Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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ex-beldvd man
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar ex-beldvd man » 21 juin 15, 16:36

Un des très très rares films que j'ai abandonné avant la fin... Et pourtant, je suis "bon public" (et j'aime bien les autres films de PTA - The Master étant l'exception)...
C'est une sorte de délire qui n'a pas de sens, on dirait que c'est improvisé au fur et à mesure, avec les acteurs en roue libre, chacun jouant dans son "propre" film... C'est comparé en première page de ce sujet à The Long Goodbye. C'est vrai je déteste les 2 films de façon identique... Une de mes plus grandes déceptions de la décennie...
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Kiké
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Kiké » 21 oct. 15, 15:46

Il est toujours difficile de juger un PTA après une seule vision ; surtout pour celui-ci, ais-je envie de dire, car il me semble que le réalisateur brouille volontairement la compréhension du spectateur ; ce qui donne une expérience cinématographique intéressante, mais un sacré problème lorsqu’il s’agit d’écrire sur le film !

Cette mise en garde faite, voici l’impression spontanée qui fut la mienne durant la vision : on dirait que le Dude des frères Coen se retrouvait détective privé dans un film noir classique, le tout filmé sous substance !
Le héros, interprété avec toujours autant de talent par Joaquin Phoenix, dans un registre comique jusque-là inexploité, rappelle immanquablement le personnage incarné par Jeff Bridges, dans le physique, les gestes, la voix, et bien sûr le sentiment d’être le jouet de conspirations aussi incompréhensibles qu’absurdes. Est-ce un hasard si ces deux protagonistes ne sont jamais nommés par leur véritable patronyme, mais uniquement par une monosyllabe ? Doc, Dude, même combat ?

Ce détective est donc totalement perdu dans son enquête, comme le spectateur ; mais faut-il vraiment comprendre ? Je laisse la question ouverte. En tout cas, j’ai apprécié certaines parties de ce trip sous acide, dans sa galerie de personnages secondaires loufoques (mention spéciale à Martin Short) et dans son portrait en creux des seventies. Mais je suis resté au quai avec d’autres personnages, et avec d’autres évolution du scénario qui me semblent très artificielles ; je trouve par ailleurs le film un peu trop bavard par moments, par exemple les scènes avec Owen Wilson.

On retrouve ici une Amérique impuissante, perdant ses illusions de l’ère hippie pour être petit à petit remplacée par le capitalisme et la corruption. PTA semble observer ce déclin par une vision double, comme souvent, en confrontant deux personnages à la manière de There Will Be Blood ou The Master. Ici, il s’agit de la dualité entre le Doc défoncé et le flic autoritaire anti-hippie, Bigfoot (incroyable Josh Brolin ! Son meilleur rôle avec No Country ?) ; une dualité qui va évoluer de manière viscérale et trouver une conclusion surprenante mais terrifiante, que je ne spoilerai pas !

Bref, cet Inherent Vice vous déroutera, mais pourrait aussi vous faire rire et réfléchir, et vous donner le sentiment de prendre de la drogue par procuration. Et si c’était ça aussi, le cinéma ?
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Alexandre Angel
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Alexandre Angel » 15 déc. 15, 23:43

Voilà un film que j'ai boudé à sa sortie et que je viens de rattraper en dvd. Et bien je ne suis pas loin de penser que c'est le meilleur film de Paul Thomas Anderson. J'ai été enthousiasmé par la maîtrise tranquille de la forme, jamais assénée comme dans certaines œuvres antérieures, forme nimbée d'une volupté hypnotique, d'une douceur exquise (ces dialogues chuchotés comme dans un Jacques Tourneur !) et d'une drôlerie toujours imprévisible. Chaque séquence d' Inherent Vice surprend, nous prend de cours, trouve une expressivité inédite, inattendue. On est jamais à l'abri du sentiment de la surprise (ce que j'attends du cinéma, en fin de compte..) et d'une scène à l'autre, on est à l'affut de ce qui va encore nous étonner. Plus qu'un pastiche de film noir à la mode hippie (on pense évidemment à The Big Lebowski comme le dit mon prédécesseur), Inherent Vice est l'évocation brillante et mélancolique d'une époque de libertés déchainées mais illusoires dont la visite guidée serait assurée par un Joaquin Phoenix stratosphérique.
Josh Brolin est très très bon aussi ..

batfunk
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar batfunk » 22 mars 16, 22:28

En résumé,chiant malgré d'indiscutables qualités déjà citées(Phoenix,la photographie,la b.o,la mise en scène élégante...).
L'histoire est inintéressante au possible,parodie policière ou pas,seul la relation entre sportello et shana est intriguante.et le rythme est d'une monotonie...
Vous évoquez the big lebowski,mais on ne s'y s'y ennuie pas une seconde et on y rit beaucoup.
Très déçu de la tournure prise par la carrière de Paul thomas Anderson depuis "There Will be Blood".il est passé de grands films populaires(magnolia,boogie nights) à des films où il se fait plaisir,en laissant complètement le spectateur de côté.et ce n'est pas en lisant partout qu'il est un génie qu'il se remettra en question(et ça vaut aussi pour winding refn).
N'est pas Scorcese ou Kubrick qui veut.

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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Jeremy Fox » 23 mars 16, 05:56

batfunk a écrit : à des films où il se fait plaisir,en laissant complètement le spectateur de côté.


Ne fais pas de ton cas une généralité. :wink: J'ai été scotché par tous ses derniers films (ses premiers aussi d'ailleurs), The Master étant même le film qui m'a le plus marqué depuis 10 ans.

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Supfiction
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Supfiction » 23 mars 16, 10:52

batfunk a écrit :En résumé,chiant malgré d'indiscutables qualités déjà citées(Phoenix,la photographie,la b.o,la mise en scène élégante...).
L'histoire est inintéressante au possible,parodie policière ou pas,seul la relation entre sportello et shana est intriguante.et le rythme est d'une monotonie...
Vous évoquez the big lebowski,mais on ne s'y s'y ennuie pas une seconde et on y rit beaucoup.
Très déçu de la tournure prise par la carrière de Paul thomas Anderson depuis "There Will be Blood".il est passé de grands films populaires(magnolia,boogie nights) à des films où il se fait plaisir,en laissant complètement le spectateur de côté.et ce n'est pas en lisant partout qu'il est un génie qu'il se remettra en question(et ça vaut aussi pour winding refn).
N'est pas Scorcese ou Kubrick qui veut.


batfunk pointe quand même du doigt une vérité, à savoir que le cinéma de Paul Thomas Anderson est devenu beaucoup plus opaque.
Boogie Nights, Magnolia et Punch-drunk love étaient tout de même beaucoup plus accessibles que There Will Be Blood et The master. Et avec Inherent Vice, il a franchit un nouveau palier.
J'avais beaucoup aimé The master malgré sa dernière partie mais Inherent Vice m'a personnellement complètement laissé sur le quai, et ce dès la première scène. Visiblement, je n'ai pas eu les clefs pour l'apprécier (et le comprendre) et je ne suis pas le seul.

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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar AtCloseRange » 23 mars 16, 11:26

Supfiction a écrit :
batfunk a écrit :En résumé,chiant malgré d'indiscutables qualités déjà citées(Phoenix,la photographie,la b.o,la mise en scène élégante...).
L'histoire est inintéressante au possible,parodie policière ou pas,seul la relation entre sportello et shana est intriguante.et le rythme est d'une monotonie...
Vous évoquez the big lebowski,mais on ne s'y s'y ennuie pas une seconde et on y rit beaucoup.
Très déçu de la tournure prise par la carrière de Paul thomas Anderson depuis "There Will be Blood".il est passé de grands films populaires(magnolia,boogie nights) à des films où il se fait plaisir,en laissant complètement le spectateur de côté.et ce n'est pas en lisant partout qu'il est un génie qu'il se remettra en question(et ça vaut aussi pour winding refn).
N'est pas Scorcese ou Kubrick qui veut.


batfunk pointe quand même du doigt une vérité, à savoir que le cinéma de Paul Thomas Anderson est devenu beaucoup plus opaque.
Boogie Nights, Magnolia et Punch-drunk love étaient tout de même beaucoup plus accessibles que There Will Be Blood et The master. Et avec Inherent Vice, il a franchit un nouveau palier.
J'avais beaucoup aimé The master malgré sa dernière partie mais Inherent Vice m'a personnellement complètement laissé sur le quai, et ce dès la première scène. Visiblement, je n'ai pas eu les clefs pour l'apprécier (et le comprendre) et je ne suis pas le seul.

Je n'ai pas aimé Inherent Vice mais il me semble déjà qu'en mettant Punch-Drunk Love dans les accessibles, tu te fourvoies un peu.
C'est lui le film de la rupture.
C'est là pour moi qu'il a enfin trouvé son style, son identité alors qu'avant au-delà du brio, les ombres de Scorsese et Altman étaient très présentes.
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Supfiction » 23 mars 16, 11:46

AtCloseRange a écrit :Je n'ai pas aimé Inherent Vice mais il me semble déjà qu'en mettant Punch-Drunk Love dans les accessibles, tu te fourvoies un peu.
C'est lui le film de la rupture.
C'est là pour moi qu'il a enfin trouvé son style, son identité alors qu'avant au-delà du brio, les ombres de Scorsese et Altman étaient très présentes.


Oui tu as sans doute raison, disons que les côtés opaques de Punch-Drunk Love étaient compensés par des aspects comédie romantique qui faisaient mieux passer la pillule.
J'aurai pas citer Scorsese, en revanche la filiation entre Magnolia et le Altman de Short cuts est évidente.

Disons qu'à l'instar de Malick (Knight of cups) et de Lynch (Inland Empire), il a franchit un nouveau palier. De là à dire qu'il y a une tendance de fond..

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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Carlito Brigante » 23 mars 16, 12:41

Supfiction a écrit :
AtCloseRange a écrit :Je n'ai pas aimé Inherent Vice mais il me semble déjà qu'en mettant Punch-Drunk Love dans les accessibles, tu te fourvoies un peu.
C'est lui le film de la rupture.
C'est là pour moi qu'il a enfin trouvé son style, son identité alors qu'avant au-delà du brio, les ombres de Scorsese et Altman étaient très présentes.


Oui tu as sans doute raison, disons que les côtés opaques de Punch-Drunk Love étaient compensés par des aspects comédie romantique qui faisaient mieux passer la pillule.
J'aurai pas citer Scorsese, en revanche la filiation entre Magnolia et le Altman de Short cuts est évidente.

Disons qu'à l'instar de Malick (Knight of cups) et de Lynch (Inland Empire), il a franchit un nouveau palier. De là à dire qu'il y a une tendance de fond..


Scorsese c'est plutôt pour Boogie Nights (plan-séquence du club, monologue final...).
Ceci dit Punch-Drunk Love c'est quand même très Blake Edwards-ien...

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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar batfunk » 24 mars 16, 22:07

Faudrait que je revois "punch drunk love".j'étais accompagné et pas vraiment concentré sur le film :mrgreen:
Après,il semblerait que Paul thomas Anderson ne dépende plus des grands studios,ce qui est le rêve de tout cinéaste.la contrepartie,c'est qu'il n'a aucun contradicteur.Kubrick était déçu si un de ses films échouait au box office(Barry Lindon par exemple )et enchainait sur un film de genre ),Thomas Anderson non,tant qu'il peut tourner.je suis de l'avis d'Alain Delon,il faut faire plaisir à ton public(qui n'est pas celui de fast and furious,hein :lol: )

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Max Schreck
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Re: Inherent vice (Paul Thomas Anderson - 2014)

Messagepar Max Schreck » 24 nov. 16, 16:05

Un genre de Big Lebowski lynchien (la présence de Del Toro qui revient faire l'avocat zarbi, renvoyant également à l'univers de Las Vegas parano).

Joaquin Phoenix m'énerve à force de se montrer aussi constant dans le génie, tout en proposant à chaque fois une interprétation différente. Drôle mais sans jouer la bouffonnerie, donc foncièrement touchant, son personnage incarne ici plus que jamais l'âme du film, tout le récit donnant l'impression de se passer dans sa tête. En effet, pratiquement tous les éléments de son enquête (noms de personnages, de lieux) semblent lui être fournis par le hasard des rencontres : à moins d'avoir raté un truc, les personnages de Tariq et Hope prennent eux-même l'initiative de le contacter, et comme par hasard leur problème s'avère être une pièce du puzzle sur lequel il enquête (et même quand Sashta vient lui parler de Wolfmann, il avait lu son nom dans le journal). Ajoutons à ça, la sensation étrange que la chronologie des faits ne semble pas toujours rigoureusement agencée, et on finit par se dire que le film pousse à interroger constamment les apparences, et donc à précisément favoriser l'identification avec ce personnage de privé défoncé qui assume donc pleinement le risque de paranoïa et d'hallucination. On est dans cette Amérique de Nixon où les flics et les feds traquent les hippies drogués de Californie (celle dépeinte par un Philip K. Dick). Mais même sous influence, et même s'il passe par des moments douloureux, le héros s'avère redoutablement compétent, et c'est assez touchant de le voir réagir et redéfinir ses priorités en fonction de ses découvertes et de son sens réel de la justice.

En fait, j'ai rien capté au film, mais me suis laissé porter par son atmosphère. La musique est cool, y'a du beau monde (coucou Martin Short !). Au-delà de tout ça, ce que j'ai adoré c'est d'assister à l'évolution du cinéma d'Anderson, ce film semblant finalement proposer une nouvelle direction après l'hermétisme glaçant de The Master, qui faisait lui-même suite à la rigueur implacable de There will be blood, qui lui-même faisait suite à la recherche d'une narration anticonventionnelle de Punch-drunk love. Ici, donc, la mise en scène apparaît moins léchée, caméra souvent portée, près des visages, mais ça reste d'une constante fluidité alors que le récit se déroule de façon totalement imprévisible, tant par son rythme que par son sujet. Ce n'est donc pas une rupture, ni une progression, c'est juste que ça vit (de même pour Jonny Greenwood qui a mis de l'eau dans son vin). J'aime bien les cinéastes qui refont toujours le même film, dont l'univers formel rassure, mais c'est aussi passionnant de suivre ceux qui se réinventent, même si ça ne touche pas toujours.
« Vouloir le bonheur, c'est déjà un peu le bonheur. » (Roland Cassard)
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