Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni - 1970)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Jordan White
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Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni - 1970)

Messagepar Jordan White » 12 juil. 04, 18:26

Voilà j'ouvre le topic pour que vous puissiez vous exprimez sur ce film qui si j'en crois les derniers messages lu dans le topic "notez les derniers films" en a marqué plus d'un.
Film d'Antonioni donc ( Blow Up, Profession Reporter), qui signe ici en 1969 son premier film américain si je ne dis pas de bêtises, en Scope et dans des décors naturels.
L'histoire est celle d'un étudiant accusé à tort d'un crime qui parcourt les U.S.A afin d'échapper à la police qui le poursuit.
Très ancré dans son époque, post 68.

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Colqhoun
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Messagepar Colqhoun » 12 juil. 04, 18:31

Je reposte mon avis du topic pré-cité dans le message de Jordan.


Zabriskie Point - Michelangelo Antonioni

Je ne sais pas pas vraiment quoi dire face à ce... n'ayons pas peur des mots, chef d'oeuvre complétement incroyable :shock: :shock: .
Une perfection visuelle de tous les instants, une histoire certes un peu désordonnée, mais tellement puissante, une musique hypnotique et prenante...
Je bafouille tant je ne sais pas comment décrire l'expérience dont je ressors. Maintenant, la question est de savoir si d'ici quelques semaines le film gagnera en force ou quittera mes pensées...
Ce qui est sur, c'est qu'actuellement, je pourrais quasiment dire que je suis sous le choc...
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Castor Troy
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Messagepar Castor Troy » 12 juil. 04, 19:45

Et merde... j'ai fait un topic sur le forum ciné normal, j'avais pas vu celui-là. Bon bin... Je reposte ce que j'ai dit :

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ZABRISKIE POINT m'a aussitôt scotché, dès les premières images. Je pense que ce film mérite amplement son topic, au vue des réactions dans le thread "Notons les films".
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Les premières images donnent le ton du film : on nage en plein psychédélisme, avec la superbe musique des Pink Floyd. On y trouve un mélange romantisme/surréalisme/esthétisme, principalement dans l'incroyable scène de séduction entre Daria (dans sa voiture) et Mark (dans l'avion). Une scène magnifique. Antonioni nous entraîne au coeur de l' "underground" américain, mélange de violence, de passion, de sexe et surtout de liberté. Les acteurs (tous des non-professionnels à l'exception de Rod Taylor), sont excellents.

On ne le dira jamais assez, il faut voir ce film!

10/10

8)

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-Kaonashi Yupa-
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Messagepar -Kaonashi Yupa- » 13 juil. 04, 00:02

Castor Troy a écrit :On ne le dira jamais assez, il faut voir ce film!


Mais j'y cours, j'y cours ! Image

Tout ça est très encourageant !!
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Brice Kantor
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Messagepar Brice Kantor » 13 juil. 04, 11:13

*petits spoilers*

C'est un film qui flirt à la fois entre l'impressionnant, l'envoutant et le véritablement ridicule... La vision des Etats-Unis d'Antonioni, c'est opposer ses espaces désertiques, vierges, encore à conquérir,à ceux contaminés par la société de consommation, donc à base d'imagerie rokwellienne et de trompe l'oeuils en tout genre. La première partie du film, entre manifs étudiantes et description de Los Angeles est à ce sens aussi dense et très brouillonne que la suite contemplative et érratique.

Le passage le plus réussi est sans conteste le moment ou les deux jeunes héros du film vont se rejoindre, seuls dans leurs déserts du moment. Le spectateur devient littéralement hypnotisé par la force visuelle qu'Antonioni fait dégager de ces images. Par ailleur, il y a dans ce film l'un des plus beaux travelling compensé que j'ai pu voir, lorsqu'il s'agit de donner littéralement vie à une peinture d'Edward Hopper.

Après, le film me garde franchement à distance dans tout ce qui concerne ses passages les plus psychédéliques (les couples faisant l'amour dans le désert) ou franchement idiots (les explosions finales au ralenti de "biens de conssomations" avec cuisses de poulets volantes et fringues en tout genre :lol: ). Un côté post-68 qui a vraiment très mal vieilli, et dont le premier degrès et sérieux du cinéaste peuvent appeler à l'ironie. Mais ce trip vaut la peine d'être vu malgré ses résonnances vaseuses à bien des moments.

4/6

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Colqhoun
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Messagepar Colqhoun » 13 juil. 04, 12:57

Mac Lean a écrit : (les explosions finales au ralenti de "biens de conssomations" avec cuisses de poulets volantes et fringues en tout genre :lol: ).
J'ai trouvé ce final absolument génial... non pas pour le message à 2 balles qu'il dessert, mais pour la qualité même des images !! :lol:
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Castor Troy
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Messagepar Castor Troy » 13 juil. 04, 14:21

    Mac Lean : "La première partie du film, entre manifs étudiantes et description de Los Angeles est à ce sens aussi dense et très brouillonne que la suite contemplative et érratique."

Ce n'est pas un défaut.
Première scène du film : le fait qu'Antonioni filme cette réunion de manière documentaire apporte un ôté réaliste après l'avoir filmé de manière psychédélique pour le générique. Après, ce qui est montré dans cette scène, c'est que même chez les jeunes étudiants révoltés il y a un ordre établis avec des préjugés (sur les blancs révolutionnaires), des chefs, etc., alors qu'ils veulent se révolter contre l'ordre établi justement.
Tout le reste sur l'errance de Mark dans les rues de LA m'ont rappelé un autre film d'Antonioni, BLOW UP, où beaucoup de scènes montrent Tomas dans les rues, et j'ai l'impression qu'Antonioni adore ce genre de scènes où le personnage est dans la rue, où il s'amuse à filmer le protagoniste dans sa voiture aux carrefours, etc. même si le première partie n'a rien à voir avec la deuxième (ce qui évident) elles sont liées entre elles : la première mène à la deuxième : Mark et Daria se dirigent ensemble pour faire ce trip surréaliste. Je voyais mal le film démarrer direct par là :? Le fait que la première partie insiste sur les manifestations estudiantines et la brutalité policière (notamment à l'encontre des noirs), de manière quasi-documentaire ne me dérange pas du tout, je trouve ces scènes admirables, réalistes, à l'encontre effectivement avec les autres scènes erratiques qui viendront plus tard, mais il ne faut pas oublier qu'Antonioni est un cinéaste qui aime les contrastes : ça se voit dans tous ses films par sa façon de mettre en scène les images, il mélange l'envoûtant avec le réaliste, le réalisme avec le romantisme, le romantisme avec le surréalisme (ici, ce sera la scène de l'avion dans le désert -et son jeu de séduction plutôt improbable- qui le mettra en relief). Mais même dans BLOW UP on retrouve cela.
Quant à la scène finale, on a beau en rire (pour des clopinettes) :? mais Antonioni est visiblement le seul néanmoins à rendre envoûtante, hypnotique, une vingtaine explosions montrées au ralenti sur un son de guitares électriques... ça, quand on y prête attention comme au reste du film, on peut laisser les cuisses de poulet.

8)

Brice Kantor
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Messagepar Brice Kantor » 13 juil. 04, 15:18

Je sais très bien que la seconde partie ne va pas sans la première (le plan binaire est suffisemment bien schématique et souligné, encore plus à la fin quand on finit sur Rod taylor et ses amis prospecteurs), et je suis d'accords avec toi sur les personnages errants dans les rues comme figure d'Antonioni. Mais il n'empèche que je trouve que le film a du mal à avoir une véritable unité... La première scène vraiment moche mélangé ensuite aux architectures de Dean Tavoularis, je trouve ça stylistiquement très brouillon.

Enfin, je préfère le Antonioni de "l'Eclipse" et "l'Avventura" à celui de "Zabriski point" et "Blow up" qui sont des film qui ont pris un bon coup de vieux à mon sens. Et je pense que la dernière scène à de quoi apparaitre ridicule à certains.Le discour sur la société de conso est assez lourd. Les cuisses de poulet m'ont fait marrer, désolé... Le passage avec les poupées barbies, ce n'est pas très fins non plus.

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Jordan White
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Messagepar Jordan White » 13 juil. 04, 15:23

Le film n'a pas vieilli quant à son approche esthétique. Les plans sont cadrés avec soin, c'est souvent très beau et les paysages de la Vallée de le Mort n'y sont sans doute pas étrangers. C'est aussi un témoignage d'une époque révolue, où se mêlaient dans une grande effervescence les idées contestataires diverses et une grande aspiration à la liberté individuelle ( l'individu qui se décante du carcan parental) et collective ( la volonté de se débarasser de l'autorité étatique et d'embrasser l'espoir d'une révolution des moeurs). Mais pour moi le film vu aujourd'hui a perdu tout son impact sur ces questions précises, et je ne peux pas voir la fin sans y voir une très grande naïveté, l'image du frigo décomposé et explosant en l'air tient presque de la même démarche que le message publicitaire mais ici inversé.
Un film révolutionnaire en 69, mais aujourd'hui désuet à plus d'un titre, mais qui reste à voir, ne serait-ce que pour avoir une idée de la bouilloire qu'étaient les campus américains et européens à l'époque.
Et les comédiens s'en sortent bien aussi.

David Locke
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Messagepar David Locke » 13 juil. 04, 19:22

Franchement, je ne pense pas non plus que ce film ait vieilli.

Non seulement la mise en scène est incroyablement inventive et sublime (le travelling compensé qui traverse une vitre pour découvrir un "tableau vivant" à la Hopper, le chassé-croisé entre la voiture et l'avion dans le désert, la prolifération du geste amoureux qui fait se fondre le couple dans la terre/poussière, etc.), mais le message est aussi selon moi plus d'actualité aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque. :?

En effet, ce qu'Antonioni fustige (mais il ne pouvait passer à côté de quelque chose qui agresse à ce point le regard outre Atlantique), c'est le règne de l'image publicitaire du symbole "chiffre" qui dissous tous les autres symboles - toute la culture en fait.

L'explosion finale donne un résumé assez synthétique et subtil des désirs qui traversent les peuples aujourd'hui :
S'agit-il d'un acte terroriste de Daria pour préserver la pureté d'une région encore vierge du tout économique (quelqu'un s'étonne qu'il n'y ait pas de motel à Zabriskie Point...) ?
L'Indienne qui lui adresse un sourire entendu avant qu'elle ne quitte la villa est-elle derrière tout cela ?
Ou bien est-ce simplement une hallucination, un fantasme de Daria en réponse au sort que l'on réserve aux hommes libres dans son pays - un cri intérieur nihiliste en fait ?

Le terrorisme et la réponse sécuritaire de l'Etat qui restreint les libertés, le règne des images publicitaires et les réponses à l'humour ravageur qu'on leur trouve dans notre bon vieux métro... tout cela est bien d'actualité :roll:
Dernière édition par David Locke le 5 août 08, 13:52, édité 1 fois.
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Messagepar Dave Garver » 14 juil. 04, 12:47

je reprendrai une cuisse de poulet :D
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Castor Troy
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Messagepar Castor Troy » 14 juil. 04, 18:28

Désolé de mettre un peu emporté, Mac Lean. Je viens de revoir la scène, effectivemen, elle prête à sourire. Mais il n'empêche que tous ces éléments de la vie courante (fringues, nourriture, meubles) qui explosent au ralenti est magnifique dans le résultat : on a l'impression qu'il n'y a plus d'apesanteur et qu'on est dans l'espace, dans une autre dimension. Je ne m'attendais pas du tout à voir quelque chose d'aussi envoutant, hypnotique, bref, cette scène est géniale.

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Anorya
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Messagepar Anorya » 7 févr. 08, 00:11

Ressortie de Zabriskie Point ainsi que bien d'autres Antonioni au Champo Jacques Tati. Je ne pouvais rater cette occasion. (Je suis Antonionien, oué ! :mrgreen: )

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Grosse constatation en arrivant à la séance de 16h (je séchais un cours pour la bonne cause :mrgreen: :|) : une foule abondante jusque dans la rue.
"Excusez-moi, c'est bien la queue pour Zabriskie Point ?
_ Oui, oui."

Et même la salle était pleine à craquer. :shock:
(Vivement le dvd si jamais il sort un jour...)

Après 10 minutes, le film commence, après l'emblème rugissant de la MGM, c'est le générique sépia sur fond de percussions battant comme un coeur : en fond visuel encore flou, la discussion estudiantine qui conduira aux émeutes. Des gros plans isolés qui disparaîtront aux profits de cadrages "reportages" dès que le générique sera fini. Antonioni filme avec une rare sobriété la jeunesse en révolte mais aussi dès les 20 premières minutes un pays en crise.

On a beaucoup évoqué la crise chez Antonioni, qu'elle soit dans un couple ("la notte") ou se répercute à un niveau mondial ("L'éclipse" et sa fin hallucinante) ou le psychisme d'un individu ("Le désert rouge"). Ici, c'est une crise moins psychologique et affective que morale, parfaitement ancrée dans sa seconde trilogie (je prend ses 3 premiers films des 60's comme sa première trilogie. Ou quadrilogie si on remet "le désert rouge" mais je ne sais pas, il me semble bien plus à part que tout autre film dans sa filmographie personnellement...) entre Blow-up ("qu'est ce que j'ai vu ? Qu'est-ce qui était réel ?") et Profession Reporter ("qu'est ce que l'identité ? Qui est l'Autre ?"). C'est à une société sans valeurs et sans culture que nous assistons : des policiers qui notent bêtement le nom de Mark et que celui-ci répond : "Karl Marx" (ils l'écriront "Carl Marx" :uhuh: :| ) en passant par de superbes prises de vues en mouvement où le réalisateur mélange images de publicités omniprésentes avec sons stridents et agressifs à peine échappés du Desert Rouge. Le message semble clair même si suggéré : on échappe pas à la société de consommation. Les originaux, les déviants sont soient relégués ailleurs, au fond du désert (le gamin qui joue tout seul de "sa harpe", le superbe travelling sur le petit vieux solitaire dans le bar effectivement digne d'un tableau de Hopper --superbe :shock: --) quand ils ne sont pas éliminés pour s'être rebellés contre l'ordre établi (la manifestation étudiante au début qui tourne mal) ou simplement pour avoir un tant soit peu protesté ou ont étés confondus (Mark...).

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Et comme dans de nombreux Antonioni, on retrouve le désert, ici seul lieu véritable où s'aimer le temps d'une journée, ce qui donne lieu à une très belle séquence onirique où l'acte d'amour entre les deux protagonistes retourne à la nature, une sorte de bestialité douce, mélangé à plusieurs couples imaginaires sur une sobre guitare accoustique qui fera écho plus loin à la guitare électrique de sensation de liberté d'un Mark revenant avec l'avion volé, se croyant presque libre (le pauvre...).

Au passage, je reste impressionné par la scène d'approche entre la plymouth de Daria et l'avion de Mark : j'ai beaucoup pensé à cet avion inquiétant de "La mort aux trousses" d'Hitchcock, surtout quand Daria est sortie de la voiture et que l'avion passe juste à un mètre d'elle quand elle s'est alongée dans le sable. Hommage ? Clin d'oeil ? Affabulation d'Anorya ? :mrgreen:

Et cette séquence finale d'explosions et d'objets en suspension sur fond hypnotisant de Pink Floyd. Du grand art. Tous les objets qui flottent peuvent sembler démodés ou ridicules, plastiquement, la vision l'emporte : tout flotte tel une boule de flocons de neige géante que le réalisateur aurait agité : bienvenue dans l'espace, bienvenue ailleurs. Magnifique. :D

4,5/6.
Ce n'est pas mon Antonioni préféré mais quand même. Scotchant.
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David Locke
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Messagepar David Locke » 7 févr. 08, 12:55

Anorya a écrit :Au passage, je reste impressionné par la scène d'approche entre la plymouth de Daria et l'avion de Mark : j'ai beaucoup pensé à cet avion inquiétant de "La mort aux trousses" d'Hitchcock, surtout quand Daria est sortie de la voiture et que l'avion passe juste à un mètre d'elle quand elle s'est alongée dans le sable. Hommage ? Clin d'oeil ? Affabulation d'Anorya ? :mrgreen:


Je ne sais pas si cela a été noté, mais Zabriskie Point est une réactualisation de North by Northwest, une variation sur ses thèmes et sa mythologie.

Ainsi, le meurtre dont la police croit Mark coupable, la scène de l'avion, la maison moderne à la fin... sont des variations sur les scènes du film matrice du maître anglais.
Il était naturel pour Antonioni de se confronter à Hitchcock qui, européen comme lui, avait imposé sa vision de l'Amérique en filmant dans des lieux réels, inscrits dans l'histoire des USA (le Mont Rushmore...).

La démarche était déjà subtile chez Hitchcock, qui choisissait une trajectoire inexistante ("North by Northwest" n'apparaît pas sur le compas) pour son héros qui incarne un espion... qui n'existe pas. Il semblait nous dire que l'insouciance était maîtresse, que tout cela n'était qu'un jeu, que le divertissement était roi et que c'était cela la saine nature de l'Amérique!

Antonioni reprend la trajectoire et le héros en les inversant : la côte Ouest (Hollywood et non plus New York) assume maintenant le rôle de centre de l'Amérique et le trajet s'effectue dorénavant vers l'Est ; le héros n'est plus un quarantenaire publicitaire fils à maman, mais un étudiant électron-libre qui incarne pleinement la jeunesse américaine révoltée par la société de consommation...

Le changement principal est dans le ton, beaucoup plus sérieux et tragique. Ainsi, les seuls symboles qui subsistent sont publicitaires (exit les têtes des présidents) et la seule issue pour échapper à la prison publicitaire que semble être devenu ce pays semble l'action violente, terroriste (jusque dans le désert!).

Néanmoins, la réussite du film est d'avoir su capturer la douceur paradoxale qui entoure la lutte des jeunes gens.
La scène de l'avion devient une scène de séduction ; un lieu aride, degré zéro du pays, devient le lieu d'une prolifération de couples ; les évocations de la misère, de la solitude, de la violence la plus extrême, sont distanciées par des références à la peinture américaine contemporaine (Hopper, Rauschenberg, Pollock, etc.).

L'évocation des USA par Antonioni était donc déjà "techniquement douce" (le nom de son projet suivant, qui deviendra Profession : Reporter) et démontrait à merveille que son auteur était plus que jamais en phase avec la jeunesse. Il suffit d'écouter la bande son pour s'en persuader!
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Fatalitas
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Re: The Zabriskie Point ( Michelangelo Antonioni)

Messagepar Fatalitas » 4 août 08, 18:38

dvd zone 2 le 3 decembre (Warner)
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