François Truffaut - le critique

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Roy Neary
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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Roy Neary » 11 sept. 19, 12:36

Je ne pense pas être snob. :lol:
Mais je sais reconnaître du talent littéraire dans une critique quand il y en a. Les conneries écrites par Truffaut sur le cinéma anglais par exemple, je les ai eues en travers de la gorge mais ça m'est passé il y a longtemps. La fougue de sa jeunesse lui a fait dire parfois n'importe quoi et je suis bien d'accord que le talent n'excuse pas tout. Mais avec le temps on peut séparer le bon grain de l'ivraie et retenir ce qu'il y a de gouleyant dans les formulations et la pertinence critique pour y prendre son plaisir. Je fais peut-être de la synthèse mais sans le savoir, comme M. Jourdain.
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Phnom&Penh
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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Phnom&Penh » 11 sept. 19, 13:37

homerwell a écrit :Pour finir, je ne te laisserai pas faire un bon mot en racontant une énormité.
http://www.lefigaro.fr/politique/le-sca ... s-20190730
https://www.lexpress.fr/actualite/polit ... 93420.html

Dont acte, Sarko vend bien son dernier bouquin et plus que je ne le pensais.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Mais, bon, désolé, je m'en fout toujours :uhuh:


homerwell a écrit : Il détestait Ford pour son côté armée et il aimait Walsh ?

Oui, et cela n'a rien d'invraisemblable. Si Truffaut avait peut-être tort de détester Ford, ses raisons sont compréhensibles: communauté, l'armée, les sous-offs, les mains aux fesses, la nostalgie du vieux sud...Pour un anarchiste comme lui, on comprend que cela ait pu le révulser, surtout jeune. D'ailleurs, et je le cite plus haut, il est revenu sur son avis.
Walsh, certes il y a souvent des militaires...Mais c'était un anarchiste depuis toujours. Voir La colère des justes, traduit par Lourcelles, et qui est un peu son testament. Pas surprenant que Truffaut l'ai beaucoup aimé.

homerwell a écrit : un faux cul est bien un hypocrite ? Et de snobe à méprisant, il n'y a pas loin.un faux cul est bien un hypocrite ? Et de snobe à méprisant, il n'y a pas loin.

Traiter un ami de faux-cul, comme ça en passant, c'est pas méchant. Le traiter d'hypocrite, oui, là, je reconnais, ce n'est pas gentil. Mais faux-cul est une expression triviale et facile, quand hypocrite est un adjectif assez lourd. J'avais juste dit faux-cul, et en rigolant, rien de sérieux.
De snob à méprisant, il y a en fait assez loin. C'est ce que j'essayai d'expliquer plus haut en disant qu'il y a une certaine humilité dans le snobisme, le vrai. Mais bon, on ne va pas relire Proust ensemble. Méprisant, ça n'a jamais été mon propos, et "snob", même dans son acceptation vulgaire...c'est toi qui m'a qualifié ainsi.

homerwell a écrit : je vais surement pas avoir peur.

Mais tu devrais peut-être :mrgreen:

tenia a écrit :Flol parle du Neuhoff. 144 pages, grosse police d'impression.

D'accord, je comprends mieux :uhuh:

Sinon, pour en revenir au sujet, ce qui fait de ce livre une belle synthèse, c'est qu'il est vendu comme l'oeuvre d'un terroriste de la critique, alors qu'on y découvre, au jour le jour, un grand écrivain de cinéma, certes avec ses passions et quelquefois ses erreurs, mais surtout beaucoup moins de parti-pris que sa réputation lui a laissé. Il est capable de dire du bien d'Autant-Lara, d'Aurenche et Bost, et surtout, quand il aime vraiment:

    Dans ses grands moments, Chaplin atteint à l’extrême pointe du mimétisme: il devient arbre, lampadaire ou descente de lit carnassière. Le jeu de James Dean est plus animal qu'humain et c'est en cela qu'il est imprévisible; quel sera le geste qui va suivre? James Dean peut, en parlant, se mettre à tourner le dos à la caméra et terminer la scène de cette façon; il peut rejeter brusquement la tête en arrière ou bouler en avant; il peut lever les bras au ciel ou les lancer en avant. Il envoie volontiers promener ses mains vers l'objectif, paumes vers le ciel pour convaincre, paumes vers la terre pour renoncer. Il peut, au cours d'une même scène, apparaître comme un fils de Frankeinstein, un petit écureuil, un bambin accroupi ou un vieillard cassé en deux. Son regard de myope accroît le sentiment de décalage entre le jeu et le texte, vague fixité, demi-sommeil d'un hypnotisé.


Non seulement c'est de la grande littérature de cinéma, mais on sent régulièrement poindre le futur réalisateur.
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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Supfiction » 11 sept. 19, 14:00

Phnom&Penh a écrit :
homerwell a écrit : Il détestait Ford pour son côté armée et il aimait Walsh ?

Oui, et cela n'a rien d'invraisemblable. Si Truffaut avait peut-être tort de détester Ford, ses raisons sont compréhensibles: communauté, l'armée, les sous-offs, les mains aux fesses, la nostalgie du vieux sud...Pour un anarchiste comme lui, on comprend que cela ait pu le révulser, surtout jeune. D'ailleurs, et je le cite plus haut, il est revenu sur son avis.
Walsh, certes il y a souvent des militaires...Mais c'était un anarchiste depuis toujours. Voir La colère des justes, traduit par Lourcelles, et qui est un peu son testament. Pas surprenant que Truffaut l'ai beaucoup aimé.

Je ne vois pas du tout Truffaut comme un anarchiste. Plutôt comme un homme limite apolitique qui ne s'intéressait de prêt à la politique que lorsqu'elle le touchait personnellement (c'est à dire surtout lorsqu'elle touchait à la culture et au cinéma évidemment). Si je ne savais rien de lui, ses films me diraient qu'il est plutôt de centre droit. Considérant son histoire, je le situe plutôt centre gauche. Vraisemblablement, s'il était encore là, il aurait voté Hollande mais qui sait, il aurait aussi pu aussi finir sarkozyste et acheter le deux-cent-treize millième exemplaire de son bouquin. :mrgreen:

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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Phnom&Penh » 11 sept. 19, 14:16

Supfiction a écrit :Je ne vois pas Truffaut comme un anarchiste. Plutôt comme un apolitique qui ne s'intéressait de prêt à la politique que lorsqu'elle le touchait (c'est à dire surtout lorsqu'elle touchait à la culture et au cinéma évidemment). Si je ne savais rien de lui, ses films me diraient qu'il est plutôt de centre droit.

Oui, tu as raison, la politique ne l'intéressait pas. A l'époque d'Arts, il fréquentait pas mal les "hussards" mais dans la vie, il n'a jamais été très politique.
Quand je disais anarchiste, je pensais surtout à son enfance, son mépris pour l'autorité parentale, les maisons de correction...Bref, je comprends très bien qu'à 20 ans, les uniformes et les chants irlandais, ça n'ait pas été son truc :mrgreen:
Par contre, si anarchiste est peut-être un adjectif un peu trop politique, indépendant est une évidence. D'où le rapport avec Walsh, lui aussi farouchement indépendant.

Supfiction a écrit :Vraisemblablement il aurait voté Hollande mais qui sait, il aurait aussi pu finir sarkozyste et acheter le deux-cent-treize millième exemplaire de son bouquin. :mrgreen:

Il est mort, et un des rares avantages d'être mort, c'est que tu cesses de faire des conneries :uhuh:
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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Roy Neary » 11 sept. 19, 14:20

Phnom&Penh a écrit :Il est mort, et un des rares avantages d'être mort, c'est que tu cesses de faire des conneries :uhuh:

Ca dépend : si t'es corse ou communiste, tu peux continuer à voter. :mrgreen:
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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Phnom&Penh » 11 sept. 19, 14:40

Roy Neary a écrit :
Phnom&Penh a écrit :Il est mort, et un des rares avantages d'être mort, c'est que tu cesses de faire des conneries :uhuh:

Ca dépend : si t'es corse ou communiste, tu peux continuer à voter. :mrgreen:

:lol: :wink:
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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar homerwell » 11 sept. 19, 15:46

Phnom&Penh a écrit :Oui, et cela n'a rien d'invraisemblable. Si Truffaut avait peut-être tort de détester Ford, ses raisons sont compréhensibles: communauté, l'armée, les sous-offs, les mains aux fesses, la nostalgie du vieux sud...Pour un anarchiste comme lui, on comprend que cela ait pu le révulser, surtout jeune. D'ailleurs, et je le cite plus haut, il est revenu sur son avis.
Walsh, certes il y a souvent des militaires...Mais c'était un anarchiste depuis toujours. Voir La colère des justes, traduit par Lourcelles, et qui est un peu son testament. Pas surprenant que Truffaut l'ai beaucoup aimé.

Ma cinéphilie passe par les images, et j'ai vu quelques films de Walsh, il a un côté très martial qui ne dépareille pas à côté de Ford. Ce n'est peut être pas inscrit dans les livres, mais c'est ce que je pense et mon avis en vaut bien d'autres. Truffaut aurait pu être séduit par le Ford défendant ses racines irlandaises, (je ne parle pas de son film Le Mouchard), tout autant que par l'anar Walsh. Il n'est pas le visionnaire que tu décris à mes yeux.

Traiter un ami de faux-cul, comme ça en passant, c'est pas méchant. Le traiter d'hypocrite, oui, là, je reconnais, ce n'est pas gentil. Mais faux-cul est une expression triviale et facile, quand hypocrite est un adjectif assez lourd. J'avais juste dit faux-cul, et en rigolant, rien de sérieux.
De snob à méprisant, il y a en fait assez loin. C'est ce que j'essayai d'expliquer plus haut en disant qu'il y a une certaine humilité dans le snobisme, le vrai. Mais bon, on ne va pas relire Proust ensemble. Méprisant, ça n'a jamais été mon propos, et "snob", même dans son acceptation vulgaire...c'est toi qui m'a qualifié ainsi

Chez moi, un faux-cul vaut bien un snob, restons en là.

homerwell a écrit : je vais surement pas avoir peur.

Mais tu devrais peut-être :mrgreen:

Plutôt crever :mrgreen:

Sinon, pour en revenir au sujet, ce qui fait de ce livre une belle synthèse, c'est qu'il est vendu comme l'oeuvre d'un terroriste de la critique, alors qu'on y découvre, au jour le jour, un grand écrivain de cinéma, certes avec ses passions et quelquefois ses erreurs, mais surtout beaucoup moins de parti-pris que sa réputation lui a laissé. Il est capable de dire du bien d'Autant-Lara, d'Aurenche et Bost, et surtout, quand il aime vraiment:

    Dans ses grands moments, Chaplin atteint à l’extrême pointe du mimétisme: il devient arbre, lampadaire ou descente de lit carnassière. Le jeu de James Dean est plus animal qu'humain et c'est en cela qu'il est imprévisible; quel sera le geste qui va suivre? James Dean peut, en parlant, se mettre à tourner le dos à la caméra et terminer la scène de cette façon; il peut rejeter brusquement la tête en arrière ou bouler en avant; il peut lever les bras au ciel ou les lancer en avant. Il envoie volontiers promener ses mains vers l'objectif, paumes vers le ciel pour convaincre, paumes vers la terre pour renoncer. Il peut, au cours d'une même scène, apparaître comme un fils de Frankeinstein, un petit écureuil, un bambin accroupi ou un vieillard cassé en deux. Son regard de myope accroît le sentiment de décalage entre le jeu et le texte, vague fixité, demi-sommeil d'un hypnotisé.


Non seulement c'est de la grande littérature de cinéma, mais on sent régulièrement poindre le futur réalisateur.

Donc comme je l'ai écrit un peu plus tôt, je lirai sans doute les chroniques reliées de Truffaut, mais maintenant j'ai décidé que ce serait après avoir fini Proust.

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Re: François Truffaut - le critique

Messagepar Phnom&Penh » 11 sept. 19, 21:57

homerwell a écrit :Donc comme je l'ai écrit un peu plus tôt, je lirai sans doute les chroniques reliées de Truffaut, mais maintenant j'ai décidé que ce serait après avoir fini Proust.

Maintenant que nous nous sommes expliqué et que je sais que c'est sérieux, je te souhaite beaucoup de bonheur de lecture 8) Truffaut est très bon, mais avec Proust, il n'y a pas concurrence, et lui-même, j'en suis persuadé, aurait été le premier à te le dire.
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