Little Miss Sunshine (Jonathan Dayton & Valerie Faris, 2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jordan White
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Re: Little Miss Sunshine

Messagepar Jordan White » 9 nov. 08, 19:10

Deux ans après la bataille je découvre le film.
J'ai pleuré devant Rock on !! et si je n'ai pas été aussi transporté par Little Miss Sunshine, j'ai beaucoup aimé le film. Je ne connaissais pas du tout Steve Carell et ai trouvé son personnage passionnant, c'est peut-être celui qui évolue le moins au final, dans le sens où il sait sans doute le plus qu'il est là et où il va. Il est gay et le reste par exemple. A l'inverse des autres membres de la famille qui finissent par lacher du leste par rapport à leur obsession (le père vis à vis des losers en général, de sa propre vie en particulier, le fils en sortant de son silence et de son apathie). J'ai trouvé surprenant d'évoquer de façon frontale la mort avec la petite fille à table au mileu d'un dîner où elle a en effet raison de s'interroger sur les bandages de son oncle. De même que voir aborder la question du conservatisme sous un angle aussi libéré. La famille se construit dans la musique, mais aussi dans la peine du quotidien. Et s'il faut une aventure initiatique pour qu'elle renoue des liens branlants, Little Miss Sunshine y répond par l'affirmative. Le dialogue vif et acéré ne cède pas la place à la facilité, et si je me suis souvent amusé de certaines situations frôlant l'incongruité (le flic et les magazines planqués dans le coffre), le ton amer des débuts ne quitte pas véritablement le récit, il le nourrit même. On sent que les personnages tentent de dépasser une situation de départ qui est tout sauf enviable (dialogue pesant, réunions de familles improvisées, mini bus qui pousse les antihéros dans une position inconfortable, celle de devoir toujours aller vers l'avant). Le road movie proposé est souligné par une musique assez grave.

Le film compose ainsi avec l'amertume, une certaine désillusion aussi, ou encore le sort suspendu à un coup de fil. Le gimmick du "Je suis le spécialiste de Proust" revient comme un nerf comique. La portière du mini bus, le klaxon sont des micro évènements qui révèlent l'originalité d'un script qui sort des sentiers battus alors même qu'il s'appuie sur des clichés éculés du ciné indé (musique électro/garage, loufoquerie du grand père, happy end). Mais est-ce vraiment un happy end d'ailleurs ? La fin laisse ouvertes des questions qui pour le moment, ne trouvent pas vraiment de réponses. La libération par la musique et le concours comme aboutissement (pour la petite fille) et nouveau départ (pour la famille), permet de relativiser. Cette fin fait penser à celles d'autres films dans lesquels on ne sait plus trop s'il faut rire ou pleurer de situations qui semblent se décanter tout en laissant de souvenirs un peu douloureux. Comme des choses inabouties. Et des rêves qui ne se réaliseront pas, celui de devenir pilote d'essais pour le fils. Steve Carrel m'a semblé être le personnage clé du film et celui qui alimente à la fois le débat et la controverse, tout en servant de respiration au récit. La petite fille est déjà confrontée au monde des adultes tout en gardant intacte son innocence, même si on lui rappelle déjà qu'il y a des limites à tout, et que la vie n'est pas toujours toute rose mais pour les tops de beauté qui paraissent inatteignables. Le concours est glacial jusqu'à la scène des retrouvailles. "Elle s'éclate" dit haut et fort son père. C'est le tournant final. Tout est pardonné mais rien n'est oublié. Un film assez dur, une comédie acide sur laquelle les réalisateurs ont ajouté une petite touche ludique et une humanité qui gratte sous le vernis. Un joli pari remporté avec de beaux honneurs.
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Lionel
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Re: Little Miss Sunshine

Messagepar Lionel » 11 nov. 08, 01:31

Jordan White a écrit : Il est gay et le reste par exemple. A l'inverse des autres membres de la famille qui finissent par lacher du leste par rapport à leur obsession .


Certes: un bon personnage de gay, bien construit, avec une évolution psychologique satisfaisante, finrait hétéro (bi, au pire).
D'ailleurs, de façon générale, les gays feraient bien de "lâcher du leste" par rapport à leur obsession.Toutes ces moeurs contre nature, ma bonne dame, que diable, un peu d'effort, tout de même.

Bref, Jordan White, les mots ont un sens, et avant d'écrire n'importe quoi, on réfléchit...

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cinephage
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Re: Little Miss Sunshine

Messagepar cinephage » 11 nov. 08, 01:56

Lionel a écrit :
Jordan White a écrit : Il est gay et le reste par exemple. A l'inverse des autres membres de la famille qui finissent par lacher du leste par rapport à leur obsession .


Certes: un bon personnage de gay, bien construit, avec une évolution psychologique satisfaisante, finirait hétéro (bi, au pire).


En l'occurence, Jordan précise quelques lignes plus bas que ce personnage est sans doute le plus intéressant du film, précisément parce qu'il échappe au schéma des autres membres de la famille pendant le film (j'ai un travers, je l'éprouve, je change).
Jordan salue donc, contrairement à ce que tu as interprété, un personnage cohérent et stable y compris dans son orientation sexuelle. Face à des personnages forts de divers travers, que leur aventure conduit à réévaluer, le personnage de Carrell est cohérent, et ses caractéristiques, parmi lesquelles son homosexualité, ne sont pas considérées comme un travers à corriger, ce qui le différencie des autres protagonistes du film : le film n'a pas un discours de retour dans le rang du mouton noir, et respecte l'homosexualité de ce personnage, ce qui n'est hélas pas toujours le cas au cinéma. Jordan White s'en félicitait justement (sans insister particulièrement sur cet aspect, c'est vrai, mais il n'y avait aucune homophobie dans ses propos).

Lionel a écrit :Bref, Jordan White, les mots ont un sens, et avant d'écrire n'importe quoi, on réfléchit...

En effet...
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Re: Little Miss Sunshine

Messagepar Gounou » 11 nov. 08, 09:45

Cela dit, il manque une virgule importante entre "il le reste" et "par exemple"... :wink:
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Jordan White
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Re: Little Miss Sunshine

Messagepar Jordan White » 11 nov. 08, 11:54

Je pense effectivement que le personnage de Frank est le plus intéressant et le plus émouvant du film. Je ne crois pas avoir été ambigu dans ma phrase, laquelle citée par Lionel à propos de son personnage était coupée, laissant ainsi l'impression que je le visais particulièrement comme étant gay et surtout coupable de l'être. Ce n'est nullement ma pensée. J'ai trouvé son personnage d'amoureux transi fort et beau. La virgule est peut-être un problème de morale, le fait que l'on interprète mon avis, subjectif par définition, en lui prêtant des caractéristiques homophobes en est un autre.
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Re: Little Miss Sunshine

Messagepar Demi-Lune » 1 sept. 10, 17:06

Je viens apporter un petit soutien tardif aux détracteurs de Little Miss Sunshine (feu Tronche de Cuir, Colqhoun...) que j'ai découvert hier soir (bon, en VF vous me direz, mais je ne crois pas que la VO aurait fondamentalement changé quoi que ce soit dans mon jugement). Le film, en soi, n'est pas mauvais : les acteurs sauvent la mise. Le film est juste ennuyeux. Car tout semble réchauffé, archi-rabâché, vu déjà mille fois. Little Miss Sunshine, durant 1h40, nous propose une cartographie paresseuse et désespérément prévisible du road-movie initiatique, où bien évidemment, les difficultés que rencontreront les personnages les amèneront à une nécessaire entraide, doublée d'une fière acceptation de soi. Ce qui m'a déplu, ce n'est pas tant la morale finale, et sa foi en la famille soudée (vision qui ne me dérange pas le moins du monde), que cet agaçant catalogue de portraits excentriques et attendus - sonnant faux pour la plupart - et de musique à deux sous, "à la Yann Tiersen" dirait TDC. J'avoue que la mort du grand-père fut pour moi la seule surprise narrative de ce film qui tente de masquer son manque de spontanéité et d'imagination (y compris dans la mise en scène) derrière une critique gentillette du conformisme des Miss américaines et une galerie de personnages forcément délurés. Balisé et pénible, sitôt vu sitôt oublié.