se tromper mutuellement. Clark Gable est comme à son habitude parfait dans son registre détaché dissimulant une sincérité inattendue et après un début de film où on le découvre calculateur amusé son armure se fend lorsqu'il croise la route d'Ava Gardner.

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Il faut tout le talent de l'actrice pour faire exister le personnage intéressant sur le papier mais qui manque parfois de consistance notamment dans la description de son engagement politique. Elle impose cependant une vraie présence et autorité face à Gable et un an avant leur réunion bien plus célébrée dans Mogambo l'alchimie est déjà là et offre quelques belles scènes romantiques. Le grand enjeu du film est finalement de voir les personnages renoncer à leur convictions et aspirations personnelles pour le bien du Texas mais aussi le leur dans ce geste de sacrifice. Pour Gable il s'agira de retrouver un héroïsme sincère et désintéressé pour mériter l'amour d'une Ava Gardner qui renoncera à son tour cédera sur ses positions pour le meilleur. Des efforts que n'est pas près de consentir le mémorable méchant campé par un Broderick Crawford impressionnant de charisme et de détermination mais qui conserve une vraie noblesse malgré ses actes néfastes.

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Le film bien que très bavard au travers de ses différents enjeux aligne tout de même les morceaux de bravoure plutôt efficace. La mise en scène de Vincent Sherman bien que sans génie offre quelques vues grandioses des paysages naturels (la poursuite dans le désert notamment) et si on peut être déçu par la mollesse de certains affrontements (le combats contre les apaches au début assez violent pourtant) d'autres sont formidables comme cet éclair de violence durant la traque autour de la rivière.

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Le final est même très impressionnant avec un siège héroïque face à des indépendantistes enragés menés par Crawford. Là tout y passe, manœuvre stratégique simple et efficace (le double rideau défensif masqué des assiégés) et rebondissement en pagaille et un long mano à mano bien brutal entre Gable et Crawford. Sherman se montre réellement inspiré avec quelques idées de mise en scène démentes comme cette caméra accroché à une poutre s'apprêtant à être fracassée contre une barrière. Donc sans être un classique du genre un très bon western qui a le mérite d'être relativement instructif malgré les raccourcis sur cette période charnière. 4,5/6

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Jeremy Fox
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Jeremy Fox » 15 févr. 13, 09:12

Cathy a écrit :Posté par Julien Léonard

ECHEC A LA GESTAPO de Vincent Sherman

L'exemple type d'un projet assez mineur au final, mais qui reflète le travail d'enrichissement de tout un studio. D'une histoire d'espionnage rocambolesque, la Warner en a fait une sorte de comédie policière assez enlevée où le rythme reste très soutenu, les scènes d'action assez récurrentes, et l'humour toujours présent. On ne peut que remarquer ces nombreux passages de comédie, où l'on sent l'énorme travail d'écriture en ce qui concerne les répliques qui font mouche. Parfois, on se croirait vraiment dans une comédie, ce travail, même s'il reste un peu vain, étant très efficace et intéressant à observer.

Il est aussi très inhabituel de voir Bogart évoluer dans la comédie, même si, dans ECHEC A LA GESTAPO, c'est mélangé au suspense. Il reste quand même quelques scènes de pure comédie avec lui qui valent au moins le coup d'oeil.
Agréable, mais trop léger...

C'est cette légèreté qui me l'a rendu aussi sympathique ; une vraie curiosité que ce film noir mouvementé à forte dose humoristique. Une très bonne surprise avec notamment aussi un casting 4 étoiles.

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Rick Blaine » 15 févr. 13, 09:23

Jeremy Fox a écrit :
Cathy a écrit :Posté par Julien Léonard

ECHEC A LA GESTAPO de Vincent Sherman

L'exemple type d'un projet assez mineur au final, mais qui reflète le travail d'enrichissement de tout un studio. D'une histoire d'espionnage rocambolesque, la Warner en a fait une sorte de comédie policière assez enlevée où le rythme reste très soutenu, les scènes d'action assez récurrentes, et l'humour toujours présent. On ne peut que remarquer ces nombreux passages de comédie, où l'on sent l'énorme travail d'écriture en ce qui concerne les répliques qui font mouche. Parfois, on se croirait vraiment dans une comédie, ce travail, même s'il reste un peu vain, étant très efficace et intéressant à observer.

Il est aussi très inhabituel de voir Bogart évoluer dans la comédie, même si, dans ECHEC A LA GESTAPO, c'est mélangé au suspense. Il reste quand même quelques scènes de pure comédie avec lui qui valent au moins le coup d'oeil.
Agréable, mais trop léger...

C'est cette légèreté qui me l'a rendu aussi sympathique ; une vraie curiosité que ce film noir mouvementé à forte dose humoristique. Une très bonne surprise avec notamment aussi un casting 4 étoiles.

Nous sommes d'accord! :D

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Jeremy Fox » 13 juin 13, 06:42


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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Profondo Rosso » 6 janv. 14, 01:29

Mr. Skeffington (1944)

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Fanny Trellis, la femme la plus séduisante et la plus courtisée de tout New York, est mariée par simple intérêt à Job Skeffington, homme d'affaire juif plus âgé qu'elle. Elle s'abîme dans la mélancolie lorsqu'elle perd son frère à la guerre, le seul être qu'elle ait jamais aimé. Bientôt son mari la quitte. Esseulée, Fanny se met à multiplier les soirées mondaines et les amants.

Mr. Skeffington est un des rôles emblématiques de la figure de garce capricieuse que Bette Davis su si bien jouer dans des films aussi mémorables que L'insoumise (1939). Elle pousse très loin cette figure dans le film, sa prestation outrée étant peut-être lié au drame personnel qu'elle vit parallèlement avec la mort accidentelle de son époux Arthur Farnsworth, Mr. Skeffington étant le film tourné à la suite de cette tragédie. Le tournage ne sera pas sans heurts bien qu'elle y soit dirigée pat Vincent Sherman qui fut un temps son amant. Bette Davis incarne donc ici la belle et narcissique Fanny Trellis, la femme la plus courtisée de New York et dont tous les hommes se disputent les faveurs. Cette facette est d'abord montrée dans son aspect le plus comique avec ce hall d'entrée constamment encombré de prétendants balourd. Cela nourrit l'égo de Fanny ravie de cette adulation, cette tare se prolongeant à son frère Trippy (Richard Waring), viveur dépensier et inconscient. La réalité les rattrape pourtant lorsque Job Skeffington (Claude Rains) patron de Trippy, les avertit des malversations de ce dernier. Par chance Skeffington tombé sous le charme de Fanny va l'épouser et annuler la dette. Trippy jaloux et outré s'engage alors pour la guerre 14-18.

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Bette Davis est épatante, apportant de nouvelle nuances à un type de personnage qu'elle a déjà incarné. Fanny est ici cruelle et égocentrique sans même s'en rendre compte, totalement consacrée à sa propre personne et jamais naturelle. Tous ces gestes et paroles ne sont que minauderies et séduction, le regard toujours aguicheur et en quête d'admiration. L'actrice malgré son charme était consciente qu'elle n'était pas l'incarnation de la beauté éclatante supposé figurer son personnage mais son jeu maniéré et parfaitement étudié, ses afféteries étant caractérisé avec brio par la sophistication de ses tenues et coiffures. La mise en scène de Sherman, la photo délicate d’Ernest Haller offrent aussi un écrin parfait propre à magnifier l'actrice avec notamment une première apparition mémorable et l'idée de ce tableau reflet puis souvenir de son éclat dont l’image plane constamment. Les comportements expansifs ne semblent ici que dissimuler l'hypocrisie et le personnage le plus sincère sera donc Claude Rains qui campe un Mr Skeffington sobre et discret, son amour s'exprimant dans une retenue à l'opposé des prétendants aux déclarations spectaculaire qui ravissent Fanny. Conscient que celle-ci ne l'a sans doute pas épousé par amour, il va également déchanter en constatant que ce narcissisme se prolongera dans le quotidien du couple. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Fanny ne se soucie ainsi que des dégâts physiques de son futur état plutôt que du bonheur d'être mère, continue à recevoir les louanges de ses admirateurs...

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Le scénario gère excellemment la notion du temps qui passe, l'égoïsme de Fanny semblant même la protéger de l'outrage des ans et son immaturité pouvant s'affirmer sans complexe puisqu'elle a éloigné mari et enfant pour prolonger sa folie adolescente. Lorsque la maladie fait soudainement paraître son âge voire au-delà la déchéance sera cruelle et lui rappellera tous ces errements passé. C'est quand arrive ce moment que l'on se demande s'il fallait bien 2h25 pour raconter cette histoire tant l'épilogue rédempteur est d'une rare lourdeur. Bette Davis si juste jusque-là en fait des tonnes grimée et si l'émotion fonctionne pour exprimer l'écart entre ses manières inchangées et son physique décrépis, les situations le surlignent avec si peu de subtilité qu'elles finissent par lasser. La cruelle scène de dîner où les anciens prétendants ont un mouvement de recul face à celle qui fut l'objet de leur affection était suffisamment forte pour ne pas en rajouter avec carrément les bouts de perruques qui se détachent dans une autre séquence.En voulant rendre la chute à la hauteur de l'arrogance passée, le scénario en fait un peu trop et on a l'impression que Bette Davis fait son numéro (son maquillage grossier semblant par moment échappé de La Vie Privée d'Elisabeth d'Angleterre (1939)) alors qu'il y avait une belle prise de risque (elle y gagnera une nouvelle nomination à l'Oscar). Du coup les tant attendue retrouvailles finales laissent presque froid et ajoute encore une touche de pathos avec une astuce assez malhonnête pour préserver l'égo pas tout à fait éteint de son héroïne. Un beau mélodrame qui s'égare un peu par manque de finesse dans sa dernière partie, dommage. 4/6

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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar francesco » 6 janv. 14, 16:40

En fait les défauts que tu pointes sont dû à la difficulté de l'adaptation à proprement parler : le roman d'Elisabeth Von Arnim est un délicieux morceaux de bravoure, avant tout très comique, dans lequel une ancienne belle se souvient de ses jeunes années en faisant le tour de ses anciens prétendants. Chaque chapitre est consacré à un prétendant différent et pendant tout le roman Fanny a 50 ans (son passé est relativement flou et évoqué de manière très subjective). La scène à la perruque, le "truc" final aussi, prenait beaucoup plus leur sens dans ce contexte parce qu'ils figuraient parmi d'autres scènes identiques. Ici il y a des ruptures de ton un peu compliquées. Le roman devait être adapté (il avait été un énorme succès) mais était inadaptable parce qu'aucune actrice phare du studio n'aurait voulu se montrer pendant trois heures sous les traits de la vieille Fanny. Le film devient donc plutôt un woman's picture sur une femme égoïste et coquette et son mari bienveillant plutôt qu'une comédie à la fin brutalement amère et tendre. Et la fin, dans ses conditions, surprend en effet un peu.
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Re: Vincent Sherman (1906-2006)

Messagepar Profondo Rosso » 6 janv. 14, 16:49

Ah je comprends mieux, tout ce qui était diffus et amené plus progressivement grâce à la structure du roman se trouve cumulé à avec les changements du film. Les ruptures de ton ne m'ont pas trop embêté (ça démarre presque comme de la screwball comedy d'époque) mais la dernière demi-heure était vraiment dure à digérer, quasi aucune humiliations n'étant épargnée à Bette Davis de manière bien appuyée (et des plans de reflets de miroir dans tous les sens, le coup de la perruque, la réception...).