Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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AtCloseRange
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar AtCloseRange » 25 juin 13, 18:28

Tu as mal compris ma remarque. Je regrette juste qu'on en arrive à faire un film autour des interprétations plus ou moins farfelues de Shining.
Ce genre de chose n'arriverait pas avec les 400 Coups et c'est tant mieux.
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cinephage
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar cinephage » 25 juin 13, 19:02

AtCloseRange a écrit :Tu as mal compris ma remarque. Je regrette juste qu'on en arrive à faire un film autour des interprétations plus ou moins farfelues de Shining.
Ce genre de chose n'arriverait pas avec les 400 Coups et c'est tant mieux.


C'est surtout un film, si j'ai bien compris, qui rend compte de la passion que génère Shining. Peu de films sont à l'origine d'autant d'interprétations, fouillées et travaillées (même si peu sérieuse pour la plupart). Il semble que ce soit surtout cet investissement personnel, cette "folie", qui intéresse le réalisateur.
C'est un sujet qui peut intriguer (j'avoue que j'en suis assez curieux).

C'est un peu l'équivalent de ces films sur la beatlemania, notamment ceux qui fantasment sur la mort (?) de Paul McCartney, ou celui qui était sorti sur le phénomène des trekkies... C'est sans doute anecdotique, mais suffisamment amusant/intrigant pour faire un film.
N'en déplaise à Bergman, tous les films ne peuvent pas traiter du silence de Dieu et du malheur des hommes...
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar Flol » 26 juin 13, 11:06

Et tu as également mal compris ma remarque, Cinephage. Je faisais juste référence à toutes ces vidéos de révélations et d'analyses de films, qui parsèment le web (dernièrement, c'est une interprétation de Inception et particulièrement de sa fin, qui a fait le buzz).
Le film de Rodney Ascher m'a clairement fait penser à ça, et ce n'est pas péjoratif. La preuve : je l'ai quand même plutôt apprécié, dans l'ensemble.

cinephage a écrit :C'est surtout un film, si j'ai bien compris, qui rend compte de la passion que génère Shining. Peu de films sont à l'origine d'autant d'interprétations, fouillées et travaillées (même si peu sérieuse pour la plupart). Il semble que ce soit surtout cet investissement personnel, cette "folie", qui intéresse le réalisateur.

Oui c'est tout à fait ça ; et c'est là tout l'intérêt du film.

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Zelda Zonk
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar Zelda Zonk » 8 nov. 16, 10:35

Je remonte ce topic, car le film est passé cette semaine sur Arte, et est toujours dispo en Replay pour ceux que ça intéresse.

Concernant le contenu, j'avoue que la plupart des intervenants relèvent plus de la maladie mentale que de la passion cinéphile... :mrgreen:

Hormis deux ou trois thèses intéressantes (le génocide indien, l'holocauste, la mission Apollo) qui se tiennent plus ou moins, la plupart des interprétations sont tout bonnement délirantes (le minotaure, les images subliminales...)
C'est bien connu, quand on veut faire dire ce que l'on veut à des images, on arrive toujours à trouver une porte d'entrée, fusse-t-elle complètement tirée par les cheveux, et on parvient toujours à convaincre deux ou trois illuminés. C'est le principe même des thèses complotistes. Or, ce documentaire relève de la même logique, la plupart du temps.

Je pensais à Kubrick, et j'imaginais son rictus, voire ses éclats de rire, s'il était encore vivant pour voir ça...
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar Demi-Lune » 8 nov. 16, 11:02

Absolument d'accord avec toi. J'étais pressé d'en finir avec ce documentaire jamais vraiment convaincant, qui montre seulement la pathologie de certains envers ce film effectivement très obsessionnel qu'est Shining. La consternation m'a saisi plus d'une fois face au décorticage théorique de certains illuminés (le Minotaure, j'en pleure encore de rire), qui me rappellent ces fanas préoccupants de la théorie du complot à tout bout de champ. Paradoxalement, je trouve que ce film est un bon antidote contre le précipice de la sur-interprétation et de l'enfermement qui peuvent guetter l'analyse critique.
Par exemple, sur la confrontation du film en marche normale et en marche inversée, avec les pseudos effets de correspondance qui seraient signifiants. Je trouve ça absurde. Kubrick pensait sa mise en scène de façon géométrique, c'est donc logique que les plans suivent un ordonnancement particulier. On pourrait faire des correspondances entre films de Kubrick avec le même parti-pris et trouver toutes sortes de "messages" qu'on veut bien voir, ça ne change rien au fait que c'est originellement un travail sur le cadre, sur les axes et sur la perspective.
Le seul moment où j'ai senti mon échine se glacer face à un argumentaire, c'est lorsqu'une nana reconstitue la cartographie de l'hôtel et démontre par A+B le rétrécissement de la façade de l'hôtel et cette histoire de la fenêtre impossible (du bureau du directeur de l'hôtel). C'est facile de le dire après-coup, mais j'avoue avoir toujours été troublé par ce décor, sans que je ne parvienne à dire pourquoi. Ben voilà.
Il y a également deux ou trois détails vaguement troublants, comme cette machine à écrire qui change de couleur, ces motifs de la moquette du couloir qui changent de sens d'un plan à l'autre, la chaise qui disparaît, effectivement des points sur lesquels on peut légitimement s'étonner qu'un perfectionniste fou comme Kubrick ait fermé les yeux.

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Zelda Zonk
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar Zelda Zonk » 8 nov. 16, 11:07

Demi-Lune a écrit :Paradoxalement, je trouve que ce film est un bon antidote contre le précipice de la sur-interprétation et de l'enfermement qui peuvent guetter l'analyse critique.



Tout à fait :)
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar Max Schreck » 9 nov. 16, 11:13

Spongebob a écrit :On ne voit jamais le visage des intervenants et à part leur nom on ne saura rien sur eux. Heureusement j'ai le dossier de presse qui nous apprend qu'il s'agit de journalistes réputés, professeurs d'université, écrivains, ou simple fan hardcore.

J'ignorait complètement quel serait l'angle de ce docu, m'attendant presque naïvement à un genre de makingof définitif, et pensant instantanément que ce serait génial de soumettre Eyes wide shut (autre film qui donne l'impression que le moindre centimètre carré de pellicule ne doit rien au hasard) au même décryptage. J'ai donc mis un peu de temps à comprendre ce qu'on me proposait là, tiquant à peu près quand la simple récurrence du chiffre 42 et de la marque allemande d'une machine à écrire sont présentés comme les seuls et incontestables élements pour faire du film une mise en abîme de l'holocauste... Et j'ai effectivement été gêné par le fait qu'on ne sache jamais qui s'exprime, et en ce qui me concerne ça pourrait tout aussi bien venir de cinémaniaques autistes. Je ne comprends pas ce refus de présentation, parce que le vrai sujet me semblait plutôt de faire le portrait de ces gens-là, de leur fascination et de leur dépendance, puisque pour la plupart le film est devenu constitutif de leur personnalité.

Le seul truc rigolo, c'est qu'au moment où j'étais en train de penser qu'on devait forcément trouver sur la toile le travail de quelqu'un qui aurait modélisé le plan de l'hôtel, ce dernier apparaissait à l'écran.

Spongebob a écrit :Ce qui peut être perturbant pour nous autre européens c'est que les intervenants commentent parfois des passages absents ne notre version européenne. Par exemple la fameuse scène des squelette dans le hall de l'hôtel. Du coup ces analyses tombent un peu à plat si on considère que la version "officielle" est celle que nous connaissons

Là encore, j'ai plusieurs fois tiqué sur certains plans qui m'étaient inconnus, pourtant persuadé de connaître le film par cœur, avant de réaliser qu'ils étaient par conséquent issus de la version longue (confirmant que non seulement je ne l'ai pas vu, mais surtout qu'elle semble bien ruiner le film).

Au final, ça se regarde bien, et c'est toujours intéressant de découvrir tous ces petits détails que ces gens ont repéré dans le film. De là à me persuader que ça participe des intentions du cinéaste... C'est bien trop cryptique, et le subliminal a ses limites.
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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar tenia » 9 nov. 16, 18:05

Une partie de moi a envie par curiosité de regarder le film, mais tout ce que j'en ai lu donne à penser que c'est l'équivalent ciné-maniaque d'une théorie du complot où le moindre bout de tissu qui dépasse est propice à une théorie de 200 pages totalement capillo-tractées.

Du coup, j'ai peu de m'ennuyer pendant 1h40 devant des cinglés qui projettent sur le film ce qu'ils voudraient / cru y voir au lieu de ce que le film est réellement.

Demi-Lune a écrit :Paradoxalement, je trouve que ce film est un bon antidote contre le précipice de la sur-interprétation et de l'enfermement qui peuvent guetter l'analyse critique.


Je ne sais plus qui disait : "En littérature à l'école, on vous apprend 2 choses : la réduction façon Jivaros d'un livre de 300 pages à quelques lignes ou au contraire le remplissage de 2 copies doubles à partir de 2 lignes de texte". Ca s'applique très bien aussi à l'analyse cinématographique. :mrgreen:

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Re: Room 237 (Rodney Ascher - 2012)

Messagepar Stromboli » 9 nov. 16, 18:45

Etonné de lire autant de messages ironiques et "critiques" sur un docu qui au fond ne fait que souligner, même au second degré, un certain plaisir de la cinéphilie qui permet des exégèses de nos films préférés, y compris jusqu'à un certain délire.

Que mes potes qui n'aiment pas spécialement le cinéma dézingue ce genre de docu, ça me parait logique, mais sur un forum "cinéphile" qui consacre des milliers de messages à des films qui ne sont pas tous des chefs d’œuvres immortels (et tant mieux), ça me surprend un peu.