Kon Ichikawa (1915-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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magobei
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar magobei » 6 mai 11, 16:26

someone1600 a écrit :Et sinon j'attendrai son édition blu-ray de la harpe de birmanie, qui viendra tres surement un jour... en attendant j'ai trouvé un moyen de finir le film.


Il existe déjà un BR UK chez MoC si jamais :wink:
http://www.amazon.co.uk/Burmese-Harp-Ma ... 779&sr=8-2
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.

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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar someone1600 » 7 mai 11, 00:45

Ca me reviendrait a plus de 50 $, ce qui fait tres cher... malheureusement... :(

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Joe Wilson
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar Joe Wilson » 27 févr. 12, 22:05

La vengeance d'un acteur

Un film passionnant dans sa démesure, tant la mise en scène d'Ichikawa fascine par ses exubérances plastiques. Les couleurs deviennent le miroir des émotions et transcendent un récit relativement linéaire.
L'artificialité des décors est assumée jusque dans ses excès, alors que les motifs du kabuki accentuent la sensation d'une dimension irréelle et fantomatique. Dans un double-rôle, Kazuo Hasegawa livre une interprétation mémorable tandis qu'Ayako Wakao apporte une éblouissante beauté tragique. Par la densité de son rythme et l'éclat de la partition musicale, La vengeance d'un acteur se dégage des contraintes de l'exercice de style, pour offrir un spectacle flamboyant et vertigineux tout en restant très accessible.
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bruce randylan
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Messagepar bruce randylan » 6 déc. 12, 23:03

Beule a écrit :Je suis un chat offre un regard souvent désopilant sur cette même cellule familiale, mais à l'ère contemporaine. Il semble cette fois s'agir -entre autres car bien des notions doivent échapper à mon entendement- de traiter à la fois de la crise d'identité patriarcale, de l'ouverture culturelle et philosophique à l'occident, des différentes appréhensions du système éducatif, peut-être aussi de stigmatiser la résurgence de vieux démons impérialistes... Mise en scène aussi dépouillée que les intérieurs de cette demeure rétive à toute occidentalisation architecturale, mais les vignettes proposées sont souvent régalantes. Tout comme Nakadai dans un total contre-emploi. Les félinés ne sont pas mal non plus (Blakie se refaisant le museau pour se prémunir des pêts des belettes, ça reste un grand moment :lol: ).


j'ai pas trop accroché pour ma part. :?
La première demi-heure m'a pourtant bien plu avec une espèce d'atmosphère presque absurde avec des intellectuels philosophant sur des notions abstraites. Ils finissent par devenir des adultes immatures refusant de s'ouvrir sur le monde tout en étant assez conservateur pour ne pas dire réactionnaire. Leur personnalité assez flegmatique est assez réjouissante avec un Nakadai génial en effet en contre-emploi.

Mais après, ça tourne dangereusement en rond et ça n'emmène pas très loin. Ca manque de liant, d'une structure, d'un enveloppe général pour que ça me plaise. Comme le souligne Beule, Ichikawa aborde beaucoup de thèmes mais j'ai le ressentiment que rien n'est approfondi et je ne vois pas ce que Ichikawa veut dire au final. Et puis, la mise en scène m'a parut la plus faible et la plus académique du cinéaste.

Après il y a en effet quelque moments étonnant comme le duel entre le chat et la belette (la course poursuite est pas mal aussi :uhuh: ).
Dernière édition par bruce randylan le 9 févr. 14, 23:33, édité 1 fois.
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar bruce randylan » 2 juil. 13, 18:06

Etrange obession / confession impudique (1959)

Un homme âgé fait une véritable obsession sur sa santé physique. Il décide un jour que pour rester jeune d'esprit, il doit être stimuler par la jalousie, il fait donc en sorte que son futur gendre soit attiré par son épouse, bien plus jeune que notre sexagénaire.

Un excellent morceau entre la comédie de mœurs très grinçante et l'étude psychologique assez torturée.
Les deux se mêlent adroitement au point que devant certaines situations grotesques, on hésite à rire alors que d'autres situations plus sombres font largement sourire.
En tout cas, le film va assez loin dans sa satire de la sexualité japonaise et sa farandole d'hypocrisie. Ca donne un film assez jouissif, portée par une mise en scène très soignée avec notamment un travail sur la couleur et l'espace très virtuose.
Ichikawa permet ainsi d'installer un climat assez pesant mais décalé avec son lot de perversions et de jeux de manipulation où tout le monde se fait prendre à son propre jeu et où surtout personne n'est innocent : le mari, l'épouse, la fille, le fiancée et même la femme de ménage qui offre une conclusion très ironique où les institutions japonaises en prennent sérieusement pour leur grade avec sa justice aveugle qui refuse d'écouter les confessions des personnes âgées.
Il est tout de même dommage que pour ça, le scénario passe par une pirouette farfelue qui ne tient pas debout (le transfert du contenu de 2 bouteilles à cause de la servante daltonienne).

Résumons : un sujet audacieux qui ne se soucie pas de morale (et de moralité), une psychologie fouillée et complexe, une atmosphère fascinante et tendue, une mise en scène au cordeau et d'excellents acteurs. Il en faut d'habitude moins que ça pour se trouver devant un cru estimable.
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar bruce randylan » 9 févr. 14, 23:31

Serment rompu (1962)

Fils d'une caste inférieure (dont le père vient de décéder), un instituteur vit dans la crainte de voir ses origines découvertes. Un écrivain revendiquant ses origines "modestes" demeure un exemple pour lui

Un peu décevant ce Kon Ichikawa.
Le gros problème est un scénario d'une lourdeur pachydermique qui matraque jusqu'à plus soif son discours sur la tolérance, les doutes de Raizo Ichikawa, les préjugés mesquins et le pardon. Les 30 dernières minutes sont mêmes assez stupéfiantes avec la volonté d'en remettre une couche toute les 5 minutes (la confession de Raizo devant ses élèves... puis l'excuse de son collègue... puis tous les collègues se ramènent... mais Raizo s'en va quand même... Il croise la veuve de l'écrivain qui lui refait la morale... avant que le collègue débarque de nouveaux... avec les enfants pour remettre ça... avant que cette fois l'amoureuse de Raizo se ramène à son tour :shock: ). Bref, niveau subtilité, c'est pas vraiment ça !
On pourrait croire qu'étant donné le sujet délicat, il fallait peut-être ça pour faire évoluer les mentalités mais le film date de 1962 et une version existait déjà dans les années 40 ! :?

Après, le film n'est pas mauvais non plus car la réalisation d'Ichikawa reste souvent de qualité et impose par moment le respect à commencer par l'ouverture stupéfiante où un paysan fait face à un taureau menaçant filmé dans un scope noir et blanc oppressant et virtuose. La suite n'est pas forcément de ce niveau mais reste régulièrement inspirée (l'enterrement, la voix du spectre ; le travelling plongeant suivant Raizo dans une rue – filmé d'une hauteur peu commune – les rencontres avec l'écrivain, l'assassinat de celui-ci etc...). Il faut cependant reconnaître que le film devient de moins en moins formel et de plus en plus traditionnel au fur et à mesure que le film avance. Il n'est pas impossible que la mise en scène suive en fait l'évolution psychologique du personnage central qui est grandement torturé au début du film et trouve l'apaisement à la fin du film. D'ailleurs le film commence par un scène nocturne très sombre avec une obscurité par moment clairement artificielle et se conclut de jour sous une neige à la bancheur immaculée.

Enfin tout de même... les bons sentiments ne font pas les bons films. Au moins on évite à la musique pathos et à l’interprétation larmoyante – même si ce n'est pas très fin non plus.
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar bruce randylan » 9 oct. 14, 17:10

Le fils de famille / Bonchi (1960)

Fils unique d'une lignée de commerçant, kikuji vit sous la domination de sa mère et de sa grand-mère qui ont bien décidé de gérer y compris ses relations avec les femmes

Un bon opus Ichikawa qui, s'il n'atteint pas non plus des sommets, se suit avec plaisir grâce à la simplicité de son récit qui n'est ni un drame, ni une comédie, ni une fresque, ni un film historique ou encore une étude de mœurs. C'est un peu un mélange de tout ça mais sans jamais verser dans un genre ou un autre grâce à un formidable dosage dans son écriture qui choisit d'éviter les climax, les éclats ou les temps forts traditionnels. Le film désamorce souvent ses situations en basculant légèrement dans le contre-temps pour mieux jouer sur nos attentes (sans être distant ou froid).
Le style du cinéaste correspond en cela à la nature de son héros qui manque un peu de poigne et de caractère et qui s'avère souvent passif face à l'autorité de son odieuse famille maternelle (ou les charmes de ses maîtresses). La majeure partie du récit se déroule ainsi en intérieur feutré plutôt que dans des vastes décors reconstitués ou au travers de la transcription de la vie sous la seconde guerre mondiale. Les rares extérieur sont souvent d'ailleurs de grandes pongées qui décomposent le cadre en de violents traits horizontales pour mieux symboliser le conservatisme de cette société tellement obsédé par les apparences que ça devient grotesque (et cruellement injuste)

Réalisation sobre et classieuse avec toujours cet art typiquement japonais de parvenir à faire des scènes de plus de 10 minutes dans 5 m2 sans jamais reproduire deux fois le même cadre et sans que le découpage ne semble forcé ou artificiel.
Quant aux acteurs, ils sont tous excellents à commencer par Raizo Ichikawa une nouvelle fois génial et véritable caméléon capable d'être crédible en vieillard avec juste une manière de laisser pendre sa mâchoire. En face de lui, le casting féminin ne démérite pas avec entre autres Ayako Wakao et Machiko Kyo.

La discrétion du traitement est en tout cas la grande qualité de ce film. On ressort du film en ayant beaucoup aimé sans vraiment dire pourquoi :)
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar Jeremy Fox » 29 févr. 16, 06:17

Feux dans la plaine, que chronique aujourd'hui Anthony Plu (que nous remercions au passage), vient de sortir en Bluray chez Rimini.

Cololi

Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar Cololi » 29 févr. 16, 09:27

J'ai vu le film grâce à sa sortie en BR en France.

Globalement, c'est très bon. Esthétiquement très réussi, la mise en scène travaillée, la musique souvent évoquant Berg est elle aussi une réussite.
C'est un film de guerre ... mais qui ne ressemble pas aux canons du genre. Très peu d'affrontements, pas d'idéologie, de morale ... en revanche des hommes poussés au-delà leurs derniers retranchements. Une fuite du sensationnel également de la part du réalisateur, pour paradoxalement mieux montré l'horreur de la guerre. Peut être ce parti pris va t-il un peu trop loin à mon goût, mais ça n'en demeure pas moins un bon film.

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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar bruce randylan » 13 juil. 16, 12:00

Ma critique de Portrait d'Humanité, l'un des premiers film tourné par Kon Ichikawa et admirable chef d'oeuvre qui repasse samedi à la MCJP. :wink:
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar k-chan » 13 juil. 16, 20:13

bruce randylan a écrit :Ma critique de Portrait d'Humanité, l'un des premiers film tourné par Kon Ichikawa et admirable chef d'oeuvre qui repasse samedi à la MCJP. :wink:

Tu reviens pour cette seconde séance ? J'ai hâte de le voir, j'espère que tu ne t'emballes pas en parlant de chef-d'oeuvre ! :mrgreen:
Heureux d'avoir la possibilité de voir un nouveau Kon Ichikawa, quoi qu'il en soit. :D

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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar bruce randylan » 14 juil. 16, 00:57

En terme d'écriture cinématographique, c'est pour moi un vrai chef d'oeuvre, ce qui permet de contourner pas mal de clichés.
Après, quelques aspects ont bien-sûr vieilli mais pas de quoi amenuiser mon enthousiasme. :D

Par contre, je ne reviendrai pas le voir, je passerai juste pour la Reine des perles.
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar bruce randylan » 21 avr. 17, 22:38

Bungawan Solo (1952)

Image

En 1945, sur l'île de Java en Indonésie, une modeste famille de paysans vit avec l'inquiétude de voir les soldats japonais débarquer dans leur petit village. Un jour, trois déserteurs viennent frapper à leur porte, demandant de l'aide pour soigner l'un deux,affaibli par la malaria.


Ce dernier film de Kon Ichikawa pour la Shintoho se révèle bien moins aboutis que Portrait d'humanité à cause d'une réalisation plus relâchée et d'un scénario dont les enjeux et la tension sont assez mal rendus.
Le début laissait espérer pourtant le meilleur avec le quotidien de cette famille indonésienne s'exprimant dans leur véritable langue (bien que jouée par des japonais), des jolis plans de natures et une introduction percutante des 3 déserteurs, accompagnés de bref flash-backs non linéaires.
Mais après ça, les possibilités du scénario hésitent entre la noirceur, le pacifisme, le mélodrame ou encore la romance. Le film n'en aborde jamais vraiment aucune et donne le sentiment de survoler son histoire et ses personnages qui sont rapidement dénués d’ambiguïtés. J'aurais préféré que Kon Ichikawa développe les dilemmes des déserteurs face à ceux qui les hébergent : doivent-ils leur faire confiance ? Vont-ils les trahir ? Doivent-il les tueur ? Peuvent-ils se lier à eux ? Comment renouer avec leur famille au Japon ?
De manière générale, j'ai eu du mal à m'identifier à eux (surtout les parents dont je n'ai jamais pleinement compris les motivations). Les auteurs semblent un peu déchiré entre les deux sœurs épanouies et assez libres et le trio de japonais.
L'arrivée d'un nouveau soldat japonais est lui aussi assez mal géré et son changement de psychologie est trop abrupte pour être convaincant et apporter une nouvelle menace (ou augmenter la décontraction).
Le dernier acte est plus évident et clair pour une situation il est vrai plus basique et manichéenne où les méchants sont bien définis et ne changeront pas de nature. Dramatiquement, ça fonctionne donc mieux, bien que prévisible étant donné qu'on nous dit en préambule que l'intrigue prend place durant l'été 1945.

La réalisation est dans cet état d'indécisions du style à suivre : quelques idées réussies dans le cadre, les focales, la profondeur de champ mais le rythme est trop lent et souvent académique. Il faut dire que le film est presque un huit-clos assez statique qui ne sort presque jamais du terrain de la famille.
Précisons quand même que la copie projeté à la cinémathèque était un DVD lamentable plus proche du 16mm brute que de la copie 35mm restaurée : scènes nocturnes très sombres, aucune définition ni piqué, mouvances désagréables dans les zones d'ombres, contrastes à l'ouest... Dans de meilleur condition, il serait sans doute possible d'apprécier davantage la mise en scène.

Malgré tout, le sentiment dominant est celui un peu gênant que le cinéaste ne savait pas comment aborder son matériel qui ressemble par ailleurs fortement à Vivre en paix de Luigi Zampa, bien mieux construit et humain, sans être un chef d’œuvre non plus.
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Re: Kon Ichikawa (1915-2008)

Messagepar Demi-Lune » 13 juin 17, 09:09

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Kevin95 a écrit :Image

FEUX DANS LA PLAINE (NOBI) de Kon Ichikawa (1959) découverte

Un film stylisé, un film superbement mis en scène, un film impressionnant lorsqu'il prend un détour horrifique mais un film froid. J'aurai tellement aimé m'impliquer plus, ressentir le désarroi de ces soldats japonais en pleine déroute, trembler lorsqu’ils se mettent à se bouffer entre eux mais ma position a toujours été la même, derrière une vitre. Kon Ichikawa ne prend pas le temps de nous présenter les personnages, de nous les rendre un peu tangible et d'emblée, filme la décrépitude sans que le spectateur n'ait le temps de s'acclimater. D'un côté, cela rend Feux dans la plaine tranchant, sans concessions aux codes du film de guerre mais en même temps, ça le rend distant, quasiment hermétique. Reste un pur plaisir plastique, chaque plan est du chocolat pour les yeux, et un intérêt historique car Feux dans la plaine filme un contre-champ inhabituel dans la peinture de l'armée japonaise durant la guerre de 1940. Une originalité reprise par beaucoup, à commencer par Kinji Fukasaku qui dans Under the Flag of the Rising Sun reprendra la thématique du film d'Ichikawa pour le marier au travail de mémoire et au travail de deuil. Étonnement, les deux films partagent une beauté formelle et des émotions frigorifiques. On ne rit pas avec le cannibalisme.