
Billy Byrne est sur le point de faire vibrer la planète entière. Artiste ayant accouché d'une oeuvre d'avant-garde remarquée, et poussé au cul par ses producteurs/financiers, il est aspiré par un vent de popularité qui le propulse au devant de la scène et l'affiche comme la nouvelle sensation de demain. Mais cette popularité éclair enivrante lui ayant permis d'accéder aux cercles très fermés des stars de la hype le détruira aussi rapidement qu'elle l'aura fait connaître quand les sacro saints critiques jugeront sa création aussi inutile que vulgaire. Commence alors pour lui une descente aux enfers jonchée de remises en question, de colère, de déni et d'autodestruction qui le poussera à sortir des pistes de l'establishment pour survivre, et peut-être se reconstruire.
Réalisé en 2001 mais non exploité en salle dans nos contrées, the last minute est bien loin des 2 grosses machines hollywoodiennes de Stephen Norrington. C’est même tout l’inverse puisque Norrington s’attache ici à démonter le milieu cinématographique. Il faut dire que le bonhomme à des raisons d’en avoir gros sur la patate. Que ce soit comme technicien des effets spéciaux (il n’a pas du manquer d’entendre les déboires de Fincher en bossant sur alien 3) ou réalisateur (il a vécu l’enfer des reshoots sur blade), le bonhomme n’a plus franchement de raison de considérer encore Hollywood comme une machine à rêve.
Norrington l’avoue d’ailleurs d’entrer dans les bonus du dvd : the last minute est un film très autrobiographique. Difficile de nier ce fait tant le parcours de son personnage principal ressemble à s’y méprendre à celui de nombreux autres cinéastes dont fait parti Norrington : un talent est repéré, on lui dit qu’il est génial, on lui offre un projet fou et lorsque le public ne le suit plus, on le renie. Il faut être franc et avouer que Norrington va ici déverser toute la bile qu’il a sur l’estomac. Personne n’en ressort indemne : les agents, les financiers, les confrères, le public et même (ou plutôt surtout) l’artiste lui-même. Car outre de le soulager de sa rage du système, Norrington cherche à développer également une thérapie sur le travail d’artiste. Hanté par son angoisse de ne laisser aucune marque dans les esprits avant que le compte à rebours de son existence n’arrive à zéro, le personnage principale passe par différentes phases de dépression. Celles-ci le conduiront à s’échapper de son univers en vase clos pour rejoindre le vraie monde et les nombreuses excentricités qui le peuplent (mention à Jason Isaacs en dealer psychopathe et crooner occasionnel) afin de retrouver sa créativité.
La hargne et les angoisses imprègnent ainsi chaque images du long-métrage. The last minute n’est toutefois pas une oeuvre foncièrement réflexive. Elle serait plutôt instinctive. Norrington n’essaie pas foncièrement de conditionner ses émotions et les laissent plutôt s’étaler, s’éparpiller. Le tout se traduit par une mise en scène dans l’esprit d’un Danny Boyle avec caméra nerveuse, effets de style divers, montage tendue, BO entraînante et décors crados transfigurés. Cette énergie visuelle véhicule une nécessité de capter l’attention comme si il s’agissait d’un besoin vital. Si dans son extrême implication Norrington manque parfois de recul (les monologues du mannequin d’un intérêt relatif), le flot des images fait preuve d’une urgence très prenante dans sa volonté de lutter contre la dépression.
La note d’espoir qui perce dans le final est toutefois amer lorsqu’on connaît ce qui attendait Norrington sur la ligue des gentlemen extraordinaires. Aujourd’hui, Norrington semble avoir succombé à tout ce qu’il combattait dans the last minute. Traduisant toutes les envies de filmé de son cinéaste, the last minute reste une bulle d’air frais au sein de sa filmo. J’espère que je pourrais mettre dans le même panier la nouvelle adaptation de the crow qu’il prépare...







