Inferno (Dario Argento - 1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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mannhunter
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar mannhunter » 17 juil. 18, 17:22

Manolito a écrit :Argento a déclaré que le film qui a déclenché et inspiré l'écriture d'"Inferno" était un visionnage de "L'année dernière à Marienbad" - d'où Sacha Vierny d'ailleurs.

Sacha Pitoëff plutôt?



Manolito a écrit :Et enfin, la musique hallucinante de Keith Emerson : oserai-je blasphémer en affirmant que c'est celle que je préfère des films d'Argento, en tous cas celles qui support le mieux de multiples réécoutes. "Inferno Finale" , "Cigarettes, Ices, Etc."... par exemple : incroyables ! :shock:

Il y a des moments superbes d'alliance musique/image (comme dans la plupart des Argento), mais elle est parfois déroutante, demande un temps d'adaptation en fait, comme le film, le plus étrange de son auteur...le réalisateur évoque brièvement "Inferno" et son utilisation particulière de la musique ici:

https://noisey.vice.com/fr/article/4w3w ... -de-goblin

J'apprécie également beaucoup les béos de "Non ho sonno", "Phenomena", "Stendhal" et 'Profondo Rosso".
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tenia
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar tenia » 17 juil. 18, 17:23

Si c'est un Graal pour les "fans purs et durs", c'est quoi pour les autres du coup ? Je comprends tout à fait le possible besoin de connaissances spécifiques à "l'auteur" pour profiter pleinement de certains éléments spécifiques, mais on doit aussi pouvoir profiter un minimum du film sans ça, non ? Sinon, cela signifie justement que le film n'est finalement pas si pur, en tout pas en opposition à une accumulation de références comme chez Refn, puisqu'il ne peut s'apprécier sans un bagage pré-construit.

L'autre problème est que si la lecture du parcours initiatique fonctionne, ce seul parcours ne suffit pas forcément à élever le niveau du film dans ce qui se passe à l'écran et la manière dont c'est déroulé. Idem pour l'idée qu'il faut forcément beaucoup d'attention visuelle et auditive pour en profiter, comme si on disait en creux que les détracteurs du film n'ont simplement pas été assez attentif et devaient probablement faire leur feuille d'impôts en même temps. Après tout d'ailleurs, n'est-ce pas la même attention qui était déjà demandé devant Profondo Rosso ? Suspiria ? L'oiseau au plumage de cristal ?

(nb : je ne dis pas ça pour empêcher de tourner en rond, mais une vraie question de fond. Je comprends parfaitement qu'on puisse trouver son plaisir dans le film et que cela justifie ce type d'argumentaire, mais je trouve cela un peu léger, surtout que cet argumentaire pourrait parfaitement s'appliquer à d'autres films d'Argento qui sont pourtant globalement bien plus appréciés qu'Inferno)

Manolito
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Manolito » 17 juil. 18, 17:40

mannhunter a écrit :
Manolito a écrit :Argento a déclaré que le film qui a déclenché et inspiré l'écriture d'"Inferno" était un visionnage de "L'année dernière à Marienbad" - d'où Sacha Vierny d'ailleurs.

Sacha Pitoëff plutôt?


Oui Pittoef, tu as raison... C'est la colère qui parle... :evil: Enfin, ce sont deux Sacha qui ont travaillé avec Resnais.

Perso, je viens d'un background plus "fantastique" que les profils croisés ici, comme manhunter, et je suis surpris de lire qu'"Inferno" est moins apprécié que d'autres films d'Argento. Le corpus "Oiseau au plumage de cristal" à "Opéra" a toujours été perçu comme assez homogène dans ma génération, celle qui s'est goinfrée d'Argento aux débuts du DVD, vers 2000.

Jai écrit ces quelques lignes car je pense sincèrement que "Inferno" va être plus apprécié avec les années ; car c'est un film plus "compliqué", qui exige peut-être d'avoir déjà bien assimilés des choses du cinéma d'Argento qu'on ne voit pas toujours dans les premières visions, de s'être familiarisés encore plus avec son univers et son cinéma, d'avoir aiguisé sa sensibilité à son art.

Je lance juste quelques pistes pour, je l'espère, vous aider à regarder ce métrage... autrement.

Autrement qu'un truc avec des morceaux de "nanar rital" dedans comme je le lis quelques lignes plus haut, en tout cas. :shock:

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tenia
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar tenia » 17 juil. 18, 18:03

C'est peut-être une mauvaise impression de ma part (qui s'explique certainement par ma découverte tardive de son cinéma), mais si le corpus jusque Opera est effectivement perçu comme homogène (ou surtout supérieur globalement à ce qui succède), j'ai toujours vu un rétrécissement de ce bloc jusque plutôt Suspiria, Ténèbres et Inferno étant déjà considérés comme un bon cran en dessous avec Opera et Phenomena. Pour moi, passé Suspiria, on rentre pleinement dans un côté outré probablement en partie involontaire, et c'est certainement ça qui donne cette impression de nanar rital : les nanas à moitié à poil comme dans de l'exploit' pure et dure, des acteurs à la ramasse, des astuces visuelles qui devraient être classe mais sont en fait hilarantes parce qu'approximatives juste comme il en faut (l'apparition du tueur en fin de film, je m'en remettrais ja-mais).
Mais c'est ce que je disais y a bientôt 10 ans de Ténèbres, et je n'ai pas franchement bougé là dessus, hormis maintenant ma capacité à regarder le film en me bidonnant devant tout cela. Mais la première fois que je l'ai vu en salles, je n'avais pas prévu, et ça m'a fait assez drôle.

J'ai vu Inferno après avoir vu Ténèbres, et j'ai eu à nouveau cette impression là, quelque chose d'outré mais doté d'un grand potentiel, mais qui fait trop souvent juste le mauvais choix sur tel élément, tel détail, l'approximation qui tue, la scène trop longue, etc.
Et ce qui pourrait marcher chez moi fait plouf.

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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Watkinssien » 17 juil. 18, 18:08

Manolito a écrit :Je lance juste quelques pistes pour, je l'espère, vous aider à regarder ce métrage... autrement.

Et c'est tout à ton honneur.

Mais, le dernier visionnage (le troisième, damned) a tué dans l’œuf les qualités visuelles du film et ses capacités thématiques.

Un parcours initiatique maçonnique dans l'ésotérisme en quelque sorte...

Rien que ça, cela confirme le caractère abscons! :mrgreen:

Là où tu as raison, c'est que, comme très souvent, Argento a plein d'idées à la minute. Au détriment de la cohérence, de la narration, de l'unité même de la mise en scène, de l'intrigue, de la caractérisation de ses personnages. Chez Argento, l'architecture, les couleurs symboliques et les sens atmosphériques sont capitaux, mais j'ai toujours eu l'impression que cela lui suffisait (au sens où il s'en contente) pour faire du cinéma, alors que ce qu'il semble laisser de côté parvient à rendre le cinéaste comme un auteur qui se tronçonne lui-même, à chacun de ses films. Il gâche, à mes yeux, toutes ses potentialités car il ne travaille pas tous les composants d'un film. Et ses goûts esthétiques (et là c'est purement subjectif) provoquent plus souvent l'hilarité que la réelle immersion dans une ambiance toujours élaborée par le visuel.
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar mannhunter » 17 juil. 18, 18:10

Manolito a écrit :je suis surpris de lire qu'"Inferno" est moins apprécié que d'autres films d'Argento. Le corpus "Oiseau au plumage de cristal" à "Opéra" a toujours été perçu comme assez homogène dans ma génération, celle qui s'est goinfrée d'Argento aux débuts du DVD, vers 2000.

Oui la période 1970-1987 fait la (quasi) unanimité chez ceux qui apprécient le cinéaste, à partir des années 90 c'est plus clivant. Après tu parles de génération et c'est le mot, ça dépend de l'âge auquel on découvre ces films, sur quel support, chronologiquement ou pas...des films comme "Phenomena" "Opéra" voire "Ténèbres" étaient aussi diviseurs dans les années 80 pour la génération qui avait découvert "Suspiria" en salles ou en vhs par exemple...des films qui ont été quelque peu revus et réévalués trente ans après, par le public et la critique...d'une autre génération!

Manolito a écrit :Jai écrit ces quelques lignes car je pense sincèrement que "Inferno" va être plus apprécié avec les années

Mais ce n'est pas déjà un peu le cas depuis l'accueil "mitigé" du film en 1980?
Rien que sur ce topic tu trouves quelques passionnés (dont un certain John Carpenter :)), aussi ce qu'écrivaient sur ce film il y a quelques années Olivier Assayas, Nicolas Saada, Pascal Laugier...après Tenia n'aime pas/plus le cinéma du bonhomme et Watkinssien en a un rejet viscéral, donc voilà. :mrgreen: :wink:

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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Flol » 17 juil. 18, 18:15

Super, vous m'avez donné envie de me le refaire incessamment sous peu (genre demain).
Je vous tiens au jus.

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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Watkinssien » 17 juil. 18, 18:18

mannhunter a écrit :après Tenia n'aime pas/plus le cinéma du bonhomme et Watkinssien en a un rejet viscéral, donc voilà. :mrgreen: :wink:

Bon par contre, malgré la dureté de mes interventions, je respecterai toujours dans l'absolu ce qu'Argento évoque chez ses défenseurs depuis l'existence de son cinéma. :wink:
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Jack Griffin » 17 juil. 18, 18:18

Heureusement que je n'ai jamais découvert ses films dans une salle qui se bidonne. ça ne m'est jamais venu en tête sur Inferno, Opera et d'autres.
Quand Tenia tu parles des gants que le tueur garde pour tourner les pages dans Ténèbres, il y a un problème de positionnement.
Ce sont des films reliés directement à la psyché, il faut accepter de se laisser aller à la proposition qui atteint parfois une réalité beaucoup plus forte que certains films naturalistes.

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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar mannhunter » 17 juil. 18, 18:19

Watkinssien a écrit :Bon par contre, malgré la dureté de mes interventions, je respecterai toujours dans l'absolu ce qu'Argento évoque chez ses défenseurs depuis l'existence de son cinéma. :wink:

Il vaut peut-être mieux l'hilarité ou la colère face à une oeuvre que l'indifférence. :wink:

Flol a écrit :Super, vous m'avez donné envie de me le refaire incessamment sous peu (genre demain).
Je vous tiens au jus.

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désolé il passe pas au Max Linder celui-là! :)

Manolito a écrit :car c'est un film plus "compliqué"

Oui mais pas celui que je recommenderais en premier pour découvrir le réalisateur car si c'est un de ses sommets picturaux il y a le côté "lâche" de l'intrigue avec ses déambulations oniriques et ses éléments inexpliqués, la tendance à l'abstraction qui peuvent rebuter...et Leigh McClosley qui n'est pas Jessica Harper. :wink:
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Manolito
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Manolito » 17 juil. 18, 18:25

Donc Tenia, Argento, il reste deux grands films, "Suspiria" et "Les frissons..." (et encore, celui-là il est "trop long"), peut-être trois en comptant "L'oiseau au plumage de cristal" ? Pas vraiment un grand maître du cinéma donc... :(

Je rebondis sur ce que tu écris plus haut sur l'attention que demande "Inferno" : oui, ce n'est pas celle des "Frissons..." ou de "Suspiria", en tout cas pas totalement la même.

Déjà, il n'y pas vraiment d'intrigue policière ou criminelle classiques, avec un coupable à découvrir, pas réellement. Ou alors c'est de la fausse piste. Ca n'a rien à voir avec ses giallos en ce sens, et "Suspiria" est à mi-chemin des deux.

Je trouve que le terme "pur" qu'utilise Argento pour décrire "Inferno" est très important : dans le sens de l'acte créatif pur, de l'acte créatif cinématographique, qui se détache de l'écriture littéraire classique, qui plonge ses racines directement dans l'inspiration de son créateur, sans filtre. Le rythme, la musique, les couleurs, le montage ne répondent qu'à leurs propres lois et n'ont pour essentielle raison d'être que de produire de l'art cinématographique. Un art cinématographique qui parle à des zones du cerveau qui ne sont pas celles de la formulation et de la logique, mais celles de l'imagination et du ressenti. Je ne trouve pas vraiment d'autre formulation.

C'est un film qu'on regarde comme une énigme à déchiffrer (le film s'ouvre comme tel), mais dont la résolution de la quête reste que malgré toutes nos recherches, malgré tout ces décryptages, tout ces codes, tout ces labyrinthes à traverser, à l'arrivée, la seule vérité est : la réalité de la Mort.

Je comprends qu'"Inferno" a ses moments faibles - comme tous les Argento, (cf la chauve-souris de "Suspiria" !), qu'il peut exaspérer... Mais c'est un film qui ne manque ni de cinéma, ni d'art, c'est une certitude...
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Flol » 17 juil. 18, 18:26

mannhunter a écrit :
Flol a écrit :Super, vous m'avez donné envie de me le refaire incessamment sous peu (genre demain).
Je vous tiens au jus.

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désolé il passe pas au Max Linder celui-là! :)

Oui mais il passera dans mon salon en bluray.

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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Manolito » 17 juil. 18, 18:28

mannhunter a écrit :
Flol a écrit :Super, vous m'avez donné envie de me le refaire incessamment sous peu (genre demain).
Je vous tiens au jus.

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désolé il passe pas au Max Linder celui-là! :)

UNE PETITION VITE ! :mrgreen:

Cela dit, la rétro a l'air d'avoir un certain succès pour des reprises, je pense - j'espère - qu'il y aura d'autres ressorties derrière... :)

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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar Watkinssien » 17 juil. 18, 18:33

mannhunter a écrit :
Watkinssien a écrit :Bon par contre, malgré la dureté de mes interventions, je respecterai toujours dans l'absolu ce qu'Argento évoque chez ses défenseurs depuis l'existence de son cinéma. :wink:

Il vaut peut-être mieux l'hilarité ou la colère face à une oeuvre que l'indifférence. :wink:

Tout à fait, et c'est pourquoi j'ai toujours voulu voir tous les Argento.
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Re: Inferno (Dario Argento - 1980)

Messagepar mannhunter » 17 juil. 18, 18:33

Manolito a écrit :Cela dit, la rétro a l'air d'avoir un certain succès pour des reprises, je pense - j'espère - qu'il y aura d'autres ressorties derrière... :)

Je souhaite cela aussi évidemment (Brian De Palma a bien eu son intégrale le mois dernier :fiou: ) mais quand j'ai vu "Profondo Rosso", "Phenomena" et "Opera" nous n'étions pas très nombreux :oops: ...25 personnes au Max en mezzanine dans une salle parisienne de 500 places quand même...je ne comprends pas aussi pourquoi les autres copies Wild Side ("4 mouches de velours gris", "Ténèbres" et "Inferno" donc) ne font pas partie de ces ressorties?