Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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dmonteil
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Messagepar dmonteil » 10 juil. 07, 17:48

Le film suit le destin de plusieurs protagonistes à Los Angeles, lors d’une journée que la météo annonce pluvieuse, destins qui vont se croiser, s’entrechoquer ou simplement s’effleurer.

En effet, après le grandiose Boogie Nights, déjà pas piqué des hannetons question narration, Anderson-scénariste décide de refaire un "ensemble-show" cinématographique. Pas un, pas deux, ni même 5 protagonistes, mais au moins une dizaine de rôle principaux. Et c’est bien là la 1ère force du scénariste : après une introduction hilarante et brillante sur le hasard et ses petits tracas, la présentation est faite en 10minutes. Les rôles sont attribués et Anderson utilisera ces 2h30 restantes pour affiner, renforcer, voire totalement modifier la personnalité première d’un protagoniste, quitte à chambouler la perception du spectateur.
De plus, ce qui fait la force d’Anderson et de son script est que celui-ci traite leurs (més)aventures avec le plus grand respect, la plus grande compassion. Anderson ne prend jamais ses personnages de haut, ne les juge pas.
Alors oui, Anderson-scénariste se sert de ceux-ci pour donner sa vision des choses, du monde, de l’amour, etc. Mais non, le film n’est pas un pamphlet moralisateur. Uniquement la perception d’un grand romantique, parfois malchanceux et mélancolique, mais qui s’efforce de voir le côté lumineux, bon et profondément généreux de l’être humain.

On peut donc définitivement considérer Magnolia comme un grand film de scénariste, voire d’auteur à part entière.

Mais il serait bien malheureux de se limiter à cet aspect purement scénaristique. Car en effet, Anderson est aussi un très grand metteur en scène et directeur d’acteur (la performance qu’il a tiré de Mark Whalberg en est la preuve…).
Car si les personnages du film sonnent si juste, si vrai, si réel, c’est bien grâce au talent des interprètes, qui sont tous, ou presque, au meilleur de leur forme. Si l’on excepte un Julianne Moore peut-être un peu trop excessive (mais là encore, le rôle le veut), tous sont exceptionnels, de Philip Baker Hall à William H. Macy, en passant par Jason Robards (pour son ultime rôle) et Philip Seymour Hoffman. Avec mention spéciale pour Tom Cruise, qui parvient à être touchant là ou on ne l’attendait pas nécessairement, et surtout le duo John C.Reilly et Melora Walters, juste parfaits.

Enfin, et c’est sans doute là l’aspect qui fait accéder Magnolia aux portes de la perfection, la mise en scène est tout simplement ahurissante, maîtrisée du début à la fin. Que ce soit dans l’utilisation de la musique, toujours au bon moment (le score de Brion ou les chansons, entêtantes, d’Aimee Mann), des plan-séquence ou du montage, Anderson contrôle la grammaire cinématographique avec une virtuosité prodigieuse. Certains y voient un emprunt flagrant à Altman et Scorsese, et il serait de mauvaise foi de ne pas admettre que le style est là, narratif comme rythmique (on pense bien sûr, dans le 1er cas, à Short Cuts, et dans le 2nd, à Casino et The Goodfellas).

Néanmoins, à 29 ans, P.T. Anderson prouve qu’il n’a plus rien à démontrer à ses pairs et que, si son opus précédent, Boogie Nights, avait tendance à montrer certaines faiblesses (les emprunts sont bien plus visibles et "limite", le rythme s’étire dans le dernier tiers…broutilles qui n’en font pas moins un chef-d’œuvre), Magnolia s’avère bel et bien comme étant un film "absolu", dans le sens ou tout ce qui construit une oeuvre cinématographique (scénario/mise en scène/musique...) trouve ici son apogée.

Magnolia frise carrément perfection !

Spoiler (cliquez pour afficher)
Et la fin, avec le regard et le sourire de Melora Walters, est juste terassante...
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Watkinssien
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Messagepar Watkinssien » 10 juil. 07, 18:10

+ 1
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Messagepar Flol » 10 juil. 07, 18:12

Watkinssien a écrit :+ 1

:shock:

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Messagepar Watkinssien » 10 juil. 07, 18:27

Ratatouille a écrit :
Watkinssien a écrit :+ 1

:shock:


Oui ? :)
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Messagepar Flol » 11 juil. 07, 14:58

Watkinssien a écrit :
Ratatouille a écrit :
Watkinssien a écrit :+ 1

:shock:


Oui ? :)

Bah...ça faisait longtemps qu'on ne t'avait point vu ici ! :o

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Messagepar Watkinssien » 11 juil. 07, 15:27

Pas mal de temps il est vrai !

P.S. : Merde il est revenu ce c... de Watkinssien ...

:wink:
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar AtCloseRange » 2 juin 09, 19:57

Je viens de recevoir mon DVD du Chien enragé de Kurosawa et en lisant le sujet du film, je me demande tout à coup si Anderson ne s'en est pas un peu inspiré ici. Quelqu'un aurait remarqué la parenté? Est-ce qu'Anderson a déjà parlé de Kurosawa comme influence?
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar Boubakar » 2 juin 09, 20:05

AtCloseRange a écrit :Est-ce qu'Anderson a déjà parlé de Kurosawa comme influence?


Non, ses deux plus grandes influences sont Jonathan Demme et Robert Altman (là, je trouve que ça se voit, surtout sur Boogie nights)

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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar -Kaonashi Yupa- » 2 juin 09, 23:06

AtCloseRange a écrit :Je viens de recevoir mon DVD du Chien enragé de Kurosawa et en lisant le sujet du film, je me demande tout à coup si Anderson ne s'en est pas un peu inspiré ici. Quelqu'un aurait remarqué la parenté?

Euh, peux-tu développer un peu stp ?
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar AtCloseRange » 2 juin 09, 23:58

-Kaonashi Yupa- a écrit :
AtCloseRange a écrit :Je viens de recevoir mon DVD du Chien enragé de Kurosawa et en lisant le sujet du film, je me demande tout à coup si Anderson ne s'en est pas un peu inspiré ici. Quelqu'un aurait remarqué la parenté?

Euh, peux-tu développer un peu stp ?
Eh bien, Chien Enragé, c'est l'histoire d'un policier qui se fait subtiliser son arme de service et qui se doit de le retrouver pour ne pas perdre son honneur et c'est un peu l'histoire de John C. Reilly dans Magnolia.
Alors c'est peut-être un rapprochement hasardeux mais j'ai toujours trouvé étonnante la réaction de John C Reilly avec ce même sentiment de panique et de honte. Ce qui peut sembler disproportionné pour un américain s'explique mieux pour un japonais.
Mais bon, ce ne sont que des suppositions.
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar Gounou » 3 juin 09, 08:45

AtCloseRange a écrit :
-Kaonashi Yupa- a écrit :
AtCloseRange a écrit :Je viens de recevoir mon DVD du Chien enragé de Kurosawa et en lisant le sujet du film, je me demande tout à coup si Anderson ne s'en est pas un peu inspiré ici. Quelqu'un aurait remarqué la parenté?

Euh, peux-tu développer un peu stp ?
Eh bien, Chien Enragé, c'est l'histoire d'un policier qui se fait subtiliser son arme de service et qui se doit de le retrouver pour ne pas perdre son honneur et c'est un peu l'histoire de John C. Reilly dans Magnolia.
Alors c'est peut-être un rapprochement hasardeux mais j'ai toujours trouvé étonnante la réaction de John C Reilly avec ce même sentiment de panique et de honte. Ce qui peut sembler disproportionné pour un américain s'explique mieux pour un japonais.
Mais bon, ce ne sont que des suppositions.

Je ne vois pas comment Kurosawa, et ce film en particulier, pourrait ne pas être un référent assumé pour Anderson, réalisateur cinéphile et érudit comme peuvent l'être des Scorsese ou des J. Gray ! Alors après, les explications, je ne les ai pas... peut-être faut-il voir le film en question, tout simplement :wink:
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Re: Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999)

Messagepar AtCloseRange » 3 juin 09, 10:41

Gounou a écrit :
AtCloseRange a écrit :
-Kaonashi Yupa- a écrit :
AtCloseRange a écrit :Je viens de recevoir mon DVD du Chien enragé de Kurosawa et en lisant le sujet du film, je me demande tout à coup si Anderson ne s'en est pas un peu inspiré ici. Quelqu'un aurait remarqué la parenté?

Euh, peux-tu développer un peu stp ?
Eh bien, Chien Enragé, c'est l'histoire d'un policier qui se fait subtiliser son arme de service et qui se doit de le retrouver pour ne pas perdre son honneur et c'est un peu l'histoire de John C. Reilly dans Magnolia.
Alors c'est peut-être un rapprochement hasardeux mais j'ai toujours trouvé étonnante la réaction de John C Reilly avec ce même sentiment de panique et de honte. Ce qui peut sembler disproportionné pour un américain s'explique mieux pour un japonais.
Mais bon, ce ne sont que des suppositions.

Je ne vois pas comment Kurosawa, et ce film en particulier, pourrait ne pas être un référent assumé pour Anderson, réalisateur cinéphile et érudit comme peuvent l'être des Scorsese ou des J. Gray ! Alors après, les explications, je ne les ai pas... peut-être faut-il voir le film en question, tout simplement :wink:
C'est fait!
Et je ne me suis pas fait une religion sur la question...
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Helward
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Re: Notez les films septembre 2009

Messagepar Helward » 23 sept. 09, 12:50

Magnolia de Paul Thomas anderson

Je n'ai pas retenu grand chose de ce manège émotionnel, virevoltant et talentueux dans la forme, certes, mais dont l'aspect forcément choral achève d'artificialiser la dramatisation. Pris dans ce tourbillon formel mais un peu vain, les acteurs semblent surjouer (Julianne Moore surtout), certains s'en tirent grâce à une présence plus posée (John C. Reilly), d'autres, malgré leur charisme (Tom Cruise, William H. Macy), expriment pesamment leur destinée de martyr, quasiment aucun n'émeut vraiment, icônes dépersonnifiées engluées dans l'exercice de style. Et tout se termine dans une avalanche de pardons et de repentirs un peu déprimante, épilogue à la morale un peu facile, où la maladie exprime in fine les culpabilités accumulées (traitez bien vos fils et vos filles, ou sinon: cancer).

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Re: Notez les films septembre 2009

Messagepar AtCloseRange » 23 sept. 09, 13:18

Helward a écrit :Magnolia de Paul Thomas anderson

Je n'ai pas retenu grand chose de ce manège émotionnel, virevoltant et talentueux dans la forme, certes, mais dont l'aspect forcément choral achève d'artificialiser la dramatisation. Pris dans ce tourbillon formel mais un peu vain, les acteurs semblent surjouer (Julianne Moore surtout), certains s'en tirent grâce à une présence plus posée (John C. Reilly), d'autres, malgré leur charisme (Tom Cruise, William H. Macy), expriment pesamment leur destinée de martyr, quasiment aucun n'émeut vraiment, icônes dépersonnifiées engluées dans l'exercice de style. Et tout se termine dans une avalanche de pardons et de repentirs un peu déprimante, épilogue à la morale un peu facile, où la maladie exprime in fine les culpabilités accumulées (traitez bien vos fils et vos filles, ou sinon: cancer).
Ce que tu dis n'est pas faux mais pourtant ce film continue de me bouleverser. Son artficialité est assumée, de même que le côté bigger than life de l'interprétation (de Julianne Moore notamment, pourtant géniale dans la scène de la pharmacie). Et tu n'as pas parlé de la prestation toute en douceur de Phillip Seymour Hoffman ainsi que de la musique de Jon Brion et Aimee Mann.
La longue interview de Tom Cruise me laisse à chaque fois exsangue.
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7swans
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Re: Notez les films septembre 2009

Messagepar 7swans » 23 sept. 09, 14:42

AtCloseRange a écrit :La longue interview de Tom Cruise me laisse à chaque fois exsangue.


C'est d'une intensité incroyable. Le "What am I doing?... I'm quietly judging you", lancé par un Tom Cruise rongé de colère et d'impuissance, m'achève à chaque fois...
There's no such thing as adventure. There's no such thing as romance. There's only trouble and desire.