Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général)

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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Strum » 4 oct. 11, 10:37

Federico a écrit :Pour ma part, je continue de rêver (naïvement) de voir un jour quelqu'un oser transposer au cinéma ce qui est à mes yeux LE bouquin majuscule et ma plus grosse claque de lecteur : L'homme sans qualités de Robert Musil. Je veux dire dans son intégralité (bien que ce pavé hallucinant soit resté inachevé) et pas juste en clin d'oeil comme le fit Léos Carax avec Pola X. En réalité, davantage que de confier cette tâche colossale à un seul, il faudrait une association (improbable, impossible et anachronique) de cinéastes de la trempe de Egoyan, Wenders, Wes Anderson, Cronenberg, Wilder, Borzage, Mankiewicz, Lubitsch, Renoir, Pascale Ferran, les frangins Larrieu, Rohmer, Renoir, Truffaut et j'en passe... :roll: :roll: :roll:


Les deux gros tomes parus aux éditions Seuil, qui figurent en bonne place dans ma bibliothèque de "livres à lire", me font d'ailleurs de l'oeil depuis quelque temps. J'attends monts et merveilles de ce livre, et je prends donc mon temps pour le commencer - et ce n'est pas l'expérience mitigée de Phnom, poussant l'élégance jusqu'à arrêter sa lecture avant même que Musil n'arrête son livre, qui va me décourager. :wink:

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Phnom&Penh
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Phnom&Penh » 4 oct. 11, 11:16

Strum a écrit :J'attends monts et merveilles de ce livre, et je prends donc mon temps pour le commencer - et ce n'est pas l'expérience mitigée de Phnom, poussant l'élégance jusqu'à arrêter sa lecture avant même que Musil n'arrête son livre, qui va me décourager.


Si je dis que je ne l'ai pas terminé, c'est que j'ai l'intention de le reprendre à l'occasion, donc que cela ne m'a pas déplu. C'est à l'évidence un livre important, qui ouvre beaucoup de perspectives et c'est tout à fait le genre de livre (livre-monde) qui devrait te plaire.
Mais ce n'est pas une lecture facile et il est bien long. D'autre part, le cadre historique principal (décadence et fin de l'Empire austro-hongrois) n'est pas un de mes sujets favoris, contrairement, par exemple, au Paris Belle époque de La recherche. J'ajouterai à cela une certaine lourdeur germanique qui me rend la lecture d'un livre très long un peu plus difficile aussi.
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Messagepar Strum » 4 oct. 11, 11:27

Phnom&Penh a écrit :Si je dis que je ne l'ai pas terminé, c'est que j'ai l'intention de le reprendre à l'occasion, donc que cela ne m'a pas déplu. C'est à l'évidence un livre important, qui ouvre beaucoup de perspectives et c'est tout à fait le genre de livre (livre-monde) qui devrait te plaire.
Mais ce n'est pas une lecture facile et il est bien long. D'autre part, le cadre historique principal (décadence et fin de l'Empire austro-hongrois) n'est pas un de mes sujets favoris, contrairement, par exemple, au Paris Belle époque de La recherche. J'ajouterai à cela une certaine lourdeur germanique qui me rend la lecture d'un livre très long un peu plus difficile aussi.


Je pense que le livre a tout pour me plaire en effet. Et mon expérience de certains écrivains de langue allemande (Mann, Broch, Roth) est que je trouve souvent beaucoup de qualités de clarté et d'ironie à ce que tu appelles lourdeur germanique, et qui traduit surtout pour moi un souci du détail et de la complétude.

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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Phnom&Penh » 4 oct. 11, 12:22

Lourdeur germanique, c'est une pointe d'humour à ne pas prendre trop au sérieux, surtout s'agissant d'une littérature que je suis incapable de lire en version originale.
Je pensais moins à cela qu'à la légéreté et l'élégance du style. Si j'aime bien des auteurs comme Thomas Mann ou Stefan Zweig, j'ai trouvé que Musil était un peu lourd. Mais je le connais mal et je l'ai lu traduit, donc il ne faut pas trop s'inquiéter de cet avis.

Strum a écrit :beaucoup de qualités de clarté et d'ironie à ce que tu appelles lourdeur germanique, et qui traduit surtout pour moi un souci du détail et de la complétude.


Pour ce que tu définis ici, tu devrais être parfaitement satisfait.
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Strum » 4 oct. 11, 12:27

Phnom&Penh a écrit :Pour ce que tu définis ici, tu devrais être parfaitement satisfait.


Magnifique. Maintenant, reste à le lire. :mrgreen:

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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Federico » 4 oct. 11, 16:43

J'ajouterai que la magie de la lecture de l'HSQ en français doit aussi beaucoup au travail exceptionnel de son traducteur, l'écrivain et poète Philippe Jaccottet.
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Federico » 27 janv. 13, 22:20

Par curiosité et parce que j'adore l'histoire inventée/bricolée avec génie par Dumas, j'ai regardé l'adaptation du Comte de Monte-Cristo, co-production anglo-italienne réalisée en 1975 par David Greene pour la télévision. Les adaptateurs ont pris pas mal de libertés avec le récit original, contraints par la limite de durée à des raccourcis parfois scabreux (mais après tout pourquoi pas puisque Dumas se sera lui-même toujours amusé à faire des enfants dans le dos de l'Histoire - et de son histoire familiale - en empruntant des éléments réels ou totalement inventés). Dans cette version digest, Dantès se fait cueillir à peine sorti de l'église où il vient d'épouser Mercedes (et non pendant le repas de noces) et, tout juste de retour, milliardaire et sous sa nouvelle identité, le comte de Monte Cristo rencontre presque tous ses anciens "amis" dans le même salon. Benedetto expédie Caderousse ad-Patres dans une bête rixe en plein jour (et non plus de nuit après une tentative de cambriolage). Et Dantès enfile les vengeances à vitesse accélérée. De nombreux épisodes fameux passent à la trappe comme celui - intermédiaire - où Dantès déguisé en Faria rendait visite à Caderousse devenu aubergiste. Et je ne crois pas me souvenir que dans sa nouvelle vie de comte, il rencontrait le père honni de Villefort, Noirtier, devenu un vieillard aphasique... même si l'idée aurait pu plaire à Dumas puisque ce personnage est la cause de tous les malheurs tombés sur Dantès.

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Distribution internationale classique avec un assemblage anglo-américano-italien mêlant quelques stars du moment ou sur le retour, acteurs confirmés ou moins.

Richard Chamberlain joue Dantès, comme d'hab' très beau et élégant mais sans grand charisme (dans son regard de gravure de mode, le feu de la vengeance n'est qu'un bien faible lumignon). :P
Trevor Howard est l'abbé Faria.
Tony Curtis (qui, plus jeune, aurait pu faire un excellent Dantès) incarne l'envieux et lâche Fernand Mondego. Il n'a pas grand chose à faire et on sent qu'il n'a pas trop eu à traîner sur le plateau, juste le temps d'encaisser son chèque. :mrgreen:
Donald Pleasence prête son air matois au banquier Danglars.

La jolie surprise, c'est Mercedes interprétée par la délicieuse Kate Nelligan, ravissante actrice un peu oubliée aujourd'hui et qui n'a pas eu la carrière que son charme et son talent méritaient.

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Côté curiosités : la présence d'un ancien (mais pas le plus mémorable) interprète du rôle-titre, Louis Jourdan, cette fois dans la peau de Villefort et celle de Taryn Power (fille de Tyrone) dans le rôle de sa fille.

Les noms du reste de la distribution ne me disent rien mais Alessio Orano, qui joue Caderousse, avec sa belle gueule taillée à la serpe et ses yeux à la Franco Nero n'aurait pas dépareillé dans quelques westerns spaghetti, gialli ou polars italiens. A noter enfin la fort jolie Isabelle de Valvert (apparemment une pin-up du "bis" si j'en crois sa courte filmo) qui prête ses traits de princesse Noire à Haydée.

Un produit télévisuel plutôt léché, filmé dans des palais somptueux (avec de nombreux cadrages ultra-angulaires droits sortis du cinéma de genre) mais au final - et pour rester sur le petit écran - bien moins intéressant que celui avec Jacques Weber tourné 4 ans plus tard... mais aussi - évidemment - supérieur à la chose commise par Josée Dayan avec le Gros Gégé qui a le physique de Dumas mais pas du tout celui de son personnage. :mrgreen:
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Commissaire Juve » 9 mai 15, 11:14

message posté initialement le 22 novembre 2012 (je l'ai déplacé ici)

Je voulais ouvrir un topic Emile Zola au cinéma... je vais mettre ça ici. C'est peut-être une erreur, je ne sais pas.

Donc, ces dernières heures, après avoir éprouvé une grosse déception en revisionnant La bête humaine (Renoir) http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?f=2&t=29617&p=2255627#p2255627, il m'est venu l'envie de revoir les autres films adaptant des romans d'Emile Zola.

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Dans ceux que j'ai vus...

- La bête humaine (Renoir, 1938)
- Au bonheur des dames (André Cayatte, 1943)
- Naïs (Raymond Leboursier, 1945)
- Thérèse Raquin (Marcel Carné, 1953)
- Nana (Christian-Jaque, 1955)
- Gervaise (René Clément, 1956)
- Pot-Bouille (Julien Duvivier, 1957)
- Germinal (Yves Allégret, 1963)

Il y a aussi (que je n'ai pas vus) :

- quelques adaptations muettes
- Nana (jean Renoir, 1926)
- Au bonheur des dames (Julien Duvivier, 1929)
- L'argent (Marcel Lherbier, 1929)
- le rêve (Jacques de Baroncelli, 1931)
- L'assommoir (Gaston-Roudès, 1934)
- L'argent (Pierre Billon, 1936)
- Pour une nuit d'amour (Edmond T. Gréville, 1947)
- la curée (Roger Vadim, 1966)
- la faute de l'abbé Mouret (Georges Franju, 1970)

Bref : comme je le disais ailleurs, je trouve les adaptations de...

- La bête humaine : mal fichue (découpage, dialogues... c'est terrible à dire, mais ça sonne souvent faux).
- Au bonheur des dames (1943) : meilleure, mais Cayatte s'autorise un drôle de final (le discours paternaliste de Mouret).
- Thérèse Raquin : très bien aussi... là l'histoire est modernisée, le meurtre a été changé et on a introduit un nouveau personnage.
- Gervaise : plutôt pas mal (avec Bost et Aurenche aux dialogues)... mais avec une voix off qui dérange (elle nous fait presque la lecture).
- Pot-Bouille : vraiment bien... fluidité du récit, très bons dialogues d'Henri Jeanson.

- Germinal : revu tout à l'heure... je le préfère de loin à la version Berri de 1993, mais il n'est pas parfait pour autant. Faut dire qu'il s'agit d'une coproduction tournée en partie en Hongrie (Allégret fait beaucoup d'efforts pour éviter de montrer l'horizon, des fois qu'on s'aperçoive de quelque chose), avec quelques comédiens hongrois ou italiens qui sont doublés (on reconnaît les voix de Georges Wilson, Robert Dalban, Joëlle Bernard), que Jean Sorel manque de charisme, que Berthe Granval est jolie mais qu'elle a de petits moyens (elle parle souvent faux), qu'il y a une certaine tendance à aseptiser les choses (exit l'émasculation de Maigrat, exit la mort de Cécile la fiancée de l'ingénieur, quant à la mort de Chaval, elle est expédiée en deux coups de cuiller à pot), que la BO est bien dégoulinante dans la première partie du film (lorsque la caméra filme les intérieurs ouvriers, les violons miaulent et les hautbois couinent pour nous apitoyer... au secours !)... Malgré tout, Allégret est parvenu à ramasser le pavé en 1h46 avec de bons dialogues de Charles Spaak. Toutes les scènes avec Bernard Blier (le patron du Voreux) sont très bonnes.

Quant à Naïs : le film est vraiment bien... mais je n'ai plus texte original en tête... qu'en reste-t-il vraiment ?

Là, je vais me refaire Nana (Christian-Jaque) pour voir ce que ça donne. Henri Jeanson est de la partie, ça devrait être bien.

A suivre...
Dernière édition par Commissaire Juve le 9 mai 15, 12:07, édité 1 fois.
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Messagepar Commissaire Juve » 9 mai 15, 11:17

message posté initialement le 22 novembre 2012 (je l'ai déplacé ici)

Donc, la nuit dernière, je me suis refait Nana de Christian-Jaque (1955) avec Martine Carol et Charles Boyer. Pour faire bref : c'est -- avec Pot-Bouille -- un des meilleurs crus (en termes d'efficacité... pour l'aspect "oeuvre d'art", c'est autre chose).

Alors oui, Martine Carol (34 ans) n'a pas vraiment l'âge du rôle (elle est presque deux fois plus vieille que la Nana du roman), mais elle pète la forme (les "formes") et fait parfaitement illusion. Par ailleurs certains éléments du texte ont disparu : l'enfant de Nana, sa liaison saphique avec Satin... Enfin, la conclusion de l'histoire -- comme dans le Thérèse Raquin de Carné -- connaît une modification "formelle" de taille...

Spoiler (cliquez pour afficher)
C'est le comte Muffat qui tue Nana en l'étranglant... dans le roman, elle meurt de la petite vérole


... mais tous les moments forts sont là. Avec une mise en dialogues de Henri Jeanson vraiment efficace (on n'est pas dans la citation servile du texte de départ, les personnages vivent, ont des choses à dire) et une bande de comédiens à papa vraiment à l'aise dans leurs chaussons : Paul Frankeur (Bordenave), Noël Roquevert (le banquier Steiner), Jacques Castelot (le duc de Vandeuvres)... Le récit est fluide, la caméra assez mobile et... il y a du fric à l'écran. C'est vraiment tout le contraire du boulot minimaliste effectué l'année précédente sur Le rouge et le noir (Claude Autant-Lara).

Bref : le cinéma de papa dans toute "son horreur" (vu de la Nouvelle Vague). Il paraît que François Truffaut avait aimé Lola Montès (Max Ophüls, 1955... il est sorti 4 mois après Nana), également avec Martine Carol... je me demande ce qu'il a bien pu penser du film de Christian-Jaque (comme il conchiait Aurenche, Bost, Sigurd, Jeanson, Autant-Lara et Allegret, il a dû a-do-rer !).
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Karras » 9 mai 15, 11:44

On peut aussi compléter par l'adaptation de La bête humaine par Fritz Lang :Désirs Humains(1954) avec Gloria Grahame et Glenn Ford.

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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Commissaire Juve » 9 mai 15, 11:58

Arf ! :uhuh:

Je serais curieux de voir comment a été traité le passage ou Roubaud découvre le secret de sa femme (chez Renoir c'est mal fichu... beaucoup trop rapide). Là, j'ai bien vu que Gloria Grahame se prenait des coups, mais... neuf secondes, c'est trop court pour se faire une idée :mrgreen:
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Federico » 9 mai 15, 12:12

Lors de la dernière émission Mauvais genres, Bertrand Tavernier a fait une remarque concernant les adaptations cinéma du Comte de Monte Cristo qui m'a d'autant plus fait "tilt !"... que je suis en train de relire ce roman que j'adore. Il évoquait l'épisode annexe où le Dantès seconde période (celui de la vengeance) se sert d'un relais de télégraphe pour propager une fausse nouvelle dans le but de nuire au banquier Danglars. Tavernier explique que ce passage est occulté des versions ciné... mais je me suis pour ma part surtout rendu compte que c'est le personnage de Danglars qui est systématiquement ou presque zappé de ces adaptations alors que Dumas en a fait le responsable n°1 de la tragédie (car c'est par une manoeuvre particulièrement perverse que l'ex-comptable du navire Pharaon provoque toute la cascade de conséquences funestes et les autres "méchants" : Caderousse, Fernand, Villefort etc. ne sont que des rouages supplémentaires mis en branle par cette première - mauvaise - action).

Bon, je ne connais pas toutes les versions cinéma de ce classique et j'ai vu que certaines conservaient ce personnage. Mais que ce soit dans la version 1943 de Robert Vernay ou sa beaucoup plus sympathique version de 1954, les scénaristes ont choisi de simplifier l'intrigue en mixant les personnages de Danglars et Caderousse. Résultat des courses : exit le comptable de bord Danglars et le voisin faux-ami Caderousse... ce dernier devenant non seulement comme par magie l'un des marins du Pharaon mais en plus le second du navire (pour rappel, dans le roman, ce second n'est autre que... Dantès !). :shock:
Idem dans la version Autant-Lara de 1961 (qui n'est vraiment pas terrible).
Le seul trait de caractère respecté est l'intempérance de Caderousse, personnage à l'origine plus bête que méchant.

Je serais curieux de voir Le secret de Monte-Cristo d'Albert Valentin (1948) qui sur le papier a l'air croquignolet d'un joyeux nawak faisant 50 enfants dans le dos de Dumas (un prêté pour un rendu :mrgreen: ) puisque Dantès ne s'appelle plus ainsi, que Mercédès est rebaptisée Marguerite (c'est pourtant pas un film Gaumont :P ) et qu'on y trouverait un abbé... Farina (sic) et un couple dénommé les... Hallu (ça ne s'invente pas !!) :uhuh:
A la décharge des scénaristes, ce film parait-il fauché présenterait la création de l'histoire avec Dumas lui-même récupérant de ci-de là des éléments réels (?) pour en faire le suc de son roman.

Et je sens que Sous le signe de Monte-Cristo d'André Hunebelle (1968) doit pas être piqué des oursins non plus. Une très libre transposition moderne où certains noms semblent respectés et d'autres moins (selon Wikitruc on y croiserait un... Carderousse ! Quand je vous disais qu'il buvait... :lol: )

Danglars est par contre traité dans plusieurs adaptations télévisées. Ainsi, il est joué par Donald Pleasence dans le téléfilm (très moyen) de David Greene (1975), par Roger Dumas dans la mini-série de Denys de La Patellière de 1979 (sinon la plus fidèle, du moins l'une des plus réussies, cinéma et TV confondus) et par Michel Aumont dans celle - désastreuse - commise par Josée Dayan en 1998.

[edit] Comme j'ai voulu revoir la version TV de 1979, je vais tempérer ma dernière remarque : cette adaptation est certainement l'une des plus fidèles mais, par contre, qu'elle est soporifique ! J'ai presque eu honte d'en avoir conservé un si bon souvenir. :? La version ciné de Vernay avec Jean Marais (revue elle aussi dans la foulée) a certes vieilli mais finalement bien moins. Sa liberté par rapport à l'intrigue de Dumas est compensée par un souffle qui manque cruellement à celle de La Patellière et ses acteurs ont bien plus de présence. Marais tint là l'un de ses meilleurs rôles, Roquevert a comme d'hab' le génie de se rendre inoubliable en quelques scènes, tout comme Temerson en Louis XVIII et puis j'ai toujours aimé l'ambitieuse girouette politicarde campée par le hautain Jacques Castelot (qui était déjà un parfait exemplaire du nobliau tête à claque dans Les enfants du Paradis).
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar Federico » 18 mai 15, 16:38

Ce soir à 23h sur Arte : Le cinéma peut-il se passer du roman ?
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Re: Cinéma et Littérature - 2. Cinéma et Adaptation (général

Messagepar homerwell » 19 mai 15, 18:46

Federico a écrit :Le cinéma peut-il se passer du roman ?


Je pense que le cinéma ne peut se passer d'aucune des autres formes d'art.