Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

Avatar de l’utilisateur
Dunn
Réalisateur
Messages : 6931
Inscription : 20 août 09, 12:10
Localisation : Au pays des merveilles

Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2011)

Messagepar Dunn » 29 févr. 12, 19:44

Martha Marcy May Marlene

Image

Résumé:
Une fille devenue paranoïaque, après avoir vécu au sein d'une secte et s'y être échapée, est hantée par d'horribles souvenirs alors qu'elle tente de se réintégrer chez sa soeur et son beau-frère...

Image

Risque de SPOILER
L'intérêt du film n'est justement pas de montrer une secte avec tous ses clichés, mais de nous transporter dans l'esprit d'une personne qui vient d'y échapper.Martha Marcy May Marlene (interprétation excellente de Elizabeth Olsen), peu importe le prénom (et c'est tout l'art non seulement de l'affiche très jolie, mais aussi du film de nous suggérer les multiples personnalités de ce personnage) prend subitement la décision d'appeler sa soeur sans que l'on sache réellement pourquoi a-t-elle quitté cette fameuse secte.Celle-ci nous est dépeinte sous la forme d'une vieille ferme entretenue par un groupe dirigé par un gourou à la fois sage,subtile et quand il le décide,véritable meneur stratégique implacable (excellent acteur John Hawkes).Et on ne sera jamais non plus pourquoi Martha y est rentré.Cela n'intéresse pas le réalisateur et tant mieux, car toute la force du film se joue sur la réelle psychologie de ce personnage emprisonné par l'esprit de cette secte.Prise au piège, docile (certaines scènes très subtiles pourtant ont une force tétanisante), elle retrouvera difficilement sa personnalité et sa sociabilité auprès de sa soeur et de son beau-frère qui essaye tant bien que mal de l'aider.

La réalisation est magnifique, soignée déjà par une très belle photographie, des plans choisis avec quelques lent travellings et quelques fondus au noir notamment un très long et intéressant.Mais ce que j'ai apprécié, c'est cette façon d'utiliser les flashbacks dans le récit.Martha est chez sa soeur, mais par des jeux de mise en scène, le réalisateur insère ses flashbacks lorsque Martha vivait à la ferme avec subtilité et intelligence (la scène de la gifle lors de la préparation d'un repas par exemple).Surprenante dans sa façon de voir l'état d'esprit de cette personne possédée, le spectateur accueil celle-ci comme sa soeur qui cherche désespérément à comprendre son problème et la voit chez elle dans des situations qui la dépasse complètement (lorsque par exemple Martha n'arrivant pas à dormir seul, possédée de dormir avec son gourou, se réfugie sur le lit de sa soeur en train de faire l'amour).Bouleversante dans ses quelques scènes où le groupe s'infiltre dans des maisons pour voler, dans un cambriolage qui dérape dans le sang.La scène est surprenante car on ne se doute pas de ce qu'il va arriver.Pleine de métaphore également lorsque Martha filmé en extérieur avec sa soeur à travers une baie vitrée et que le téléphone sonne fort à l'intérieur du point de vue du spectateur-caméra, le cadre servant uniquement de séparation, l'emprisonnement mais surtout la volonté de quitter et d'oublier cette secte se retrouve ainsi encore plus imagé.

Ce n'est pas un hasard si j'ai mis ces deux photos entre mon texte, Martha est à la fois "attendrit" et "soigné" par sa soeur et son gourou.Le film ne cherche pas à démontrer que la secte est un cas spécial et isolée.En preuve cette excellente exemple, lorsqu'à table le beau-frère de Martha, architecte stressé par son travail, "possédé" par la société , désire vivre tranquillement en France mais dit qu'il ne peut pas, alors que sa belle-soeur lui démontre que c'est juste parce qu'il est conditionné par cette société qu'il a choisit.Notre société moderne n'est-elle pas elle même une secte? Martha est-elle aussi "possédée" que son beau-frère? Vaste débat mais en tout cas le film pose beaucoup de questions dans ce sens.

Un dernier mot sur le film qui m'a beaucoup fait penser à Sleeping Beauty que j'avais défendu.La réalisation comme le personnage principal ont des points communs: libre arbitre assumé, situation anormale, personnage emprisonné et possédé par son choix.
Un film tout aussi splendide.
8,5/10

Image
Dernière édition par Dunn le 29 févr. 12, 23:30, édité 1 fois.

Avatar de l’utilisateur
Thaddeus
Ewok on the wild side
Messages : 5153
Inscription : 16 févr. 07, 22:49
Localisation : 1612 Havenhurst

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Thaddeus » 29 févr. 12, 22:54

Le rôle du gourou hypnotique n'est pas tenu par Christopher Abbott mais par l'excellent John Hawkes, dont on a pu apprécier la présence magnétique dans certains films ces dernières années, notamment Winter's Bone.

Je partage ton enthouasiasme pour cet objet déstabilisant et vénéneux, entêtant comme un mauvais songe, dont je redoutais les atours un peu trop calibrés (le côté Sundance) mais qui finalement évite à peu près tous les écueils dans lesquels il aurait peu tomber. Anxiogène, c'est le premier qualificatif qui me vient. Sean Durkin distille l'angoisse au compte-gouttes, à travers une mise en scène tranquillement étouffante, une construction travaillée sans être ostentatoire, et donne à ressentir la désorientation d'une héroïne peinant à sortir de l'emprise psychique dans laquelle elle s'est laissée enfermer à son insu. De ce point de vue, le programme est aussi minimal que rigoureux, analysant les mécanismes d'un asservissement et la manière particulièrement insidieuse dont un être fragilisé, en quête de nouvelles aspirations, peut tomber sous la coupe d'un leader charismatique. On sent que Durkin connaît ses gammes, qu'il a étudié le cinéma de Polanski, mais la manière dont il enferre son personnage et le spectateur dans un troublant suspense schyzo-parano force l'admiration, par son sens du paysage sonore, par ses intitutions visuelles, par la précision d'un cadre à la fois inquiétant et cotonneux. Beaucoup aimé aussi comment la sensibilité perce sous l'angoisse, à travers l'interprétation intense de M. E. Olsen évidemment, mais aussi à travers la relation entre les deux soeurs : l'une constamment à l'écoute de l'autre, à la recherche du secret à percer, de la révélation à verbaliser. Cette quête obstinée, difficile, pas forcément concluante d'ailleurs, confère une émotion prégante à la trajectoire opérée par le récit. La silhouette blanche qui se dessine lors de la séquence finale parachève la dimension à la fois fantasmatique et inquiétante de cet excellent film.

Avatar de l’utilisateur
Dunn
Réalisateur
Messages : 6931
Inscription : 20 août 09, 12:10
Localisation : Au pays des merveilles

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Dunn » 29 févr. 12, 23:29

Désolé pour l'erreur de l'acteur c'est corrigé.Quand à ton analyse je la trouve totalement juste et il est vrai que la fin donne une image d'un fantôme continuellement présent dans son esprit comme dans sa réalité.

Avatar de l’utilisateur
Nestor Almendros
Déçu
Messages : 19382
Inscription : 12 oct. 04, 00:42
Localisation : dans les archives de Classik

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Nestor Almendros » 1 mars 12, 00:14

Je vous rejoins sur l'excellente qualité du film. Ma note est à peine rabaissée à cause de certains moments qui peuvent frôler l'ennui. A part ces légères déconvenues, je trouve le scénario vraiment intéressant dans la description d'une âme souillée et traumatisée sans qu'elle s'en rendre compte, perdue désormais entre deux conceptions du monde qu'elle n'arrive pas suffisamment à distinguer, ou plutôt à opposer (toujours attirée qu'elle est par cette expérience, à la limite d'un syndrome de Stockholm).
Mais surtout, j'ai adoré la mise en scène, le style, le montage, l'approche presque planante, en tout cas lente et douce qui contraste avec la violence psychologique sous-jacente (et insoupçonnée pour l'héroïne). Sean Durkin: on n'a pas fini d'en entendre parler!

riqueuniee
Mogul
Messages : 10077
Inscription : 15 oct. 10, 21:58

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar riqueuniee » 3 mars 12, 16:07

Deux révélations dans ce film : celle d'une actrice, Elizabeth Olsen, et celle d'un auteur , Sean Durkin. En particulier, les allers-retours entre le présent le passé de Martha/Marcy etc... dans cette communauté (j'hsésite à parler de secte)sont remarquablement négociés, tant en ce qui concerne la construction scénaristique que la mise en scène.
Le film décrit vraiment bien le mécanisme d'embrigadement (ou de fascination ), et les dégâts provoqués (psychologiquement parlant), quoiqu'on ne sache pas vraiment ce qui a conduit l'héroïne à se retrouver là (sans doute , au vu des réactions de la soeur et du beau-frère, a-t-elle voulu fuir un milieu familial jugé conformiste et/ou étouffant). On peut se demander d'ailleurs si elle n'était pas déjà très fragile psychologiquement avant de rencontrer ce groupe. (et donc une proie facile).

Avatar de l’utilisateur
Gounou
au poil !
Messages : 9762
Inscription : 20 juil. 05, 17:34
Localisation : Lynchland

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Gounou » 3 mars 12, 23:39

Ce que j'ai vu de plus fort depuis ce début d'année, tout simplement. J'y reviendrai probablement plus tard mais dès les premiers plans et leur apparente quiétude, renforcée par une photo douce et diaphane, j'ai été saisi par un malaise qui ne m'a jamais quitté et qui s'est diffusé sans fausse note et sans facilité jusqu'au dernier plan. Pour un premier film, c'est vraiment étonnant de maîtrise et de maturité jusque (et surtout) dans ce que le film ne met pas en lumière.
Image

Avatar de l’utilisateur
G.T.O
Egal à lui-même
Messages : 4051
Inscription : 1 févr. 07, 13:11

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar G.T.O » 4 mars 12, 10:24

Bon, le G'nou tu m'as décidé, j'y vais.

Avatar de l’utilisateur
Gounou
au poil !
Messages : 9762
Inscription : 20 juil. 05, 17:34
Localisation : Lynchland

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Gounou » 4 mars 12, 11:03

G.T.O a écrit :Bon, le G'nou tu m'as décidé, j'y vais.

Sans ça, je te l'aurais effectivement conseillé. :wink:
Image

ballantrae
Accessoiriste
Messages : 1832
Inscription : 7 déc. 10, 23:05

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar ballantrae » 4 mars 12, 11:29

Tout aussi alléchant que shotgun stories il y a qqs années: vivement cette séance!!!
Je n'ai pas necore vu Winter's bone mais vais me le procurer .

Avatar de l’utilisateur
Flol
smells like pee spirit
Messages : 42475
Inscription : 14 avr. 03, 11:21

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Flol » 4 mars 12, 15:16

Gounou a écrit :dès les premiers plans et leur apparente quiétude, renforcée par une photo douce et diaphane, j'ai été saisi par un malaise qui ne m'a jamais quitté et qui s'est diffusé sans fausse note et sans facilité jusqu'au dernier plan. Pour un premier film, c'est vraiment étonnant de maîtrise et de maturité jusque (et surtout) dans ce que le film ne met pas en lumière.

Idem : un film étonnant, distillant avec une incroyable maîtrise un sentiment de malaise qui imprègne tout le film, jusqu'à cette scène finale ambigüe.
Et la jeune Elizabeth Olsen risque d'avoir une carrière un poil plus intéressante que celles de ses 2 soeurs...

Avatar de l’utilisateur
Joe Wilson
Entier manceau
Messages : 5463
Inscription : 7 sept. 05, 13:49
Localisation : Entre Seine et Oise

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Joe Wilson » 8 mars 12, 00:35

Superbe film...Durkin dévoile une souffrance retenue, intériorisée avec beaucoup de douceur et de délicatesse. Elizabeth Olsen exprime par l'ambiguité de son regard un trouble, un mystère, une absence à soi-même. Le film pose beaucoup de questions et laisse des ouvertures, même si une tristesse et une sensation d'incompréhension figent toute tentative de cerner l'intimité. Les crispations et la pesanteur d'un corps esquissent un malaise qui ne peut se dissiper tant celui-ci est lié à un passé évanoui et insaisissable. Et dans ces conditions, la jeune femme cherche une personnalité fragmentée qui ne lui permet pas de se projeter vers l'avant.
John Hawkes livre également une interprétation remarquable, et j'ai été particulièrement touché par sa reprise de Jackson C. Frank.
Image

Avatar de l’utilisateur
Bavhna
Assistant(e) machine à café
Messages : 139
Inscription : 10 janv. 08, 16:02

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Bavhna » 9 mars 12, 22:57

Grands moments cannois :cry: Sortent dans le même temps OSLO 31 AOUT et ELENA (ce dernier étant en passant probablement le meilleur film de l'année après Melancholia) aussi percutants projetés dans le cadre de cette sélection sensiblement unique et généreuse que ce Certain Regard...Reste ARIRANG du sud coréen Kim Ki Duk...
Image Image

Avatar de l’utilisateur
Demi-Lune
Bronco Boulet
Messages : 13023
Inscription : 20 août 09, 16:50
Localisation : Avec Dr. Jones dans une pièce qui se rétrécit à vue d'oeil

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Demi-Lune » 22 mars 12, 09:41

Désolé de venir tempérer tous ces enthousiasmes. :mrgreen:
Je dois avouer que le film m'a beaucoup ennuyé. La volonté d'épure se traduit, certes, par une narration subtile dans ses enchaînements et ses suggérés (le film ne prend pas le spectateur pour un con, il fait confiance à son intelligence pour interpréter ce qu'il laisse en pointillés), mais le rythme m'a personnellement semblé tirer plus que de raison vers la contemplation auto-satisfaite. Dans la partie "présente" les plans durent souvent des plombes et cachent mal, à mes yeux, une certaine vacuité dans la mesure où je n'ai pas toujours ressenti le malaise viscéral qui est censé guider l'existence des séquences dans la maison au bord du lac. Ma perplexité se situe dans le fait que le parti-pris de l'épure est à double-tranchant : l'art du non-dit ne dissimule-t-il pas une difficulté de la part de Durkin à se saisir à bras le corps d'une thématique éminemment complexe ? Notamment, l'emprise psychologique que fait régner Patrick n'est pas tellement définie, elle est posée comme une donnée, un fait (qui lui permet de venir violer, etc). Or comment comprendre l'endoctrinement de Martha et son lavage de cerveau si l'on ne se frotte pas frontalement aux méthodes de fascination dégagées par cet homme ? Deux petites phrases pseudo philosophiques assénées comme vérité absolue de temps en temps, et ça suffit à faire basculer l'esprit d'un individu et lui faire accepter toutes sortes de choses ? Mouaif. Pour en revenir à la partie "présente", il y a de bonnes choses (l'engueulade à table, l'urine, Martha allant dans la chambre de sa sœur...) mais elles m'ont paru gâchées la plupart du temps par ce dispositif finalement assez prévisible voire légèrement superficiel... J'espérais peut-être autre chose vis-à-vis de la thématique de retour à la vie normale quand on a échappé à une secte. Il faut dire que si, objectivement, Elizabeth Olsen s'acquitte remarquablement de sa tâche, subjectivement j'ai eu un peu de mal avec elle. C'est dans les retours vers le passé que Martha Marcy May Marlene m'a semblé le meilleur (enfin, si je puis dire, vu la teneur de l'histoire), m'attrapant à la gorge dans un cauchemar déphasé et incroyablement malsain (je ne le connaissais pas mais les apparitions de John Hawkes sont tétanisantes). Le début, avec la fuite de Martha, ou la visite de la maison qui dégénère, dégagent une oppression insoutenable. Malheureusement la fin en jus de boudin conclue un propos qui aura décidément peiné à me convaincre.

Avatar de l’utilisateur
El Dadal
Cadreur
Messages : 4176
Inscription : 13 mars 10, 01:34

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar El Dadal » 22 mars 12, 11:46

Demi-Lune a écrit : (je ne le connaissais pas mais les apparitions de John Hawkes sont tétanisantes)

C'est un des character actors que j'aime le plus dans le ciné US. Et ça remonte à Une Nuit en enfer! :mrgreen:
Image

Avatar de l’utilisateur
Colqhoun
Qui a tué flanby ?
Messages : 33320
Inscription : 9 oct. 03, 21:39
Localisation : Helvetica

Re: Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin - 2012)

Messagepar Colqhoun » 22 mars 12, 12:14

Il est aussi le meilleur atout de WINTER'S BONE, sorti l'année dernière.
"Give me all the bacon and eggs you have."