John Ford (1894-1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Jeremy Fox » 17 mars 12, 18:33

Très beau texte John pour ce magnifique western

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Supfiction
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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Supfiction » 18 mars 12, 14:32

Très beau film, notamment grâce à une Shirley Temple magnifique..

Dragonball
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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Dragonball » 19 mars 12, 08:41

Image

Dispo à 17 euros chez Gibert pour les plus impatient ! :D

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar someone1600 » 20 mars 12, 14:47

Superbe texte en effet. :D :wink:

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Supfiction » 23 mars 12, 00:08

Dragonball a écrit :Image

Dispo à 17 euros chez Gibert pour les plus impatient ! :D

Je ne sais pas si je repasserai à la caisse, ayant acheté la version collector Editions Montparnasse il n'y a pas si longtemps..

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar allen john » 24 mars 12, 10:39

The prisoner of Shark Island (John Ford, 1936)

Film assez emblématique de la position paradoxale de John Ford à la Fox dans les années 30, The prisoner of Shark Island est pourtant atypique sur un certain nombre de points. De par sa quête du grand sujet, il sent l'oeuvre de commande, tant Ford était plus à l'aise déja dans la miniature et l'intime, plutôt que dans les fresques. De plus, on y lit une critique à peine voilée du comportement limite fasciste de l'armée Nordiste à la sortie du conflit de la guerre civile, à la suite de l'assassinat de Lincoln. Mais le traitement de l'histoire permet à Ford de dresser quelques portraits, mais aussi de montrer une communauté humaine en proie à une dérive figurée, à travers une épidémie de fièvre jaune qui décime une prison... Un film ambitieux, pour lequel le studio a dépêché le plus grand de ses metteurs en scène, même si celui-ci est en pleine indépendance et ne travaille plus exclusivement pour la Twentieth Century Fox (Au passage, en 1936, cette nouvelle appellation est toute récente...).

1865: Lincoln, qui ambitionne de réintégrer en douceur le Sud dans l'Union, après que le Nord ait vaincu la rebellion confédérée, se fait assassiner par John Wilkes Booth, qui a quelques complices. un homme, le dr Samuel Mudd, se fait arrêter pour avoir prodigué des soins sur Booth, qui s'était blessé durant l'attentat. Le médecin ne savait pas à qui il avait à faire, mais dans le doute, Mudd est condamné à la prison à vie. Son épouse va essayer de le sortir de cette prison, gardée par des requins qui infestenet les douves, d'autant que Mudd est la victime du mépris de tout le personnel de la prison à cause du crime qu'on lui attribue à tort...

L'histoire est authentique, même si on soupçonne bien sur la production d'en vaoir rajouté un peu en matière de romantisme, ce film est intéressant par le lien qu'il crée de filiation évidente entre l'oeuvre de Ford et celle de Griffith. Le procès, raconté de façon dramatique, avec des détails violents, est plein de l'indignation qu'aurait sans doute faite sienne le metteur en scène de Abraham Lincoln... La façon dont il met en préface du film l'anecdote de Lincoln faisant jouer Dixie (Chanson folklorique Sudiste) afin de montrer à la nation qu'il ne sera pas le président des uns contre les autres est bien dans la manière de Griffith également, mais on retrouve beaucoup dans ce film une sorte de mélange entre les deux inspirations de Ford, son gout pour des histoires solidement charpentées dans une tradition Américaine, et une préciosité contrôlée de l'image, sous l'influence des Allemands, Murnau en tête. Les images fantastiques de tempête, durant l'épisode de la ièvre jaune, sont à ce titre des moments flamboyants. mais le film, baigné dans un paternalisme d'un autre siècle, dans sa peinture des rapports entre Mudd et ses anciens esclaves, par exemple, est aussi irrémédiablement daté. Ce qui ne l'empêche en aucun cas d'être aussi toujours prenant dans sa dénonciation d'une erreur judiciare un peu trop facilement assumée...

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar monk » 1 avr. 12, 16:37

Que vaut le documentaire Directed by john Ford ? (dispo enZ1 avec STF) Merci :)

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar allen john » 1 avr. 12, 18:54

monk a écrit :Que vaut le documentaire Directed by john Ford ? (dispo enZ1 avec STF) Merci :)

Pas vu depuis longtemps, mais le j'ai le souvenir d'un doc très classique, académique, qui a l'avantage de reposer sur les archives Fox.

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Supfiction » 1 avr. 12, 20:20

monk a écrit :Que vaut le documentaire Directed by john Ford ? (dispo enZ1 avec STF) Merci :)

ça commence par un interview de Spielberg, puis de Clint Eastwood puis Scorcese brievement qui racontent leurs rapports aux maîtres. On arrive à John Ford lui-même et là .. on reste circonspect tellement ses réponses sont inintérêssantes. En fait on comprendra plus tard que c'est de la pudeur, et que celui-ci, à l'image de Woody Allen aujourd'hui, souhaite en dire le moins possible sur ses motivations et ses opinions (politiques). Finalement l'interview le plus instructif est peut-être celui de John Wayne qui donne des indications précises sur sa direction d'acteurs et ses façons de faire.
Le tout commenté par Peter Bogdanovich, l'ensemble est plutôt emphatique et ce concentre sur les grandes oeuvres. On en ressort avec l'envie de revoir ses grands westerns ou ses films lyriques avec Henry Fonda ou Maureen O'hara.

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar monk » 4 avr. 12, 16:55

Bon, OK, merci pour ces avis...
Visiblement pas de quoi se relever la nuit, à l'aoccasion peut être donc.

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar monk » 9 avr. 12, 11:37

Sur la piste des Mohawks (1939)

Film historique/en costume sur la naissance de la nation Américaine avant d'être un western, Drums along the Mohawks (titre au combien plus juste - comme trop souvent - puisqu'il parle plus de la vallée que des indiens eux-même) est un film tout ce qu'il y a de plus fordien: de l'humanité au grand coeur, des tronches et des caractères bien trempés, de l'humour, de l'Amour, de la bravoure, la mixité et l'idéalisation sincère de l'Amérique, le tout sans cinisme.
On y retrouve des hommes fiers et braves, des femmes fortes et sages, des vieux sympas et des side kicks rigolos. Et ici, du feu, à toutes occasion. Très belles couleurs pour ce premier film en couleurs, Ford a mis le paquet et offre beaucoup de magnifiques plans (des ciels, des nuages, des aubes flamboyantes...)
J'avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans le film, ayant une préférence pour le western sec et tendu, mais le film s'avère tout à fait enchanteur et touchant, et finalement prenant.
1939 aura été définitivement une année exceptionelle ! Je garde.

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Profondo Rosso » 11 avr. 12, 02:04

Mogambo (1953)

Victor Marswell capture des animaux africains pour les zoos du monde occidental et dirige des safaris. Arrive une Américaine invitée là par un maharadja, lequel est déjà reparti pour son pays... et avec laquelle Victor prend le temps d'une amourette. Survient un couple d'Anglais dont le mari anthropologue veut aller étudier les gorilles, et dont la femme est assez jolie pour donner à Marswell de bonnes raisons de diriger cette expédition risquée. Entre ces deux femmes et les dangers de l'Afrique, de beaux paysages de la terre et des cœurs...

Au début des années 50, l'immense succès des Mines du Roi Salomon fait de l'Afrique la nouvelle terre promise des studios pour leurs production spectaculaires et dépaysantes où suivront Les Neiges du Kilimandjaro (1952) d'Henry King, African Queen (1951) de John Huston ou un peu plus tard le Hatari (1962) d'Howard Hawks. Mogambo s'inscrit totalement dans cette veine, la MGM étant allé déterrer le pitch de La Belle de Saigon (1932) pour en offrir un remake transposé en Afrique. Particularité originale, Clark Gable reprend son rôle de chasseur bourru et séducteur du film original vingt ans plus tard, tout comme le scénariste John Lee Mahin à l'écriture des deux versions (et particulièrement porté sur l'aventure exotique à l'époque puisqu'on lui doit le script de La Piste des éléphants l'année suivante). Les partenaires féminines changent elles par contre avec Ava Gardner reprenant le relai sulfureux de Jean Harlow tandis que Grâce Kelly (remplaçant Gene Tierney initialement choisie par Ford mais déjà atteinte par ses troubles mentaux) tient elle le rôle autrefois tenu par Mary Astor. John Ford plutôt réticent au départ est finalement séduit par la richesse des personnages et du trio de rêve dont il dispose pour les incarner dont son vieil ami Clark Gable.

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Quiconque viendra chercher un grand récit d'aventures spectaculaire et mouvementa ne pourra que ressortir déçu de Mogambo, ce n'est pas le souci premier de Ford. Les aléas du climat, la faune luxuriante et les décors naturels somptueux sont ici entièrement soumis à des tourments bien humains. Ici c'est un triangle amoureux entre le chasseur Victor Marswell (Clark Gable) dont le cœur est partagé entre la gouailleuse américaine Eloise Honey Bear Kelly et l'anglaise distinguée mais ardente Linda Nordley (Grâce Kelly). Les deux figures féminines sont en tous points opposées, Ava Gardner a déjà vécue et connu trop d'hommes alors que Grace Kelly pas assez, rapidement mariée et vivant dans un cocon protecteur.

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Gable représente un attrait bien différent pour chacune d'elle : un rustre attachant qui parle le même langage qu'elle pour Gardner tandis que Grace Kelly y voit une figure d'homme viril en tout point supérieur à son époux anthropologue falot incarné par Donald Sinden. Si elle apparaît comme le personnage le plus frivole au départ, Ava Gardner s'avère très touchante par les fêlures qu'elle dévoile progressivement et par la douleur de son dépit amoureux lorsqu'elle voit Gable s'attacher à Grace Kelly. Cette dernière offre une belle prestation également, rivalisant de sensualité avec Gardner dans un registre différent par l'expression d'un désir refoulé sous ses bonnes manières. La longue séquence où elle se perd dans la jungle et où Gable va la chercher est un sommet d'érotisme où Ford avec un rien (un échange qui dérape, un jeu de regard) instaure une ambiance moite à souhait.

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Dès lors le rythme et les morceaux de bravoures se font au gré des déchirements de ce triangle amoureux, le romantisme n'étant pas forcément où l'on s'y attends. La rencontre Gable/Gardner est enlevée et naturelle dans l'assouvissement de son désir avec une belle scène de baiser devant un crépuscule africain. Entre Gable et Kelly, Ford joue donc plus sur la retenue, les regards brûlants et coupables des deux amants. Le dilemme ainsi posé, la réelle aventure peut commencer (l'argument lançant le safari étant totalement soumis à ses relations conflictuelles). Le film fit sensation à l'époque pour son usage spectaculaire de stock-shots de documentaires animaliers qui donne à voir l'Afrique comme rarement jusqu'alors avec une faune bariolée, une jungle étouffante et une savane s'étendant à perte de vue magnifiée par la somptueuse photo de Robert Surtees et Freddie Young.

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On devine parfois les artifices de studios mais les acteurs donnent néanmoins de leurs personnes (le tournage fut très éprouvant et mouvementé) notamment Ava Gardner qui a de nombreuses scènes en contact direct avec les animaux. Ford instaure une ambiance immersive par quelques choix judicieux comme l'absence de musique autres que les rythmes tribaux africains. L'intégration des stock-shots ou des bruitages au déroulement de l'action est faite avec brio. Pour le plus spectaculaire, on retiendra le mémorable duel psychologique entre Clark Gable et un gorille hargneux.

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En plus subtil, on retiendra que les nombreux affrontements d'animaux entraperçu ou les cris entendus au loin sont le plus souvent rapportés à une dispute pour les faveurs d'une femelle, sorte d'écho plus naturel à la situation des personnages. Ford retrouve aussi ses motifs visuels les plus identifiables comme ces cadrages de portail, ici à travers l'embrasure d'une tente où Grace Kelly à l'extérieur et sous une lumière bleuté signifie le fossé qui la sépare désormais de son mari dans l'obscurité à l'intérieur.

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La prise de conscience finale se fait donc à la suite d'un assaut animal qui remet les choses en perspective pour Gable. Vieillissant avec noblesse, il impose une présence aussi désinvolte que passionnée et fait passer tous les écarts de son personnage par son flegme attachant. C'est donc sans discussion qu'on accepte le beau final romantique et dénué du moindre cynisme en dépit de tout ce qui s'est déroulé. Une belle réussite pour Ford, une de plus. 4,5/6

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Wagner » 11 avr. 12, 13:42

Je dois pas dire ça souvent, mais Grace Kelly est plus joli que les paysages du film.
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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Profondo Rosso » 11 avr. 12, 13:56

Ah mais les oeillades langoureuses qu'elle lance à Clark Gable, il y a sérieusement de quoi devenir fou :mrgreen: :oops:

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Re: John Ford (1894-1973)

Messagepar Wagner » 11 avr. 12, 14:03

C'est dans son altercation en forme d'abandon avec Gable que tu cites avec cette capture que je la trouve invraisemblable, mais l'image figée ne donne aucune idée de son apparence à ce moment et de ce qu'elle fait passer dans son regard:

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Ego sum qui sum