Alain Corneau (1943-2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Johnny Doe
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Alain Corneau (1943-2010)

Messagepar Johnny Doe » 9 nov. 04, 01:49

EDIT DE LA MODERATION:

N'hésitez pas à consulter les topics consacrés à
Série noire (1979)
Stupeur et tremblements (2003)
Le deuxième souffle (2007)
Crime d'amour (2010)






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Le choix des armes

Un peu déçu puisque c'est du Corneau quand même. C'est surtout par la façon qu'a le scénario de s'étaler. Depardieu part, reviens, Montand veut le buter, puis il hésite, puise ceci, puis celà. Une écriture moins embrouillé aurait sûrement permis au film d'atteindre des sommets à mon avis, puisque la réalisation, la froideur, la violence et l'ingéniosité de certaines idées révèle un sacré putain de polar noir. N'empêche, j'étais au bord des larmes lorsque Depardieu est à la plage avec sa fille, c'est sublime. Et puis quels acteurs !
- Errm. Do you want to put another meeting in?
- Any point?
- May as well. Errm. And then when nothing comes in, just phone you up and cancel it.

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Nestor Almendros
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Messagepar Nestor Almendros » 13 juin 06, 12:08

NOCTURNE INDIEN d'Alain Corneau

Un film très littéraire, dans lequel l'histoire s'estompe petit à petit pour ne plus être qu'un ressenti de ce pays apparemment fascinant (ce n'est pas le premier cinéaste français à faire un film sur ce pays: Renoir, Louis Malle...). Si ce n'est finalement pas trop mon trip, l'ambiance et l'intrigue sont intéressantes à défaut d'être totalement captivantes, quand on arrive au bout.

Bravo à StudioCanal de soigner son catalogue en proposant un vieux master (probablement inchangé depuis la sortie du film). Si les teintes marrons correspondent à l'ambiance du film, il est certain que le dir. photo (Yves Angelo) doit lever les yeux au ciel. Le master est propre et correctement défini, cependant.

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Messagepar Alligator » 20 juil. 06, 14:57

La menace - Alain Corneau - 1977 - 7/10
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Enième collaboration Montand/Corneau avec Carole Laure en guest-star. Pas mal. La première partie, la plus longue se déroule à Bordeaux et à Blaye, elle est un peu longue à mettre en route les protagoniste et l'action dure un peu trop, légèrement, c'est amplement regardable. La seconde partie se déroule au Canada et donne un coup de fouet à l'action. Le film est agréable. Ma vision a été tout de même altérée par la diffusion médiocre de Cinépolar.
La réalisation est toujours efficace, les acteurs sont bons. Un bon petit film.

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Nestor Almendros
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Alain Corneau

Messagepar Nestor Almendros » 6 nov. 09, 11:31

POLICE PYTHON 357 (1976)

SPOILERS
Revu hier ce polar 70’s d’Alain Corneau, l’un des spécialistes hexagonaux du genre. J’en suis sorti content mais un peu mitigé quand même, comprenant pourquoi ce classique des diffusions tv ne m’avait pas touché plus que cela auparavant.
L’ensemble baigne entre le polar bien écrit et le spectacle tous publics. Je trouve que l’histoire méritait un traitement beaucoup plus noir et qu’il garde pour des raisons de visibilité (certainement) des aspects consensuels un peu dommageables. Je pense notamment à la mise en place (où l’accumulation de futurs indices se fait clairement sentir) et plus spécialement à la romance trop fleur bleue entre Montand et Stefania Sandrelli, pas forcément aidée par des dialogues parfois peu inspirés. C’est un passage obligé pour justifier la détermination du héros, mais je trouve que cette relation ne sonne pas tout à fait juste…

Le crash entre Montand et Perrier est, de plus, facilement attendu mais le film trouve sa force dans une originalité bienvenue : le spectateur est finalement souvent surpris des nombreux retournements de situations. L’idée de leurs points de vue parallèles (celui du vrai tueur et celui du faux coupable) est, par contre, vraiment bien imaginée. Chacun tente de trouver l’identité de l’autre sous les yeux d’un spectateur omniscient. Le scénario a surtout pour lui de développer habilement chaque cas de figure, notamment avec le faux coupable qui tente de récupérer les traces qu’il a laissées et qui pourraient le démasquer. Mise à part le face à face avec les témoins et le portrait robot qui rappelle une fameuse scène du FANTOMAS avec De Funès (heureusement, Corneau ellipse rapidement les points communs pour aller à l’essentiel de la dramaturgie de la scène), le spectateur ne peut qu’être pris dans ce cauchemar éveillé où le héros tente désespérément de sauver sa peau.

Notons que le vrai tueur n’est pas le personnage le plus noir du film. Il a craqué sous des impulsions sanglantes mais c’est surtout de sa femme que vient l’idée et la personnalisation du mal. Simone Signoret, malgré une faiblesse physique, un calme et une détresse apparente cache en fait un tempérament complètement démoniaque au nom de l’amour. C’est elle qui force la main de son mari pour qu’il sauve sa peau. C’est un couple du mal original dans le cinéma français, d’autant qu’il est terriblement humain (et donc empathique par moments : comme avec le désir de suicide de Signoret). Une ambivalence d’autant plus effrayante.

Je ne suis pas non plus forcément très client de l’aspect western moderne du film. Je pense spécialement aux poses « dynamiques » de Montand en action, revolver à la main. On sent que Harry Callahan est contemporain du film. Disons que le rendu est aujourd’hui exotique.

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Nestor Almendros
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Re: Alain Corneau

Messagepar Nestor Almendros » 8 nov. 09, 00:14

LA MENACE (1977)

SPOILERS
On prend les mêmes et on recommence. Alain Corneau retrouve, un an après POLICE PYTHON, Yves Montand et le scénariste Daniel Boulanger pour une histoire aux retournements peut-être moins malins mais au résultat tout aussi prenant et aux évolutions plus graves. S'il est encore question de fausses apparences, d'innoncent accusé à tort, de preuves fabriquées, de justice aveugle, le scénario baigne davantage entre le drame et le polar. On se passionne encore une fois pour des vies, des couples brisés qui tentent désespérément de recoller les morceaux mais qui sont invariablement rattrapés par la malchance. On retrouve aussi, après Signoret, un nouveau personnage maléfique motivé par la passion et le désespoir (Marie Dubois) qui n'interviendra cependant que très peu dans l'histoire (seulement comme déclic). Et c'est encore une fois un concours de circonstances banal qui se transformera en fuite dramatique: il s'ajoute au fur et à mesure des développements une notion de destinée tragique, impartiale et aussi ironique (cf la fin avec les camionneurs) qui donne une ampleur nouvelle et bénéfique au film. On note également, comme pour POLICE PYTHON, une mise en scène qui repose beaucoup sur le visuel et qui, ici, donne parfois dans le spectaculaire (la mort de Montand).
C'est un film que j'avais revu il n'y a pas si longtemps et qui ne m'avait pas spécialement marqué, là aussi. Je n'en attendais pas grand chose, voulant surtout le revoir pour compléter la trilogie Corneau/Montand, et ce fut finalement une bonne surprise. Dans un registre différent de POLICE PYTHON, je pense pourtant avoir préféré LA MENACE pour sa noirceur ambiante, davantage portée sur le drame que sur le suspense.

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Kevin95
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Re: Alain Corneau

Messagepar Kevin95 » 8 nov. 09, 12:48

Personnellement je préfère aussi cette Menace à Police Python 357, film Langien en diable qui sous le masque de la série B offre un regard sur la culpabilité et le destin que n'aurait pas régné le réalisateur allemand. J'ai une affection pour le personnage de Jean-François Balmer, flic salopard sur les bords en gros un rôle habituel pour le comédien qui l'interprète les mains dans les poches et avec beaucoup de talent.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)

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Nestor Almendros
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Re: Alain Corneau

Messagepar Nestor Almendros » 11 nov. 09, 22:17

LE CHOIX DES ARMES (1981)

Alain Corneau retrouve Yves Montand pour la troisième fois, pour un troisième polar. Daniel Boulanger n’est plus à l’écriture, l’intrigue ne se base plus sur des procédés ludiques qui faisaient tout le sel des œuvres précédentes.

SPOILERS
Cette fois-ci, Corneau et son co-scénariste Michel Grisolia choisissent de travailler sur des figures récurrentes du genre policier. On retrouve l’ancien caïd à la vie désormais rangée, le jeune criminel incontrôlable, etc. LE CHOIX DES ARMES propose un face à face entre deux générations, deux époques. Dans les deux camps (banditisme et police) c’est un personnage mature qui se heurte à quelqu’un de son milieu, mais plus jeune, plus vigoureux, plus sauvage : ce sont les anciens (Montand, Galabru) contre la jeune génération (Depardieu, Lanvin). Par l’appartenance à un même milieu, on peut presque s’imaginer que ces duos réunis par le hasard sont deux facettes d’une même personnalité, deux moments d’une seule vie. On imagine sans mal que les personnages de Noel Durieux (Yves Montand) et Bonnardot (Michel Galabru) devaient ressembler respectivement à Depardieu et Lanvin à leur âge. Une complémentarité qui joue sur des profils différents : la sagesse et la maturité de Durieux qui renonce à la violence de son passé, tel une force tranquille qui appelle logiquement Mickey le dingue (Gérard Depardieu), personnage sanguin et irréfléchi qui a pour lui la fougue de la jeunesse.

Le scénario confronte habilement des personnages opposés socialement mais aux points communs évidents, au moins dans les psychologies. On note, par exemple, une forte similitude dans chaque génération : Sarlat (Gérard Lanvin) et Mickey sont tous deux plus ou moins incontrôlables, impulsifs, instinctifs, peu (ou pas) méthodiques, trop impatients car pressés par l’ignorance. Tandis que Durieux et Bonnardot, au contraire, connaissent leurs métiers et agissent efficacement. Ce sont des caractéristiques identiques et transversales qui montrent que, quelque soit le parcours (moral, social, etc.) l’homme se construit à peu près de la même façon. Le film rejoint ainsi la thématique florissante (notamment au cinéma) qui rapproche le bandit du policier, qui montre que ce sont deux univers identiques uniquement séparés par la loi et la morale.

Parmi tous les personnages du film, Mickey le dingue est peut-être celui qui m’a paru le plus développé et le plus intéressant. On peut avoir l’impression que Corneau en rajoute, là aussi, sur la complexité psychologique, presque schizophrénique, du personnage. Mais la richesse intérieure de Mickey en fait quelqu’un de bien plus intéressant que sa fonction première. Au-delà du mimétisme entre son aspect physique massif et son tempérament volcanique qui ne peuvent que fasciner la caméra, ce personnage cache des fêlures plus nuancées. Surtout, Depardieu incarne un Montand jeune : c’est par le personnage de Mickey et ce que le film nous montre de lui que l’on comprend le parcours de Durieux, son passé. Si Mickey semble mieux développé c’est peut-être aussi parce qu’il compte finalement pour deux.
La violence extérieure que laisse éclater Mickey cache un besoin évident de liberté (cf la scène où il joue avec les chevaux). C’est quelqu’un de seul, perdu dans notre société, qui ne sait pas où aller. Il se cherche un but dans la vie, un nouveau départ au calme (comme ce fut le cas pour Montand) : le rapprochement vers sa fille et l’acceptation de telles responsabilités trahissent un besoin de s’assagir et de tracer sa propre voie. S’il refuse toute autorité (en levant la voix ou menaçant d’un revolver) il en a surtout très peur. Certaines scènes très justes étonnent par le contraste des tempéraments : quand il croise la femme de la station service ou le grand-père de la petite. Habitué des réactions apeurées qu’il provoque (et qu’il s’amuse certainement à provoquer) pendant ses méfaits, il reste surpris quand on lui tient tête. Au point d’en perdre ses moyens : il est facilement impressionnable, jusque dans les réactions à ses propres gestes (quand il tue le policier au début). Derrière les colères et les menaces proférées à la chaîne, Mickey est surtout un enfant et quelqu’un qui n’a pas la conscience de la portée de ses actes. On comprend d’autant mieux Montand qui, voulant tourner la page d’un passé ponctué de morts gratuites ou de violence inutile, a tout fait pour repartir de zéro.

Au-delà des jeux d’intrigues intergénérationnels, LE CHOIX DES ARMES montre également des bribes d’une société inégale qui laisse (déjà) sur le déclin une certaine tranche de la population. C’est un peu ce que semble symboliser le personnage de Richard Anconina, quelqu’un sans bases qui va où le vent le porte et qui n’a rien à offrir – même pas sa personnalité insignifiante. Il fait partie d’une population précaire, oubliée dans des cités géométriques, véritables cages à poules au milieu des détritus qui jonchent les rues. Pour eux, l’avenir est encore plus incertain (ce qui est sensiblement confirmé aujourd’hui).

On retrouve les aspects romanesques chers à Corneau quand Montand décide de venger la mort de sa femme : l’amour et la passion motivent l’action. Poussé par ces élans émotionnels on peut reprocher à Corneau de ne pas suffisamment nuancer ses personnages qui, de temps en temps, s’engouffrent un peu trop dans le sentimentalisme. Yves Montand, par exemple, m’a semblé parfois trop ouvertement amoureux, trop dans l’exaltation (ou dans la démonstration). A croire que la justification d’actes hors norme (la vengeance) nécessitait des sentiments eux aussi hors normes.
Le scénario dose ses effets avec un canevas efficace qui relance régulièrement l’intrigue. J’ai beaucoup aimé la première heure, l’installation des personnages et l’impression d’envahissement d’un terrain neutre par des fantômes du passé. Comme dans les autres films de Corneau, la mise en scène précise et percutante privilégie les moments visuels et délaisse des dialogues finalement peu nombreux au profit de l’action.

Beau master StudioCanal: copie globalement très propre, peu abimée (quelques rayures verticales en de rares moments) et une bonne définition. Par contre, niveau son, je ne comprends pas ces mixages stéréo où les voix sont inaudibles pendant que les bruitages et la musique sont, eux, plus forts: obligé pendant tout le film de monter (presque à fond) et baisser le niveau sonore pour bien entendre les dialogues et ne pas faire criser mes voisins au moindre coup de feu ou dérapage de voiture. Pas cool du tout :twisted:

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Jeremy Fox
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Re: Alain Corneau

Messagepar Jeremy Fox » 21 nov. 09, 09:08

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Tous les matins du monde (1991)

Etonnante et inhabituelle gestation que l’histoire à l’origine de ce sublime film d’Alain Corneau, qui fut couronné par le prix Louis Delluc et, toujours en 1991, par toute une tripotée de Césars tout à fait mérités, non moins que ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur sans oublier des récompenses pour sa photographie, sa musique et son montage. En effet, "Tous les matins du monde" a été pensé en premier pour le cinéma ; Pascal Quignard en avait écrit 17 versions successives sans en être satisfait et avait fini par transformer ces tentatives en roman. Ce neuvième long métrage de Corneau (surtout connu et célébré pour ses excellents polars et films noirs des années 70 comme "Police Python 357", "Série Noire" ou "Le Choix des armes") se trouve donc être l’adaptation d’un roman qui ne doit son existence qu’au projet du film ! Hormis l’aspect anecdotique assez amusant, qu’importe d’ailleurs que l’un ait été conçu avant l’autre ; le résultat est là et c’est une merveille de tous les instants, une jouissance à la fois pour les sens et l’intellect !

N’ayons pas peur de penser, surtout lorsque Kubrick a toute mon admiration, que le travail photographique d’Yves Angelo n’a pas à rougir de la comparaison avec celui de John Alcott sur "Barry Lyndon" ; chaque plan, qu’il soit d’extérieurs ou d’intérieurs, chaque éclairage, touchent à la perfection. Le travail d’adaptation, de retranscription et de composition musicales de Jordi Savall est tout aussi extraordinaire et l’on frisonne à l’entendre jouer sur sa viole de gambe ces pièces sublimes que sont celles de Sainte Colombe, Marin Marais ou à l’orchestre pour la puissante "Marche pour la cérémonie des Turcs" de Lully. Car pour ceux qui l’ignorent, l’idée passionnante de Pascal Quignard est d’avoir imaginé les liens qui ont pu unir et les relations qui ont pu se nouer, dans le 17ème siècle de Louis XIV, entre deux hommes aux caractères très différents, deux musiciens aux conceptions antinomiques sur leur art : le janséniste Sainte Colombe et le compositeur de la cour Marin Marais. Hormis la musique, ils se verront dans le même temps réunis et opposés par le fait que l’un tombera amoureux de la fille de l’autre.

Une histoire d’apprentissage, une histoire d’amour et surtout une réflexion absolument captivante et toujours d’actualité sur l’art en général. Le sublime ne peut-il être atteint que par la recherche de l’austérité, du sérieux, et par un travail incessant comme semble le croire dur comme fer l’ascétique Sainte Colombe ? L’art ne peut-il pas aussi naître d’une conception plus "divertissante", plus vivante, comme paraît l’être la musique composée par le libertin et vaniteux Matin Marais ? Encore aujourd’hui, à propos même du cinéma, des débats sans fin ont lieu sur le web et ailleurs quant à savoir comment définir un chef-d’oeuvre, quant à différencier les notions d’auteur et d’artisan, chacun restant bien campé sur ses positions. :fiou: :mrgreen: Autant dire que le sujet n’a pas fini d’enflammer les débats et de faire couler de l’encre. "Tous les matins du monde" est le film idéal pour entamer ce genre de discussion, d’autant que le scénario est magnifique.

Un film austère, littéraire (texte magnifique, dont la voix off inoubliable est celle de Gérard Depardieu) et exigeant, tout en retenue et en non dits, mais qui mérite qu’on fasse un effort qui trouvera sa récompense dans la fascination qu’il finira très vite par exercer sur vous grâce aussi à d’exceptionnelles performances d’acteur dont celle de Jean-Pierre Marielle, très éloignées des ses compositions extraverties habituelles. L’idée de faire interpréter Marin Marais par le père et le fils Depardieu contribue aussi grandement à la crédibilité de l’ensemble. Quant à la mise en scène d’Alain Corneau, elle est à l’image du film et aurait certainement eu l’aval de Sainte Colombe : sublime par son parti pris de rigueur et de dépouillement non dénué d’émotion sous-jacente. Le feu caché sous la glace et qui n’en jaillit que plus somptueux et brûlant, à l'image de ces bouffées d'onirisme qui parsèment parcimonieusement le film !

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Re: Alain Corneau

Messagepar odelay » 18 févr. 10, 22:45

Bonne nouvelle, Fort Saganne est enfin dispo à l'unité chez Studio Canal (on ne le trouvait que dans le coffret Corneau sorti pour Noël). C'est bien sûr le montage ciné.

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A noter que le DVD que j'ai vu en magasin n'a pas ce visuel au découpage dégueu, mais reprend l'affiche originale (toujours avec le contour ocre). Un moment de lucidité de l'éditeur?

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Re: Alain Corneau

Messagepar Watkinssien » 18 févr. 10, 22:55

Même si ces dernières années le bonhomme n'est pas au meilleur de sa forme, Alain Corneau reste l'un des meilleurs cinéastes français en activité. Il a un talent certain à la fois pour respecter les codes de genres populaires et pour s'adapter à n'importe quel sujet et à n'importe quel contexte historique.

Mon trio de tête est :

- Série Noire (1979), chef-d'oeuvre viscéral dont le ton, la maîtrise de la mise en scène et le traitement formel semblent avoir grandement influencé un certain Jacques Audiard.
- Police Python 357 (1977), un modèle de film policier à la française, sec, sans concessions, subversif et réflexif.
- Le Choix des Armes (1981), un grand polar, à la dramaturgie implacable.
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Re: Alain Corneau (1943-2010)

Messagepar Jeremy Fox » 30 août 10, 20:07

Série noire : demain soir à 22.40 sur France 3. Immanquable !

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Re: Alain Corneau

Messagepar » 30 août 10, 21:04

Watkinssien a écrit :Police Python 357 (1977), un modèle de film policier à la française, sec, sans concessions, subversif et réflexif.
- Le Choix des Armes (1981), un grand polar, à la dramaturgie implacable.

Voilà un petit moment que je les ai, ces deux-là (ainsi que Le Cousin), il faudrait que je me décide à les voir.

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Re: Alain Corneau (1943-2010)

Messagepar Happy Charly » 30 août 10, 21:45

J'ignore si celle-ci a déjà été faite - ici ou ailleurs ( comprendre sur le site ou lors d'une des émissions dont je m'inspire ) - mais je crois que je ne saurai me retenir :

Si vous croyez qu'Alain Corneau est le héros d'un film de Gérard Oury avec Louis de Funés et Bourvil, comme beaucoup vous passez pour un blaireau dès que les gens se mettent à parler cinéma.
Vous voulez briller en société ?
Alors ce topic est fait pour vous...


Adieu, Monsieur Corneau
Et merci pour tout :(
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Re: Alain Corneau (1943-2010)

Messagepar Cinematographer » 8 nov. 10, 18:48

L’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière organise une projection de Nocture indien d’Alain Corneau mardi 9 novembre 2010 à 20 heures au cinéma Grand Action (5, rue des Ecoles - Paris 5ème). En présence de Yves Angelo, directeur de la photographie et Pierre Gamet, chef opérateur du son.
"There are so many pictures being made today that are dependent on the dialogue; sometimes you find yourself essentially photographing words, and that's OK. But this was a great opportunity to work with a director who was interested in visual storytelling." John Toll

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Re: Alain Corneau (1943-2010)

Messagepar Demi-Lune » 29 nov. 10, 11:30

Police Python 357 (1976)
Ce film tournait en boucle quand j'étais plus jeune. Cela faisait bien longtemps que je ne l'avais pas revu, et si j'apporterai quelques nuances à mon enthousiasme débordant d'antan, je constate que ce film demeure une très belle réussite du polar à la française. Mes bémols s'articulent autour du jeu de Stefania Sandrelli, que j'ai trouvé un peu faux, et qui plombent par voie de conséquence une bonne partie des scènes romantiques qu'elle partage avec Montand. Ce dernier d'ailleurs adopte des poses de cow-boy moderne, comme disait plus haut Nestor, qui datent un peu le film : la scène de fusillade finale passe avec difficulté, maintenant. Si l'on met de côté quelques ressorts faciles (notamment tous ces indices que Montand dissémine involontairement) mais qui participent finalement si bien du suspense policier, le scénario reste toujours aussi bien construit et fascinant. Chaque lenteur de la première partie trouve une raison d'être dans la seconde, où les situations s'inversent de manière inextricable pour Montand. Les trajectoires croisées du vrai coupable et de l'innocent soupçonné, qui se cherchent mutuellement, permettent un suspense alterné fort bien pensé. La mécanique est globalement imparable, précise, haletante, infernale. La froideur et les couleurs tristes, le design 70's, confèrent au film une ambiance dépressive, annonciatrice de la tragédie et du piège à venir. Outre les performances de Montand, Périer et l'infâme Signoret, il faut ainsi souligner dans cette perspective la partition de Georges Delerue, rare mais toujours juste. Des chœurs graves et inquiétants du début aux cordes mélancoliques à la Herrmann quand Montand suit Sandrelli, la musique renforce l'atmosphère funèbre et sans échappatoire de l'ensemble. Au final, le produit est imparfait, accuse légèrement son âge par certains aspects, mais la mise en scène clinique de Corneau et le scénario machiavélique en font une belle référence du polar à la française, spectral et mémorable. J'aime également son "remake" US de Roger Donaldson, Sens Unique (1987).