Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Helward
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Re: Notez les films septembre 2009

Messagepar Helward » 23 sept. 09, 14:56

AtCloseRange a écrit :Ce que tu dis n'est pas faux mais pourtant ce film continue de me bouleverser. Son artficialité est assumée, de même que le côté bigger than life de l'interprétation (de Julianne Moore notamment, pourtant géniale dans la scène de la pharmacie). Et tu n'as pas parlé de la prestation toute en douceur de Phillip Seymour Hoffman ainsi que de la musique de Jon Brion et Aimee Mann.

Tu pointe justement ce que j'ai plutôt apprécié. Le coup de gueule de Julianne Moore dans la pharmacie est il est vrai assez cathartique. Comme l'utilisation de la musique, parfois mélange diégétique/extradiégétique - :o -, très belle. Mais tout celà reste ponctuel et ne vient aucunement chambouler mes impressions d'ensemble.

La longue interview de Tom Cruise me laisse à chaque fois exsangue.

J'en avais lu du bien de cette séquence (je ne sais plus quand ni où), mais, faute à la forme cut, cette scène étant morcellée en 4 ou 5 séquences, j'ai eu beaucoup de mal à raccrocher les wagons et à y déceler de la tension ou de l'émotion (oui alors sauf peut-être le I'm quietly judging you cité par 7swans là tout de suite).

Nan mais en fait c'est surtout ce sentiment final tout çà pour çà qui me mitige la moue.

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Gounou
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Re: Notez les films septembre 2009

Messagepar Gounou » 23 sept. 09, 15:30

AtCloseRange a écrit :la musique de Jon Brion

Trop rare, ce compositeur...
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ed
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Re: Notez les films septembre 2009

Messagepar ed » 23 sept. 09, 19:07

AtCloseRange a écrit :
Helward a écrit :Magnolia de Paul Thomas anderson

Je n'ai pas retenu grand chose de ce manège émotionnel, virevoltant et talentueux dans la forme, certes, mais dont l'aspect forcément choral achève d'artificialiser la dramatisation. Pris dans ce tourbillon formel mais un peu vain, les acteurs semblent surjouer (Julianne Moore surtout), certains s'en tirent grâce à une présence plus posée (John C. Reilly), d'autres, malgré leur charisme (Tom Cruise, William H. Macy), expriment pesamment leur destinée de martyr, quasiment aucun n'émeut vraiment, icônes dépersonnifiées engluées dans l'exercice de style. Et tout se termine dans une avalanche de pardons et de repentirs un peu déprimante, épilogue à la morale un peu facile, où la maladie exprime in fine les culpabilités accumulées (traitez bien vos fils et vos filles, ou sinon: cancer).
Ce que tu dis n'est pas faux mais pourtant ce film continue de me bouleverser.
J'en suis au même point - pendant quelques années, j'ai revu Magnolia une fois par an, à la date où je l'avais découvert, et ce rituel (maintenant abandonné, faut grandir un peu) a gravé dans le marbre l'attachement que j'ai pour ce film.
Je voulais juste revenir sur l'épilogue ; au lieu de le trouver déprimant et moralisateur, je le trouve au contraire totalement salvateur et rassérénant. Le sourire final de Melora Waters tandis que la voix de John C. Reilly disparaît peu à peu est peut-être l'image de cinéma qui me bouleverse le plus.
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar wontolla » 4 janv. 11, 08:29

Un très long film. Je n'avais pas vérifié le minutage avant de le voir et il était près d'une heure du matin quand je l'ai terminé, scotché à l'écran.

Tout au long du film, j'ai songé, découvrant ces "destins croisés" à Short Cuts de Robert Altman (1993) où jouait également Julianne Moore. Je n'ai pas été attentif aux parallèles bibliques (professionnellement j'aurais dû, n'est-ce pas !) et j'ai découvert la pluie de grenouilles autant too much que le tremblement de terre de Short Cuts.

Ces improbables réalités et rencontres m'ont beaucoup touché. J'y ai aussi découvert un époustouflant Tom Cruise, quasiment à contre emploi et un très émouvant Philip Seymour Hoffman dans le rôle de Phil Parma, l'infirmier.

Un de mes coups de coeur parmi les films visionnés en 2010.

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Demi-Lune
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Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar Demi-Lune » 5 févr. 12, 19:34

Voilà une nouvelle pierre sur l'édifice de mes sentiments partagés à l'égard du cinéma de Paul Thomas Anderson... Ou il m'éblouit, ou il me laisse de marbre, parfois au sein d'un même film. Pour la jouer relativement short, je dirai simplement que je me retrouve dans le commentaire d'AtCloseRange précédemment : Magnolia est une espèce de film-monstre, entre la grandiloquence et la subtilité, l'outrance et la fulgurance, une sorte de grand huit incontrôlé qui m'aura sur 3 heures tour à tour horripilé, ennuyé, fasciné, ému, impressionné, rendu perplexe et conquis. Je ne sais pas quoi en penser, au final. J'ai l'impression que tout ça n'a aucun sens, que je me suis fait flouer de 3 heures, dans le même temps que je ne peux m'extraire de la mémoire une poignée de séquences purement magistrales et limpides : toutes les scènes de Cruise (phénoménal dans ce rôle), Philip Seymour Hoffman au téléphone, la romance entre John C. Reilly et Melora Walters, la pluie de grenouilles (d'une maestria cinématographique à flanquer des sueurs froides si ce n'était ce seul plan poseur qui suit la chute aérienne de la grenouille qui va sauver involontairement Philip Baker Hall). J'ai vraiment suivi l'histoire comme on arpente un chemin chaotique. J'ai cru mourir pendant la première heure où PTA nous refait, certes avec une virtuosité indéniable, son petit Scorsese appliqué avec tapis musical gueulard qui va de paire avec toute la même grammaire visuelle et la profusion d'insultes cool ; puis le film se pose et monte en puissance dans le même temps qu'il se débarrasse de ses oripeaux esbroufeurs. La fluidité narrative devient de plus en plus patente tout comme le resserrement de la pression. Le pic étant atteint lors de la dernière demi-heure, grand règlement de comptes familial et sentimental placé sous le regard divin qui, hélas, n'éponge pas complètement pour moi les longueurs du film, ses scènes parfois complètement surjouées (Julianne Moore à la pharmacie, Macy quand il est saoul, la femme noire chez qui débarque Reilly au début), ses boursouflures prétentieuses. La révision sera sûrement intéressante.

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Watkinssien
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Watkinssien » 6 févr. 12, 09:59

Tes impressions grandement mitigées sont sûrement des bons signes pour ton second visionnage...

Magnolia est de ces films que j'aime de plus en plus à chaque vision...
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar cinephage » 6 févr. 12, 11:24

Je trouve que d'une façon générale, les films de Paul Thomas Anderson supportent très bien la révision. Personnellement, j'ai été bien plus emballé lors de mon second visionnage de Magnolia. Les séquences les plus réussies y trouvent leur place dans un ensemble plus cohérent, l'émotion s'installe plus facilement, parce qu'on est moins sensible à l'impression d'épate de la mise en scène. Et la qualité d'ensemble du jeu des comédiens du film trouve enfin sa juste place. Parce que malgré (ou grace à, c'est selon) la mise en scène un peu tape à l'oeil du réalisateur, Magnolia est admirablement dirigé.
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Flol » 6 févr. 12, 14:17

Watkinssien a écrit :Tes impressions grandement mitigées sont sûrement des bons signes pour ton second visionnage...

Pardon ?

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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Watkinssien » 6 févr. 12, 14:38

Ratatouille a écrit :
Watkinssien a écrit :Tes impressions grandement mitigées sont sûrement des bons signes pour ton second visionnage...

Pardon ?


Demi-Lune est passé par diverses émotions, il a été agacé autant qu'ébloui... Il a mentionné qu'une seconde vision serait intéressante et j'ai exprimé le fait que cette dernière serait de meilleure impression car les défauts qu'ils voient vont probablement mieux s'intégrer dans un ensemble qui me semble de plus en cohérent au fur et à mesure des révisions...
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Flol » 6 févr. 12, 15:13

D'accord. Je suis loin d'être persuadé de la même chose, mais d'accord.

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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Watkinssien » 6 févr. 12, 16:15

Ratatouille a écrit :D'accord. Je suis loin d'être persuadé de la même chose, mais d'accord.


Tu es aussi partagé sur Magnolia ? :)
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Flol » 6 févr. 12, 16:30

Découvert sur France 3 il y a pas mal d'années, en VF (j'étais jeune et inconscient, à l'époque)...mais dans mon souvenir, oui j'en étais ressorti assez mitigé : pas mal d'ennui malgré quelques fulgurances (la scène de Julianne Moore dans la pharmacie, et toute la perf de Tom Cruise, notamment), et surtout beaucoup trop d'emphase dans la mise en scène...bref, un film qui se la raconte.
J'avais pensé la même chose de There Will Be Blood, donc finalement (hormis Boogie Nights que j'adore), P.T. Anderson a une oeuvre plutôt cohérente.

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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar odelay » 6 févr. 12, 19:10

Revois le maintenant que tu n'es plus innocent et moins... jeune. Surtout que la VF est proche de l'abomination (la scène de J. Moore et le pharmacien VF, tu fuis!)
C'est un film qui m'avait vraiment secoué à l'époque (Les chansons d'Aimee Mann dont je ne me lasse pas, la musique de Brion y étaient pour bcp). Et comme ça a été dit plus haut, sa supporte vraiment plusieurs visions. Tout comme tous les autres PT Anderson (J'ai vu 3 fois "there will be blood" et c'est style "plus qu'hier et moins que demain").


Sinon il y a Blu ray dispo sur Mamazone fr, mais je crois que je ne l'ai jamais vu en magasin. Il est bon??

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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar cinephage » 6 févr. 12, 19:48

Ratatouille a écrit :J'avais pensé la même chose de There Will Be Blood, donc finalement (hormis Boogie Nights que j'adore), P.T. Anderson a une oeuvre plutôt cohérente.


C'est cette exception qui est surprenante, parce que la mise en scène de Boogie Nights est tout aussi tapageuse que dans le reste de sa filmo (à part peut-être hard eight, faute de moyens). Longs travellings de folie (dont un plan-séquence au steadicam qui finit dans la piscine), effets sonores et jeu sur la bande musicale, morceaux de bravoure valorisant les acteurs, montages parallèles sur fonds musical pour faire grimper l'émotion... Beaucoup de choses qu'on retrouve dans Magnolia (et dans une moindre mesure dans les films ultérieurs).
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Messagepar Demi-Lune » 6 févr. 12, 20:21

cinephage a écrit :
Ratatouille a écrit :J'avais pensé la même chose de There Will Be Blood, donc finalement (hormis Boogie Nights que j'adore), P.T. Anderson a une oeuvre plutôt cohérente.


C'est cette exception qui est surprenante, parce que la mise en scène de Boogie Nights est tout aussi tapageuse que dans le reste de sa filmo (à part peut-être hard eight, faute de moyens). Longs travellings de folie (dont un plan-séquence au steadicam qui finit dans la piscine), effets sonores et jeu sur la bande musicale, morceaux de bravoure valorisant les acteurs, montages parallèles sur fonds musical pour faire grimper l'émotion... Beaucoup de choses qu'on retrouve dans Magnolia (et dans une moindre mesure dans les films ultérieurs).

Je préfère également Boogie Nights, et plus encore There will be blood, par contre je ne supporte pas Punch-Drunk Love (pardon AtCloseRange). Mais le point que tu soulèves est intéressant parce qu'effectivement, les mises en scène de Boogie Nights et Magnolia sont pratiquement équivalentes. Perso, je trouve que l'exubérance technique est plus cohérente dans Boogie Nights puisque la réalisation frénétique et clinquante rend parfaitement compte de son sujet: l'insouciance, le disco, l'énergie, les paillettes, la drogue, le succès, la séduction qu'inspire le milieu du porno, etc. Anderson pique absolument tout au Scorsese de Casino (et ce mimétisme me fera encore longtemps me demander, je crois, quelle est la réelle étoffe de PTA : élève virtuose ou faussaire éhonté), mais comme la structure de Boogie Nights est équivalente à celle de Casino, son calque reste logique : l'exubérance de la mise en scène accompagne celle des protagonistes et de leur univers, jusque dans leur chute paranoïaque. Alors que le même système dans Magnolia semble disproportionné, immérité, en tout cas moins évident, car il cherche l'emphase pour raconter des destinées somme toute modestes dans un environnement très quotidien.