Stardust Memories (Woody Allen - 1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Anorya
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Stardust Memories (Woody Allen - 1980)

Messagepar Anorya » 29 sept. 10, 18:01

Topic crée en naphta' à cause de la date qui tombe pile en 1980 mais si ce n'est pas le bon topic, j'appelle les super-modos à agir.

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Un cinéaste à succès traverse une étrange crise...


Woody n'a jamais caché ses influences Bergmaniennes. Comme il le confiait à Stig Björkman (1), Monika (1953) fut l'un de ses plus grands chocs cinématographique, le convainquant d'une certaine mâturité européenne cinématographique qu'il ne retrouvait pas dans son pays. A de nombreuses reprises au cours de sa carrière, il payera différents tributs à l'univers du suédois (Intérieurs, September, Une autre femme...), aussi est-il étonnant avec Stardust Memories de le voir s'aventurer en territoire Fellinien. Pas n'importe lequel, puisque Stardust lorgne bien évidemment du côté de 8 et demi tout en se permettant de poser un premier bilan de l'univers Allenien à travers une narration audacieuse car pas si linéaire qu'on peut le penser. Ainsi, ce qui peut sembler un étrange déjà-vu malaisant (j'y viens juste après) peut aussi être compris comme une tentative d'écriture sensorielle du cinéaste qui se verra poussée dans ses retranchements avec Maris et Femmes : ce qui peut alors sembler une redite se termine à la fin du film par une mise en abîme bienvenue munie d'un discret et simple hommage au cinéma. La différence avec 8 et demi tient donc sur ce point primordial : la création en cours et la psyché du cinéaste. Chez Fellini, nous étions plongés dans les troubles de Guido (génial Mastroianni comme à son habitude) et naviguions alors avec lui entre souvenirs, visions, temps présent et idées, sans jamais voir le fameux film de SF fini. Chez Allen, la création est déjà finie, une rétrospective est en cours, mais nous ne comprenons que sur la scène finale la duperie d'avoir en fait vue une comédie déjà tournée, tout en ayant aussi assisté au quotidien d'un cinéaste fatigué qui essayait de faire un bilan.


A gauche, Stardust Memories, à droite, 8 et demi.
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Stardust reprend le début onirique de huit et demi sans trop se forcer. Le moyen de transport change (un train et non plus une voiture bloquée sur un embouteillage), mais l'effet est le même. Woody comme Marcello finissent par étouffer et essayent de sortir. Marcello est amené ensuite à voler dans les cieux, Woody n'ayant pu s'échapper du train se retrouve dans une décharge...



Bilan parce qu'Allen ne cache nullement sa vie privée qui lui inspire souvent des situations autobiographiques dans ses films et ici, Stardust ne fait que reprendre à l'univers d'Allen, personnage public comme cinéaste et acteur. Le film devenant à la fois un portrait instantané d'un tournant à la fois dans sa vie comme dans ses films. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Diane Keaton n'y figure pas, ni même Mia Farrow, son autre muse principale (pas encore rencontrée alors). Surtout, le cinéaste ne cache alors pas les remarques sourdes que le public américains comme les critiques semblent lui adresser constamment, fournissant dans le film la matière d'un excellent running-gag (hélas trop vrai de la réalité d'alors) : Toutes les personnes qui vont voir Sandy Bates (Allen) ne font que lui répéter "J'adore vos films. Surtout les premiers, ceux qui étaient rigolos, vous savez". Situation à peine tournée en métaphore d'un public ricain qui a alors décroché depuis Intérieurs (paradoxalement, avec Manhattan, l'Europe et surtout les français lui feront un triomphe certain qui durera longtemps. Si ça se trouve, c'est cela qui permet à Woody de livrer une sympathique réplique sur la cinéphilie des français à la fin d'Hollywood Ending !) et joyeusement boudé Manhattan. Le malaise d'un cinéaste harcelé par son public et les critiques influe pour beaucoup dans ce qu'on ressent de Stardust Memories, d'autant plus qu'Allen ne le cache nullement, l'amplifie même de plusieurs manières par une foule toujours présente ou un jeu inquiétant de photographies dans le background (captures suivantes).



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Une foule... Fellinienne...

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La photographie comme révélateur d'angoisse intégré au fond.



Bilan aussi parce qu'Allen en plus de reprendre à sa propre vie (citons aussi la rolls royce, l'avis sur les enfants, filmés ici comme des gnomes (pardon au forumeur :mrgreen: ) grimaçants, témoignant d'une certaine aversion d'Allen pour les enfants dans la vraie vie (2)), n'hésite pas aussi à largement reciter des pans de ses films, quitte à remodifier quelques éléments. A la course finale dans Manhattan se substitue une course pour rattraper des extraterrestres (qui lui répondront aussi qu'ils préféraient ses premiers films. Ceux qui étaient drôles. :lol: ) et avoir vainement une réponse sur le sens de la vie. Une scène de trépanation expérimentale entre les deux corps des femmes qu'il aime fait écho une certaine scène de savant fou de Tout ce que vous avez toujours voulu sur le sexe (sans jamais oser le demander). A une séquence de fuite face au danger que représente une écrevisse dans Annie Hall, on substitue un personnage effrayé par les pigeons (ça aurait pu être un ignoble Harfang, c'est un pauvre pigeon (3). Voyons, Woody !) dans Stardust. Et j'en passe, ça frôle la caricature quand Allen ne reprend pas à Fellini (on retrouve une plage, pas de Saraghina ou d'énorme buraliste mais un éléphant. Sans compter les moments où le personnage se rappelle son enfance à faire de la magie qui fait écho à l'enfance de Guido/Marcello).



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Le coup de l'écrevisse d'Annie Hall à gauche, le coup du pigeon de Stardust à droite.

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Eh non Woody, même en cinéaste déprimé, tu n'arriveras pas à éclipser Marcello.



On pourrait presque penser que je dénigre le film mais en fait non, car Stardust memories à ses propres qualités. Plastiquement, le noir et blanc de Gordon Willis déjà sublime sur Manhattan est poussé encore plus loin. Dans sa narration et son humour, c'est un petit bijou. Au niveau des acteurs, c'est un régal. Si les performances de Marie-Christine Barreau et Jessica Harper (qui retrouve Allen --petit rôle dans Guerre et amour-- après la case Argento et les séries télé) sont plus qu'appréciable, il y a une actrice qui est plus que renversante ici, c'est Charlotte Rampling, fabuleuse, majestueuse. Tout le film peut se voir comme un festival Charlotte Rampling. On sent bien le cinéaste complètement fasciné par son actrice tel un Truffaut accroché au basques d'Adjani sur L'histoire d'Adèle H. Le New-Yorkais à grosses lunettes va même jusqu'à la filmer d'une manière totalement Godardienne dans un enchaînement de gros plans fixes étourdissants vers la fin, révélant la pleine mesure hallucinante du jeu de l'actrice. J'aurais même envie de dire qu'il faut voir ce film que pour Rampling à l'instar d'un certain Demi-Lune qui ne regarde du Truffaut que pour Adjani (ce qui est dommage au fond :fiou: ). Mais non, car malgré les emprunts constants et un certain malaise voulu, on passe une fois de plus un agréable moment.



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Woody et ses actrices (et oui, premier rôle de Sharon Stone aussi dans ce film. La jeune fille du train, c'est elle).
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La conclusion du film, une mise en abîme, enjoint à se revoir le film une nouvelle fois pour encore mieux l'apprécier.
Et Woody de terminer, très logiquement et magnifiquement sur une salle de cinéma qu'il quitte et dont les lumières s'éteignent lentement...


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4,5/6.






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(1). Woody Allen, Entretiens avec Stig Björkman, éditions des Cahiers du cinéma, 2002, p.17.
(2) "La famille nombreuse de Mia effraie Allen qui noue avec elle une relation fusionnelle sans jamais lui proposer de vivre sous le même toit. Les amants ont des appartements qui se font face, séparés seulement par Central Park." -- (Woody Allen, par Florence Colombani, éditions Le Monde/Cahiers du cinéma, collection Grands cinéastes, p. 51)
(3) Le pigeon est quand même un être particulièrement pervers et vicieux. Il faut s'en méfier. Absolument.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Lecture de la case de droite avant celle de gauche. Sens de lecture japonais.
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Pardon. :mrgreen:
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Re: Stardust Memories (Allen - 1980)

Messagepar Watkinssien » 29 sept. 10, 18:20

Joli texte pour un Woody Allen que j'aime beaucoup.

Stardust Memories est assurément le film le plus fellinien du Maître... Et quoi de plus cohérent et intéressant de noter que cette réflexion sur sa propre place d'auteur se situe après des oeuvres majeures comme Annie Hall ou Manhattan qui l'ont internationalement porté aux nues.

Un beau film, touffu, complexe, drôle et émouvant.
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Re: Stardust Memories (Allen - 1980)

Messagepar Demi-Lune » 25 avr. 11, 18:45

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Cinéaste reconnu et admiré, Sandy Bates traverse une véritable crise existentielle. Lassé de n'être considéré que pour son humour, il ne supporte plus les exigences de ses admiratrices et les critiques de l'intelligentsia new-yorkaise. Il profite d'un festival organisant une rétrospective de son œuvre pour faire le point sur sa vie de créateur et ses relations amoureuses.

SPOILERS. En 1980, le public US réserve un triste sort à Stardust Memories qu'il boude, décontenancé par la complexité de la narration mais plus encore par la tonalité "intellectualisante" et dramatique qu'a pris le cinéma de Woody Allen depuis Intérieurs.
Les critiques quant à eux sont partagés, certains y voyant un des meilleurs films de son auteur, d'autres un de ses plus mauvais.
Cette incompréhension se cristallise bien autour du fait que Stardust Memories entérine effectivement le désintérêt du cinéaste pour les comédies avec lesquelles il est devenu célèbre. Il va falloir décidément compter avec cette nouvelle progression artistique, plus psychologique et mélancolique, dont les fondements s'enracinent avec l'hommage qu'Allen a rendu deux ans plus tôt à Bergman. Ici, quelle que soit la profondeur de l'influence de Bergman dans le cinéma qu'il est en train de définir, c'est à un autre maître européen que le réalisateur paie son tribut. N'ayant pas vu 8 1/2, je peux sans doute mieux apprécier le film d'Allen pour ce qu'il est. Stardust Memories m'a plu pour sa tentative de mise en abyme. Si on peut éventuellement lui trouver de la prétention narcissique, celle-ci se double de manière fusionnelle, et se nourrit, d'une prise de recul donnant lieu à un auto-portrait méditatif et légèrement angoissé. A la fois dans et hors le(s) film(s), la figure du créateur-cinéaste surplombe constamment l'entreprise. Difficile dès lors de donner du crédit à Allen quand il affirme que les gens ont eu tort de voir en Stardust Memories un film autobiographique, tant les parallèles sont évidents et tant l'entreprise semblerait du coup vraiment vaine s'il n'y avait rien de personnel dans ce témoignage.
Avec Stardust Memories, le cinéaste accouche d'une œuvre facilement mal-aimable car : piochant ouvertement chez Fellini et s'en amusant (cf. la réplique au sujet de House of Wax) ; démultipliant les niveaux de lecture (film dans le film qui se révèle être en fait lui-même un film de fiction projeté dans une salle de cinéma en présence du réalisateur et des acteurs) pour au final une mise en valeur de celui qui crée et orchestre toute cette duperie, le cinéaste qui se met par ailleurs en scène (cf. la réplique sur le narcissisme, avec le nombre de gros plans qu'Allen peut s'accorder à lui-même) ; et coupant l'herbe sous le pied, avec une lucidité qui peut être interprétée comme de la prétention, aux éventuels critiqueurs condamnant la tournure grave de l'œuvre allenienne. Allen anticipe tout ça et tente, sinon de désamorcer, du moins d'éclairer les critiques en livrant un commentaire cinématographique, dans lequel il case tout un cortège de ressentis, de l'angoisse de la création à la pression déstabilisante des admirateurs qui, involontairement, l'enferment dans un registre univoque.

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Cette sensation d'emprisonnement dans les attendus invariables du public explique la pirouette finale : en signifiant aux spectateurs qu'ils ont été bernés, Allen affirme, non sans humour, sa liberté d'artiste et sa marche de manœuvre, qui échappe aux attendus contraignants du public. Il se représente comme un artiste évanescent, à la fois protagoniste d'un film existentiel où il clame toute son envie de passer à autre chose, et figure réelle et silencieuse du créateur - c'est-à-dire, non plus Sandy Bates, mais bien Woody Allen lui-même -, celui qui part d'ailleurs le dernier de la salle de cinéma. Le public a beau y aller de son commentaire après ce qu'il vient de voir, c'est bien Allen qui règne au final dans cet espace où la projection d'un film équivaut à un dévoilement intime. La critique fige un film dans un instant précis, mais l'artiste, et son œuvre, demeurent libres et évolutifs.
Mais il ne faudrait pas non plus voir en Stardust Memories la marque d'un agacement ou d'un mépris du réalisateur envers le public, en l'occurrence celui qui s'accommode mal de la direction qu'il prend. Il y a certes de l'humour, de la caricature dans ce défilé de groupies étranges (une va jusqu'à porter un t-shirt avec la tronche d'Allen imprimé dessus), mais ce que le film montre bien à sa manière, c'est le rapport d'interdépendance qui se noue nécessairement entre le public, particulièrement quand il est acquis à votre cause, et le créateur à qui il soumet sa dernière création. Créateur par excellence, Allen projette dans ses films sa personnalité, ses angoisses, ses conceptions de la vie, de l'amour, etc, mais pour enfoncer des portes ouvertes, on peut raisonnablement estimer qu'il le fait tout autant à des fins d'expression personnelle que pour qu'il y ait un public qui partage, voire s'accorde à, cette vision. En cela, Stardust Memories se révèle d'une ambivalence passionnante car si le film en lui-même constitue un message anticipé à l'intention du public, il met également au jour l'angoisse d'Allen face à la conscience qu'il a du fait que s'il est un artiste reconnu, c'est aussi parce qu'il y a eu un public qui l'a plébiscité ; en outre, s'aventurer dans une autre veine artistique, c'est s'aventurer dans un inconnu créatif bien moins rassurant que les acquis que les personnages répètent inlassablement à Allen ("on préférait vos films d'avant, ils étaient plus rigolos", etc. même les extraterrestres le lui disent !).

" "Vous savez, on préférait vos films d'avant, ils étaient quand même plus marrants ! Pourquoi ne refaites-vous plus E.T. ou Les Aventuriers de l'arche perdue ?" Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de gens qui viennent à ma rencontre pour me tenir ce genre de propos, presque mot pour mot de ce que disaient les Martiens à Woody Allen dans Stardust Memories : "on préférait vos films d'avant, ils étaient plus drôles, etc" ! Ces remarques ne me sont pas faites par des jeunes, mais plutôt par des gens plus vieux qui, j'imagine, ont grandi avec mes films. Ceux que je faisais quand j'étais un gosse, et eux aussi. Alors me voilà ensorcelé par Woody Allen, condamné à entendre encore et encore cette réplique de Stardust Memories jouée dans ma vraie vie. C'est très troublant." (Steven Spielberg, entretien avec Richard Schickel, 2005)

J'ai trouvé ce témoignage de Spielberg éclairant car ce qu'on y lit en filigrane, c'est la potentielle inquiétude d'un cinéaste face à l'incompréhension, et la rupture, avec son public, que peuvent susciter des films dans lesquels ce même cinéaste expérimente ou empreinte un style ou des voies qui ne se coulent pas dans les attendus des spectateurs. Dans Stardust Memories, Allen met bien en évidence ce dilemme permanent du créateur, écartelé entre la contrainte d'une répétition d'une recette dont il sait qu'elle plaira à son public, et l'envie, voire même le besoin artistique impératif, de naviguer dans de nouvelles eaux, de prendre des risques, de faire non pas ce que le public espère du cinéaste qu'il fera, mais ce que le cœur du cinéaste commande. En ce sens, la scène finale fait certes briller Allen comme créateur, mais c'est un créateur dont la toute-puissance demeure tempérée par le lien indispensable qu'entretiennent ses films avec le public, dont il ne se prive d'ailleurs pas de filmer les commentaires acerbes.

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Formellement, Stardust Memories est la continuation et l'affinement de la beauté plastique en N&B déployée par le chef op' Gordon Willis sur Manhattan. Très contrastée, la photographie joue sur les ombres, sur les décors en apparence sans éclat particulier mais qui deviennent subitement de superbes clichés artistiques. Le N&B permet en outre à Allen - dont la science du cadrage est évidente ici - de composer des gros plans de visages saisissants, qu'ils soient intrigants (les fans qui le poursuivent) ou envoûtés par la beauté d'actrices qu'Allen filme à la limite du fétichisme. Sharon Stone, Marie-Christine Barrault, ou même Jessica Harper, sont glamourisées par une caméra qui n'a peut-être jamais été aussi subjuguée par les lignes, les gestes, les attitudes, de femmes dont Allen dépeint toute la difficulté qu'il a de les conserver à ses côtés. Comme Anorya l'avait souligné, Stardust Memories est un écrin fasciné à la beauté étrange de Charlotte Rampling, que le réalisateur iconise dans pratiquement tous les plans où elle apparaît. Il est dès lors surprenant que l'actrice ne soit pas devenue une régulière de son cinéma tant ce film transpire une fascination, un émerveillement, qui confinent presque à l'amour sensuel - qu'elle soit filmée de loin ou en (très) gros plans, comme dans cette scène hypnotique où Rampling s'adresse, les yeux mouillés, à la caméra, ou dans cette scène où elle est allongée sur le sol et feuillette un magazine (moment d'une grâce ultime qui vaut les plans fétichistes de Hitchcock).

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Un peu chiant par moments, pas toujours très clair sur le coup à cause d'une narration audacieusement éclatée, Stardust Memories est cependant à mes yeux un grand film allenien sur la création, inventif et d'une beauté plastique fabuleuse.
Dernière édition par Demi-Lune le 17 juil. 14, 17:29, édité 2 fois.

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Re: Stardust Memories (Woody Allen - 1980)

Messagepar Jeremy Fox » 16 juil. 14, 08:47

La crise existentielle d'un cinéaste tiraillé aussi bien dans sa vie professionnelle (on le critique beaucoup pour le virage qu'il a pris dans le ton et le style de ses films) et sentimentale (ses hésitations entre trois femmes). Woody Allen profite de ce film pour se défendre des critiques qu'il a subi lui même à propos du virage opéré depuis ses débuts tout en se moquant gentiment de lui même utilisant l'ironie et la fantaisie dans un patchwork certes inégal mais au sein duquel il reste assez de motifs de réjouissances pour passer un très bon moment. Si les influences felliniennes (on pense très souvent au réalisateur italien notamment au travers de ce "bestiaire humain") ne semblent guère se marier harmonieusement avec son style (ou en tout cas ne m'ont pas pleinement convaincu), le cinéaste continue à filmer merveilleusement ses actrices : rarement Marie-Christine Barrault et Charlotte Rampling n'auront été aussi lumineuses. Un peu décevant comparé à ses quelques films précédents mais constamment intéressant ; je pense y prendre de plus en plus de plaisir au fur et à mesure des visions tellement il est riche.

Et maintenant je m'en vais lire ce qu'en ont dit Demi-Lune et Anorya.

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Re: Stardust Memories (Woody Allen - 1980)

Messagepar Jeremy Fox » 16 juil. 14, 09:46

Anorya a écrit : Au niveau des acteurs, c'est un régal. Si les performances de Marie-Christine Barreau et Jessica Harper (qui retrouve Allen --petit rôle dans Guerre et amour-- après la case Argento et les séries télé) sont plus qu'appréciable, il y a une actrice qui est plus que renversante ici, c'est Charlotte Rampling, fabuleuse, majestueuse. Tout le film peut se voir comme un festival Charlotte Rampling. On sent bien le cinéaste complètement fasciné par son actrice tel un Truffaut accroché au basques d'Adjani sur L'histoire d'Adèle H. Le New-Yorkais à grosses lunettes va même jusqu'à la filmer d'une manière totalement Godardienne dans un enchaînement de gros plans fixes étourdissants vers la fin, révélant la pleine mesure hallucinante du jeu de l'actrice. J'aurais même envie de dire qu'il faut voir ce film que pour Rampling à l'instar d'un certain Demi-Lune qui ne regarde du Truffaut que pour Adjani (ce qui est dommage au fond :fiou: ).


Tout à fait. Plus que la séquence godardienne (un peu agaçante pour ma part), c'est le long plan durant lequel le cinéaste pense être en train de vivre un moment de bonheur intense qui m'a le plus marqué ; plan séquence fixe d'une bonne minute durant lequel Charlotte Rampling, à plat ventre par terre, feuillette une revue et lance constamment des regards caméras, des regards de complicité et de contentement. Petit instant de pure magie.


ah ben tiens, justement :

Demi-Lune a écrit :dans cette scène où elle est allongée sur le sol et feuillette un magazine (moment d'une grâce ultime qui vaut les plans fétichistes de Hitchcock).




Sinon, passionnants vos avis.

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Re: Stardust Memories (Woody Allen - 1980)

Messagepar Anorya » 16 juil. 14, 11:13

Jeremy Fox a écrit :Tout à fait. Plus que la séquence godardienne (un peu agaçante pour ma part), c'est le long plan durant lequel le cinéaste pense être en train de vivre un moment de bonheur intense qui m'a le plus marqué ; plan séquence fixe d'une bonne minute durant lequel Charlotte Rampling, à plat ventre par terre, feuillette une revue et lance constamment des regards caméras, des regards de complicité et de contentement. Petit instant de pure magie.


Le genre de scène qui donne furieusement envie de revoir le film.

Jeremy a écrit :Sinon, passionnants vos avis.


:D
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bogardofan
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Re: Stardust Memories (Woody Allen - 1980)

Messagepar bogardofan » 21 avr. 15, 17:17

J'ai beaucoup aimé ce film, principalement pour Charlotte Rampling. En effet, Woody Allen avait plus de générosité à l'égard des actrices, il leur donnait des rôles originaux. Loin de ceux qui ne voyait en Charlotte qu"une veuve noire ou une femme fatale, il lui donnait quasiment un rôle de pure comédie, avec quelques notes profondes. Et plus, à la fin, quand on voit le film du réalisateur, il joue avec malice de l'image suposée des deux actrices, Charlotte qui se trouve trop grosse et Marie Christine Barrault qui lui dit : mais non !