William A. Wellman (1896-1975)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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monk
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar monk » 27 déc. 12, 07:55

J'ai découvert Safe in hell hier et une fois de plus j'ai beaucoup aimé ! Le film est court mais ne prend pas sa direction définitive immédiatement. Mais l'idée est bonne (adaptée d'une pièce) et bien amenée. J'y ai retrouvé Wellman et son héros "qui passe son temps assis à attendre", dans une mise en scène joliment maitrisée, mais sans excès. Et puis, ma foi, quelque chose d'autre, que j'ai retrouvé dans les adaptations cinématographiques de T. Williams: une ambiance moite - voire poisseuse vu la population locale - et une forte tension sexuelle entre gens de (pas forcément) bonne compagnie. C'est tendu, avec la touche d'humour que Wellman sait toujours instiller à ses récits, toujours bien venue. Dorothy Mackaill est superbe et enflamme un final incroyable et désespéré.
Vraiment ravi, belle découverte. Je garde !

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Federico
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar Federico » 27 déc. 12, 14:10

monk a écrit :J'ai découvert Safe in hell hier et une fois de plus j'ai beaucoup aimé ! Le film est court mais ne prend pas sa direction définitive immédiatement. Mais l'idée est bonne (adaptée d'une pièce) et bien amenée. J'y ai retrouvé Wellman et son héros "qui passe son temps assis à attendre", dans une mise en scène joliment maitrisée, mais sans excès. Et puis, ma foi, quelque chose d'autre, que j'ai retrouvé dans les adaptations cinématographiques de T. Williams: une ambiance moite - voire poisseuse vu la population locale - et une forte tension sexuelle entre gens de (pas forcément) bonne compagnie. C'est tendu, avec la touche d'humour que Wellman sait toujours instiller à ses récits, toujours bien venue. Dorothy Mackaill est superbe et enflamme un final incroyable et désespéré.
Vraiment ravi, belle découverte. Je garde !

Pas bête, ta comparaison avec l'univers de Tennessee Williams. Ça expliquerait en partie pourquoi j'ai peu accroché malgré son originalité. L'autre point qui m'a embarrassé, c'est cet exotisme de carton-pâte* qui m'a rappelé certains films français des années 30 situés dans les colonies (où il y a toujours des gros types en marcel à auréoles dégoulinant sous leurs casques avec une bouteille de pastaga à portée de main)... :mrgreen:

(*) J'écris ça alors que je me prosterne devant l'exotisme de carton-pâte de Sternberg pour Shanghai gesture mais pour moi, il n'y a pas photo entre les deux.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar monk » 27 déc. 12, 16:13

Je n'ai pas encore vu The Shangai gesture (mais c'est une bonne idée pour ce soir tien...) mais l'exotisme ici ne m'a pas choqué. On est au début des années 30, tout en studio, je n'attends pas grand chose de plus. Il n'y a pas de racisme, les blancs ne sont pas là en colon, ils ne donnent pas de leçon ni ne tente d'occidentaliser les locaux. Il y a le "bon noir", mais il n'est jamais sujet aux moqueries et n'est jamais pris en défaut, c'est juste un garçon de salle....

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar Federico » 27 déc. 12, 16:42

monk a écrit :Je n'ai pas encore vu The Shanghai gesture (mais c'est une bonne idée pour ce soir tien...)

Une excellente idée ! Tu vas en prendre plein les mirettes. Et je ne te parle même pas de celles de Gene Tierney, mamma mia ! :oops:

mais l'exotisme ici ne m'a pas choqué. On est au début des années 30, tout en studio, je n'attends pas grand chose de plus. Il n'y a pas de racisme, les blancs ne sont pas là en colon, ils ne donnent pas de leçon ni ne tente d'occidentaliser les locaux. Il y a le "bon noir", mais il n'est jamais sujet aux moqueries et n'est jamais pris en défaut, c'est juste un garçon de salle....

Et qui, de plus, s'exprime en un anglais châtié et pas en "petit nègre" ni avec des effets burlesques appuyés (roulements d'yeux et démarche comique) comme c'était trop souvent le cas alors et pas qu'à Hollywood. C'est un des éléments les plus originaux du film.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar monk » 27 déc. 12, 18:27

Federico a écrit :
mais l'exotisme ici ne m'a pas choqué. On est au début des années 30, tout en studio, je n'attends pas grand chose de plus. Il n'y a pas de racisme, les blancs ne sont pas là en colon, ils ne donnent pas de leçon ni ne tente d'occidentaliser les locaux. Il y a le "bon noir", mais il n'est jamais sujet aux moqueries et n'est jamais pris en défaut, c'est juste un garçon de salle....

Et qui, de plus, s'exprime en un anglais châtié et pas en "petit nègre" ni avec des effets burlesques appuyés (roulements d'yeux et démarche comique) comme c'était trop souvent le cas alors et pas qu'à Hollywood. C'est un des éléments les plus originaux du film.

Pas si embarrassant que ça, finalement :wink: :mrgreen:

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar Ann Harding » 28 déc. 12, 11:53

Le "bon noir" que vous mentionnez était un second rôle nommé Clarence Muse. Il avait plus d'une corde à son arc : compositeur, scénariste, avocat etc. Jetez un oeil sur sur sa bio sur Wikipedia. La chanson que chante Nina MacKinney (par aileurs la star d'Hallelujah de Vidor) dans Safe in Hell est de lui.

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar monk » 28 déc. 12, 23:06

Ann Harding a écrit :Le "bon noir" que vous mentionnez était un second rôle nommé Clarence Muse. Il avait plus d'une corde à son arc : compositeur, scénariste, avocat etc. Jetez un oeil sur sur sa bio sur Wikipedia.

Merci pour ces précisions !
Il est bien évident que "le bon noir" n'est pas un reflet de ma représentation mais fait référence au statut des noirs dans le cinéma américain d'avant guerre.

------

Sinon, depuis: Un étoile est née.
Très beau mélo, chaleureux, aux personnages attachants et sincères, qui tire à boulets rouges sur Hollywood et son star system, rancunier et, quelque part, aveugle. Le film comporte beaucoup de chouettes moments (les essayages de maquillage, la douche dans la caravane, la complicité dans le couple, ...) mais une "morale" finale très appuyée. On y retrouve Wellman pour quelques tics de mise en scène que j'apprécie toujours, mais on sent que c'est aussi un film de producteur (ce qui n'enlève rien aux qualités du film, évidement, mais questionne peut être un peu sur la paternité de celui-ci.).
Pas dans mon top 5 Wellman, mais je garde avec plaisir.

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar nobody smith » 29 déc. 12, 10:31

Comme monk, je poursuivi avec joie ma découverte de William Wellman. Il y a d’abord eu un Lilly Turner qui n’a pas grand chose de bien original. C’est du classique mélodrame autour d’une jeune et jolie demoiselle entourée par d’horribles mâles en rut tour à tour escroc, minable alcoolique, arnaqueur ou juste psychopathe. La seule originalité du récit viendrait d’une progression inversée. Là où on s'attendrait à débuter dans la misère pour finir sur un happy end, le film débute en effet dans la joie par un mariage et se conclut sur une note d’amertume. Une fin surprenante mais est parfait raccord avec le formidable portrait de femme dépeint. Car malgré son manque d'originalité, le film demeure bien fait et agréable à suivre. La brève durée et la qualité de la mise en scène offre en effet tout son charme à ce sympathique petit film.

C’est toutefois un tout autre niveau qui est atteint avec le renommé Public Enemy. Là encore, c’est pourtant un certain classicisme qui prédomine avec l’ascension du gangster qui va se faire rattraper par ses actes. Mais le traitement apporté fait toute la différence. Le scénario d’abord qui étale son intrigue sur plusieurs décennies donnant ainsi une certaine ampleur au déroulement de l’histoire. Il est d’ailleurs un peu dommage que l’utilisation du contexte historique (première guerre mondiale, prohibition, etc…) soit laissé un peu en retrait. Quelques chaînons narratifs supplémentaires pour le raccorder un peu plus à l’histoire auraient donné un poids non négligeable à l'ensemble. En l’état, il reste quand même un très solide travail tout à fait impressionnant. Il en va de même pour l’extrême rigueur de la réalisation de Wellman. Comme le note Martin Scorsese dans les bonus du DVD, la manière dont il propose une violence percutante et crue en la laissant hors-champs est extraordinaire. Et bien sûr, la cerise sur le gâteau reste James Cagney sidérant dans chaque scène. Je ne suis pas suffisamment convaincu pour parler de chef d’œuvre mais ça reste fichtrement bon.

Après cet opus fort estimé, j’ai enchaîné à l’inverse avec un film peu apprécié. Les avis ne sont globalement pas tendres envers Beau Geste et pourtant j’ai bien apprécié. Le problème du film est surement de débuter avec une séquence absolument brillante. La découverte macabre du fort et les évènements mystérieux s’y déroulant donne une ambiance saisissante qui ne sera jamais égalé par la suite. La description de l’enfance des personnages fait retomber le rythme et lorsque ceux-ci s’engagent dans la légion, l’aventure a plus tendance à piétiner qu’à prendre son essor. Reste donc que j’ai pourtant bien aimé le spectacle surtout pour la réalisation de Wellman toujours si brillante et efficace. Mais l'objet en lui-même reste assez laborieux dans son écriture malgré de belles idées (l'enterrement viking, le siège mêlant survie et règlements de compte).
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar nobody smith » 5 janv. 13, 19:00

Quelques petits Wellman vus dernièrement.

The Star Witness. Le début est assez affolant en nous plongeant dans le dîner d’une petite famille banale. On a droit aux bons gros cliqués du genre : gosses insupportables, mère de famille conciliante, paternel qui passe son temps à critiquer les choix de son rejeton… Lorsque débarque le grand-père alcoolique échappé de sa maison de retraite, c’est le pompon. Manque plus que les rires enregistrés et le tableau serait complet. Heureusement, l’intérêt se reprend en main lorsque ce petit monde est témoin d’un règlement de compte. J’ai assez pensé à La Maison Des Otages dans l’idée de confrontation de la moralité des citoyens bien-pensants avec les criminelles. Bien sûr, l’affrontement n’est ici plus en huis-clos mais se tient à distance. En l’état, c’est un peu la seule chose intéressante du film avec la mise en image toujours efficace de Wellman. L’histoire reste fort peu passionnante malgré quelques ressorts dramatiques ici et là. C’est là encore la durée courte qui évite à l’ennui de prendre le dessus. Clairement le plus faible des Wellman vu à ce jour.

Convoi De Femmes. Là, c'est d'un autre niveau. Ce qui est assez amusant, c’est que pour un film censé faire l’éloge de ces femmes traversant l’ouest sauvage, c’est le personnage principal masculin qui a une importance significative. Si le personnage de Robert Taylor doit nourrir une sorte de contrepoint aux parcours des femmes, il devient une figure assez incroyable par son ambiguïté et la certaine cruauté qu’il fait preuve pendant tout le film. En soit, il fait ressortir le propos du film. Car qu’importe son sexe, la survie passe irrémédiablement par l’expression d’une violence élémentaire qui sommeille en chaque être. Wellman filme celle-ci avec le talent dont il a déjà fait preuve. Un bijou très clairement cet opus.

Safe In Hell. Je rejoins mono, c’est là encore une belle réussite. Le scénario est plutôt malin dans sa manière de commencer sous forme de film noir pour dériver vers une voie différente et se conclure sur une note mélodramatique façon Lilly Turner. Comme sur ce dernier, la fin est vraiment étonnante tellement elle paraît inattendue. Elle s’avère toutefois une parfaite conclusion pour le parcours de son attachante héroïne. Je ne connais pas Tennessee Williams mais j’ai beaucoup apprécié également l’ambiance avec cette faune locale mémorable. Et comme d’hab, c’est très joliment filmé (ah le plan final !).

La Voix Que Vous Allez Entendre. Je me demande ce qui se passerait si aujourd’hui quelqu’un sortait un film avec un pitch pareil. Jugez plutôt : la voix de Dieu se fait entendre tous les soirs à la radio à 20H30 précise. Ça m’évoque assez un épisode des Simpson où Springfield est en émoi suite à la découverte d’un squelette d’ange. Cela dit, là où l’épisode se concluait par une hilarante pirouette, le film de Wellman joue à 100% la carte moralisatrice. Inutile donc de dire que certains passages font hésiter entre le sourire méprisant et la moue embarrassée. Toutefois, le film n’est pas inintéressant à suivre. Avant d’arriver à une conclusion pompeuse, le film se suit agréablement en tant que divertissement. En fait, c'est justement parce qu'il a une sorte de côté Simpsons (l’humour absurde en moins). Le film se concentre sur le portrait d’une famille typique dans leur routine et leur confortable hypocrisie. Ces relations sont suffisamment drôles et touchantes tout le long du film pour considérer la voix de Dieu comme un élément secondaire. C’est un peu plus problématique lorsque celle-ci rattrape les personnages à la fin mais sur la majeure partie du long-métrage, j’en dire un certain plaisir.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar monk » 6 janv. 13, 17:29

Où as tu vu le premier et le dernier ?

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar nobody smith » 6 janv. 13, 17:51

monk a écrit :Où as tu vu le premier et le dernier ?

Le premier, c'est un enregistrement lors de sa diffusion dans le cinéma de minuit il y a quelques mois. Le second, c'est par un moyen plus détourné :fiou:

Sinon vu à l’instant Le Rideau De Fer… et c’est vraiment pas formidable :| Dans Amis Américains, Tavernier notait que c’est un film où Wellman a placé toutes ses convictions et non une simple commande comme pourrait le laisser croire un propos gentiment propagandiste. Ça explique d’autant moins le manque d’enthousiasme qu’entraîne le film. Sur le travail de mise en scène de Wellman, y a rien à redire pourtant. Il y a un soin du cadrage, une photographie appréciable et même une utilisation savoureuse de la musique (celle-ci se compose de morceaux de musique classique que les espions utilisent en fond sonore pour masquer leurs conversations). C’est bien fait et carré mais ça ne rachète pas un scénario très banal. Le film s’inspire de l’histoire vraie d’Igor Gouzenko et le script prend plus à cœur de reconstituer soigneusement les faits que d’en tirer une bonne histoire. Le ton est très scolaire avec une voix-off solennelle et le rythme pantouflard. C’est assez dommage parce que quelques scènes entre le héros et son épouse montre qu’il y a un spectacle au combien plus émouvant à proposer.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar monk » 6 janv. 13, 18:01

'connais pas non plus :|
Tu ne commences par les classiques hein :mrgreen:

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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar nobody smith » 6 janv. 13, 18:52

monk a écrit :'connais pas non plus :|
Tu ne commences par les classiques hein :mrgreen:

Comme je dis toujours, je fais avec ce qui me tombe dans les mains :wink:
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar nobody smith » 13 janv. 13, 11:15

Héros A Vendre. William Wellman est définitivement un homme qui aime les chemins divergents. Alors que ses films commencent selon une certaine voie, celle-ci n’est souvent pas respectée et ce sont des chemins bien différents qui sont empruntés. Héros A Vendre en est un sacré exemple et je crois la plus époustouflante découverte du cinéaste que j’ai fais à ce jour. Le film commence ainsi sous forme d’un film de guerre et les conséquences de celle-ci. Il se construit une structure évoquant Héros Malgré Lui ou Ricochet avec l’idée de l’usurpation d’un acte courageux et l’opposition du parcours ascendant/descendant de deux personnages. Là où tout le film aurait pu se faire sur cette confrontation, elle tourne court et l’intrigue part dans un autre sens. Je trouve alors qu’on se rapproche de Public Enemy par l’ampleur que prend l’intrigue que ce soit par son étalement sur plusieurs années ou l’utilisation du contexte historique. Sur ce dernier point, Héros A Vendre m’apparaît bien plus convaincant que Public Enemy. Même si certains éléments ne sont pas amenés avec beaucoup de finesse, il se construit un beau lien émotionnel entre l’histoire du personnage principal et l’Histoire. Il est d’ailleurs étonnant de voir le regard assez impartial que Wellman porte dessus en tapant tout autant sur les communistes (ces derniers étant présenté comme des capitalistes en puissance) et la réaction outrée des autorités vis-à-vis d’eux. La réalisation époustouflante rajoute au plaisir de ce fabuleux spectacle.

L’Honorable Monsieur Wong. Bien moins convaincant celui-là. Le film est forcément intriguant pour savoir comment un film des années 30 allait investir la communauté chinoise. En dépit d’acteur maquillé au jeu souvent caricatural, il n’y a pas vraiment grand chose à reprocher dessus. Il faut dire que l’exploitation de l’organisation des Tongs reste assez réductrice. On joue bien sûr sur les notions d’honneur et la confrontation tradition/modernité mais finalement, la mécanique de l’histoire aurait pu fonctionner avec une autre nationalité. L’intrigue est pourtant intéressante entre le triangle amoureux et le dilemme de l’exécuteur en titre. Mais je n’ai pas pu rentrer dedans, le rythme m’apparaissant trop pantouflard par rapport à ce qui est conté. Reste comme toujours que Wellman balance ici et là quelques éclairs de mise en scène entre un mouvement de grue d’ouverture captant la panique de la foule à l’annonce de la guerre (dommage que celui-ci soit charcuté) ou une fin là encore étonnante.
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Re: William A. Wellman (1896-1975)

Messagepar allen john » 16 janv. 13, 16:58

Wild boys of the road (1933)

Un tel film ne pouvait se faire qu'à la Warner, dans cette première moitié des années 30, et on a le sentiment que seul Wellman pouvait le mener à bien... il décrit les errances de trois jeunes gens, et leurs compagnons, dans les Etats-Unis de 1933, en proie à une solide crise qui fait des victimes dans tous les foyers. Le metteur en scène s'est enthousiasmé non seulement pour un sujet qu'il avait déja abordé sous un angle plus esthétique que militant (Beggars of life, avec des adultes toutefois en 1928, mais c'était avant la crise, justement), et auquel il revient dans des conditions plus proches du documentaire, exalté par le parlant, et semble-t-il poussé par ses interprètes qui sont tous formidables, Frankie Darro en tête... Le film dépeint une fraternité entre les jeunes, qui dépasse d'ailleurs les barrières raciales, ce qui est particulièrement notable, même si c'est sur ce point assez timide.

L'histoire part d'une situation adolescente comme il en existe des centaines, dans les comédies de campus des années 20: Ed et Tommy sont deux copains qui ne sont pas fortunés, mais qui aiment à s'amuser le soir dans le tacot invraisemblable de Ed, et qui sont de toutes les fêtes, jusqu'au jour ou le chômage touche aussi bien la mère veuve dee Tommy que le père d'Ed. ils partent donc en train pour aller ailleurs trouver du travail, et se retrouvent bien vite piégés dans une vie sur la route qui n'est pas sans dangers...

Passionnant et court, le film n'écarte aucune forme de réalisme, montrant non seulement les rapines, que la réaction des autorités locales devant ces afflux de jeunes désoeuvrés (Des milices aidées de la police, dont les méthodes ne sont pas tendres pour les faire déguerpir), que le viol dont est victime une des jeunes. On notera toutefois la ligne de conduite toujours décente et empreinte de morale de Ed et de ses deux amis, qui participent ici de la politesse de la fiction... Le film se termine avec l'intervention de la NRA: non pas le lobby des armes, mais la National Recovery Administration, officine mise au point sous l'administration Roosevelt pour commencer à mettre en place le New deal; cette intervention permet de rassurer, et de finir sur une note d'espoir, bien dans la ligne éditoriale d'un studio qui était partie prenante de façon sans doute un brin opportuniste d'une politique volontariste. Mais cette tendance à ménager le spectateur comme les dirigeants d'un pays part d'un bon sentiment, ce qui n'est pas condamnable (Même si c'est plus le bon sentiment du studio que celui de William "Wild Bill" Wellman...), et surtout rien à la fin de ce film ne peut diminuer la force des 60 minutes qui précèdent cet épilogue heureux...

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