Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Boubakar
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

Messagepar Boubakar » 27 avr. 08, 12:31

NotBillyTheKid a écrit :Mon film préféré de tous le temps... Je ne développe pas, j'en ferais des tonnes... :mrgreen:


Tu as pris l'édition Critérion ?
J'ai regardé hier soir la pièce maitresse des bonus, un docu de 53 minutes sur les débuts de Godard (jusqu'à Pierrot le fou, et ce dernier est comparé à un "remake inversé" de A bout de souffle, et les preuves par images et dialogues sont flagrantes. Il est aussi dit que ce film est la fin d'une période chez Godard, avant qu'il ne parte dans une autre direction.
Il est surtout mention de la relation Godard-Karina, et un film cité m'a interpellé ; Une femme est une femme. Je dois dire que ça m'intéresse.
Mais peut-être que ce bonus existe sur une édition française d'un film de Godard, car il est produit par Studio Canal et est en français (avec des intervenants comme Douchet, Coutard et des assistants de Godard dans les années 60).

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NotBillyTheKid
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

Messagepar NotBillyTheKid » 27 avr. 08, 13:59

J'ai l'edition Studio Canal, je regarderai ça. Pas de criterion pour moi : lecteur non dézonable...

Une femme est une femme est un très bon film. Beaucoup plus léger, simple. Une comédie, un proverbe.

La densité de sens et significations de Pierrot le fou est infinie.
Le scénar, cela est très clair quand on lit "Le démon de Onze heures" de Lionel White qui l'a inspiré, est construit pour un film en creux, où Godard va filmer tout ce qui est "entre" les choses, les actions attendues etc. En cela, les citations D'elie FAure sur Velasquez au début sont clairement un avant-propos.
De plus, le film est construit autour de Rimbaud, du bateau ivre.. Mais là, j'ai pas le temps tout de suite...
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MJ
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

Messagepar MJ » 27 avr. 08, 15:45

Ce qui fait de Pierrot le Fou un film particulièrement important, c'est le témoignage d'une époque, d'une génération habitée par des livres, des images, et un idéal. Le constat a beau être amer, je ne peux m'empêcher de le voir comme une ode à la liberté. Cultiver son utopie, se révolter, toujours refuser d'abdiquer... C'est sa beauté et son intemporalité.
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Boubakar
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

Messagepar Boubakar » 27 avr. 08, 16:38

MJ a écrit :Ce qui fait de Pierrot le Fou un film particulièrement important, c'est le témoignage d'une époque, d'une génération habitée par des livres, des images, et un idéal. Le constat a beau être amer, je ne peux m'empêcher de le voir comme une ode à la liberté. Cultiver son utopie, se révolter, toujours refuser d'abdiquer... C'est sa beauté et son intemporalité.


C'est exactement qui est dit du film dans le documentaire, mais englobé dans les films de cette période (1959-65)

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Jordan White
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

Messagepar Jordan White » 26 oct. 08, 17:06

Comme Boubakar je l'ai découvert.
Déroutant les cinq premières minutes, avec un générique d'ouverture très travaillé. L'importance des couleurs se retrouve tout du long (rouge, vert et bleu notamment). Alors que l'on peut penser que Godard va raconter l'histoire d'une séparation (Pierrot et sa femme), le film s'embarque dans dix chemins de travers et fait preuve d'une grande liberté de ton, résumé à anarchie morale pour la critique de l'époque, enfin la critique négative principalement. D'errances en envolées lyriques, le film se suit comme un poème d'amour fou avec des transitions humoristiques, des inserts d'images, une juxtaposition de l'image et du son, etc. On sent le cinéaste bouillonnant d'idées, comme s'il avait envie de se réinventer dans chaque scène, voire dans chaque plan. Pour une oeuvre de 1965 je l'ai trouvée particulièrement moderne au niveau du montage (image et son), et techniquement impressionnant. Le plan séquence de la bouteille de vin fracassée sur le crâne, construite tout en travelling latéral, extérieur/intérieur est d'une virtuosité tout sauf gratuite. A cela viennent se superposer des idées étranges, décalées, des images issues de la pop culture (j'ai souvent pensé à Warhol et à Lichtenstein), tout en se construisant comme des vignettes de BD animées.

La construction rythmique est elle aussi déroutante, inventive et originale. Les violons de la musique s'arrêtent de façon intempestive, redémarrent de plus belle. L'utilisation de la voix off m'a parue naturellement intégrée au récit tout en allant rechercher un choc constant entre l'écrit et le son. Un roman s'écrit dans le film à l'image et grâce à la musique. Godard mélange les tonalités et les genres, de la comédie dramatique au polar en citant quelques références à la culture américaine (le twist et le jerk, les GI, la guerre du Vietnam) mais aussi européénne (les dessins de Picasso, dont un portrait de Dora il me semble). Le film est donc effervescent, complexe, très littéraire et en même c'est du cinéma dans ses multiples expressions : art de la scène, chorégraphie du mouvement (les chansons et les petits pas de danse), art musical, symphonie. Godard tente et réussit à peu près tout, malgré quelques longueurs. La scène de logohrrée quand les deux amants commencent à parler de leur amour et de tout et n'importe quoi m'a fait penser au final de Seul contre tous, de même que l'affichage des néons (Vie, Cinéma, aux couleurs bleu blang rouge). Le cinéaste Gaspar Noé a toujours dit qu'il était sensible aux génériques de Godard, et l'on peut retrouver des images dans sa filmographie.

Un film nerveux, qui semble en roue libre mais affiche aussi une maîtrise et sait pertinemment là où il va.
Je regrette quelques longueurs, mais le final dont j'avais seulement entendu parler laisse un goût surprenant de fin abrupte et en même temps d'ouverture vers une nouvelle forme de cinéma : exigeant, explosif et poétique. Bravo à JP Belmondo et Anna Karina de s'être mouillés et laissés emportés dans cette aventure en Scope.
J'ai vu le film sur le DVDY, pas le meilleur je sais, mais l'image est correcte et en 2.35:1 16/9 respecté. Son en mono 1.0 étouffé que mon ampli n'a pu décodé. Je n'ai pu l'écouter qu'en stéréo du coup.
Dernière édition par Jordan White le 26 oct. 08, 17:18, édité 3 fois.
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

Messagepar MJ » 26 oct. 08, 17:11

Jordan White a écrit :A cela viennent se superposer des idées étranges, décalés, des images issues de la pop culture (j'ai souvent pensé à Warhol et à Lichenstein), tout en se construisant comme des vignettes de BD animées.
J'aime à ce titre particulièrement la réception très pop art, tout en monochromes (bleu ou rouge). Et Samuel Fuller donnant sa définiton du cinéma... :)
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar Anorya » 23 nov. 09, 17:13

Pierrot le fou (Godard - 1965)

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A chaque revisionnage, le film est toujours une nouvelle découverte.
Merveille de poésie, d'intelligence, d'idées en tout sens. Que dire de plus qui n'a pas été dit ? Jeu sur les couleurs, bien sûr. Travail de la peinture dans le cinéma ? Largement. Les répliques tuent et certaines font toujours leur petit effet ( "On a eu l'antiquité, on a eu la Renaissance, maintenant on est à l'ère du cul". Tellement vrai. :mrgreen: ). Le montage et le découpage sont bien menés. Le travail du son et de l'image est toujours aussi inventif encore (la séquence de mimage de la guerre du viet-nam avec la main, des allumettes et du bruit !). Et puis certains plans sont superbes (le final, illuminé où la mer et le soleil comme deux amants se rejoignent sur des vers de Rimbaud --je crois, plus sur). Et puis surtout la caméra de Godard qui filme amoureusement Anna Karina (et ça se sent) pour la dernière fois puisque juste après, ils se sépareront. Dans made in U.S.A, la passion est déjà éteinte. Godard entre-temps sortira avec l'engagée Anne Wiazemski (la Marie de Bresson dans Au hasard Balthazar) et ses films seront nettement plus politiques. En celà, on peut voir Pierrot le fou comme la somme de sa première partie de carrière (il y a même des citations reprises d'autres films comme une réplique de A bout de souffle énoncée peu avant que Pierrot ne se fasse sauter). Une somme fabuleuse qui en fait l'un de mes Godard préférés.
5/6.
Dernière édition par Anorya le 4 mai 16, 17:47, édité 1 fois.
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar Demi-Lune » 20 août 10, 11:39

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Impression mitigée ; je ne sais pas très bien quoi en penser. D'un côté, une forme affriolante, dans laquelle se mêlent avec bonheur et délice quatre ou cinq couleurs majeures, que Godard et Raoul Coutard font valser tout le long du film, à l'image de cette séquence automobile nocturne où les couleurs se livrent à un ballet d'étoiles filantes sur le pare-brise. Pierrot le fou, rehaussé par un Scope pleinement géré, est un film incontestablement beau d'un point de vue plastique, lorgnant parfois vers une expérimentation pop singulière (et aussi par moments assez surannée). Le film est bourré d'idées, à la fois visuelles et sonores (jeu sur les monologues qui se complètent, sur les ruptures musicales, etc) et la mise en scène de Godard impressionne par sa fraîcheur, son audace, sa liberté totale qui fait fi de la cohérence et des convenances. Seulement voilà, d'un autre coté l'expérimentation, même fascinante, ne me convainc pas franchement, notamment parce que le trop-plein d'inventivité plastique ne masque pas le propos confus et une histoire finalement peu intéressante à mon goût. Cette cavale, aussi peu passionnante que La Balade sauvage de Malick dans le même registre, finit par agacer par ses partis pris, même respectables et audacieux. Ode à la liberté, le film reste logiquement cohérent en proposant un scénario d'errance fait de bouts de ficelle, sans véritables liants, sans véritable but ; mais cette logique, au bout d'une demi-heure, devient vite pénible, pénibilité renforcée par des monologues qui donnent souvent l'impression de s'écouter parler, par une Anna Karina empruntée, ou par des scènes défiant l'esprit cartésien qui prêtent à sourire (la séquence "Vietnam" avec Belmondo qui joue au Ricain et Karina peinturlurée qui imite une Viet : what the fuck ?). Si l'absence de logique narrative ou les intrusions comico-grotesques (du genre le nain ou ce dialogue surréaliste avec l'ancien cocu volé par Belmondo) annoncent presque l'univers lynchéen (on pense souvent à Sailor et Lula), les bulles bucoliques, les séquences inutiles, les palabres interminables et ronflantes, constituent un tout boiteux et éreintant, mais également fulgurant et intriguant. Car il se dégage vraiment quelque chose de ce maelström ensoleillé, vivant et sans dessus-dessous, un charme étrange, insaisissable. C'est d'ailleurs l'adjectif qui traduit le mieux mon ressenti vis-à-vis de cette oeuvre : un film insaisissable. Pas trop ma came, donc, mais si je lui reconnais de nombreuses qualités. Le Mépris m'avait ébloui, Pierrot le fou m'a refroidi, qu'attendre de la suite ? :mrgreen:
Dernière édition par Demi-Lune le 20 août 10, 21:05, édité 1 fois.

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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar -Kaonashi Yupa- » 20 août 10, 11:52

Dis-toi que tu as vu les deux seuls films de Godard vraiment intéressants, et évite le reste ! :idea:
Ah si, tu peux regarder Une femme est une femme, c'est amusant. Mais sinon... il y a tellement d'autres cinéastes à découvrir ! :mrgreen:
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar Watkinssien » 20 août 10, 11:56

Demi-Lune a écrit : Cette cavale, aussi peu passionnante que La Balade sauvage de Malick dans le même registre, finit par agacer par ses partis pris, même respectables et audacieux

:shock:

WHAT THE HELL ?
:wink:
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar Demi-Lune » 20 août 10, 12:06

Watkinssien a écrit :
Demi-Lune a écrit : Cette cavale, aussi peu passionnante que La Balade sauvage de Malick dans le même registre, finit par agacer par ses partis pris, même respectables et audacieux

:shock:

WHAT THE HELL ?
:wink:

Rien que de repenser à La Balade sauvage, ça me fait bien mal. :mrgreen: Et qu'on ne me parle pas du Nouveau monde. :mrgreen:

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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar cinephage » 20 août 10, 12:13

Moi non plus, je n'aime pas trop la balade sauvage, mais j'aime bien Pierrot le Fou, en revanche. Je préfère qu'on flâne dans un film qui s'annonce comme une flânerie que dans un film prétendument policier, mais qui préfère filmer des sauterelles ou des scarabées en gros plan... Godard préfère Raymond Devos, ça tombe bien, moi aussi.
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar -Kaonashi Yupa- » 20 août 10, 12:26

Je ne crois pas que La Balade sauvage soit pensé comme un film policier, ni comme un documentaire animalier. Le film ne se prétend d'ailleurs jamais comme tel (cf. la voix off, le début du film jusqu'à la fuite, les péripéties du couple, etc).
Je n'aurais jamais pensé à mettre le film de Terrence Malick et Pierrot le fou côte à côte, cela dit le rapprochement fait par Demi-Lune est pertinent dans le sens où la fuite d'un couple sert de colonne vertébrale à l'intrigue mais n'en est jamais la seule et unique raison d'être. Les deux cinéastes ont des choses à dire et à montrer autour de cette fuite, il le font très bien tous les deux à leur manière.
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar julien » 20 août 10, 14:08

Y'avait quand même un truc de bien dans La Ballade Sauvage, c'était de jouer la musique de Satie sur un marimba. Fallait y penser. Ça avait jamais été fait avant.
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Re: Pierrot le fou (Jean-Luc Godard - 1965)

Messagepar Jordan White » 20 août 10, 21:40

-Kaonashi Yupa- a écrit :Dis-toi que tu as vu les deux seuls films de Godard vraiment intéressants, et évite le reste ! :idea:
Ah si, tu peux regarder Une femme est une femme, c'est amusant. Mais sinon... il y a tellement d'autres cinéastes à découvrir ! :mrgreen:



Il me paraît plus pertinent de poursuivre, avec Vivre sa vie qui est je trouve un des plus beaux portraits de femme du cinéma français des années 60 voire du ciné tout court.

Pour en revenir, juste deux trois mots à propos de Pierrot le Fou, je trouve que Godard est un plasticien admirable. Les couleurs de ses films des années 60, en particulier à partir de Le Mépris,Deux ou trois choses que je sais d'elle ((même si je n'aime pas du tout le film) ou encore Pierrot le Fou me laissent pantois d'admiration. Les captures de Demi-Lune montrent un petit aperçu seulement de ces ambivalences, de ces tonalités. En plus de l'usage du Scope, il y a un travail de lumière, de jeu avec les chromatiques qui me semble d'un point de vue artistique indémodable.
Dernière édition par Jordan White le 21 août 10, 08:57, édité 1 fois.
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