Bombay - Mani Ratnam - 1995
Un homme rencontre une femme dont il tombe éperdument amoureux. L'une est fille d'un homme pauvre, l'autre d'un homme éduqué. Clash des deux communautés, l'une musulmane, l'autre hindoue.
Fatigués des tensions religieuses, les deux amoureux partent à Bombay pour se marier. Las, sur place les émeutes entre les communautés plongent la capitale dans l'absurdité de la guerre civile.
L'histoire la plus simple du monde ( un homme rencontre une femme), peut-être bien le meilleur sujet de cinéma d'ailleurs, et l'une des plus célébrées sinon la plus célébrée du ciné indien.
Mani Ratnam réalisateur trois ans plus tard de
Dil Se avec ShahRukh Khan, délivre ici une leçon de mise en scène, et plus largement de cinéma.
Autant faire simple, ce film m'a complètement retourné. Tout y est, traité à bras le corps : la dualité religieuse (hindou/mulsuman), la gémellité jusque dans le conflit ( les pères et grand-pères se retrouvent autant séparés que les petits enfants eux mêmes des garçons), point de vue social sur la condition de la femme, castes et traditions séculaires, amour impossible dont les héros sont ici des figures proches de tout un chacun, etc..
Les premières minutes mettent dans le bain : photo crépusculaire aux tons bleutés (le seul filtre du film), paysage un peu désolé, puis chorégaphie qui achève le spectateur. Symphonie de couleurs, déclaration d'amour à un genre, costumes, chant, musique signée du génie AR Rahman qui font le reste.
Puis viennent les tensions, suivies des affrontements. On suit le couple rejeté, honni pour s'être engagé contre la volonté des patriarches, mais conscients de ne pouvoir vivre leur liberté sinon loin de leurs racines. On est accroché à leur gestes et à leurs pas grâce à la caméra aérienne de Rani Ratnam qui signe des plans à couper le souffle. La peur qui prend aux tripes, dans le froid comme la chaleur étouffante, nos deux héros s'enfuient pour Bombay. Manisha Koirala plus tard dans Dil Se aussi mais en terroriste cette fois-ci et Arvan Samy nous font vivre les aléas de la vie en exil. Peur d'être reconnus, peur d'être séparés, peur de ne plus jamais se revoir.
Alors que les choses semblent s'arranger, elles empirent de plus belle quand vient le 6 décembre 1992, date funeste durant laquelle la guerre civile opposant les hindous aux musulmans mit la ville à feu et à sang. La caméra de Ratnam se colle à l'actualité, tantôt à la steadycam tantôt portée directement à l'épaule comme un reportage pris sur le vif. En résultent les émeutes les plus impressionnantes et réalistes vues dans un film indien de ces trente dernières années ( relayées par celles de Kannathil Muthamittal en 2002 signées......Mani Ratnam)
Jamais je n'avais vu un film montrer des évènements de la sorte, en ne lésinant sur des détails traumatisants sans paraître voyeuristes
[spoiler]On nous montre clairement des enfants( en l'occurrence les fils des héros) se faire mettre de l'essence sur le corps risquant ainsi d'être immolés vifs. Je vois très peu d'oeuvres y compris internationales qui aient eu le courage de montrer cela. Très dur.
Plus tard une femme et ses enfants seront eux aussi brûlés dans leur voiture [/spoiler]
Aberration d'un conflit avant tout religieux, qui conduit des hommes politiques fanatiques à manipuler les masses dans le but de galvaniser les foules décidées à en découdre après les tensions sous-jacentes, Bombay montre que ce sont ces mêmes personnes qui mènent parfois au chaos.
Manifeste ouvertement pro-indien, et non pas pro hindou ou musulman,
Bombay est une leçon d'humanité, un film qui ne rejette pas la faute sur une seule communauté mais met l'ensemble des communautés du pays face à leurs responsabilités, y compris et surtout quand la raison n'a plus de droit de cité en apparence. Une très belle phrase dit en substance:" Je ne suis pas musulman ou hindou quand je vois ce que vous faites, qu'attendez-vous pour me brûler aussi ? Je suis indien avant tout."
Universel, habité par l'empathie pour l'être humain, traitant de problématiques ô combien contemporaines et pas seulement ancrées dans une question nationale, animé par une foi dans le cinéma aussi belle qu'évidente,
Bombay est certainement un des cinq plus grands films hindi des années 90. Rien de plus normal venant de la part d'un réalisateur qui tutoie parfois Spielberg (dont il est un fervent admirateur) par la force de sa narration.
Je déroge en quelque sorte à la règle, lui attribuant trois prix.
Palme d'Or, Prix de la Mise en Scène, Prix d'interprétation pour Manisha Koirala et Arvind Samy
Très bon DVD Eros, avec une image bien définie qui ne souffre d'aucun défaut majeur de compression. La photo est parfois un peu lissée, mais rien d'alarmant. Le format est de plus respecté dans ses grandes largeurs. On nepeut pas éviter les griffures sur la pellicule et quelques transitions qui se font un peu dans la douleur, mais vraiment rien de préjudiciable. Le son est en VO en Dolby Stéréo 2CH. Pas mal, avec seuls des sous-titres anglais lisibles, sans décalage aucun. Du bon quoi.
Désolé pour les images, pas terribles, mais dures à trouver.
Breezy et Tite Bouh vous pouvez foncer sur le DVD.