Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Watkinssien
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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Watkinssien » 13 mai 11, 08:21

G.T.O a écrit : Il serait peut-être temps de se mettre à la retraite, hein Woody !!!



Rien que cette phrase me donne encore plus envie d'aller voir le film...
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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Flol » 13 mai 11, 14:05

Major Tom a écrit :Owen Wilson est génial sinon.

Comme toujours.

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Boubakar
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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Boubakar » 13 mai 11, 14:07

Ratatouille a écrit :
Major Tom a écrit :Owen Wilson est génial sinon.

Comme toujours.

Pas dans Shangai Knights.

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Flol » 13 mai 11, 14:08

Pas vu, mais il est quand même génial dedans.

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Demi-Lune » 13 mai 11, 14:12

Boubakar a écrit :
Ratatouille a écrit :
Major Tom a écrit :Owen Wilson est génial sinon.

Comme toujours.

Pas dans Shangai Knights.

Ni dans Anaconda le prédateur.

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MJ
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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar MJ » 14 mai 11, 13:49

Difficile de distinguer à un moment dans quelle mesure la lourdeur de la reconstitution est volontaire (Heminghway ça passe, Adrian Brody et la séquence surréaliste c'est déjà plus limite)... Sinon c'est un film charmant, je le dis sans condescendance, quoique loin du panache qu'on pouvait trouver à la Rose Pourpre du Caire (pourtant loin d'être mon Woody favori). Un petit parfum d'Ariane de Wilder (la filature, le Paris reconstitué) pour une fable assez intelligente sur la perpétuelle insatisfaction du présent - même si le film aurait gagné à ne pas expliciter la morale par le personnage. L'amertume qui point derrière les reconstitutions -faussement- ravissantes est mieux intégrée que dans la conclusion "heureux les simples d'esprit" de son précédent opus.

Ah, et le boycottage du film auquel appelle Guédiguian est l'indignation la plus mal placée depuis celle de Ken Loach vis-à-vis du cinéma israélien. Le film n'épargne d'ailleurs pas beaucoup la suffisance et l'étroitesse d'esprit de ces ultra-riches qui se comportent en vacances comme en terrain conquis.
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Watkinssien » 14 mai 11, 18:04

MJ a écrit :.

Ah, et le boycottage du film auquel appelle Guédiguian est l'indignation la plus mal placée depuis celle de Ken Loach vis-à-vis du cinéma israélien.


Guédiguian est stupide, voire ridicule sur ce coup-là...
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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar riqueuniee » 14 mai 11, 18:08

j'aime bien Guédiguian, je ne me sens pas trop éloignée de ses idées (même si je ne les partage pas toutes), mais je trouve qu'il a perdu là une belle occasion de se taire.
Par ailleurs, Allen avait déjà épinglé les ultra conservateurs dans Tout le monde dit I love you, où le fils de cette famille très libérale (au sens anglo-saxon du terme) affichait des opinions très conservatrices suite à un problème au cerveau...
Dernière édition par riqueuniee le 15 mai 11, 18:01, édité 1 fois.

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Flol » 15 mai 11, 17:40

Un film plaisant et gentiment nostalgique (j'aime bien l'idée selon laquelle les périodes passées nous semblent toujours mieux que celle que l'on vit), et visuellement splendide (superbe photo ôcre de Khondji).
Mais ça ne va hélas pas beaucoup plus loin que ça : c'est simplement charmant, ça n'a pas la puissance évocatrice de La Rose Pourpre du Caire (étant donné qu'on le compare principalement à celui-là), même s'il faut tout de même reconnaître qu'il est difficile de ne pas s'amuser face à ce ludique défilé d'artistes.
En revanche, le perso interprété par Rachel McAdams est l'un des plus insupportables que j'ai vus au ciné ces dernières années...:|

7/10

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar riqueuniee » 16 mai 11, 16:30

Pour moi, un des meilleurs Woody Allen depuis longtemps. Artificiel ? Un peu, mais c'est une artificialité assumée. Allen se débarasse d'ailleurs très vite du côté "carte postale" avec les vues de Paris (et environs) au début du film. Vues d'ailleurs très belles (mention à celle du passage qui est à peu près en face de l'UGC Danton -qu'on voit juste avant). Pour le reste, cette plongée dans le Paris des années 20 (un Paris fantasmé et non vraiment réaliste) est très réussie. Il y a bien sûr un petit côté "défilé de têtes", mais pas plus que dans un film de Guitry !
Si le film ne comporte pas excessivement de "répliques qui tuent", il est très spirituel. Allen se permet même un trait burlesque digne de ses premiers films avec le sort du détective.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Celui-ci se retrouve à Versailles au XVIIème siècle, poursuivi par des gardes !

Et la dernière scène avec Marion Cotillard n'est pas exempte d'un côté doux-amer.
Excellente interprétation.
Je ne sais pas si ça a déjà été dit, mais Owen Wilson est un véritable double du cinéaste, adoptant même sa façon de jouer.

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Flol » 16 mai 11, 16:58

Attention, tu spoiles un peu riqueiniuennee.

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Miss Nobody » 16 mai 11, 16:59

riqueuniee a écrit :Je ne sais pas si ça a déjà été dit, mais Owen Wilson est un véritable double du cinéaste.


C'est le cas avec quasiment tous les acteurs remplaçant le cinéaste dans les films où celui-là ne joue pas, en fait. :idea:
Mais dans Midnight in Paris, on sent effectivement Woody Allen très proche de son personnage. Dans un entretien pour Télérama, il avoue même qu'il aurait aimé le jouer lui-même, si son âge l'avait permis.
Malgré tout, j'ai trouvé que le jeu d'Owen Wilson ne virait jamais à l'imitation. Mieux encore, sa nonchalance rend le personnage plus attachant et paisible que l'habituel Woody nerveux qui déverse des flots de paroles avec ce débit impressionnant (un personnage qui quelque fois m'agace, malgré tout l'affection que j'ai pour le réalisateur).

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Flol » 16 mai 11, 17:03

Miss Nobody a écrit :Malgré tout, j'ai trouvé que le jeu d'Owen Wilson ne virait jamais à l'imitation. Mieux encore, sa nonchalance rend le personnage plus attachant et paisible que l'habituel Woody nerveux qui déverse des flots de paroles avec ce débit impressionnant (un personnage qui quelque fois m'agace, malgré tout l'affection que j'ai pour le réalisateur).

C'est là tout le génie de cet acteur parfait. 8)
Alors que c'est un écueil dans lequel étaient tombés Kenneth Branagh (insupportable dans Celebrity) et Jason Biggs (plutôt sympa dans Anything Else).

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Strum » 16 mai 11, 17:16

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Attention spoilers

Pour Woody Allen, il en est des villes comme des films : ce sont des portes d’accès à des rêves, à une vision fantasmée ou souhaitée du monde. Jadis, c’est Manhattan qui offrait à Allen ses canyons urbains et sa silhouette de ville debout face à l’océan, et lui inspirait dans Manhattan ou Annie Hall une représentation largement imaginaire de New York, qui lui attira les foudres de certains critiques américains d’alors rétifs aux représentations par trop irréelles du monde.

Après plusieurs autres villes européennes, c’est au tour de Paris de fournir à Allen le cadre de ses rêveries. Un Paris bien sûr méconnaissable pour qui l’habite, vidée de son atmosphère réelle, de sa substance matérielle et de ses aspérités, mais c’est aussi la marque d’un grand cinéaste comme Woody Allen que de parvenir à substituer à la réalité (ici Paris, là New York) l’atmosphère si particulière de ses films. Et puis, Woody ne nous trompe pas sur l’image irréelle qu’il souhaite donner de Paris, la série de plans en forme de cartes postales ouvrant Minuit à Paris au son de Sydney Bechet annonçant d’emblée la couleur. C'est son rêve et non le nôtre.

Devant les premières scènes dialoguées de Minuit à Paris, d’ailleurs, on ne peut que se réjouir de voir le film bifurquer très vite vers la veine fantastique ou rêvée de la filmographie d’Allen, où l’ont précédé La Rose Pourpre du Caire ou Alice. Tout le début du film est en effet marqué par un défaut propre aux films d’Allen des années 2000 : un manque d’empathie pour certains personnages, qu’il caricature volontiers, comme ici les insupportables parents et amis de la fiancée de Gil, belle-famille qu’Allen exécute à chacune de ses apparitions, à grand renfort de regards pincés de la belle-mère, d’allusions aux « pervers déments » que seraient les adeptes américains du mouvement « tea party », de portraits vengeurs de l’universitaire imbu de lui-même et de la fiancée superficielle (Allen ne semble avoir choisi Rachel McAdams que pour avoir le plaisir de la voir déambuler en robes légères ou se pencher sur un coffre de voiture). Cette caricature, je la tiens, peut-être à tort, comme un symptôme lié à un refermement progressif de Woody Allen sur lui-même, à moins qu'il ne s'agisse d'une conséquence de son déracinement new yorkais forcé suite à ses déboires commerciaux aux Etats-Unis. Toujours est-il que là où il parvenait auparavant à parler avec acuité du monde qui l’entourait (amoureusement dans Annie Hall, métaphysiquement dans Crimes et Délits, psychologiquement dans Hannah et ses sœurs, métaphoriquement dans La Rose pourpre du Caire), à travers les personnages qu’il incarnait, ou à travers les personnages des autres, il semble parfois, maintenant, n'arriver à bien parler que de lui-même essentiellement. Minuit à Paris, qui raconte l’histoire d’un scénariste hollywoodien tenté de se tourner vers la littérature sérieuse et qui tombe amoureux de Paris comme d’une muse, tendrait à démontrer cela : hors le personnage de Gil Pender et ceux imaginaires du Paris du début du siècle qu’il visite, presque tous les autres personnages du film ont l’épaisseur d’ectoplasmes (ou la matière caoutchouteuse d’un punching-ball). Gil est le porte-voix et le porte-envies d’Allen dans le film, qui repose sur un argument autobiographique : comment Woody Allen eut envie lors du tournage de Quoi de neuf Pussycat ? de fausser compagnie à Hollywood qui maltraitait son script et de s’installer à Paris. D’ailleurs nombre des pensées de Gil se retrouvent telles quelles dans certaines interview de Woody Allen.

Minuit à Paris ne quitte son tremplin que lorsque le film embarque sur la nef d’une de ces idées alléniennes qui font le sel de son cinéma, de ces idées si brillantes qui mélangent le réel et l’imaginaire et que personne d’autre que lui n’a osé mettre en scène (le caméléon humain de Zelig, le personnage sortant de l’écran de la Rose Pourpre du Caire, la mère juive emplissant le ciel de New York Stories, etc…). Un soir, Gil, assis sur les marches de l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont, voit s’ouvrir devant lui un monde paraissant issu du Paris des années 20 (les spoilers en tête de cette critique excuseront cette révélation). Le film démarre alors véritablement, se fait plus amoureux et tendre, et l’on voit vraiment le rêve que Paris inspire à Allen, non pas le Paris d’une époque, mais le rêve d’une rencontre fantasmée avec les artistes qui vivaient à Paris à cette époque. Car davantage encore que d’un décor, Gil (que sa fiancée n’écoute pas) a besoin d’attention, il souhaite qu’on l’écoute. Ainsi se comprennent mieux la capacité d’écoute inattendue et l’indulgence d’un Fitzgerald, d’un Hemingway ou d’une Gertrude Stein à l’égard de Gil : il n’a pas vraiment fait un voyage dans le temps, il a suscité par ses rêveries un Paris imaginaire non pas simplement disparu mais qui en vérité n’a jamais existé. Ce qu’il voit, ce n’est pas le Paris réel de 1920, c’est la représentation de ce Paris telle qu’il la voudrait, telle qu’il la rêve ; comme Cécilia le temps d’un diner dans La Rose Pourpre du Caire, Gil passe de l’autre côté de l’écran, du côté de la fiction. De ce côté-là, les rêves les plus fous de Gil se réalisent : Hemingway et Stein lisent et commentent son livre, l’adoubant ainsi comme membre de la confrérie des grands écrivains, il se permet de souffler à Bunuel le sujet de son Ange Exterminateur, son visage inspire Dali, ses histoires Man Ray, etc… On voit à cette énumération incroyable que l’on se situe dans le domaine des purs fantasmes. Mais tout passe, car Woody sait faire preuve dans ces moments du film d’un goût de la merveille, d’un enthousiasme enfantin pour ces images rêvées et mélancoliques ; il sait montrer la joie extatique de Gil, qui se communique alors aux spectateurs, notamment grâce à Owen Wilson, qui joue avec beaucoup de réussite et de conviction les sentiments, retenue, candeur, joie, que traverse son personnage. Lors de ces visites à ce Paris imaginaire, la photo de Darius Khondji reproduit les couleurs caractéristiques des films mélancoliques de Woody : l’orange, le rouge et le jaune, qui recouvrent de leurs teintes chaudes Radio Days, La Rose Pourpre du Caire ou Alice. Quant au découpage du film, il retrouve la vigueur et la légèreté de certains de ses anciens opus, qui étaient absentes du premier quart d'heure du film, comme si cela déprimait Woody de filmer des personnages qu'il n'aime pas.

A chaque retour dans la réalité, auprès de cette belle-famille odieuse, l’enchantement se rompt. Puis, à un moment, alors qu’alternent virées dans ce Paris rêvé et douches froides de la réalité, on craint que le film ne finisse par s’user à force d’appliquer cette formule dualiste, jusqu’à ce qu’une autre idée (les idées, décidément le carburant du cinéma allénien), celle d’un nouveau glissement temporel, de 1920 à 1890 relance la mécanique pour lui donner une vigueur d’âme supplémentaire (on pourrait alors imaginer une histoire sans fin où l’on dévale les âges jusqu’au soit-disant Eden de la création du monde) et lui permettre d’énoncer sa morale : on est toujours insatisfait de son époque, mais c’est la seule qui ne soit pas pour nous une illusion. La Rose pourpre du Caire le disait autrement, et de manière plus originale, en renversant cette morale : les personnages de fiction voudraient quant à eux davantage de réalité car ils sont illusions. Woody Allen a toujours aimé faire dire la morale de ses récits à ses personnages ou à une voix-off. Dans certains de ses films, on ressent cela comme superflu (par exemple dans son avant-dernier). Ici, l’énoncé de la morale par un personnage de Minuit à Paris (Gil) fonctionne mieux, d’abord parce Gil a besoin de se la dire à lui-même, autant pour convaincre le personnage de Cotillard dans une jolie scène d'adieu que pour se convaincre lui-même qu’il doit retourner dans le Paris du XXIe siècle (vérité psychologique qui donne plus d'épaisseur au personnage), mais aussi parce qu’il s’agit d’une ruse de Woody répondant par avance à ceux qui à ce stade du film préparaient déjà en leur for intérieur l’argument selon lequel chaque époque a rêvé d’un âge d’or qui n’a jamais existé pour ceux qui l’ont vécu, et qui donc n’a jamais existé tout court, qui remettait en question l'idée même du film. Prévoyant, Allen devance ici ce reproche, et amorce même un dialogue entre lui et ses spectateurs.

Ce très grand plaisir que constitue en fin de compte Minuit à Paris, sur lequel je n’ai pas fait la fine bouche malgré mes premiers paragraphes, s'achève sur un nouveau petit fantasme/miracle, sur le Pont Alexandre III, dans ce Paris moderne que Gil a retrouvé. Ce fantasme-là, je ne le dévoilerai pas, si ce n’est pour dire que tout est bien qui finit bien pour Gil, comme si Woody avait voulu finir sur une note optimiste malgré tout, comme si même la réalité pouvait être belle. Mais...mais... ici se situe une différence de philosophie majeure entre Minuit à Paris et La Rose Pourpre du Caire, qui pourrait laisser penser que les similitudes que l’on a observées entre les deux films jusqu’ici sont en fait assez superficielles. Dans La Rose Pourpre du Caire, Tom Baxter une fois rentré dans l’écran du cinéma, Cécilia demeure seule, l’acteur jouant Tom l’ayant abandonné pour repartir à Hollywood. Pauvre, sans travail, sans avenir, vivant à l’époque de la Grande Dépression, bref, à des années lumières des palaces parisiens de Minuit à Paris et du Pont Alexandre III, il ne lui reste alors que ses yeux pour pleurer, sa vie sans doute à maudire, et le cinéma pour rêver. A cette époque, le passage par le rêve et le cinéma, la légèreté apparente de son style, n’empêchaient pas Woody de garder les yeux sur le réel, de le montrer et de l’enrichir pour nous par ses films. Où l’on voit que décidément le Woody des années 2000, malgré le plaisir qu'il continue à dispenser avec la prodigalité de son génie, reste plus éloigné de la réalité de son monde et donc moins profond que le Woody des années 80.

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Re: Minuit à Paris (Woody Allen - 2011)

Messagepar Anorya » 20 mai 11, 23:02

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Bon, c'est toujours décourageant de passer après Strum, surtout pour faire une mini chronique peu détaillée. :mrgreen:
Je pense que je reviendrais sur le film quand je le reverrais en DVD et plutôt que redire les mêmes choses que Strum dont je partage amplement l'avis, je vais plutôt rédiger un petit post plein d'entrain étant donné que j'ai beaucoup apprécié le film, post rédigé depuis une bonne semaine à chaud après avoir vu le film mais que je n'avais pas encore pu poster sur le forum.
Dont acte.



Déjà, constatation, elle est belle cette affiche, et mine de rien elle spoilerait presqu'un peu le film. D'un autre côté, je n'avais rien lu et la surprise se révèle très grande : c'est un excellent crû. Autant Vicky Christina Barcelona m'avait ennuyé car je considérais qu'il alignait un peu une suite de poncifs sur l'Espagne en apportant pas grand chose (j'aime beaucoup la musique de Vicky cela dit... Non mais bon, qu'est-ce que Scarlett pouvait bien trouver à Bardem dans ce film ? Il était moche, voyons. :mrgreen: ) Ici, si clichés il y a, Woody s'en débarasse dès le début dans une ouverture faisant agréablement penser à Manhattan (sans voix-off) en alignant 5 minutes de plans de Paris (parfois très beaux et puis ça fait toujours plaisir de voir des quartiers qu'on côtoie étant donné que je squatte généralement littéralement près d'Odéon, ahem) quand il ne les retourne pas complètement. Par la suite, le film dévie vers une comédie gentiment fantastique, déclaration d'amour cachée envers la France (et surtout sa culture), se permettant un casting joyeux et inattendu aussi bien d'acteurs américains comme français (y'en a, oui, oui). On trouvera donc Owen Wilson, Marion Cotillard, Gad Elmaleh, Adrian Brody, Léa Seydoux, Alison Pill (Kim dans Scott Pilgrim, c'est elle ! Image )... Casting totalement improbable qui en devient jubilatoire souvent en fonction des rôles que chacun un.

Alors oui, c'est une version fantasmée et très américaine évidemment mais elle est à l'image de celle qu'avait Woody de Manhattan, c'est à dire d'histoire de gens aisés mais où ce sont les relations qui se développent qui intéressent comme toujours le cinéaste. Oui on voit bien Carla Bruni mais son temps d'apparition ne doit pas dépasser les 5 minutes dans le film et puis j'ai été surpris, elle joue bien. Et puis la photographie est belle, les hommages sont sincères et drôles (la suggestion pour Buñuel qui m'a fait sourire) sans jamais en faire trop, Allen se permettant même de livrer une mini critique à ceux qui continuent de relativiser envers la nostalgie d'un temps jamais vraiment connu vers la fin tout en gardant beaucoup de tendresse pour ses personnages. Quand je suis sorti de la salle j'ai pensé deux choses : "Rhinocéros" ( :mrgreen: ) et "C'était vachement bien".
J'ai hâte de le revoir au plus vite à l'instar de certains films vus en salles récemment.
5/6.
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