Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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nobody smith
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Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar nobody smith » 11 juil. 15, 17:12

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Les aventures débridées de deux ados un peu à la marge : le petit "Microbe" et l'inventif "Gasoil". Alors que les grandes vacances approchent, les deux amis n'ont aucune envie de passer deux mois avec leur famille. A l'aide d'un moteur de tondeuse et de planches de bois, ils décident donc de fabriquer leur propre "voiture" et de partir à l'aventure sur les routes de France...



Ces dernières années, j’étais en froid avec le cinéma de Michel Gondry. Je n’ai pas vu ses documentaires L’Epine Au Coeur et Conversation Animée Avec Noam Chomsky mais j’ai vraiment du mal à trouver mon compte dans ses fictions depuis Be Kind Rewind et son sketch pour Tokyo!. The Green Hornet était un blockbuster anonyme, The We And The I du sous-Spike Lee insupportable et L’Ecume Des Jours d’un mortifiant ennui. La bande annonce ne m’ayant guère convaincu, je ne misais donc pas grand chose sur son petit dernier Microbe Et Gasoil. Cela rend plus belle la surprise ! Pourtant, au début, je voyais toutes mes craintes devenir réalité. J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le quotidien des deux personnages avec cette réalité dépeinte misérablement où s’incruste pourtant des éléments eux plus décalés. ça m’a d’ailleurs causé quelques soucis pour m’accrocher aux personnages qui apparaissent assez lourd au départ (tout particulièrement Gasoil). L’attachement finit par se produire sur la durée lorsque les héros se réunissent autour du projet de la voiture. Et lorsqu’on passe en mode road movie, le film devient alors purement génial. La problématique sur la tonalité du premier acte est totalement solutionnée. Les situations sont inspirées (tout comme les dialogues) et arrivent à ménager avec habileté la comédie avec des moments plus graves. Il s’en dégage une tendresse que je n'espérais plus revoir chez le cinéaste :D
"Les contes et les rêves sont les vérités fantômes qui dureront, quand les simples faits, poussière et cendre, seront oubliés" Neil Gaiman
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Nicolas Mag
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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Nicolas Mag » 13 juil. 15, 10:22

C'est un bel hymne à s'accepter tel que l'on est. Les 2 sont rejetés que ce soit à l'ecole ou par leur famille. Gasoil est différent et il l'assume. Ca devient même sa force, ce qui n'est pas le cas de Microbe qui subit. Enfin jusqu'à sa rencontre avec Gasoil qui l'emmene vers lui même. Un road movie interieur en somme.

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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Profondo Rosso » 5 févr. 16, 02:32

Après le budget imposant et la lourde logistique de L’écume des jours (2013), Michel Gondry a envie de s’attaquer à un sujet plus modeste et personnel. Ce sera donc Microbe et Gasoil où il explore à nouveau le monde de l’adolescence après le formidable The We and the I (2012). Ce film avait été une des plus belles réussites du réalisateur, sorte de Breakfast Club (1984) revisité avec l’urgence, la gouaille et l’esthétique rattachée à la génération Facebook/Instagram tout en véhiculant une émotion à fleur de peau des plus marquantes. Microbe et Gasoil tout en explorant des thèmes voisin s’attache à des souvenirs plus autobiographiques pour Michel Gondry. Jeune adolescent versaillais rêveur, il était décalé par rapport à un environnement lycéen strict et bourgeois par son attitude et une allure héritée de sa famille hippie avec ses cheveux long. Il s’était lié d’amitié avec un camarade bricoleur, excentrique et tout aussi à la marge que lui et avec lequel ils avaient entretenu la folle idée de construire un véhicule pour se balader à leur guise. Ce projet jamais réalisé va se concrétiser par la fiction bien des années plus tard.

Daniel « Microbe » (Ange Dargent) incarne ainsi un double de Gondry en adolescent chétif, féru de dessin et vexé d’être encore trop souvent pris pour une fille. Il est partagé entre une volonté de se fondre dans le conformisme de ses camarades et entretenir sa singularité qui lui attire l’amitié mais guère plus de celle dont il est éperdument amoureux, Laura (Diane Besnier). Ce genre de doute ne semble guère embarrasser Théo « Gasoil » (Théophile Baquet), assumant fièrement son originalité avec son look improbable, son humour décalé, ses inventions et mains enduites de cambouis qui lui valent son fameux surnom. Gondry capture à merveille l’amitié naissante de ses deux personnalités attachantes et ne sombre jamais dans le cliché dans le rapport à leur environnement. La sensibilité de Microbe le rend à part sans en faire non plus une victime de brimades et l’excentricité de Gasoil aura beau susciter la moquerie, son sens de la répartie et son indifférence au regard des autres le rend intouchable. Néanmoins cet univers étriqué auquel s’ajoute des situations familiales complexes (une mère dépressive et trop aimante (Audrey Tautou) férue de new age pour Microbe et un milieu modeste et sévère pour Gasoil) bride la folle imagination du duo. Qu’à cela ne tienne, après avoir mis la main sur un moteur de tondeuse ils décident de fabriquer un véhicule pour parcourir les routes de France. De l’extérieur, la « voiture » aura le camouflage d’une baraque en bois et après une fabrication de bric et de broc ainsi que les mensonges d’usages aux parents, l’aventure peut commencer.

De ses clips à ses films de cinéma, l’imagination aura toujours revêtue les atours d’une esthétique bricolée, rapiécée et d’une naïveté rattachée à l’enfance. Cela pourrait entremêler l’imagerie et le sujet du film (Eternal Sunshine of Spotless Mind (2004) et son voyage à travers la mémoire), donner un contour ludique à un sentiment douloureux (le magnifique La Science des rêves (2006) et sa romance non réciproque) ou être carrément la raison d’être du film avec le cultissime Soyez sympa, rembobinez (2007) et ses classiques du cinéma reconstitués. Sans donner dans le rétro (le film se place clairement de nos jours), le film tourne le dos à la modernité avec ses deux héros dont l’imaginaire est d’autant plus stimulé qu’ils tournent le dos aux futilités « technologiques » de leur camarades, notamment par un rebondissement surprenant et osé qui nous débarrasse du téléphone portable d’emblée. On ne pourra accuser Gondry de passéisme tant ses outils étaient au cœur du fonctionnement des ados de The We and the I et c’est simplement que ce n’était pas le sujet ici. Les personnages sont d’un naturel confondant et attachant de bout en bout. Réflexions décalées et adultes alternent avec préoccupations plus futiles et typiques de cet âge où l’on se cherche encore - l'ironie et la maturité des ados d'aujourd'hui se dispute souvent à l'innocence d'un Diabolo Menthe (1977). Microbe est donc constamment complexé par sa taille, sa coupe de cheveux et ses premiers émois érotiques, rêvant tout en craignant de son fondre dans la masse d’être influençable et sans personnalité. L’assurance et la gouaille de Gasoil sont autant une protection qu’une affirmation de son tempérament, préférant cultiver cette exubérance puisqu’il sait qu’il ne sera jamais vraiment accepté de tous. Tout est assez bien résumé par l’image avec ce formidable objet de cinéma qu’est la voiture/cabane qui traverse paysage urbain comme nature paisible, se fondant tout en se distinguant avec une égale et indifférente allure.

Ainsi armés entre certitudes et doutes le duo va traverser d’étonnante péripéties, tour à tour inquiétantes (ce séjour nocturne chez un drôle de dentiste), dangereuse avec ce salon de coiffure en zone urbaine menaçantes et gentiment délirantes lors d’une confrontation avec des footballeurs américains. Gondry ne construit cependant pas un monde de rêve, ceux sont les personnalités lunaires de Microbe et Gasoil qui traversent une réalité où vient ressurgir sans prévenir l’actualité douloureuse comme avec ce camp de roms décimé par la gendarmerie. Tout comme ils oscillent entre leur originalité et la normalité de leurs camarades, nos héros sont peu à peu rattrapés par le réel au fil de leur délirant périple. Une certaine mélancolie s’installe progressivement, autant rattachées à leurs préoccupations adolescentes (la romance avec Laura tutoyée mais pas concrétisée) qu’à une facette plus métaphysique (le jeu final sur les ellipses soulignant l’évaporation du temps qui passe et des bons moments quand approche le retour) et les aléas de la vie qui se rappellent douloureusement à nos héros lors du renversement final. Restera le souvenir d’une belle et amusante odyssée ainsi que d’une indéfectible amitié magnifiée par un splendide final qui célèbre la marginalité. Et au vu de l’ultime regard de la tant désirée Laura, c’est de cette affirmation de soi que naissent les sentiments les plus tendres. Un petit bijou et une des œuvres les plus touchante de Michel Gondry, injustement passée inaperçue en 2015. 5,5/6 Avec Le Nouveau la preuve qu'en France on fait d'aussi beau teen movie que les américains !

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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Supfiction » 5 févr. 16, 12:25

Le film tourne le dos à la modernité effectivement, d'ailleurs dans mon souvenir l'histoire se déroulait dans les années 80, c'est dire!
Un hymne à l'amitié et à la liberté. L'un des plus beaux films français de l'année bien caché derrière un titre et une affiche extrêmement humbles.

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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Profondo Rosso » 5 févr. 16, 12:50

Supfiction a écrit :Le film tourne le dos à la modernité effectivement, d'ailleurs dans mon souvenir l'histoire se déroulait dans les années 80, c'est dire!

Oui sous le décalage des deux héros on repère quand même les écrans plat et smartphones de rigueur qui ancrent le film aujourd'hui, d'ailleurs dès que l'aventure se lance le portable disparait de manière un peu scato :mrgreen:


Supfiction a écrit :Un hymne à l'amitié et à la liberté. L'un des plus beaux films français de l'année bien caché derrière un titre et une affiche extrêmement humbles.

Oui grandement oublié dans les différents top de fin d'année je trouve en tout cas il était 2e du mien, meilleur film français de 2015 pour moi aussi !

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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Watkinssien » 6 févr. 16, 13:57

J'avais trouvé cela constamment sympathique, à la fois nonchalant et élégant avec des comédiens assez étonnants.
Mais il faut que je le revoie, car je n'ai pas été si enthousiaste que cela. La faute à un récit un peu déséquilibré, à mes yeux, des personnages un peu inégaux.

Mais Gondry en a réussi à faire une chronique comique et tendre, jamais désagréable.
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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Nicolas Mag » 13 févr. 16, 11:40

Profondo Rosso a écrit : 5,5/6 Avec Le Nouveau la preuve qu'en France on fait d'aussi beau teen movie que les américains !

:wink:
Les americains, à part 2-3 exceptions, font maintenant dans le teen movie vulgaire et sans interêt. (Les enfants d'American Pie)
D'ailleurs ils n'ont pas inventé le concept, la france a connu Diabolo menthe, la boum entre autres et d'autres pays ont reussi le genre comme la serie Lemon Popsicle (Eskimo Limon, en français c'est à chaque fois différent titres).

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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Rockatansky » 13 févr. 16, 11:48

Pour moi on est loin d'un teen movie avec Microbe et Gasoil, le film n'est pas du tout dans les codes du genre.
Maintenant si tant est qu'on essaie de le rentrer dans cette case, perso j'ai trouvé que ce "road movie" n'avait que peu d'interet, et Gondry confirme qu'année après année il perd de son "originalité" personnelle.
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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Jeremy Fox » 8 sept. 16, 23:04

Même si dans son dernier tiers j'ai trouvé que ça s’essoufflait un peu, la fantaisie, l'humour, la poésie et la fraîcheur qui se dégagent de ce film a été telle que j'ai passé 90 minutes le sourire aux lèvres. Quelques fous rires (la mort du portable), des dialogues souvent désopilants et beaucoup de notations très justes sur l'adolescence sans quasiment jamais en passer par la caricature. Une petite musique bien à lui (au sens propre aussi d'ailleurs), une mise en scène jamais avare d'idées, beaucoup de surprises au sein du scénario qui va rarement là où on l'attend et surtout deux jeunes comédiens formidables avec une petite préférence pour Théophile 'Gasoil' que je vais suivre avec attention tellement j'ai aimé son jeu et son personnage. Le jeune comédien qui m'aura fait le plus rire (et pas que) depuis Vincent Lacoste. Une petite bouffée de fraîcheur au sein d'un cinéma français qui n'en manque cependant pas. Une petite merveille.

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Re: Microbe Et Gasoil (Michel Gondry – 2015)

Messagepar Max Schreck » 30 janv. 18, 14:42

J'ai été séduit par la légéreté assumée de ce film tranquille, modeste dans ses prétentions, avec l'impression d'un récit qui s'invente au fur et à mesure, sans précipitation ni moralisme appuyé. Gondry nous propose de partager cette petite parenthèse de la préadolescence, au risque de boucler son film sur un sentiment d'inachevé, mais un peu comme dans la vraie vie. Le duo de jeunes acteurs est extraordinaire, et la réussite du film est en grande partie à mettre à leur crédit. J'ai adoré leurs conversations toujours un peu lunaires. Côté mise en scène, c'est sans doute un des films les plus sages du cinéaste, j'ai même été un peu étonne (déçu ?) de ne pas tant y retrouver sa patte bricolo, cette esthétique pas très apprêtée si en phase avec le fond dans ses premiers films.

C'est évidemment un film empli de la personnalité de son réalisateur-scénariste (le cadre de la banlieue, le talent précoce pour le dessin, la maman musicienne). Si on s'intéresse un peu à Gondry et à la part d'enfance plus ou moins présente dans ses œuvres, on appréciera évidemment encore mieux. J'ai aimé en particulier y retrouver la délicatesse et la sensibilité qui m'avaient déjà beaucoup touché dans son très beau court La Lettre :

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