Notez les films d'aujourd'hui

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Coxwell
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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Coxwell » 17 mai 19, 04:46

bronski a écrit :Image

La prochaine fois je viserai le cœur (Cédric Anger - 2014) Un film glauque, désespéré, lui aussi tiré d'une histoire vraie, une sorte de Texas Chainsaw Massacre à la française, une variation du Locataire de Polanski. Guillaume Canet livre une prestation habitée, la photographie poisseuse retranscrit bien ce trou paumé de 1978, l'ensemble se laisse voir avec une sorte de fascination dérangée. Percutant.

Dieu seul sait si Canet est à côté de la plaque sur ce rôle (pour avoir connu le vrai personnage qu’il est sensé représenté). Tout est artificiel, complètement appuyé et platement narré. Une très grande déception.

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Profondo Rosso
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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Profondo Rosso » 4 juin 19, 02:57

Les Virtuoses de Mark Herman (1996)

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Au milieu des années 1990, dans le petit village de Grimley, dans le nord de l'Angleterre, des mineurs et leurs familles se battent contre la fermeture de leur mine dans le cadre du programme national de fermeture des houillères au Royaume-Uni. Parmi eux, un brass band qui manque d'espoir, conduit par Danny (Pete Postlethwaite). Ils sont partagés entre leur amour de la musique et leur espoir de participer à la finale du championnat national des brass bands, et la perspective de perdre leur travail et de voir leur communauté se disloquer.

Les Virtuoses s'inscrit avec The Full Monty dans ce courant de comédies douces-amères anglaise où un argument ludique et original permettait d'introduire un constat social fort quant au monde ouvrier anglais. Les deux films évoquent la situation alors sinistrée de deux industries anglaises sur le déclin -dont le cœur se situe au nord de l'Angleterre-, la métallurgie pour The Full Monty et minière dans Les Virtuoses. Le film est vindicatif envers la politique austère du Parti Conservateur pratiquée en Angleterre depuis l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 et poursuivie par John Major au moment de sa sortie en salle. Il se situe ainsi dans un ras de bol général qui contribuera à l'élection de Tony Blair en 1997. Le film s'inspire en partie de faits réels soit la vraie histoire du Grimethorpe Colliery Band, brass band de mineur au début des années 90 - et qui jouent d'ailleurs sur les séquences musicales du film.

Le contexte de l'histoire illustre en quelque la suite une décennie plus tard des révoltes minières violentes de 1984 où les ouvriers au prix de grands sacrifices avaient réussis à préserver leur industrie. La mine de Grimley se trouve de nouveau menacée de fermeture et les protagonistes, désormais usés (financièrement comme physiquement) par les luttes passées hésitent entre accepter la généreuse (et temporaire) prime de licenciement ou poursuivre le combat. Seul éclaircie dans cet environnement sinistre, la fanfare de l'usine menée par le patriarche Danny (Pete Postlethwaite) et le rêve d'accéder à la final du championnat national des brass band se déroulant dans la prestigieuse salle du Royal Albert Hall. Le récit tisse un portrait vrai et attachant d'un groupe de personnage au bord du gouffre moralement, financièrement comme psychiquement. Stephen Tompkinson livre notamment une magnifique prestation en clown triste constamment au bord de la rupture, Pete Postlethwaite est tout aussi poignant en vieux roc agrippé au groupe en ultime objectif, et également Ewan McGregor en jeune aux abois. L'humour et l'habile répétition de situations (ce père de famille croisant tous les jours sa femme allant militer pour le maintien de l'usine quand lui n'en a plus la force) dessinent cet arrière-plan sinistre que seul les séquences musicales viennent enluminer. Celles-ci ne sont pas si nombreuses et pas toujours filmées avec inventivité par Mark Herman. Il réserve l'emphase de ces passages pour les moments clés et on retiendra la magnifique scène qui introduit Gloria (Tara Fitzgerald) à la trompette, moment prodigieux qui nous envoute par la magie du Concerto d'Aranjuez de Joaquin Rodrigo et la communion captée du brass band. L'autre grand moment tient plus à l'émotion de la scène lors du final où est joué le plus connu Guillaume Tell de Rossini.

Le film tient idéalement un équilibre fragile entre pessimisme profond lié au contexte qui ne déviera pas de sa trajectoire, et un optimisme représenté par la vigueur intacte des protagonistes, idéalisé dans la conclusion (l'intégrité de Gloria) mais surtout vibrant d'authenticité à l'image du discours final de Pete Postlewaite. Ce dernier porte le film à bout de bras, à la fois exalté et incroyablement crédible en mineur prématurément vieilli et usé (alors que l'acteur avait tout juste la cinquantaine). Toujours aussi actuel et touchant. 4,5/6

Franchement hypnotisé par ce passage


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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Mama Grande! » 24 juil. 19, 06:49

Demolition (Jean-Marc Vallée, 2015)

Un sujet intéressant et une approche originale qui font que j'aurais aimé apprécier ce film. Malheureusement, les audaces du montage finissent par prendre le pas sur le fond. Et le dénouement laisse une impression d'inachevé, de banalité qui se marie mal avec l'ensemble. Reste un sympathique duo d'acteurs: Jake Gyllenhaal et Naomi Watts, que l'on a toujours plaisir à retrouver.

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Zelda Zonk
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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Zelda Zonk » 8 août 19, 08:44

Coming Home [Yimou Zhang- 2014] : 8/10


Découvert hier soir sur Arte. Remarquable en tous points, notamment dans les idées de scénario (la scène du piano, celle de la lecture des lettres) et la sensibilité à fleur de peau qui se dégage de chaque scène et des deux acteurs principaux. Et quel superbe plan final !

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Profondo Rosso
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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Profondo Rosso » 22 oct. 19, 00:58

The Celluloid Closet de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1995)

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L'homosexualité vue a travers cent ans de cinéma hollywoodien. Pour les auteurs "The Celluloid Closet" montre comment notre attitude envers l'homosexualité et notre perception des rôles des deux sexes ont évolue au cours de ce siècle.

En 1981 l'historien du cinéma et militant LGBT Victor Russo publie The Celluloid Closet, livre somme sur l'évolution de la représentation de la communauté gay au cinéma. Disparu prématurément en 1990 du sida, Russo voit pourtant son ouvrage connaître une seconde vie à travers un documentaire éponyme produit par HBO. Le film à l'avantage d'illustrer les thématiques du livre à travers de nombreux extraits de films, agrémentés d'intervenants actifs durant l'âge d'or hollywoodien et alors encore vivants pour témoigner du contexte social et créatif d'alors. L'autre apport (même si limité en découvrant le film aujourd'hui) et d'étendre la réflexion à l'aune de productions contemporaines marquantes comme l'emblématique Philadelphia de Jonathan Demme (1993).

Dès les premiers pas du cinéma une certaine caricature du gay s'impose à l'écran à travers des attitudes maniérées exacerbées, source de moquerie ou de honte pour les figures masculines auxquelles on l'associe malgré elles (avec un extrait parlant d'un Charlot ou embrassant une femme déguisé en homme, il est pris pour un homo). Le contexte hollywoodien permissif des années 20 et début des années 30 permettait une exposition, même caricaturale qui n'aura plus cours avec l'instauration du Code Hays. La figure gay est alors délestée de sa dimension sexuelle trop explicite mais est aisément repérable à travers les différents clichés en faisant un benêt asexué (Edward Everett Horton souvent associé à cela présent dans une séquence) ou un précieux associé aux tâches "féminines" notamment dans le monde de la mode. La bêtise des censeurs autorise pourtant de grandes audaces en se montrant suffisamment fin pour les créateurs les passages et personnages explicite se retrouve dans des séquences audacieuses, la Mrs Danvers de Rebecca (1940) en tête.

Sans que le mot tabou ne soit prononcé, les années 50 constituent une décennie schizophrène où les protagonistes gay sont plus explicitement identifiables tout en se heurtant au modèle macho outrancier d'alors. C'est notamment le cas dans le portrait d'une jeunesse torturée dans La Fureur de vivre (1955) avec Sal Mineo, ou encore du héros de Thé et sympathie de Vincente Minnelli (1956). On s'amuse même de moment purement ubuesques lorsque dans Confidences sur l'oreiller (1959), Rock Hudson (dont on connaîtra l'homosexualité bien plus tard) joue un hétéro mimant des attitudes gay pour séduire Doris Day réticente à ses attitudes viriles. Les années 60 osent enfin nommer les choses mais avant tout pour faire des homo des figures tragiques punies pour leur honteux penchants. C'est donc La Rumeur de William Wyler (1961), Le Détective de Gordon Douglas (1968) ou du côté anglais Victim (1961) de Basil Dearden qui noient l'audace de leur nature explicite dans des conclusions dramatiques où l'homosexualité reste une tare dont on va payer le prix.

Les années 70 font passer le gay de victime sacrificielle à figure du mal avec là encore des extraits gratinés (Vanishing Point (1971) et ses auto-stoppeurs agresseurs, on peut ajouter même si pas dans le doc le Scorpio d'Inspecteur Harry (1971) ou les tueurs à gage du James Bond Les Diamants sont éternels (1971)) qui autorisent donc la destruction rassurante de image négative notamment dans une scène stupéfiante du polar Les Anges Gardiens (1974). Le documentaire est succinct pour évoquer les années 80 même si chaque extrait est parlant pour montrer la disparition progressive de la culpabilité pour une approche plus aimante et frontale dans Les Prédateurs (1983) de Tony Scott ou le méconnu Making Love (1982) de Arthur Hiller. Elément intéressant, le film montre bien l'acceptation de plus grande de vision explicite de l'amour lesbien que de l'homosexualité masculine. L'imagerie lesbienne titille le fantasme hétéro masculin et peut être excitante en plus d'un "naturel" plus évocateur pour des femmes dans l'abandon. Au contraire cela s'avère dérangeant ces situations semble ôter leur virilité aux protagonistes masculin, la vision même de leurs ébats perturbant le public (la description de la réaction d'une salle aux scènes d'amour de Making Love). Les témoignages des différents artistes (du monde du cinéma et de l'art en général) sont très complémentaires, soulignant leur difficulté à se reconnaître mais aussi la soif de se voir représenté même de façon péjorative pour avoir le sentiment d'exister dans la société. Très intéressant donc même si on s'étonnera de l'absence d'œuvre emblématiques comme le très queer Sylvia Scarlett de George Cukor (1935) ou encore le décomplexé Faut-il tuer Sister George ? de Robert Aldrich. Une version révisée à l'aune des deux dernières décennies serait intéressante à faire. 5/6

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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Profondo Rosso » 1 mai 20, 01:53

Columbus de Kogonada (2017)

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Alors que son père est dans le coma, Jin se retrouve coincé dans une curieuse ville du Midwest renommée pour ses immeubles disparates et modernes. Bien qu’il ne s’intéresse pas particulièrement à l’architecture, Jin se prend d’amitié pour Casey, une jeune femme pleine de vie travaillant à la bibliothèque municipale et férue d’architecture, qui lui montre les merveilles de la ville. Avec une intimité curieuse, Jin et Casey explorent tour à tour la ville et leurs émotions conflictuelles...

Columbus est un beau premier film qui travaille l'idée de l'écho entre notre environnement et nos sentiments (et inversement) à travers l'architecture. L'histoire se déroule dans la ville américaine de Columbus, réputée justement pour sa tradition d'architecture singulière entre vestiges passés et modernité. C'est à que vont se rencontrer la jeune Casey (Haley Lu Richardson) et Jin (Cho). Elle vit à Columbus quand lui y est de passage pour rester au chevet de son père hospitalisé et dans le coma. Leur rapport à l'architecture servira de révélateur à leur maux intime. Jin s'y désintéresse, cela reflétant les rapports conflictuels avec son père éminence universitaire en la matière. A l'inverse cette passion pour l'architecture est née chez Casey d'un moment de sa vie difficile vis à vis de sa mère avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle. Ces informations se révèleront par le dialogue quand les deux protagonistes se connaîtront mieux mais Kogonada le laisse deviner bien avant par sa mise en scène, par le rapport à l'espace des personnages.

Les plans fixes sur le corridor de la maison de Casey montre le lien étroit, étouffant avec sa mère, celle-ci n'ayant de cesse d'échapper à cet espace commun ou de s'y introduire seulement quand sa fille en est absente. Jin loge dans la chambre d'hôtel vacante de son père et semble étouffé par la personnalité de l'absent qui baigne les lieux, et Kogonada le fait plusieurs fois légèrement sortir du cadre pour laisser s'exprimer sa personnalité (comme lorsqu'il passera un coup de fil professionnel et que l'on ne verra que ses jambes). Ce rapport à l'espace (et donc aux parents) évoluent lorsque Casey et Jin se lient d'amitié et qu'elle lui fait découvrir ses bâtiments préférés de la ville. Dès la première scène de ce type, c'est le lien émotionnel à la bâtisse qui s'impose. Casey débute un speech érudit façon guide touristique mais Jin l'interrompt, lui demandant de lui dire ce qui la touche personnellement dans ce lieu. La scène prend alors un tour plus abstrait, une musique planante et un plan fixe sur Casey exprimant son intérêt suffisant grâce à ses expressions pour faire comprendre ce qui l'émeut, ou en tout cas le fait qu'elle soit émue par ce qu'elle voit. Chaque nouvel immeuble, cathédrale ou autre école sera donc l'occasion de confessions de plus en plus intimes, parfois de confits mais au final d'ouverture et de prise de conscience de chacun au niveau de sa vie.

Kogonada façonne des cadres minutieux jouant un constant va et vient entre gigantisme et intimiste, entre Histoire des lieux et histoire des personnages. On baigne dans une douceur contemplative et introspective où le travail sur les silences est essentiel. La ville de Columbus est magnifiquement mise en valeur, alternant l'imagerie traditionnelle à la Norman Rockwell et une imposante modernité où s'invite aussi une poésie plus naturaliste. La structure même de certains bâtiment sert la dramaturgie du récit (cette baie vitrée où Casey espionne sa mère et la voit éviter ses appels) où nourrit l'évolution et la réflexion des personnages comme la tirade de Jin sur la structure d'un hôpital psychiatrique. L'interprétation est au diapason avec John Cho tout en douleur contenue, et surtout une lumineuse Haley Lu Johnson qui fissure subtilement son allure première de jolie girl next door. Un très beau film qui rend vraiment curieux de a suite de la carrière de Kogonoda. 5/6

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Zelda Zonk
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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Zelda Zonk » 2 mai 20, 23:37

bronski a écrit :Image

A Most Violent Year (J.C. Chandor - 2014) De Chandor j'avais vu Margin Call, qui plaçait déjà la barre très haut, mais là le réalisateur pulvérise les records d'excellence. Comment ne pas penser au Parrain de Coppola, la même majesté dans le rythme et dans la construction filmique, la musique tout en retenue, la photographie en clair-obscur et en ombres cachées. Enfin les deux acteurs, Oscar Isaac et Jessica Chastain, sont éclatants et absolument maîtres de leur personnage. Tout est à la fois limpide et énigmatique, et on est toujours autant fasciné par cette qualité américaine appliquée dans tous les domaines et dans chaque détail. Épatant.


Je souscris à tous ces points. Ce qui est étonnant, en particulier, c'est que c'est un film quasiment exempt de scènes d'action (une rareté pour un film de mafia) et pourtant tendu comme un arc en termes de tension.

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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Mama Grande! » 6 mai 20, 14:29

La Vie scolaire, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Une très bonne surprise. Cette histoire de CPE de province débarquant en Seine Saint Denis dans un collège de ZEP était un réservoir à clichés de tout genre et, oh surprise, ça passe. Oui, on retrouve les deals de shit, le gamin perdu mais plein de capacités qui a besoin qu'on lui donne confiance en lui... mais tout sonne juste grâce au naturel de ses interprètes. Que ce soit les élèves ou le personnel éducatif, ils sont tous incroyablement naturels. Un bon film.

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Re: Notez les films d'aujourd'hui

Messagepar Jeremy Fox » 6 mai 20, 14:34

Mama Grande! a écrit :La Vie scolaire, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Une très bonne surprise. Cette histoire de CPE de province débarquant en Seine Saint Denis dans un collège de ZEP était un réservoir à clichés de tout genre et, oh surprise, ça passe. Oui, on retrouve les deals de shit, le gamin perdu mais plein de capacités qui a besoin qu'on lui donne confiance en lui... mais tout sonne juste grâce au naturel de ses interprètes. Que ce soit les élèves ou le personnel éducatif, ils sont tous incroyablement naturels. Un bon film.


Patients était déjà très bon ; si tu en as l'occasion.