The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Watkinssien
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Watkinssien » 14 oct. 11, 15:54

riqueuniee a écrit :Parmi les interprètes , mention à Penelope Ann Miller (l'épouse de George Valeentin). C'est elle qui m'évoque le plus (par son jeu et son look) les actrices de l'époque (plutôt d'ailleurs des tout début du parlant que du muet )

D'ailleurs, les séquences à table entre elle et Jean Dujardin sont un hommage évident à Citizen Kane !
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riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar riqueuniee » 14 oct. 11, 16:02

Effectivement. Je me suis demandé dans quel film j'avais pu voir une telle scène...
Comme elle mangeait un pamplemousse, j'ai aussi pensé (très brièvement...) à ce film (l'ennemi public, je crois) où Cagney écrasait un pamplemousse sur le visage de sa compagne.
Je pense que Hazanavicius a bien révisé son cinéma hollywoodien classique.
Mais ceux qui penseront retrouver le style, le rythme des films des années 20 seront sans doute surpris et/ou déçus. Un parti-pris esthétique qui s'avère finalement logique pour raconter une histoire qui se déroule de 1927 à 1932.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Anorya » 14 oct. 11, 16:18

Je crois que le film fourmille de références à l'adresse des cinéphiles. Je me suis demandé si le chien qui court pour sauver son maître n'était pas par exemple repris de chez Griffith où un chien sauvait ses maîtres (ou sa maîtresse) d'un méchant noir (sic) dans Naissance d'une nation. :o
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Nestor Almendros » 14 oct. 11, 19:06

julien a écrit :Pour avoir entendu une critique récemment sur France Musique, il parait en plus que la bande originale n'est pas terrible ce qui est quand même un peu embêtant pour un film muet où la musique occupe généralement une large place.

C'est l'avis du gars de France Musique, pas forcément parole d'évangile. Pour ma part, si tout n'est pas forcément agréable à l'oreille, l'ensemble est cohérent et tient le coup.

johell a écrit :Je trouve que l'usage de cette musique est déplacée. En plus de ne pas convenir pour l'époque, utiliser l'intégralité de ce morceau me renvoie directement au film d'Hitchcock et me fait totalement sortir de celui d'Hazanavicius.

Je pense malheureusement que la majorité des spectateurs ne reconnaitra pas la référence...

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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Joe Wilson » 14 oct. 11, 22:55

Un remarquable exercice de style, même s'il en possède les limites : Hazanavicius insuffle suffisamment de fougue, de charme, et de fantaisie pour apporter de la vie à ce reflet d'une époque, au-delà des légitimes références et clins d'oeil. L'expressivité de Jean Dujardin et Bérénice Béjo est au diapason, tout comme l'abattage des seconds rôles James Cromwell, John Goodman et Penelope Ann Miller.
La partition musicale est loin d'être inoubliable mais participe à la cohérence d'un rythme par la fluidité des séquences. The Artist représente une bulle de plaisir instantané, un rêve éveillé incarnant la force d'une illusion.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Demi-Lune » 15 oct. 11, 15:00

Très brièvement. MJ disait de Melancholia que c'était un film qu'il avait ressenti pratiquement comme une offrande qu'on lui avait spécialement adressé. Je serais tenté de dire la même chose, me concernant, au sujet de The Artist. Mon commentaire sera donc dithyrambique. Le film est mu par une croyance inébranlable qui, moi, me touche profondément : celle en un cinéma comme vecteur de magie par essence. Comment, d'une simple juxtaposition d'images, d'un gros plan sur un acteur, d'un embellissement musical, la matière filmique accomplit ce miracle tout bête et fascinant de l'émotion, du bouleversement. Ce film transpire en effet un amour total du cinéma, sous toutes ses formes, dans toutes ses possibilités, dans le même temps que sa philosophie provoque continuellement l'euphorie émerveillée d'un spectacle enchanteur, sans cynisme aucun. Cette philosophie, c'est celle d'une cinéphilie frénétique tout en sachant rester discrète, qui s'épanouit durant 1h40 dans une œuvre d'un rare équilibre, trouvant sa propre dynamique tout en étant enrichie des multiples passerelles, échos, réminiscences et autres clins d’œil adressés par un Hazanavicius révérencieux envers les amoureux, comme lui, d'un cinéma entendu en l'occurrence comme un patrimoine de toute splendeur.

Je crois que le cinéphile fou Hazanavicius n'a pas voulu tourner un film muet pour le simple plaisir de l'exercice de style couillu, mais au contraire pour toucher du doigt quelque chose dont, au vu de sa courte filmographie à la croisée de l'hommage et de l'inventivité, il a certainement dû longtemps fantasmer : aboutir à une forme de cinéma fusionnelle, où le passé et le présent ne s'opposent pas mais se répondent, dans le même temps qu'il revient à une forme de cinéma dont l'expression est la plus pure, parce que reposant sur le seul pouvoir expressif de l'image (et de ce qu'elle contient). Hazanavicius est par exemple capable de s'amuser de la facilité d'une résolution de situation dramatique (quand le chien vient délivrer Dujardin dans le film dans le film A Russian Affair : il montre la réaction stupéfaite puis complice du public, pas comment le personnage s'en sort) mais ce regard n'est jamais cynique envers le cinéma d'antan, bien au contraire, il est porté par une véritable passion communicative, par le propre émerveillement du réalisateur face à la magie cinématographique qui nous entraîne dans un monde du possible. De même, lorsqu'il reprend tout le morceau Scène d'Amour de Vertigo : je ne crois vraiment pas qu'il le fasse par malice pour un effet de distanciation, mais au contraire, pour retrouver, ne serait-ce qu'éphémèrement, la magie sincère de la puissance émotionnelle qu'inspire ce morceau (très connoté il est vrai, johell, aussi comprends-je tes réserves sur son utilisation). Hazanavicius joue avec The Artist les passeurs, entre l'ancien et le nouveau (humour caractéristique du bonhomme et idées visuelles en pagaille), dans un geste devant toucher toutes les générations. Quand je quitte le film, je n'ai qu'une envie : c'est de découvrir du cinéma muet. Et ça, c'est peut-être le plus beau compliment que je puisse faire au réalisateur : celui de déringardiser un cinéma que la majorité peut trouver obsolète.

La pureté de l'expression que trouve à mon sens le cinéaste avec The Artist me touche car, pour ma part, il n'y a rien de plus jubilatoire qu'un film qui me rappelle l'essence de ce qu'est ce plaisir incommensurable, cet émerveillement, qui sont au fondement de mon intérêt pour le cinéma. En cela, son film ne peut heureusement pas se résumer à la complicité que le film tisse avec le spectateur cinéphile : The Artist, c'est tout simplement deux fabuleux acteurs pour une histoire simple mais superbe et drôle, qui trouve dans cet écrin dégraissé de superflus une vraie force émotionnelle. C'est bête à dire, mais sans le pari du muet, l'histoire serait bien moins poignante ! parce qu'il y a une totale adéquation entre l'essence du film (son mutisme) et ce dont il parle, le drame personnel de George Valentin. Ça aboutit à une grande empathie pour son personnage, campé par un Dujardin qui a tout d'un grand, qui électrise l'écran mais ne singe pas les grimaces des acteurs du muet. Il n'a largement pas volé son Prix à Cannes. Sa partenaire Bérénice Béjo n'est pas en reste. L'accompagnement musical n'est pas mémorable mais fait son boulot, très honnêtement. J'étais très curieux et impatient de voir comment Hazanavicius, que je considère dorénavant comme le cinéaste français le plus intéressant et brillant du moment, allait mener à bien ce projet étonnant et au final, je ne peux qu’applaudir et le remercier sincèrement de m'avoir donné le film que j'avais très exactement espéré. Et si l'artiste, c'était Hazanavicius ?

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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Watkinssien » 15 oct. 11, 17:04

Demi-Lune a écrit :Et si l'artiste, c'était Hazanavicius ?

Je souscris évidemment à ton avis et à ton enthousiasme...

Et quant à cette question finale posée, je me permets de reprendre ce que j'avais écrit dans mon message d'introduction : la position d'artiste de Hazanavicius se trouve dans le film réalisé par George Valentin... Un film qui a le plus respectueusement possible les apparence formelles d'autres oeuvres pour en souligner des obsessions permanentes et personnelles... La profession de foi du rôle de créateur se pose dans cette partie du film, tout en ne prenant jamais le pas sur le récit principal...
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Boubakar » 15 oct. 11, 23:50

Michel Hazanavicius a été interviewé dans la nouvelle émission de Projection Privée, écoutable ici :

http://www.franceculture.com/emission-p ... 10-15.html

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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar jay » 16 oct. 11, 02:01

Un petit bijou qui vient simplement nous rappeler de manière ludique le pouvoir expressif de l'image, de la musique (et du silence...), en renvoyant tout un pan de ciné bavard et bruyant dans les cordes...
Dernière édition par jay le 16 oct. 11, 03:03, édité 1 fois.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar jay » 16 oct. 11, 02:21

Boubakar a écrit :Michel Hazanavicius a été interviewé dans la nouvelle émission de Projection Privée, écoutable ici :

http://www.franceculture.com/emission-p ... 10-15.html

Merci pour le lien: c'est passionnant!
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar MJ » 16 oct. 11, 15:18

Demi-Lune a écrit :Très brièvement. MJ disait de Melancholia que c'était un film qu'il avait ressenti pratiquement comme une offrande qu'on lui avait spécialement adressé. Je serais tenté de dire la même chose, me concernant, au sujet de The Artist.

Je dirai donc que j'ai moi aussi vu le film comme un cadeau, mais dont l'élégance de l'empaquettage et la générosité de l'intention (on sent une fervente admiration pour Lubitsch, Borzage, Chaplin) ne masquent pas complètement un manque de consistance du contenu. Et ce n'est dès lors pas pour rien que le film souvent très drôle (le double-gag du carton Toys et du froncement de sourcils de Dujardin quand il comprend le double-sens possible!) ne devient pas vraiment émouvant dans son final.
Le thème de Vertigo m'a sinon moi aussi sorti du film. Mais encore une fois, c'est très marrant, brillant au propre comme au figuré, ça a ravi la fille avec qui deux amis m'avaient rencardé sans prévenir, bref, je suis loin de déconseiller!
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Rick Blaine » 16 oct. 11, 17:42

Je ne peux que rejoindre le camp des enthousiastes! Hazanavicius nous fait un formidable cadeau avec ce film. Hommage au cinéma muet, The Artist est loin d'un pastiche ou d'un exercice de style, mais le résultat d'une véritable ambition artistique d'un choix formel qui sert le récit. En un peu plus d'un siècle, le cinéma à connu plusieurs formats, le muet et le parlant, le noir et blanc et la couleur. Mais la nouvelle forme ne doit pas enterré l'ancienne, si un film doit se raconter en 4/3 muet et noir et blanc, alors c'est la forme qui doit être choisie et c'est ce qu'a fait Hazanavicius. Si évidemment on note quelques clin d’œils a des grands classiques du muet qui sont autant de clins d’œils au cinéphile, The Artist à sa propre raison d'être, et sa forme est le vecteur d'une émotion d'une grande pureté.
Avec une belle histoire, simple et pure, portée par un casting remarquable, Dujardin en tête mais pas seulement - on voit notamment un John Goodman qui semble né pour le muet- The Artist est un des plus beaux films de ces dernières années et Hazanavicus confirme ce que les OSS laissaient entrevoir: il est un cinéaste formidablement intéressant, qui laisse planer un immense espoir sur la suite de sa carrière.

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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar everhard » 16 oct. 11, 18:29

je sors du film et je suis très émue encore. Certes les deux ado a coté de moi ont baillé presque tout le film mais la moitié de la salle a applaudi à la fin. Je crois qu'il faut avoir une certaine sensibilité au cinéma noir et blanc et aussi au muet pour vraiment apprécier le film et en particulier pour bien saisir toutes les influences ( à mon sens assez bien digérées ) présentes dans le film. Jean Dujardin a du regarder quelques films de Douglas Fairbanks,d'Errol Flynn, de John Gilbert et pas mal de Gene Kelly dans "Singin' in the rain ". J'ai adoré le petit chien qui m'a fait penser à Asta en beaucoup plus courageux ^^. J’ai bien aimé la musique que j'ai trouvé en harmonie avec le film. J'ai versé quelques larmes aussi.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar Dunn » 16 oct. 11, 18:30

The Artist: 8: un vrai coup de coeur, un vrai tour de force pour tout (acteurs, réalisateur, photo etc), un vrai hommage, une belle histoire alors que certains films Français ne font pas mieux en "parlant" c'est dire... quel beau film ! courez y!

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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Messagepar O'Malley » 16 oct. 11, 21:00

Mon enthousiamse sera bcp plus modéré que la plupart des avis exprimés içi et je me retrouve plus dans les posts de Johell et MJ.
Certes, le film est visuellement brillant, et constitue une véritable déclaration d'amour au cinéma hollywoodien (et pas seulement muet puisqu'il intègre aussi dans ses références de prestigieux films parlants tels que Citizen Kane, Sunset Boulevard ou Vertigo). Jean Dujardin et Bérenice Bejo sont tous deux excellents, intégrant à la perfection l'art du jeu "muet" où l'expression corporelle est primordiale sans en faire trop, tout en étant au diapason l'un de l'autre (un prix d'interprétation conjoint à Cannes n'aurait pas été volé). Dujardin s'avère par ailleurs tout aussi convaincant dans le registre comique que mélodramatique.
Mais voilà: le hic c'est que, pour ma part, après une première partie vive et très divertissante, la seconde partie, mélodramatique, ne prend pas. Je n'ai ressenti aucune émotion (et l'utilisation du thème de Vertigo n'a fait que renforcer mon éviction du film) Pourtant, les acteurs restent bons et crédibles et la mise en scène continue à fourmiller d'idées. Sans en être totalement sûr, je dirais que le problème principal réside dans le scénario qui illustre le théme de la déchéance très pauvrement et manque d'identité propre car trop référentiel. La construction dramatique s'avère donc trop légère pour être totalement captivante; il manque trop de "muscles " pour faire émerger une émotion suffisante capable de transporter le spectateur que j'étais. Un ennui poli s'est progressivement installé jusqu'au final euphorisant qui a pour le coup régénéré soudain l'intérêt suscité par ce parcours croisé entre le personnage de Dujardin et celui de Bejo.
Après, étais-ce une question d'humeur, de sensibilité à un moment donné, je ne sais pas. Mais devant les avis largement positives et unanimes, c'est clair que je redonnerai une nouvelle chance à The Artist dans quelques temps.
En tout cas, merci quand même à Mchel Hazanavicius d'avoir osé entreprendre ce fantasme cinéphile et de nous avoir donné cette belle preuve d'amour à un cinéma révolu.
Puisse t-il permettre au cinéma muet de susciter un certain intérêt, du moins pour quelques temps, à quelques téléspectateurs ou cinéphiles en herbe, leur donnant l'envie d'appréhender des classiques désormais vieux de plus de 90 ans.