L'âge d'or du cinéma japonais : les années 50

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Modérateurs : cinephage, Karras, Rockatansky

Mackey

L'âge d'or du cinéma japonais : les années 50

Messagepar Mackey » 24 juin 05, 21:15

Comme promis, le topic qui pollue pas celui consacré à Akira Kurosawa. :lol:

Les années 50 sont l'âge d'or du cinéma japonais, parce-qu'elles sont celles des grands maîtres, parce-qu'elles sont celles des grandes stars, parce-qu'elles donnent naissance à des films essentiels et magnifiques qui vont faire l'admiration du reste du monde.

L'âge d'or à travers mes réalisateurs préférés :

Mon japonais préféré et mon réal. préféré tout court : Mikio Naruse ou la façon délicate, touchante et belle de filmer les contes de la vie ordinaire des petites gens, illuminée par des actrices extraordinaires. Son égérie : Hideko Takamine. Il a également donné l'un de ses plus beaux rôles à Machiko Kyo dans Frère et soeur.

Yasujiro Ozu ou l'art du plan fixe. Il pose sa caméra, filme des personnages et des histoires familiales des plus attachants et émouvants. Sans fard, sans artifice.

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Kenji Mizoguchi ou l'élégance de la mise en scène, la beauté des images au service d'histoires tragiques époustouflantes.

Akira Kurosawa ou l'expressionnisme transposée au soleil levant. La grandeur de ses histoires en font le plus imposant des réalisateurs nippons et mondiaux.

Les réalisateurs qui manquent à l'appel parce-que leur oeuvre est quasi invisible en France : Hiroshi Shimizu, Heinosuke Gosho, Keisuke Kinoshita.


L'âge d'or à travers mes stars préférées :

Les stars féminines pour commencer :

Hideko Takamine, ma préférée. Parce-qu'elle est la plus belle et la plus lumineuse. Elle est MAGNIFIQUE et PETILLANTE dans Carmen revient au pays. Elle est la beauté parfaite, elle est au sommet de son art dans chacun de ses films. Elle est l'actrice de Naruse et Kinoshita.

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Machiko Kyo, la plus célèbre et la plus talentueuse. Ses disputes avec le personnage interprété par Masayuki Mori dans Frère et soeur sont ses plus belles scènes. Elle incarne une beauté spectrale dans les contes de la lune vague après la pluie, autrement dit en japonais "ugetsu".

Yoshiko Kuga, la plus fragile. Elle a oeuvré dans les films de Naruse (Frère et soeur), Ozu (Bonjour), Kurosawa (qui lui a certainement donné son plus beau rôle dans l'Idiot).

Kyoko Kagawa, l'une des figures les plus attachantes ; ses plus beaux rôles sont tragiques, on s'en souvient avec une grande émotion dans l'intendant sansho de Mizoguchi.

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Chieko Higashiyama restera pour toujours la grand-mère qui discute avec son petit-fils sur une colline dans le magnifique et émouvant Voyage à Tokyo d'Ozu. Elle joue également dans l'Idiot.

Les stars masculines :

Chishu Ryu, l'acteur d'Ozu, le pendant de Chieko Higashiyama. La sobriété et la sérénité.

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Takashi Shimura est l'un des plus grands acteurs du cinéma mondial, son plus beau rôle est sans conteste celui du mourant dans Vivre de Kurosawa. Mais son plus grand rôle reste celui du chef des sept samouraïs. Paix à son âme.

Toshiro Mifune, le plus célèbre et le plus talentueux. Son plus beau rôle reste celui des sept samouraïs. Il y est le plus émouvant, le plus attachant, le plus héroique.

Masayuki Mori impressionne par sa capacité de caméléon. Il change de visage comme de chemise. Son plus beau rôle est dans l'Idiot.

Kazuo Hasegawa, un acteur extraordinaire, qui peut tout jouer. Il joue l'un des amants crucifiés de Mizoguchi. Son plus beau rôle arrivera dans les années 60 avec La vengeance d'un acteur de Kon Ichikawa.


L'âge d'or à travers mes films préférés :


L'éclair de Naruse, chaque plan d'Hideko Takamine est un bonheur.

Carmen revient au pays, de Kinoshita, Hideko Takamine strip-teaseuse revient dans son village natal avec l'une de ses consoeurs, elles veulent y exercer leur art et promettent aux habitants le nu intégral. Emoi :P :shock: au sein de la population locale et particulièrement masculine. On les comprend. Hideko qui pousse la chansonnette, en anglais et en couleurs.

Les sept samouraïs de Kurosawa. Pour le personnage picaresque interprété par Mifune. Pour la fulgurance de ses images.

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Frère et soeur de Naruse, pour l'émotion engendrée par Machiko lorsqu'elle se heurte à son frère qui lui reproche sa vie dissolue à la ville.
L'amour entre les deux est bouleversant.

Voyage à Tokyo d'Ozu, le plus beau film d'Ozu. Le plus beau rôle de Setsuko Hara, de Chishu Ryu, de Chieko Higashiyama ! Le portrait émouvant d'un couple à la fin de sa vie.

Fleurs d'équinoxe d'Ozu. Pour Kinuyo Tanaka qui joue une épouse dont la solitude est touchante. La scène : lorsqu'elle écoute avec plaisir, à la radio, une chanson traditionnelle japonaise et son mari lui dit d'éteindre sa radio !

Les amants crucifiés de Mizoguchi. La fuite des amants atteint le sublime.

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L'idiot de Kurosawa. L'épate de la mise en scène au service d'une très belle histoire. Masayuki et Yoshiko sont magnifiques.
Les contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi. Une histoire de fantômes japonais à la sauce Mizoguchi donne un film BEAU. Machiko en spectre qui joue le Nô pour attirer Masayuki dans sa toile.

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L'intendant sansho de Mizoguchi. Le suicide le plus bouleversant de l'histoire du cinéma. L'histoire la plus tragique qui soit, elle parle de la perte de ses enfants et de l'esclavage. Un final EMOUVANT et SUBLIME. Objectivement, l'un des cinq plus grands films de tous les temps et de tous les cinémas, ce qui ne veut pas dire l'un de mes films préférés car trop difficile à revoir.

Vivre de Kurosawa. L'un des plus beaux films sur la mort.

La légende de Miyamoto Musashi / Duel à Ichijoji / la Voie de la lumière de Inagaki, superbes chambaras avec le grand Toshiro Mifune. Une musique magnifique, des images et des décors sublimes.

Les films qui manquent à l'appel pour cause de quasi invisibilité en France :

Nuages flottants de Naruse avec Hideko Takamine et Masayuki Mori

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Okasan de Naruse avec Kinuyo Tanaka et Kyoko Kagawa
Vingt quatre prunelles de Kinoshita avec Hideko Takamine

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Les oies sauvages de Toyoda avec Hideko Takamine
Le jardin des femmes de Kinoshita avec Hideko Takamine, Keiko Kishi, Yoshiko Kuga !
Les soeurs Munakata d'Ozu avec toujours Hideko Takamine (je suis en manque)
Le grondement de la montagne de Naruse avec Setsuko Hara


Le prochain topic sera sur les années 60 :lol:

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Commissaire Juve
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Messagepar Commissaire Juve » 25 juin 05, 00:02

C'est intéressant... merci ! :wink:
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...

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Messagepar k-chan » 25 juin 05, 08:57

Joli condensé, Mackey. :wink: Mais quel vaste sujet ! Le cinéma japonais reste pour moi le plus fascinant. Et les années 50 en tête bien sûr. Je vais donc continuer cette présentation.


** "Le premier âge d'or" du cinéma japonais se situe entre 1920 et 1935, avec des cinéastes tels que Daisuke Ito, Teinosuke Kinugasa, Tomu Uchida, Kenji Mizoguchi, Yasujiro Ozu, Sadao Yamanaka, Heinosuke Gosho... Cette industrie cinématographique riche connue une crise durant la seconde guerre mondiale. Elle se relèvera peu à peu durant l'après-guerre, sous l'occupation américaine pour finalement exploser durant la période qui nous intéresse : les années 50, ou "le second âge d'or". C'est seulement à cette époque que le cinéma japonais fut réellement découvert en occident, grâce à un film important dans l'histoire : Rashômon (1950) d'Akira Kurosawa. Voici donc une petite présentation des cinéastes les plus importants de cette période faste :


Déjà "les 4 grands", qui demeurent 4 des plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma :

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Yasujiro Ozu (1903-1963) et Mikio Naruse (1905-1969).

Ozu et Naruse ont tout deux débuté durant les années 30. On peut constater grâce à leurs oeuvres qui sont connues chez nous qu'ils sont des cinéastes similaires. Ils ont le même univers, même si on note une différence de style. Contrairement à Naruse qui ne renoncera pas aux figures stylistiques, Ozu délaissera bien sûr, au fil de ses films, les procédés techniques qu'il juge impurs (même si son film préféré était Citizen Kane) filmant "au ras du tatami" et n'utilisant plus les mouvements de caméra et autres travellings. On peut bien parler de "style Ozu". Le critique Georges Sadoul dira que son style zen est si dépouillé que Robert Bresson paraitrait un baroque échevelé :mrgreen: .
Je ne peux malheureusement pas bien parler de Naruse, n'ayant vu que peu de ses films, mais il semblerait qu'il présente dans ses films le versant un peu pessimiste de la vie. Quoique Ozu réalisera une oeuvre plus noire encore que celles de Naruse, avec Crépuscule à Tokyo (1958).
Leur cinéma très singulier, typiquement japonais, appartient au "shomin-geki" (drame du petit peuple), même si c'est plus compliqué que ça puisqu'il contient de nombreux sous-genre. Ozu par exemple s'est beacoup intéressé à la fin de sa carrière à la moyenne bourgeoisie, ce qui est encore différent. Le shomin-geki est un genre dont ils ne sont pas les créateurs, mais les plus talentueux et célèbres représentants. Un genre qui inspirera bon nombres de cinéastes (comme très récemment Tran han hung le vietnamien). C'est un cinéma intimiste, tendre qui s'attarde sur les moindres petits détails de la vie (même le changement des saisons est important), alors que le récit est lui au second plan. Pas de héros à forte personnalité et aux destins surprenants comme chez Kurosawa donc, mais des personnes simples avec leurs petits tracas quotidiens...
Ces cinéastes ont longtemps été ignoré en France. Cela étant dut surtout à une erreur de la part des maisons de production japonaises, qui pensaient que ce type de films seraient imcompréhensibles pour les spectateurs occidentaux. Ils n'envoyaient donc que des films à costume dans les festivals (surtout ceux de Kurosawa et Mizoguchi, ou le célèbre La porte de l'enfer de Teinosuke Kinugasa). Lourde erreur ! Ozu ne sera découvert ici qu'après sa mort.

Son premier film date de 1927, un film de samouraïs et le seul film à costume de sa carrière. Il réalisa durant les années 30 des films de Yakuza, et bien d'autres genres, tout en paufinant son style. Il se spécialisera donc dans le Shomin -geki et ses sous genre, son thème favoris étant l'éclatement de la cellule familiale. De fait, on parle toujours de mariage, de séparation des jeunes filles de leurs parents. L'évolution de la société japonaise après-guerre l'intéresse également (je parle de sa dernière période), les petits conflits entre les nouvelles et anciennes générations, et donc leurs répercutions sur la famille. Ce thème et superbement abordé dans le très célèbre Voyage à Tokyo (1953). Ozu disait de ce fait que c'était son film le plus mélodramatique. De façon péjorative semble t-il, mais il était dur avec lui même.
Il commença donc les années 50 avec Les soeur Munakata suivi d'un grand chef-d'oeuvre, Eté précoce (1951), dans lequel son style était à son apogé. Il réalisa donc durant cette période Voyage à Tokyo ou le très pessimiste Crépuscule à Tokyo, mais aussi d'autres merveilles, dont son premier film en couleur Fleurs d'équinoxe (1958). S'en suit 3 remakes colorés de 3 de ses anciens films : Bonjour (1959), film très drôle avec deux garçons qui entament une grêve de la parole afin de convaincre leur parent d'acheter une télévision, remake de Gosse de Tokyo (1932) ; Herbes flottante (1959) qui est le remake d'Histoires d'herbes flottantes (1934) ; et Fin d'Automne (1960) qui décrit les rapports entre une mère et sa fille qui va être mariée, remake du chef-d'oeuvre absolu qu'est Printemps Tardif (1948) dans lequel c'était un père qui était confronté à sa fille.
Ozu décèdera en 1963, après 2 autres films, Derniers Caprices et Le goût du Saké, le jour même de ses 60 ans. Il était parait-il très lié à son actrice fétiche, la grande Setsuko Hara. (autre acteur fétiche : Chishu Ryu)

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Malheureusement, du fait de la popularité d'Ozu chez nous, nous connaissont beaucoup moins bien Mikio Naruse, qui est pourtant un cinéaste immense. Parmis les grands films de cette époques, citons Le repas, et L'éclair, ou Okasan (un "haha-mono", ou "film de mère", encore un sous genre... compliqué :uhuh: ) (ces trois là sont les seuls que j'ai vu : des chefs-d'oeuvre), mais aussi Le grondement de la montagne et son film le plus célèbre, Herbes flottantes. Spécialiste du shomin-geki, ses films sont donc généralement plus sombres, plus mélancoliques que ceux de Yasujiro Ozu, décrivant souvent des couples ou des familles en crises...

Désolé de ne pas pouvoir vraiment en rajoutter.

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Deux cinéastes immensément importants donc, incontournables pour qui s'intéresse au cinéma nippon (au cinéma tout court).





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Kenji Mizoguchi (1898-1956).

Mizoguchi semble être des "4 grands" le plus intimmidant, le plus effrayant. Cela est sûrement dû au réalisme cruel de ses films. On se plait à le surnommer comme le cinéaste des femmes meurtries. Il est vrai qu'il peint souvent des portraits de femmes au destins difficiles, voire tragiques, souvent maltraitées par les hommes, et prostitué. Cette vocation lui est apparement venue du fait que sa propre soeur soit devenue geisha afin de pouvoir l'aidé dans sa jeunesse.
Sa carrière débuta en 1922, mais ses films les plus connus chez nous sont bien sûr ceux qu'il a réalisé durant les années 50, période qui démare avec Miss Oyu (après un passage difficile), et s'achève à sa mort en 1956 avec La rue de La honte. Et si Les contes de la lune vague après la pluie (1953) est le plus célèbre de ses films et souvent considéré comme son plus grand chef-d'oeuvre, d'autres de ses films de la même époque l'égalent, en réalité. Que ce soit L'intendant Sansho (1954) - La vie d'Oharu, femme galante (1952) - Les amants crucifiés (1954), Les musiciens de Gion (1953), ou autres. Il n'a réalisé que 2 films en couleurs dans un carrière qui compte dans les 100 films, Le héros Sacrilège et L'impératrice Yang Kwei-Fei. Tous ces films touchent au sublime. Aisément parmi les plus beaux du monde. Mizoguchi recevra à cette époque de nombreuses récompenses méritées. Il eu ses acteurs fétiches, mais celle avec laquelle il tourna le plus fut la grande Kinuyo Tanaka (avec qui il eu sans doute une liaison).
Ce grand maître est considéré par ceux qui se disent connaisseurs, comme le plus grand cinéaste japonais, et même quelquefois comme le plus grand du monde. C'est discutable, mais pas loin de la vérité non plus.
Mizoguchi était un immense artiste, mais un homme apparement un peu particulier, du fait que si il fut l'implaquable défenseur des femmes, il fouettait parfois ses actrices sur les plateaux de tournage. Contradiction un peu effrayante.
On ne trouve pas beaucoup de documentation sur cet homme. Le livre de référence, pour mieux connaitre le personnage, et qui est disponible chez nous est sans doute "Souvenir de Kenji Mizoguchi" de Yoshikata Yoda, scénariste et plus proche colaborateur de Mizosan. Un document très précieux et passionnant, si l'on admire Mizoguchi.

Je meure d'envie de voir Le destin de Mme Yuki.

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Akira Kurosawa (1910-1998).

Mon cinéaste préféré. :P
Il est évidement le plus célèbre de tout les grands cinéastes japonais, et il fut celui qui révéla au monde entier le cinéma nippon. Et de plus, l'imposa comme un grand cinéma. Se fut à son insu en fait, puisque son célèbre Rashômon (1950) fut envoyé par ses producteurs au festival de Venise, duquel il ressorti grand vainqueur (Lion d'or). Il reçu également l'oscar du meilleur film étranger à Hollywood.
Ses films qui suivirent furent souvent tout aussi célébrés. Ours d'argent à Berlin pour Vivre (1952, qui méritait l'Ours d'Or), Lion d'argent à Venise Les sept samouraïs (1954, son film le plus célèbre et un sommet dans sa carrière). Beaucoup de récompenses donc, pour ce cinéaste qui ne fut pas toujours compris à l'époque. S'il est aujourd'hui vénéré, il dut subir avant cela des attaques de bien des critiques hostiles (qui le jugaient pas assez japonais. Une abération !). Il eut aussi ses défenseurs (parfois un peu mous. Il suffit de lire d'anciennes critiques).
Il y a la célèbre opposition Cahiers du cinéma (qui ne jurait que par Mizoguchi) et Positif (qui défendait Kurosawa). Bien ridicule !!
Ce cinéaste humaniste aimait montrer des personnage aux caractère fort. Ses films sont puissant, vigoureux et d'une immense richesse visuelle. Accompagné d'acteurs tels Toshiro Mifune ou Takashi Shimura, il aligna les meilleures adaptations de grand auteurs, tel que L'idiot (1951) d'après Dostoeïvski, Le Château de l'araignée (1957) d'après Shakespeare (meilleur que les Welles ou les Laurence Olivier), ou Les bas-fonds (1957) d'après Alexandre Gorki.
Parmis ces chefs-d'oeuvres de l'époque, Vivre (1952) tiens une place très importante, étant souvent cité comme LE chef-d'oeuvre de Kurosawa.
Une erreur courante que commettent certains est de réduire Kurosawa à un réalisateur de films épiques (ou à costume). Il réalisa en réalité de nombreux chefs-d'oeuvre à caractère contemporain (voir ce topic :arrow: ici). Que ce soit durant cette décénie (les années 50), ou durant le reste de sa carrière (avant et après) qui débuta en 1943 avec La légende du grand judo (il fut avant assistant de Naruse ou Kajiro Yamamoto) et se termina en 93 avec Madadayo. Kurosawa dira justement qu'il aurait été plus heureux si il avait été découvert pour un de ses films à caractère contemporains, plutôt que pour ce film à costumes qu'est Rashômon... Il réalisa en 1958 un film d'aventure extraordinaire, La forteresse cachée, qui a beaucoup inspiré Lucas. Sa carrière continura ensuite de plus belle, avec des périodes difficiles et des périodes de grande gloire.
Ce cinéaste fut justement admiré par les autres cinéastes du métier. Que se soit Fellini, John Ford, Bergman, Antonioni, Kubrick, Wajda, Satyajit Ray, Scorsese, Coppola, Herzog et bien d'autres (citations de cinéastes parlants de Kurosawa :arrow: ici 8) ). Il fut sans cesse copié, et 3 de ses films susciteront des remakes. Un monstre !

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Messagepar k-chan » 25 juin 05, 09:06

...
Dernière édition par k-chan le 15 juil. 09, 04:48, édité 1 fois.

Mackey

Messagepar Mackey » 25 juin 05, 09:51

Je continuerai à agrémenter ce sujet au fil de mes découvertes et surtout quand j'aurai l'occasion de pouvoir visionner l'oeuvre immense de Naruse, de Kinoshita, de Gosho, de Shimizu, de Mizoguchi, d'Ichikawa, et ce, grâce aux DVD japonais que je ne manquerai pas d'acheter, étant donné l'incurie de nos distributeurs en la matière.

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Messagepar k-chan » 26 juin 05, 18:42

Je vais commencer pour les acteurs et actrices. Uniquement les grand(e)s qui ont tourné pendant la glorieuse décénie.

Je ne fais pas ces présentations pour faire étalage de mes connaissances (qui sont assez sommaires), mais comme pour Mackey, parler de ce cinéma qui me passionne tant et qui reste malheureusement trop méconnu. Il y a le topic Naphtalinippon mais il est différent. Mon intervention s'incrit dans la lignée de celle de Mackey, je ne peux donc pas polluer un autre topic. J'espère que ça en intéressera certains. Il est sûr que d'autres n'apprendrons strictement rien, car je me limite à ce qui est le plus connu et surtout à ce que je connais.

Voilà ! :wink: Ca me fais juste plaisir de parler de tout ça.

PS : Je vais y allé par morceau. Mais je ne sais pas si il y en aura beaucoup.
Sauf si je dis le contraire, ce sont tous des stars que j'adore :D !!

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Messagepar k-chan » 26 juin 05, 18:47

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Setsuko Hara (1920- ?) (photo : Voyage à Tokyo)

Une des plus grande et célèbre actrice japonaise. Il faut savoir qu'elle fut internationnalement connu avant même la découverte du cinéma japonais en occident et le Rashômon de Kurosawa.
Elle est devenue durant les années 50 l'égérie du géant Yasujiro Ozu. Sa rencontre avec le réalisateur lui permis d'obtenir un rôle principal dans le chef-d'oeuvre Printemps Tardif (1949). S'en suit des rôles dans de merveileuses oeuvres telles que Eté précoce, Voyage à Tokyo, Printemps précoce, Crépuscule à Tokyo ou Fin d'automne. Elle incarne dans ces films la femme japonaise modèle : fille, mère ou épouse. Mais cette image qui lui va si bien sera un peu bousculé par Mikio Naruse dans des films tels que Le repas (1951) ou Le grondement de la montagne (1954 - je n'ai pas vu celui-ci), où elle incarne des femmes inquiètes, plus torturées, souvent les larmes aux yeux.
Mais le réalisateur Akira Kurosawa avait déjà donné un rôle à cette actrice en 1946 dans Je ne regrette pas ma jeunesse (pas vu). Il est celui qui le plus boulversé son image en lui offrant des rôles de femme fières et fortes. Preuve en est dans le chef-d'oeuvre L'Idiot (1951) ou elle obtins sans doute son rôle le plus fort et le plus passionnant (Kurosawa prouve ici qu'il n'est pas que le cinéaste des hommes).
L'important de sa carrière se situe de la fin des années 40 à la mort de Ozu en 63, après laquelle elle se fit oubliée (Je ne sais pas si elle est décédée).


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Masayuki Mori (1911-1973) (photo : L'idiot)

Un acteur magnifique, sensible et doué ! Il a enchainé de très grands rôles dans une carrière qui a débuté en 1942. Mais celui qui le consacrera viendra en 1950 : le samouraï assassiné de Rashômon. Il joua beaucoup pour Akira Kurosawa qui lui offrit son rôle le plus mémorable dans L'Idiot, dans lequel il incarne le bouleversant personnage de Kameda, aux cotés de Setsuko Hara et Toshiro Mifune. Idem pour sa très bonne prestation de l'ordure de grand patron corrompu dans Les salauds dorment en paix (1960).
Mais il faut absolument retenir également ses rôles dans les chefs-d'oeuvre de Mizoguchi : Le potier Genjuro qui court à la mort, en tombant amoureux fou d'une femme fantôme, dans Les contes de la lune vague après la pluie (1953) ou le triste empereur qui perd les 2 femmes de sa vie, dans L'impératrice Yang Kwei Fei (1955).
Il joua pour Kon Ichikawa dans Le pauvre coeur des Hommes (1955), mais surtout pour Mikio Naruse dans Nuages flottants (1955) et Une femme monte l'escalier (1960). (je n'ai pas vu ces 2 derniers, ça me saoule).
Un acteur important dont la carrière déclinera peu à peu par la suite. Il finira sa vie dans un trop grand oubli, en mesure à l'importance de son talent, qui égale celle d'un Toshiro Mifune.

Mackey

Messagepar Mackey » 26 juin 05, 19:14

moi aussi, çà me fait plaisir qu'on parle de tout çà :D
j'ai lancé ce topic pour parler du cinéma japonais des années 50 à travers les actrices/acteurs que je préfère, à travers les réalisateurs et films que je préfère. C'est à la fois un top et un topic information ! Je ne parlerai donc pas des films, réals. ou stars dont je ne suis pas pas fan.
Au fait k-chan, quels sont tes films préférés de cette époque là, tous réals confondus ?

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Messagepar noar13 » 26 juin 05, 21:09

k-chan a écrit :Il réalisera ensuite des films violents : Onibaba et Kuroneko.


là je te suis pas vraiment, violent c'est pas vraiment le terme qui caracterise ces deux films :?
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Messagepar k-chan » 26 juin 05, 22:11

...

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Messagepar k-chan » 26 juin 05, 22:31

Mackey a écrit :Au fait k-chan, quels sont tes films préférés de cette époque là, tous réals confondus ?

Généralement, les films les plus célèbre :

- Les 7 samouraïs
- Le Chateau de l'araignée
- L'idiot
- Vivre
- L'intendant Sansho
- Les contes de la lune vague après la pluie
- Les amants crucifiés
- La vie d'Oharu, femme galante
- Le repas
- L'éclair
- Eté précoce
- Voyage à Tokyo
- La condition de l'homme
- La harpe de Birmanie
- La ballade de Narayama (version Kinoshita)

Et les autres...

Ces films là m'ont marqué à vie !
Il est très difficile dans une ville comme la mienne, de se procurer des film japonais (même les Naruse). Alors à part les films des 3 autres grands, les films que j'ai vu se comptent rapidement (je parle pour cette période, mais c'est pas beaucoup mieux pour les autres).
C'est plutôt chiant, car il faut que je me batte pour voir des films, et lorsque je vais à Paris et que je tombe sur une vielle VHS, elle est hors de prix. Chui souvent frustré !

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Messagepar k-chan » 26 juin 05, 22:52

Voici 2 stars qui ont surtout oeuvré durant les années 60, mais qui ont été révélé durant l'âge d'or. Ils sont grands donc je me dois de les citer.


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Ayako Wakao (1933) (photo : La rue de la honte)

La plus belle actrice japonaise (eh non mackey, ce n'est pas Hideko Takamine :wink: ). Elle n'en est pas moins talentueuse.
Sa carrière débuta en 1952 et tourna l'année suivante dans le magnifique Les musiciens de Gion de Mizoguchi. Peu de ses films de cette période sont connus chez nous, si ce n'est le très dur La rue de la honte (1956), le dernier Mizoguchi. Elle y joue une prostitué avide d'argent. Il y a Herbes Flottantes (1959) de Ozu également.
Mais c'est le réalisateur Yasuzo Masumura, dont elle devient l'égérie dans les années 60, qui la magnifiera, dans des films tels que L'ange rouge , Le tatouage (1967 pour le 2) ou La femme de Seisaku (1968).
Elle joue dans La vengeance d'un acteur (1963) de Kon Ichikawa.

note : c'est également elle, sur la dernière photo de ma signature. Trop belle !


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Tatsuya Nakadaï (1932) (photo : La condition de l'homme)

Un immense acteur ! Il apparu comme figurant dans Les 7 samouraïs (1954) de Kurosawa. Mais c'est Masaki Kobayashi qui lui offre son premier grand rôle dans Rivière noire (1957) : un yakuza ! Il joua la même année pour Naruse dans Une femme indomptable, et en 1958 pour Ichikawa dans Le brasier/Le pavillon d'or (pas vu ces films là !)
Il n'était pas encore une star, et personne ne l'attendait lorsqu'il obtient enfin le rôle de sa vie, grâce à l'un de ses réalisateurs attitré, Kobayashi (encore !), dans le monumental La condition de l'homme. Il y incarne Kaji, un homme pacifiste, témoin des atrocités de la guerre.
Son talent éclate littéralement, et s'impose dans la décénie qui suit comme le plus grand de sa génération ! Il obtient enfin les superbes rôles qu'il mérite. Il joue parfaitement les hommes pris par la folie et la haine : Sword of doom de Kihachi Okamoto (1966) ou Yojimbo de Kurosawa (1961). Spécialiste des rôles de samouraïs : Harakiri de Kobayashi (1963), Sanjuro (1962) de Kurosawa. Il est flic dans Entre le ciel et l'enfer (1963) de Kurosawa.
On le surnommait le Brando japonais, mais comme il le disait lui même, cette image va mieux à Toshiro Mifune (cela dit, Mifune n'a pas attendu le 1er film de Brando, pour prouver qu'il était un immense acteur).
La carrière de Nakadaï dura, et il eu 2 de ses plus grands rôles dans Kagemusha (1980) et Ran (1985), tous 2 de Kurosawa.

Mackey

Messagepar Mackey » 26 juin 05, 23:02

J'ai pas cité Ayako Wakao car c'est surtout une actrice des années 60. Je manquerai pas de la citer dans le topic consacré aux années 60.
Et je maintiens pour Hideko ! Y a pas photo :lol:
Et après Hideko, c'est Shima Iwashita !

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Messagepar Gromit » 1 juil. 05, 02:02

Bravo pour l'initiative du Topic et tout ce qui y a été écrit :D
Malheureusement je n'ai guère le temps de commenter et participer malgré le fait que j'aurais des tonnes de choses à dire. :wink:

Juste un petit truc : pour Onibaba et Kuroneko, deux films que j'aime profondément (j'avais d'ailleurs proposé Kuroneko à la dernière session du Jeu Frcd organisée par Les Gentlemen !), je remplacerais le terme "violent" par celui de "cruel".

Ensuite, j'ai reçu (très vite !) mon DVD des 24 Prunelles de Keisuke Kinoshita avec Hideko Takamine. Superbe film (peut-être le plus populaire au Japon !) et Hideko y est évidemment magnifique. Mais attention, c'est un gros mélo ! Alors les allergiques au genre auront du mal :P
J'essaierai bientôt d'en écrire une petite critique.
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Mackey

Messagepar Mackey » 2 juil. 05, 06:03

le melo japonais ne me pose pas probleme