Lolita (Stanley Kubrick - 1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Alligator
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Lolita (Stanley Kubrick - 1962)

Messagepar Alligator » 18 août 07, 13:23

Lolita (Stanley Kubrick, 1962) :
8/10
_______________

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Tragédie de l'obsession, de l'amour passion, exclusif, possessif, parasite. Kubrick ne manque pas d'insérer une bonne dose d'humour dans son récit pathétique. Et pas seulement grâce aux interventions facétieuses et non moins maitrisées du sieur Sellers. La peinture d'une Amérique à la pudibonderie variable est corrosive. La performance de Winters est sur ce point excellente. Au delà de la trame principale, de cette chute passionnelle, le film a une portée universelle sur le mal de vivre, de vieillir, sur ces petits arrangements avec soi même. Sous des vernis de grande vertu, se cachent des sous couches morales à la sexualité plus ou moins refoulée : la foule de personnages qui voltigent autour du couple Mason/Lyon nous le rappelle constamment donnant en fin de compte à la soudaine et interdite passion une teinte presque licite, nous rendant d'autant plus sympathique le personnage torturé de Mason, qui livre en passant une énième partition parfaite.
La photographie souple, douce, sensuelle de Morris m'a beaucoup plu offrant à l'oeil un spectacle des plus agréables.

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Lord Henry
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Messagepar Lord Henry » 18 août 07, 15:46

Je me suis toujours demandé quelles notes pouvaient bien avoir à l'école ceux qui mettent huit sur dix à Stanley Kubrick.
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Nicolas Brulebois
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Messagepar Nicolas Brulebois » 18 août 07, 17:28

Il y a quelques années, j’avais été découvrir ce film rempli d’espoir, vu les torrents de superlatifs qu’on lui avait toujours décerné. :D

J’en étais ressorti atrocement déçu/désillusionné. :shock: :? :roll:
Avec l’impression que l’aura « scandaleuse » du film (à son époque) lui avait été tout bénef’ (pour la postérité), empêchant après coup le film d’être réévalué pour ce qu’il était vraiment : une adaptation à peine potable d’un chef-d’œuvre de la littérature.

La scène, notamment, où Humbert revient, quelques années plus tard, et trouve Lolita grandie (et mal grimée) en ménage, m’a paru particulièrement ratée. D’autres choses m’avaient déplu (notamment Peter Sellers – en roue libre ? – qui en fait des tonnes), mais cette scène-ci me reste tout particulièrement en mémoire. :x

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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 18 août 07, 18:05

Je vais passer pour un cancre auprès du professeur Lord Henry mais ma note sera de 10/10

Voici ce que j'écrivais pour un conseil TV

Il est souvent de bon ton de dénigrer une adaptation littéraire à force de vouloir à tout prix la comparer au roman original, en en critiquant les ajouts et les retraits par rapport au matériau de départ. Ces deux vecteurs artistiques que sont la littérature et le cinéma étant quasiment opposés, les comparaisons sont cependant assez vaines quand il s’agit de juger d’une œuvre surtout que nous pourrions facilement trouver de nombreux exemples illustrant tous les cas de figures possibles : un chef-d’œuvre adapté d’un roman de gare, un navet tiré d’un monument littéraire et même un film tout aussi réussi que le livre qu’il adapte malgré (ou plutôt grâce) aux libertés prises par le scénariste ou le réalisateur. Bref, tout ça pour dire qu’une adaptation littéraire devrait pouvoir se juger comme n’importe quel autre film, en faisant abstraction de l’autre œuvre dont elle est tirée. D’ailleurs, comment l’amoureux de ce sublime roman qu’est le Lolita de Nabokov aurait pu imaginer prendre presque autant de plaisir à la vision de son adaptation cinématographique. Et pourtant, ce fut bien mon cas en découvrant le film de Kubrick après que Lolita ait été depuis longtemps un de mes livres de chevet ! Il s’agit donc de l’histoire d’une attirance obsessionnelle d’un homme mûr pour une jeune adolescente, fille de sa défunte épouse, attachement et désir qui le conduiront à la folie. Cet homme, Humbert Humbert dont la déroute intérieure est profondément poignante, c’est un James Mason absolument génial, réussissant d’une seconde à l’autre à être tour à tour haïssable et attachant comme le sera d’ailleurs Lolita, formidablement campée par une Sue Lyon absolument craquante et qui renouvellera l’exploit deux ans après dans le non moins superbe La Nuit de l’iguane de Huston. Grâce à cette actrice à la filmographie trop restreinte, ces deux films atteignent des sommets dans l’érotisme suggéré, renforcé dans Lolita par ces fameux longs fondus au noir. A cause des problèmes qu’on craignait vis-à-vis de la censure, Lolita fut tourné en Angleterre et Nabokov lui-même, après qu’il ait rêvé lire le scénario, participa à son écriture. Il fut très mal accueilli un peu partout. Pourtant, ce mélange d’humour noir assez grinçant et de pathétique donne au film de Kubrick toute son originalité et sa grandeur, sa drôlerie et son émotion. Une satire féroce d’une certaine grotesque Amérique profonde (symbolisée par une Shelley Winters survoltée et le thème musical ‘lolitien’ sautillant de Nelson Riddle), un ton sardonique déroutant mais aussi une sublime histoire d’amour et un final inoubliable qui fait venir les larmes aux yeux.

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Lord Henry
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Messagepar Lord Henry » 18 août 07, 18:46

Cela dit, on peut difficilement passer pour un cancre avec dix sur dix. Ou alors, il faut croire que depuis ma lointaine scolarité, la pédagogie moderne a fait des ravages au point d'inverser le système de valeurs.

Au passage, on ne soulignera jamais assez la qualité de la filmographie de James Mason sur la vingtaine d'années qui courent de 1945 au milieu des années soixante, traduisant une grande sureté de choix.
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ed
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Messagepar ed » 18 août 07, 19:29

Nicolas Brulebois a écrit :empêchant après coup le film d’être réévalué pour ce qu’il était vraiment : une adaptation à peine potable d’un chef-d’œuvre de la littérature.
bah merde, et personne n'avait compris jusqu'à aujourd'hui ce que c'était vraiment ?
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Truffaut Chocolat
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Messagepar Truffaut Chocolat » 18 août 07, 19:38

Mis à part Eyes Wide Shut, mes Kubrick favoris sont ceux des années 60, que je considère comme les plus sensibles de sa filmo: Folamour, 2001 et Lolita, donc. La voix off ainsi que la structure narrative (flash-back) impriment une tonalité proche du film noir... car Lolita c'est aussi l'histoire d'un homme qui tue son rival par jalousie.

Bien sûr, Kubrick fera par la suite bien mieux sur le plan visuel, mais je considère que cet histoire d'amour fou peut être une heureuse (re)découverte pour beaucoup.

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Messagepar ed » 18 août 07, 19:53

Truffaut Chocolat a écrit :Bien sûr, Kubrick fera par la suite bien mieux sur le plan visuel
Personnellement, je n'en suis même pas totalement convaincu, en fait...
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julien
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Messagepar julien » 19 août 07, 10:21

Je suis assez mitigé sur ce film qui a pas mal vieillit. Dans le même genre, je préfère encore le film italien PICCOLE LABBRA de Mimmo Cattarinich. Le film de Kubrick est parfois un peu théâtral même si l'interprétation de James Mason et de Peter Sellers reste de haut niveau. J'avais trouvé aussi que l'adolescente qui jouait dans le remake d'Adryan Lyne était nettement plus crédible. Son jeu était plus spontané et plus naturel que celui de Sue Lyon.

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Truffaut Chocolat
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Messagepar Truffaut Chocolat » 19 août 07, 12:21

ed a écrit :
Truffaut Chocolat a écrit :Bien sûr, Kubrick fera par la suite bien mieux sur le plan visuel
Personnellement, je n'en suis même pas totalement convaincu, en fait...


Hum, même en y mettant toute la bonne volonté du monde, je ne te suivrai pas sur ce terrain là. :o
Lolita me semble accuser le coup face au perfectionnisme de ses grands films en couleurs.

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Messagepar Lord Henry » 19 août 07, 13:41

julien a écrit :Je suis assez mitigé sur ce film qui a pas mal vieillit. Dans le même genre, je préfère encore le film italien PICCOLE LABBRA de Mimmo Cattarinich.


Dans le genre, il y avait le film de Lattuada avec Nastassja Kinski - souvenir ému d'une séance, un jour de pluie automnale-, et qui mériterait d'être redécouvert.
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Messagepar O'Malley » 19 août 07, 14:27

Le film de Kubrick que j'apprécie le moins...Vu une seule fois mais j'ai trouvé que le film, qui comporte néanmoins de superbes moments (notamment la scène culte où Humbert voit pour la première fois Lolita, sur la musique de Nelson Riddle), manque singulièrement d'émotions. Surtout le cabotinage de Peter Sellers m'a semblé déplacé (contrairement au Docteur Folamour) par rapport au ton et à l'esprit deu film. Pourtant, je voue une adoration à Sellers dont le jeu excessif (tout comme pour De Funès) ne me gêne pas du tout mais là, ce n'est pas le jeu en tant que tel qui me déplaît mais juste cette intrusion burlesque (qui se voulait sarcastique et ironique de la part de Kubrick) que je trouve malheureuse.
Une seconde vision me semble néanmoins nécessaire.

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Messagepar Wall of Voodoo Fan » 19 août 07, 16:13

Je me souviens que le film était passé sur la 3 avec un sous-titrage pas terrible. Je crois qu'à un moment, Lolita est dans un club de vacances appelé 'Climax' (ou quelque chose comme ça), les sous-titres français indiquaient alors : 'Club Jean Banlaire'... :roll:
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Messagepar Tarkus1975 » 19 août 07, 16:30

Wall of Voodoo Fan a écrit :Je me souviens que le film était passé sur la 3 avec un sous-titrage pas terrible. Je crois qu'à un moment, Lolita est dans un club de vacances appelé 'Climax' (ou quelque chose comme ça), les sous-titres français indiquaient alors : 'Club Jean Banlaire'... :roll:


:lol: ça me fait penser à ce dialogue hilarant dans "Embrasse Moi-Idiot" lorsque Dean Martin veut aller à une ville qui s'appelle "Climax", ce que les sous-titres du DVD MGM ont traduit par "Jouy".

Je crois que ma VHS de Lolita est en VF, mais je me demande si ce n'était pas traduit de la manière que tu indique dans le DVD que j'ai emprunté dans une médiathèque il y a quelques années.

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Messagepar John Anderton » 19 août 07, 16:34

ed a écrit :
Truffaut Chocolat a écrit :Bien sûr, Kubrick fera par la suite bien mieux sur le plan visuel
Personnellement, je n'en suis même pas totalement convaincu, en fait...


Rien que deux mots suffisent pour le prouver : BARRY LYNDON... :wink:
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