Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Miss Nobody » 17 oct. 11, 10:19

Akrocine a écrit :Comme d'hab' au lieu de simplement dire qu'on n'aime pas la musique electro, on s’efforce de faire un paragraphe pour dire que c'est moche, nul, naif et blablabla.

J'aime bien la musique electro, mais dans Drive, y'a 2 ou 3 chansons qui sont assez proche de la soupe. Quelque chose de plus atmosphérique, sans ligne de chant, aurait été plus sobre et appréciable.
Après, le propre de Drive, c'est de ne pas faire dans la sobriété.

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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Beref » 17 oct. 11, 11:51

Ce film est beau, émouvant.
Voire bouleversant, par moment.

C'est pas un film sur la violence, mais sur la redécouverte de l'humain, d'une humanisation.
De la machine (voiture) à la femme, à l'autre.

Inutile de revenir sur l'ambiance proprement extatique du film, personne n'a filmé la ville comme ça depuis Mann.

C'est aussi le retour d'un vrai cinéma à personnages, qui donne envie d'y croire dur comme fer.
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Demi-Lune
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Demi-Lune » 17 oct. 11, 12:07

Major Tom a écrit :La musique est mochissime quand même, à croire que c'est un hommage trop poussé à Michael Mann, le spécialiste du flinguage de sa propre bande-son [...] Nicolas Windfnifn Reufnef aurait dû se contenter de la bande originale de Martinez. Certes, il fait du Martinez, mais de la musique atmosphérique constante aurait été parfaite avec ce film.

En gros, tu aurais préféré du Shriekback renouvelé plutôt que du Red 7 ? :mrgreen: Moi la B.O. de Martinez elle m'a quand même vachement déçu. Je l'ai trouvée tout à fait quelconque, dans un pur rôle fonctionnel d'habillage sonore, alors que, puisque tu cites les choix musicaux de Michael Mann, il me semble que certains morceaux atmosphériques qu'on trouve dans ses films sont bien plus intéressants, voire beaux (je reviens vers l'utilisation de Shriekback dans Manhunter, notamment). Pour moi, le vrai hic musical de Drive se situe plus à ce niveau qu'à celui de l'utilisation de certaines chansons électro dont je conviens d'ailleurs qu'elles sont inégales. Rien de méchant, cependant, car je ne crois pas que le film soit plombé par ces quelques intrusions musicales qui sont très limitées... Par exemple je n'aime guère la chanson du générique d'ouverture, très faiblarde, en revanche je trouve pas mal du tout celle de la virée idyllique et du final (A Real Hero). Musicalement, je retrouve bien dans celle-ci un certain esprit 80's.

ImageImageImage

Quant au film lui-même, j'ai adoré. Là encore, je le ressens comme un cadeau qui m'est fait. Évidemment, Refn n'invente pas la poudre avec Drive, qui s'inscrit dans cette mouvance générale de revisitation admirative des années 1980 et se pose comme un héritier de l'âpreté des polars de Friedkin et des recherches plastiques et atmosphériques, nocturnes et bleutées, du Michael Mann des grandes heures. Ce sont les figures tutélaires les plus immédiates et les plus évidentes, cependant ce ne sont pas les seules. Le film ne Refn n'a donc rien de véritablement révolutionnaire, et son intrigue simple et gentiment clichée le confirme, mais il déroule son spectacle avec une telle maîtrise technique, un tel talent formel, une telle clarté dans la gestion narrative, que ce qui ne se veut qu'une série B se mue en un formidable néo-noir remarquablement troussé. Je le redis, c'est pour moi le meilleur du genre depuis Collatéral. Mieux, il parvient, malgré l'arc référentiel qui le sous-tend, aussi bien formellement que spirituellement, à trouver sa propre beauté, sa propre voie. La conviction de Refn derrière la caméra transcende totalement les aspects un peu convenus de l'histoire : sa mise en scène transforme tout ce qu'elle touche en or, de l'iconisation d'un Gosling, samouraï fantasmatique des temps modernes et particulièrement charismatique (alors que je l'avais jusqu'ici toujours considéré comme une endive), à la relation amoureuse qui lie notre chauffeur/cascadeur à sa voisine de palier Carey Mulligan, que Refn nous narre avec une infinie douceur, tout en regards et en sourires. Pas besoin de discours et c'est très beau. Là encore, Refn semble avoir bien retenu les leçons de Mann, dont il retrouve aussi le soin maladif du cadrage. Dans ces scènes de romance tacite, il laisse parler tout son art visuel, capable de retranscrire poétiquement de nombreuses émotions sans une seule ligne de dialogue, sur la seule foi des expressions retenues des acteurs et de la stylisation (formelle comme musicale). La photographie solaire au diapason (léchée sans être alourdie par tous ces filtres dégueus du cinéma US actuel), et le montage hyper élaboré dans les scènes d'action, confortent la solidité technique de l'ensemble, qui passe de la délicatesse atmosphérique à la sécheresse la plus électrique avec le même brio. Il y a une vraie rutilance et un vrai aboutissement des aspects techniques de ce film qui font, par exemple, à mes yeux la différence avec une source d'inspiration comme le Driver de Walter Hill, film pas inintéressant mais pataud et n'ayant aucun pouvoir d'envoûtement. Or, Drive est un film très envoûtant, je trouve.

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Concernant la question de la violence du film, je n'ai absolument pas senti chez Refn une tentation de son esthétisation. Il est indéniable que Drive est un film très esthétique, mais les trouées de violence qui émaillent le film sont d'une brutalité et d'une sauvagerie incroyables, et même quand le réalisateur dilate le plan par un ralenti pour rallonger le choc de cette violence, c'est à mon sens non pour la rendre esthétique, mais au contraire pour prendre la mesure de son horreur, du dégoût. C'est-à-dire que je rejoins Ratatouille quand il évoque Peckinpah : les quelques ralentis sanguinolents de Drive (et ils sont très très peu nombreux, en fait) ont pour moi un but édifiant et non complaisant. Par contre, complaisance il peut éventuellement y avoir dans le déploiement général de la violence dans ce film, avec des scènes quand même assez barbares même si certains hors-champ sont encore plus traumatisants. D'un autre côté, il suffit de se souvenir de la violence d'un To Live and Die in L.A., avec ses coups de shotgun dans la face entre autres, pour comprendre qu'en accord avec sa démarche respectueuse, Refn appréhende cette même violence comme un phénomène imprévisible, frappant à tout moment, extrêmement rapide et hideux. Je remarque ainsi que la plupart des scènes violentes de Drive sont le plus souvent brèves, fonctionnant sur la fulgurance et sur la fébrilité. Même dans les courses-poursuites automobiles, que Refn aurait pu étirer en longueur pour contenter le public et intégrer les guides de cinéma, la durée de la séquence reste relativement modeste ; mais les séquences n'en demeurent pas moins brillantes, électrisantes, superbement maîtrisées (la lisibilité du film, en général, est un véritable bonheur !).

Quant à Albert Brooks, c'est marrant mais je n'ai pas arrêté de penser à un Michael Mann empâté, justement. :mrgreen:
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Demi-Lune » 17 oct. 11, 12:09

Beref a écrit :Ce film est beau, émouvant.
Voire bouleversant, par moment.

C'est pas un film sur la violence, mais sur la redécouverte de l'humain, d'une humanisation.
De la machine (voiture) à la femme, à l'autre.

Inutile de revenir sur l'ambiance proprement extatique du film, personne n'a filmé la ville comme ça depuis Mann.

C'est aussi le retour d'un vrai cinéma à personnages, qui donne envie d'y croire dur comme fer.

Eh ben voilà, tu as parfaitement synthétisé mon sentiment. En six phrases. :mrgreen:

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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Père Jules » 17 oct. 11, 12:11

Beref a écrit :C'est pas un film sur la violence, mais sur la redécouverte de l'humain, d'une humanisation.
De la machine (voiture) à la femme, à l'autre.

Qu'il est dommage que cette redécouverte doive nécessairement passer par la violence.

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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar MJ » 17 oct. 11, 14:03

Père Jules a écrit :Qu'il est dommage que cette redécouverte doive nécessairement passer par la violence.

C'est que cette (re)découverte a un prix, qui est la découverte par le romantisme adolescent de la brutalité du monde... jusqu'à la perte de soi dans une brutalité dans laquelle on se perd en luttant contre elle avec les armes.
Quand le Driver, dans l'embrasure de la porte, révèle son masque il révèle aussi, au fond, son vrai visage, la face cachée de son aspiration héroïque et romantique (ce qui est aussi rendu explicite comme le disait Strum dans la séquence de l'ascenseur). C'est ce qui rend le film trouble sous sa surface - et nullement mièvre ou vain comme on a bien voulu le dire.
Pas étonnant dès lors qu'il plaise tant aux cinéphiles en général... c'est un film dédié à ceux qui ont vu trop de films!
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum

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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2011

Messagepar Demi-Lune » 23 oct. 11, 18:47

Gounou a écrit :DRIVE (Nicolas Winding Refn) 6/10

Ah ? Vu que tu aimes beaucoup le cinéma de Michael Mann, j'aurais parié que tu aimerais plus que ça ce film.

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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2011

Messagepar Gounou » 23 oct. 11, 19:03

Demi-Lune a écrit :
Gounou a écrit :DRIVE (Nicolas Winding Refn) 6/10

Ah ? Vu que tu aimes beaucoup le cinéma de Michael Mann, j'aurais parié que tu aimerais plus que ça ce film.

Remarque intéressante pour ce qu'elle pointe de mon problème... j'aime Michael Mann parce qu'il habite son cinéma de toute part, comme j'aime Lynch pour la même raison fondamentale. Ce sont deux personnalités artistiques fortes au-delà de la qualité de leurs films. Et les voir singés, même avec un certain brio, ne m'intéresse pas beaucoup. Pourtant Drive n'est pas un mauvais film... même qu'avec moins de forme auto-satisfaite et de plus de fond, ç'aurait pu constituer un très bon film de genre. En l'état, je vois un réalisateur doué qui se regarde un peu trop le nombril et cherche l'épate plastique... mais sans beaucoup d'émotion cinématographique à communiquer.
Ca sent le jeune loup aux dents longues... mais j'attendrai la suite pour me prononcer.

(Le reste en MP :wink:)
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Thaddeus
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2011

Messagepar Thaddeus » 23 oct. 11, 19:07

Gounou a écrit :Remarque intéressante pour ce qu'elle pointe de mon problème... j'aime Michael Mann parce qu'il habite son cinéma de toute part, comme j'aime Lynch pour la même raison fondamentale. Ce sont deux personnalités artistiques fortes au-delà de la qualité de leurs films. Et les voir singés, même avec un certain brio, ne m'intéresse pas beaucoup. Pourtant Drive n'est pas un mauvais film... même qu'avec moins de forme auto-satisfaite et de plus de fond, ç'aurait pu constituer un très bon film de genre. En l'état, je vois un réalisateur doué qui se regarde un peu trop le nombril et cherche l'épate plastique... mais sans beaucoup d'émotion cinématographique à communiquer.
Ca sent le jeune loup aux dents longues... mais j'attendrai la suite pour me prononcer

C'est très exactement mon avis sur ce film également : un exercice de style qui ne dépasse jamais ses limites.

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Jericho
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Jericho » 28 oct. 11, 13:04

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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Nestor Almendros » 28 oct. 11, 14:15

Ils sont à la ramasse sur TPS: lorsque Dahan parle du SOLITAIRE de Michael Mann, regardez bien l'affiche qui est projetée sur le plateau... :roll:

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Major Tom
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Major Tom » 28 oct. 11, 14:25

"Eh oui donc LE fILm doNT tout l'monde PARleuh: DraÏVE, avec Raaaaaïan Geuslingue et... Carry... Muulliguane... et heuuuu qui est une mess... alors c'est paf... comment dire?..."

Je ne vais pas plus loin. :mrgreen:
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Jericho » 28 oct. 11, 14:27

C'est dommage il dit pourtant des trucs intéressants.

Nestor Almendros a écrit :Ils sont à la ramasse sur TPS: lorsque Dahan parle du SOLITAIRE de Michael Mann, regardez bien l'affiche qui est projetée sur le plateau... :roll:

Oui j'ai beaucoup ri, mais à un moment je me suis dit si c'était pas moi qui avait mal compris, tellement ils sont à l'ouest... :uhuh:
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar cineberry » 28 oct. 11, 14:41

MJ a écrit :c'est un film dédié à ceux qui ont vu trop de films!

Ce doit être pour cette raison que je n'ai pas accroché...

Dragonball
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Messagepar Dragonball » 28 oct. 11, 15:29

Bon, Yannick Dahan, on aime ou on aime pas, mais la bande de singes qui l'entoure, c'est vraiment pas possible ...