Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Alexandre Angel
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Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Alexandre Angel » 10 sept. 18, 19:09

Image


Les premières séquences de Burning qui relatent les retrouvailles de Jongsoo et Haemi dans un faubourg lambda de Seoul, alors que la jeune femme anime tout sourire une tombola, affichent une trivialité frontale, quelconque dans son format scope grisâtre qui se poursuit, à l'arrière du bâtiment, par un échange, lors d'une pause cigarette, dans une même tonalité que de disgracieux crachats destinés à "tapisser" les fonds de gobelets servant de cendriers rendent plus naturaliste encore.
C'est lorsque, peu de temps après, Jongsoo et Haemi font l'amour dans la chambre vétuste et encombrée de la jeune femme que s'opère , de manière décisive un changement formel à peine perceptible et pourtant décisif quant à l'esthétique posée.
Le rapport sexuel, tout de naturalisme dévêtu, trouve soudainement à se décadrer, Jongsoo, filmé de face, en gros plan, se mettant à regarder devant lui quelque chose qu'un contrechamp nous révèle comme étant le mur qu'un mystérieux rayon de soleil irise (on aura appris plus tôt qu'une tour de Séoul réfléchit les rayons du soleil, à une certaine heure de la journée).

Cette irruption tranquille d'une très discrète fantasmagorie, qui ne nous quittera plus, paraphe le projet plastique de l'œuvre.
Et c'est la grande force du film que de laisser la douceur pénétrante d'un regard de cinéaste servir de mortier aux images les plus triviales d'un quotidien atterrant (le film ne nous laisse jamais à l'écart d'une certaine réalité économique).

Tout comme c'est le grand mérite du réalisateur que de nous captiver pendant 2h30 avec une myriade de riens qu'électrise une tension sourde portée par un blues minimaliste et percussif du compositeur Mowg.
La noirceur de l'œuvre, raccord avec l'air du temps reconnaissons-le, s'en trouve allégée sans pour autant nous être soustraite.

Je remercie Thaddeus d'avoir instillé en moi, dans sa synthétique mais précise notule sur Burning, l'idée de la contamination du réel par l'imaginaire (et l'imagination) de Jongsoo, qui est écrivain féru de William Faulkner (que Burning adapte en partie même si c'est Les Granges brûlées, de Murakami, que le générique annonce).

Ce jeune chômeur à l'air ahuri est en réalité un manieur de mots.
Il n'est donc pas interdit de ne pas tout prendre pour argent comptant dans ce qui survient même si un fort sentiment de réel nous arrime au récit.

La grande beauté du film provient de cette convergence délicate, presque en apesanteur, des entorses à la logique (où y a-t-il une grange brûlée? c'est quoi cette histoire de puits? Il est où le chat?) et d'une texture miroitante de l'image qui extrait du trivial des motifs exsudant le romanesque (un placard s'ouvrant sur une batterie de coutelas, un tiroir découvrant des bijoux)
C'est cette cohabitation entre âpreté et douceur lancinante de l'imaginaire qui confère à Burning son aura particulièrement hypnotique.

De l'imagination à la folie, il n'y a qu'un pas que Burning s'ingénie à nous faire franchir puisque l'envol tant espéré, l'épanouissement si caressé des êtres se heurte au règne de l'illusion et de l'escamotable, de la chimère et de l'irréconciliable.

Et c'est là, précisément, que Burning s'offre à nous en grand film politique.
Dernière édition par Alexandre Angel le 10 sept. 18, 22:42, édité 2 fois.

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Re: Burning (Lee Chang-dong, 2018)

Messagepar Demi-Lune » 10 sept. 18, 19:55

Thaddeus a écrit :Pour qui accepte de ne pas éprouver de satisfaction immédiate et d’accueillir les zones d’ombres énigmatiques des films à combustion lente, ce genre de suspense antonionien pourrait être une œuvre idéale. Émanation possible de l’esprit du héros, romancier en herbe, l’intrigue déroule une fiction suffisamment proche de la réalité pour ne pas nier celle-ci mais assez nourrie d’imaginaire et d’idéal pour donner un sens à des faits frappés d’incertitude. Lee y affirme son aisance à cultiver la fascination trouble produit par un récit lacunaire, à suggérer les angles morts et le mystère d’un monde fondamentalement ambigu, à osciller sans trancher entre vérité et illusion à la faveur d’un style qui tangue de la digression à la description, du littéral à la métaphore, de l’endroit à l’envers. Singulier et envoûtant. 4/6

cinephage a écrit :Un film intense, qui suggère plus qu'il ne montre, superbement filmé, dont la conclusion n'en finit pas de pousser le spectateur à ressasser ce qu'il a vu.

Flol a écrit :Il y a comme une évidence dans ce cinéma, tout en majesté et sobriété, où pas un plan ne semble de trop. Les 2h28 filent à une vitesse folle, et c'est captivant du début à la fin.

Anorya a écrit :Burning (Lee Chang-dong) - 6,5/10 ....Note pouvant remonter, le film me travaille malgré certaines choses qui m'énervent un peu et que je trouve d'une certaine facilité. Cela dit c'est magnifique et il y a quand même LA plus belle scène vue au cinéma en 2018 pour moi, ce qui n'est pas rien. :oops:

Thaddeus a écrit :Il est possible que je vois de quelle scène il s'agit. :)

Flol a écrit :La danse sur fond de coucher de soleil et de Miles Davis ?

Thaddeus a écrit :Yep.

Dunn a écrit :Difficile à noter (j'aurai mis 6 en sortant mais depuis 2 jours ça me turlipine) et à décrire si on aime juste un peu ou on adore... juste parce que c'est un film à part, peut être un peu surfait sur sa fin mais tellement "puzzle" que l'on ne cesse d'y repenser. A coup sûr un film atypique voire brillant et quelle mise en scène (ce plan séquence au coucher de soleil).

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Re: Burning (Lee Chang-dong, 2018)

Messagepar Demi-Lune » 11 sept. 18, 22:59

Bon histoire d'étoffer un peu le topic.

Ce qui frappe d'entrée de jeu, c'est la souveraineté absolue du film. Rares sont les films contemporains qui donnent à ce point le sentiment d'assister à une œuvre de maître - il y a une maturation, un soupèsement de chaque image et chaque coupure qui font que l'acte de filmer redevient investi d'un véritable sens.
C'est cette force qui étreint dès les premiers instants (pourtant banals) et qui ira croissante, jusqu'à tétaniser.
Le film est hypnotique et fascine justement parce qu'il semble en permanence se mettre en danger malgré sa ligne claire, avec toutes ces petites touches s’immisçant pour obscurcir les attentes du spectateur et définir ainsi un inconfort proche de l'inquiétante étrangeté. C'est des détails tous cons comme Haemi qui s'endort en public, la pantomime, un bâillement à une soirée ou ce fugace miroitement de lumière au fond d'un placard, le temps d'une séquence de sexe par ailleurs désarmante de naturel et chef-d’œuvre à elle toute seule. Dans le même genre morceau de bravoure incongru, la danse nue au crépuscule sur fond de Miles Davis. Le film n'est classique qu'extérieurement et il y a quelque chose de l'ordre de la traversée du miroir même si le glissement n'est pas réellement perceptible. Lee Chang-dong donne corps à cette sensation avec un art consommé pour l'ellipse et le flottement, conditionnant le spectateur à écouter religieusement les dialogues et à guetter, les sens en alerte, les intonations des acteurs. On ne sait pas trop où tout ça va nous mener - ou plutôt on sent poindre quelque chose de dérangeant et inéluctable et on se refuse à y croire -, et c'est ça qui est grisant (extraordinaires scènes avec le "Gatsby" sud-coréen où, malgré l'ambiance cosy, on a constamment l'impression d'être sur le fil du rasoir).
Le point de bascule est presque décevant dans ce qu'il rompt d'imperceptible, mais le film ne sacrifie en fait rien à son équilibre diabolique entre lisibilité (fausse simplicité) et vertige métaphysique - comme si quelque chose de l'ordre de l'apocalypse était en marche. On peut du coup déplorer l'insistance sur certains éléments du cheminement déductif du personnage principal, qui me semblent s'appesantir un peu trop sur ce que le spectateur a déjà subodoré. Mais la conclusion, inoubliable, achève d'ébranler le spectateur en le forçant, comme a dit cinéphage, à ressasser tout ce qu'il a vu pour tenter de comprendre (non pas au sens logique, mais au sens psychologique) et chercher ce faisant un répit - illusoire - face à une horreur ayant depuis longtemps tout dévoré. En y repensant à froid, on en vient alors à réaliser que le génie du film n'est pas tant son indétermination narrative que la manière, finalement machiavélique, qu'il a de dévoiler son enjeu de fond en le resserrant à un antagonisme (social, existentiel) entre deux hommes. C'est cette espèce de fascination/répulsion mutuelle qui donne toute sa profondeur au drame et le fait accéder à un niveau quasi mythologique.

Alexandre Angel
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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Alexandre Angel » 12 sept. 18, 07:40

Demi-Lune a écrit :Bon histoire d'étoffer un peu le topic.

Tu commençais déjà à le voir sombrer dans les abîmes de l'oubli :mrgreen:

Moi, à la limite, c'est peut-être la conclusion qui me décevrait presque.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Au sens où elle crève l'abcès de façon trop évidente et surtout, sa noirceur, nous ramène à d'autres films contemporains que je serais incapable de te citer, là maintenant (A Touch of sin, peut-être?). Mais Burning y brade légèrement son originalité, de façon explicative.
Il aurait fallu maintenir ce fil que tu décris.
Cependant, telle quelle, la séquence est magistrale.

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Ous
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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Ous » 20 sept. 18, 08:13

Alexandre Angel a écrit :
Demi-Lune a écrit :Bon histoire d'étoffer un peu le topic.

Tu commençais déjà à le voir sombrer dans les abîmes de l'oubli :mrgreen:

Moi, à la limite, c'est peut-être la conclusion qui me décevrait presque.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Au sens où elle crève l'abcès de façon trop évidente et surtout, sa noirceur, nous ramène à d'autres films contemporains que je serais incapable de te citer, là maintenant (A Touch of sin, peut-être?). Mais Burning y brade légèrement son originalité, de façon explicative.
Il aurait fallu maintenir ce fil que tu décris.
Cependant, telle quelle, la séquence est magistrale.


Spoiler (cliquez pour afficher)
Évidente pour toi, mais nécessaire pour Jong-su. Toute la violence contenue pendant le film, sociale, familiale, amoureuse se matérialise dans le meurtre de Ben. Elle intervient après le jugement du père absent lui-même soumis à des rages de violence incontrôlées, la réapparition d'une mère inexistante, la résolution (du moins pour le personnage de Jong-su) de la dispartion/meutre de Haemi... Pourtant les tentatives d'encrages dans le réel sont nombreuses pour Jong-su, gentil garçon qui donne à manger à un chat, fait une pétition pour son père et rassure sa mère en proie à des problèmes d'argent. Mais celui qu'on appelle numéro 3 refuse de se soumettre. Alors qu'est-ce qui est vraiment montré dans cette scène finale ? L'acte meurtrier lui est tenu à distance dans un premier temps... En revanche la caméra s'attarde longuement sur ce qui semble plus être une étreinte entre les deux garçons, un soulagement, de l'affection, qu'un homicide. Certes violent, mais à l'image de tout le récit. Ben c'est tout ce qui lui restait et dans un acte désespéré de rage il coupe le dernier lien... Mais la renaissance est-elle vraiment possible ? La persistance du brasier dans la lunette arrière qui refuse de s'éloigner malgré la fuite en avant semble être une réponse...
Mao !

Alexandre Angel
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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Alexandre Angel » 20 sept. 18, 09:36

Ous a écrit :
Alexandre Angel a écrit :
Demi-Lune a écrit :Bon histoire d'étoffer un peu le topic.

Tu commençais déjà à le voir sombrer dans les abîmes de l'oubli :mrgreen:

Moi, à la limite, c'est peut-être la conclusion qui me décevrait presque.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Au sens où elle crève l'abcès de façon trop évidente et surtout, sa noirceur, nous ramène à d'autres films contemporains que je serais incapable de te citer, là maintenant (A Touch of sin, peut-être?). Mais Burning y brade légèrement son originalité, de façon explicative.
Il aurait fallu maintenir ce fil que tu décris.
Cependant, telle quelle, la séquence est magistrale.


Spoiler (cliquez pour afficher)
Évidente pour toi, mais nécessaire pour Jong-su. Toute la violence contenue pendant le film, sociale, familiale, amoureuse se matérialise dans le meurtre de Ben. Elle intervient après le jugement du père absent lui-même soumis à des rages de violence incontrôlées, la réapparition d'une mère inexistante, la résolution (du moins pour le personnage de Jong-su) de la dispartion/meutre de Haemi... Pourtant les tentatives d'encrages dans le réel sont nombreuses pour Jong-su, gentil garçon qui donne à manger à un chat, fait une pétition pour son père et rassure sa mère en proie à des problèmes d'argent. Mais celui qu'on appelle numéro 3 refuse de se soumettre. Alors qu'est-ce qui est vraiment montré dans cette scène finale ? L'acte meurtrier lui est tenu à distance dans un premier temps... En revanche la caméra s'attarde longuement sur ce qui semble plus être une étreinte entre les deux garçons, un soulagement, de l'affection, qu'un homicide. Certes violent, mais à l'image de tout le récit. Ben c'est tout ce qui lui restait et dans un acte désespéré de rage il coupe le dernier lien... Mais la renaissance est-elle vraiment possible ? La persistance du brasier dans la lunette arrière qui refuse de s'éloigner malgré la fuite en avant semble être une réponse...

Merci pour l'éclairage stimulant :D !

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Coxwell » 23 sept. 18, 20:25

2h20 d’esthétisme boursoufflé et de narration plombée par un cahier des charges visant essentiellement à servir une sorte de compil’ d’exotisme factice pour festivalier occidental. Le film, qui n’a rien d’autre à dire, ne perturbera pas beaucoup les standards des films socio naturalistes parisiens : les clopeurs et buveurs de vinasse des salons branchés de Gangnam côtoient difficilement/facilement (au choix) les petits gars pauvres déprimés de Paju qui se confondent dans un cache-cache atmosphérique. Les clichés en miroir des cinéphiles sont saufs. Ouf. De toute façon, l’habillage constitué de cette maigre histoire d’embrasement passionnel assez bête et ultra convenue importe peu, la preuve, on parle de grand film social, politique sur la désillusion des uns et des autres. Je me doutais bien que j’étais revenu en Occident en fait. :idea:

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Supfiction » 23 sept. 18, 21:26

Coxwell a écrit :2h20 d’esthétisme boursoufflé et de narration plombée par un cahier des charges visant essentiellement à servir une sorte de compil’ d’exotisme factice pour festivalier occidental. Le film, qui n’a rien d’autre à dire, ne perturbera pas beaucoup les standards des films socio naturalistes parisiens : les clopeurs et buveurs de vinasse des salons branchés de Gangnam côtoient difficilement/facilement (au choix) les petits gars pauvres déprimés de Paju qui se confondent dans un cache-cache atmosphérique. Les clichés en miroir des cinéphiles sont saufs. Ouf. De toute façon, l’habillage constitué de cette maigre histoire d’embrasement passionnel assez bête et ultra convenue importe peu, la preuve, on parle de grand film social, politique sur la désillusion des uns et des autres. Je me doutais bien que j’étais revenu en Occident en fait. :idea:


:D
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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Coxwell » 23 sept. 18, 21:30

Supfiction a écrit :
Coxwell a écrit :2h20 d’esthétisme boursoufflé et de narration plombée par un cahier des charges visant essentiellement à servir une sorte de compil’ d’exotisme factice pour festivalier occidental. Le film, qui n’a rien d’autre à dire, ne perturbera pas beaucoup les standards des films socio naturalistes parisiens : les clopeurs et buveurs de vinasse des salons branchés de Gangnam côtoient difficilement/facilement (au choix) les petits gars pauvres déprimés de Paju qui se confondent dans un cache-cache atmosphérique. Les clichés en miroir des cinéphiles sont saufs. Ouf. De toute façon, l’habillage constitué de cette maigre histoire d’embrasement passionnel assez bête et ultra convenue importe peu, la preuve, on parle de grand film social, politique sur la désillusion des uns et des autres. Je me doutais bien que j’étais revenu en Occident en fait. :idea:


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Je partage ma vie entre ici et l’Asie. J’habite une partie de l’année en Corée du S (et en Chine de temps à autre).

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Supfiction » 23 sept. 18, 21:36

Coxwell a écrit :
Supfiction a écrit :
Coxwell a écrit :2h20 d’esthétisme boursoufflé et de narration plombée par un cahier des charges visant essentiellement à servir une sorte de compil’ d’exotisme factice pour festivalier occidental. Le film, qui n’a rien d’autre à dire, ne perturbera pas beaucoup les standards des films socio naturalistes parisiens : les clopeurs et buveurs de vinasse des salons branchés de Gangnam côtoient difficilement/facilement (au choix) les petits gars pauvres déprimés de Paju qui se confondent dans un cache-cache atmosphérique. Les clichés en miroir des cinéphiles sont saufs. Ouf. De toute façon, l’habillage constitué de cette maigre histoire d’embrasement passionnel assez bête et ultra convenue importe peu, la preuve, on parle de grand film social, politique sur la désillusion des uns et des autres. Je me doutais bien que j’étais revenu en Occident en fait. :idea:


:D
Tu reviens d’où ?


Je partage ma vie entre ici et l’Asie. J’habite une partie de l’année en Corée du S (et en Chine de temps à autre).


Intéressant. Pourquoi « esthétisme boursoufflé«  ?
Sur le fond, j’ai compris que tu sous-entendais que bourgeois et prolos coréens ne se côtoient jamais. En fait j’ai pas tout compris. :mrgreen:

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Coxwell » 24 sept. 18, 06:03

Il y a effectivement, sous couvert de dépeindre une histoire sentimentale/passionnelle des plus convenues, le petit défilé de tous les standards et convenances sociales attendues à la lecture par un bon cinéphile d’ici. C’est à mon sens, typiquement le produit pour festival occidental où journalistes et critiques s’en prendront à cœur joie pour y trouver le magnifique sens naturaliste des codes politiques qui veulent bien y projeter.
Quant à l’esthétisme, bien au contraire des avis précédents, je le trouve au mieux complètement banal, au pire, grossier et poseur (non mais ...
Spoiler (cliquez pour afficher)
la symbolique du briquet, de la clope, de la serre ... pour aborder l’embrasement suscité par la passion et le tiraillement des êtres socialement tristes de ne pas être vraiment ce qu’ils font/auraient du ?
... non, ça ne passe pas, même sous couvert d’une pseudo sobriété de mise en scène).
On est loin de Zviaguintzev quant à la puissance quasi mystique de ses images (surtout Le Retour).

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Flol » 24 sept. 18, 17:18

Donc en gros, si on a apprécié ce film, c'est principalement parce qu'on ne connait rien à la Corée du Sud contrairement à toi ?
Quant à l'esthétisme supposé "boursouflé", je ne comprends toujours pas malgré tes explications.
Mais j'attends que G.T.O. vienne y rajouter son grain de sel. :D

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Arn » 24 sept. 18, 17:23

Si je n'ai pas détesté je suis néanmoins assez d'accord pour le côté assez poseur du film, ce qui a tendance à rallonger les séquences et nuire au rythme.

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Flol » 24 sept. 18, 17:26

Autant je peux le comprendre sur certains films où la mise en scène est comme "écrasante" (le dernier Zviaguintsev tiens, que j'ai pourtant adoré), mais avec Lee Chang-dong, ça ne m'a jamais fait ça.

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Re: Burning (Lee Chang-dong - 2018)

Messagepar Coxwell » 25 sept. 18, 10:16

Flol a écrit :Donc en gros, si on a apprécié ce film, c'est principalement parce qu'on ne connait rien à la Corée du Sud contrairement à toi ?
Quant à l'esthétisme supposé "boursouflé", je ne comprends toujours pas malgré tes explications.
Mais j'attends que G.T.O. vienne y rajouter son grain de sel. :D


C’est ce que j’ai écrit ? (Première partie de ta remarque)
Je trouve que l’esthétisme est poseur, hors sol, par rapport à la profondeur et la réalité supposée (très superficielle à mes yeux) du script.
Je pense simplement qu’il existe une forme de naturalisme cinématographique qui ne plait pas (pour des raisons tout fait justifiables en termes de mise en scène) en france ou dans environnements connus et qui peut être mieux perçu/accepté par une sorte d’exotisme maîtrisé du sujet. Et c’est probablement plus acceptable pour certains lorsque celui-ci singe les tendances du cinéma/cinéphiles occidentaux. Et cette sensation de cinéma hors sol ne me plaît pas. C’est probablement l’effet d’une certaine forme d’uniformisation liée à la mondialisation culturelle - et des attentes festivalières.