Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

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Phnom&Penh
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Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

Messagepar Phnom&Penh » 9 févr. 09, 16:10

Les Amants du Pont Neuf, portrait d’un couple (nombreux spoilers)
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Quand il entreprend la réalisation des Amants du Pont-Neuf, en 1988, Leos Carax est un jeune réalisateur moderne et prometteur. Après Boy Meets Girl en 1984, Mauvais Sang, sorti en 1986, a fait de lui un auteur reconnu. Il est encore très jeune et n’a que 28 ans lorsqu’il entame ce troisième long-métrage.
Leos Carax disait dans un entretien aux Inrockuptibles en 1991, " j’ai très tôt aimé les femmes filmées. Mais le cinéma assez tard…derrière l’écran, il y avait un type avec une machine. L’homme et la femme avaient un jour partagé ce que je voyais là, assis dans mon fauteuil, tout seul ". " Assez tard " est un peu exagéré pour celui qui, repéré par Serge Daney dont il suivait les cours sans y être inscrit, collaborera aux Cahiers à dix-neuf ans, et réalisera son premier court-métrage, Strangulation Blues, à vingt ans. Son cinéma, avec ses très nombreuses références cinématographiques, indique d’ailleurs une cinéphilie probablement précoce.

Ce jeune réalisateur talentueux et romantique a rapidement trouvé son égérie avec Juliette Binoche, qui partage alors sa vie et qui illuminera d’une grâce juvénile et tragique leur première collaboration. Juliette Binoche avait obtenu son premier grand rôle dans le film Rendez-vous d’André Téchiné, sorti en 1985, mais c’est Leos Carax, avec Mauvais Sang, qui donne à cette jeune actrice de 22 ans une stature de star ; une star au sens hollywoodien du terme, à laquelle il offre des gros plans d’une beauté chaplinesque, un zest de burlesque et quelques scènes bouleversantes. Denis Lavant qui porte dans Mauvais Sang le vrai prénom de Leos Carax, Alex, reste tout au long du film, dans le scénario comme sur la pellicule, un peu en retrait derrière celle qu’il regarde de façon émerveillée.
Les Amants du Pont-Neuf devaient être la consécration de Leos Carax, un jeune auteur de talent qui allait prouver sa capacité à maîtriser un très gros budget. Ses exigences étaient importantes. Il demande notamment la reconstitution de tout le quartier du Pont-Neuf à Paris en décors d’extérieur dans la région de Montpellier. Débuté en 1988, le tournage durera trois ans avec de nombreuses et importantes difficultés ; une blessure de Denis Lavant et surtout de gros problèmes de production. C’est finalement le producteur Christian Fechner, récemment décédé, qui permettra à Leos Carax de terminer son film. L’interminable réalisation d’un film très attendu et son budget, record à l’époque, de cent millions de francs assureront au film une certaine célébrité. Mais, malgré une bonne appréciation de la critique, le succès sera mitigé.

Dans Les Amants du Pont-Neuf, Alex (Denis Lavant) est un jeune clochard que Michèle (Juliette Binoche) croise une nuit, Boulevard de Sébastopol, alors qu’il vient de se faire écraser une jambe par un automobiliste, après avoir chuté sur la chaussée. Il est secouru par un bus qui ramasse ceux qu’on commençait à appeler des SDF, tandis que Michèle conserve l’image de ce jeune homme en faisant son portrait.
Nous retrouvons ensuite Michèle qui souffre d’une grave maladie des yeux. Elle est mariée à un médecin qui ne parvient pas à la guérir et elle fuit son foyer alors qu’elle commence petit à petit à perdre la vue. Elle retrouvera par hasard Alex, qui vit sur le Pont-Neuf, alors en travaux de rénovation et fermé à la circulation. Elle partagera pendant quelques mois sa vie de clochard, entre drogues et ivresse, autodestruction et parenthèses poétiques.

Juliette Binoche a toujours eu une grande passion pour la peinture au point d’avoir hésité entre les deux carrières d’actrice et d’artiste peintre. C’est elle qui a réalisé l’affiche du film et les peintures de Michèle dans le film sont les siennes.

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Dans Les Amants du Pont-Neuf, l’identification entre Juliette et Michèle est forte, la peinture de Juliette Binoche est présente dans le film et la réflexion poétique sur le sujet du portrait y est constante. Quand elle rencontre Alex, évanoui sur la chaussée, au début du film, elle est marquée par sa figure et tentera ensuite d’ébaucher un portrait. Alex trouvera cette ébauche dans les affaires de Michèle quand elle l’aura rejoint sur le Pont-Neuf. Durant toute la première partie, pendant laquelle Michèle vit avec Alex sur le pont et perd progressivement la vue, elle tente de terminer ce portrait et Alex lui demande régulièrement si elle a avancé dans son travail. Le travail n’avance pas et c’est Michèle qui peu à peu se défigure, attaquée à la fois par la maladie et les excès dans lesquels Alex l’entraîne.

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Michèle est quasiment devenue aveugle quand son mari, par le truchement d’affiches appelant à signaler une disparue, cherche à la retrouver. Michèle ne voit plus mais Alex, un matin, bute sur une affiche avec une photo du visage de Michèle. Sous la photo, un texte indique que son mari la recherche, que cette femme va devenir aveugle, que ses travaux ont progressés et qu’il peut maintenant la guérir.

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Le visage de Michèle, dans toute sa beauté précédant la maladie, couvre petit à petit les couloirs du métro et les murs de Paris, comme une affiche de film. Craignant que Michèle ne les voient, Alex, dans une scène assez hallucinante et très belle, mettra le feu aux affiches des couloirs du métro, avant de retrouver l’homme qui est en train de les coller, et de mettre le feu aux piles stockées dans son véhicule. Il reviendra ensuite sur le Pont-Neuf pour s’apercevoir que Michèle a disparu et voir arriver des gendarmes auxquels Michèle a donné son signalement.
Leos Carax, dont les films sont extrêmement personnels comme peuvent l’être ceux d’un artiste qui vit en écorché vif, réalise avec Les Amants du Pont-Neuf le portrait d’une femme qui passe des excès de la passion à la guérison, à la stabilité. Michèle, artiste peintre qui perd la vue, s’efforce durant tout le film de réaliser un portrait d’Alex et n’y parvient qu’à la fin, quand elle est guérie.

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Tandis que Michèle sera soignée chez elle, Alex se soignera de l’alcoolisme et de la drogue en prison. Ils se retrouveront à la fin dans une longue séquence un peu folle et suffisamment fantaisiste pour qu’on comprenne que le « happy end » est plus de l’ordre du rêve que de la réalité.

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Le portrait pictural est un art très ancien qui a un peu perdu de son importance, et surtout beaucoup évolué dans sa raison d’être avec l’invention de la photographie. A l’origine, le portrait est destiné à conserver une image d’un être aimé. Selon la légende contée par l’auteur latin Pline, le premier portrait réalisé est celui que fit la fille d'un potier, dont l’amoureux devait partir à l’étranger. La lumière d’une lampe projetait le profil du jeune homme sur un mur et elle en traça le contour. Son père appliqua de l’argile sur le contour et réalisa un relief à partir de l’esquisse. Permettre la contemplation d’une représentation d’un être aimé, absent ou disparu, est le premier usage du portrait. De la Renaissance au XIXe siècle, il deviendra un instrument de prestige, notamment avec les portraits de cour. Mais de Diego Velasquez à Maurice-Quentin de La Tour en passant par Rembrandt, l’art du portrait s’est imprégné de psychologie. Ce n’est pas seulement une image, une représentation physique que le portraitiste cherche à laisser mais une représentation du portrait de l’esprit de la personne peinte, afin de lui accorder une certaine éternité. Malgré la profonde révolution apportée par la photographie, le portrait pictural reste encore aujourd’hui une forme artistique utilisée et appréciée. Quelquefois, chez les plus grands des peintres modernes, on peut même se demander si l’art du portrait ne s’est pas enrichi de ne plus avoir le souci de la représentation physique exacte.

Choisir de faire le portrait de l’autre, et encore plus son propre autoportrait est un art délicat. Avec Les Amants du Pont-Neuf, Leos Carax, à l’instar de son héros Alex, jouait avec le feu. Comme Alex qui brûle dans le métro les portraits de la femme qu’il aime afin de la garder pour lui, Leos Carax supportait-il mal le statut de star qu’il avait lui-même contribué à bâtir pour Juliette Binoche ? Le film est si personnel qu’il est difficile de ne pas y voir une certaine image de la réalité. Toujours est-il que le couple de Léos Carax et Juliette Binoche ne résistera pas au tournage de ce film.

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Léos Carax par Juliette Binoche


Après le tournage des Amants du Pont-Neuf, Léos Carax rentrera en dépression. D’une façon très émouvante, Juliette Binoche le suppliera publiquement de tourner à nouveau, quand elle recevra un oscar en 1994 pour sa prestation dans Bleu de Krzysztof Kieslowski.
Léos Carax tournera à nouveau le film Pola X en 1999. Ce film a beaucoup de charme et c’est un des grands rôles de Guillaume Depardieu. Mais, avec un panache à la limite de l’absurde, Léos Carax fait un film sur l’autodestruction d’un écrivain en vogue qui est quand même un sacré ovni cinématographique. Le film, dont la seconde partie est accompagné d’une musique de Scott Walker, sera massacré par la critique, à la notable exception de Jacques Rivette.
Pola X sera l’échec commercial total que Léos Carax avait programmé et l’enfant terrible du cinéma français des années 90 tombera dans l’oubli. La perte de son égérie lui avait peut-être été fatale et, à trop jouer avec le feu, Léos Carax s’était cramé.

Dans une critique récente à l’occasion d’un passage télé, je lisais que Les Amants du Pont-Neuf avait vieilli. Je crois que c’était surtout le critique qui avait vieilli. Quiconque a conservé une part d’adolescence en lui devrait aimer ce brutal et passionné portrait d’un couple.

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Dernière édition par Phnom&Penh le 9 févr. 09, 21:00, édité 1 fois.
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Re: Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

Messagepar Strum » 9 févr. 09, 20:25

Merci beaucoup Phnom pour cette belle contribution ! :) Le plan des portraits qui brûlent que tu as fait figurer dans ton texte est très beau. C'est comme si les flammes sortaient d'elles-mêmes des portraits, comme si ceux-ci, remontant ainsi aux origines de la peinture, présentaient un caractère magique : au moment où les portraits de Michèle brûlent, Michèle disparait de la vie d'Alex. Je ne peux guère en dire plus car je n'ai pas vu le film de Carax.

J'espère que d'autres forumeurs suivront ton exemple.

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Re: Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

Messagepar Phnom&Penh » 9 févr. 09, 21:52

Strum a écrit :Merci beaucoup Phnom pour cette belle contribution !


Merci!

J'ai eu deux grandes expériences cinéphiles dans ma vie.
La première c'était, enfant, le début d'Espions sur la Tamise de Fritz Lang.
La seconde, c'était à 17 ans, Mauvais Sang. J'avais été bloqué en ville par la neige, obligé (et très heureux) de passer la nuit seul en ville et d'aller à l'hôtel. J'avais voulu aller au ciné et il ne passait rien que j'avais envie de voir. J'ai été attiré par l'affiche de Mauvais Sang, dont j'avais vaguement entendu parler dans la presse.
L'originalité du film et la photo absolument géniale sur Juliette Binoche, le jeu de Piccoli...j'ai vu le film trois fois de suite et je suis sorti après minuit à la fermeture du ciné.
On a mis Carax dans le même sac que Beinex et Besson parce qu'ils ont commencé à la même époque. Beinex, j'aime beaucoup mais sa mise en scène est nettement un gros cran en dessous. Besson, on aime ou pas mais c'est vraiment pas la même famille.
On appelait ça le ciné -clip de pub. Vraiment, Léos Carax (et Beinex aussi) méritaient mieux que ces qualificatifs digne de l'époque où sortait le Wall Street d'Oliver Stone. Au minimum, ils étaient tout sauf des cyniques.

Je ne sais pas si Carax est responsable ou pas de son propre désastre mais avec les Amants, il a fait un film splendide qui l'a détruit.
Le plus beau c'est la fin. Il a maltraité (cinématographiment) Juliette Binoche dans les deux tiers du film. Elle est vraiment une clodo, démolie physiquement, poissarde et réduite à sa laver à poil sous un pont.
Mais quand elle revient, guérie, elle est aussi belle que dans Mauvais Sang. C'est vas-y, oiseau, vole.

Strum a écrit :C'est comme si les flammes sortaient d'elles-mêmes des portraits, comme si ceux-ci, remontant ainsi aux origines de la peinture, présentaient un caractère magique : au moment où les portraits de Michèle brûlent, Michèle disparait de la vie d'Alex.


Carax est très intuitif, comme tout les artistes à fleur de peau, et Juliette Binoche est à moitié polonaise. Sans réflexion très intellectuelle sur l'image, je pense qu'il y avait chez eux, effectivement, un idée de la magie de l'image et du portrait. D'un côté, la star de cinéma et l'icône religieuse, de l'autre, leurs revers, l'image qu'on brûle et l'iconoclasme.
Et puis bien sûr, le film joue beaucoup sur l'eau et le feu. En rapprocher le portrait pictural et le mouvement cinématographique serait un peu poussé de ma part, mais c'est clair que dans le film, Juliette Binoche, c'est le temps et le chemin qui se construit, Léos Carax, c'est l'urgence et le risque.

Sinon, franchement, Léos Carax n'a fait que quatre films. Si vous ne les connaissez pas, découvrez-les. Il a les maladresses de l'adolescence qu'il n'a jamais quittée, mais sa mise en scène a tous les charmes de la jeunesse et toute la rigueur d'un très grand professionnel.
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Re: Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

Messagepar cinephage » 9 févr. 09, 22:00

Phnom&Penh a écrit :
Strum a écrit :Merci beaucoup Phnom pour cette belle contribution !


On a mis Carax dans le même sac que Beinex et Besson parce qu'ils ont commencé à la même époque. Beinex, j'aime beaucoup mais sa mise en scène est nettement un gros cran en dessous. Besson, on aime ou pas mais c'est vraiment pas la même famille.
On appelait ça le ciné -clip de pub. Vraiment, Léos Carax (et Beinex aussi) méritaient mieux que ces qualificatifs digne de l'époque où sortait le Wall Street d'Oliver Stone. Au minimum, ils étaient tout sauf des cyniques.

Je ne sais pas si Carax est responsable ou pas de son propre désastre mais avec les Amants, il a fait un film splendide qui l'a détruit.


J'adore ce film. Dans l'histoire du cinéma français, il résonne pourtant comme les Portes du Paradis de Cimino : il reste dans la mémoire de beaucoup de gens en France comme le film le plus mégalomane de l'histoire du cinéma. De fait, c'est après cette débacle que les assurances françaises ont renoncé à la garantie de bonne fin.

Lorsque j'ai commencé à bosser dans le cinoche, il y a une douzaine d'année, tous les techniciens aguerris que je croisais avaient travaillé à un moment où à un autre sur Les Amants, tellement le tournage avait duré, fait tourner les équipes, et même les productions.

Impossible, après un pareil film, de rester crédible face aux financiers : réalisateur ultra-exigeant et sans concessions, Carax est apparu comme totalement mégalomane, puisque la situation économique de son film imposait des renoncements qu'il a toujours refusés, en dépit du bon sens.
Reste un immense film, et un gouffre financier dévastateur.

Bravo pour ton texte, en tout cas...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos

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Re: Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

Messagepar Phnom&Penh » 10 févr. 09, 11:33

Merci encore !

Je voulais m’expliquer un peu plus avant sur ce que j’ai écrit à propos de Juliette Binoche à moitié polonaise et du sujet de l’icône, parce que jeté comme ça, c’est un peu curieux.

Je ne suis pas historien en art, donc si je dis des bêtises, on peut corriger. Le portrait, dans la seconde moitié du XIXe et le XXe siècle, est devenu de plus en plus psychologique (le terme est sûrement impropre mais il est compréhensible), voire abstrait.
D’un autre côté, et le cinéma y est sans doute pour beaucoup, il y a eu un retour au portrait utilisant la ressemblance physique, notamment par le travail d’Andy Warhol, mais avec une thématique totalement différente que l’idée de conserver la mémoire d’un visage. Il s’agit au contraire d’en souligner l’universalité.

Andy Warhol ne s’intéressait pas à la "personnalité" de son sujet. Ce qui l’intéressait c’était l’ "aura" du sujet, le fait que le portrait d’une personne célèbre soit connu dans le monde entier et que ce portrait, justement, puisse être délié du lien à la personne elle-même.
Il y a deux inspirations derrière ce travail. La première, il l’a souvent dit, vient de ses origines tchèques. Dans les pays de l’Est comme en Russie, le culte des icônes est très important. Une icône n’est pas une image pieuse, mais un véritable objet de culte, réalisé selon des normes très anciennes et précises
L’autre inspiration, c’est bien sûr les stars de cinéma, les affiches et les photos sur papier glaçé. De là viennent les origines de son travail sur la célébrité, la publicité et le portrait, objet de culte profane du XXe siècle. Andy Warhol a fait le lien entre les stars et le culte dont elles étaient l’objet en passant par l’icône religieuse.

Dans le travail de Léos Carax, la peinture, le portrait et le mystique sont absents de ses deux premiers films, Boy meets Girl et Mauvais Sang. Il y a beaucoup de gros plans de visages, mais ils sont uniquement cinématographiques.
En revanche, dans Les Amants du Pont Neuf, il y a, je trouve, un travail sur la notion d’image, qui fait penser au travail de Wahrol. C’est plus de l’ordre de l’inspiration poétique non réfléchie que du "thème souterrain", mais cela me paraît assez évident. Le résultat n’étant pas vraiment warholien, je pense que l’influence est plus de l’ordre de la connaissance du statut de l’icône et que cela vient probablement de Juliette Binoche et des origines polonaises de sa mère. D’ailleurs, la photographe Marion Stalens, sœur de Juliette Binoche, travaillait aussi sur le film, à la photographie.
La façon dont Léos Carax s’acharne sur le visage de Juliette qui est vraiment défigurée dans les deux tiers du film (un truc qui m’avait vraiment choqué quand je l’avais vu en salle à sa sortie, après Mauvais Sang où elle était magnifiée du début à la fin), toute la scène des affiches, donnent l’impression que, inconsciemment ou non, il s’est attaqué à l’aura de la star. Cela rend d’ailleurs la fin d’autant plus belle.
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Re: Cinéma et peinture - 9. Peinture et Mouvement

Messagepar Phnom&Penh » 10 févr. 09, 16:25

Pour ceux qui connaissent mal le réalisateur, voici un lien vers un site bien fait qui lui est consacré.
J’ai mis le lien vers une interview donnée aux Inrockuptibles en 1991, à la sortie des Amants. Cela devrait amuser ceux qui ne connaissent pas les Inrocks de la grande époque, celle du mensuel (et rappeler des souvenirs à ceux qui connaissaient 8) ): long, ca part un peu en vrille, mais au bout du compte on s’aperçoit que c’est très bien fait et que cela donne un excellent aperçu de la personne interviewée.
Dans le cas présent, ben voilà, c’est Léos Carax. J’aime beaucoup l’histoire du conte arabe, il y a pas mal de petits délires et des choses vraiment intéressantes.
En remontant sur le site, vous trouverez des transcriptions des rares interviews qu’il avait données, dont deux par Pierre-André Boutang. L’une à Cannes pour la Fnac, assez bof mais amusante, et l’autre, pour Arte, très bien faite.

A l'impossible on est tenu, Les Inrockuptibles, décembre 1991
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