Michel Deville

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Rick Blaine
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Re: Michel Deville

Messagepar Rick Blaine » 12 mars 13, 09:48

Lucky Jo

J'ai finalement choisi ce titre pour mon second Deville (maintenant que j'ai profité d'une allechante promo il y a quelque mois pour acheter les coffrets... :fiou: ), et voici une excellente surprise! Construit sur une intrigue de polar classique traitée avec beaucoup de subtilité et d'originalité, Lucky Jo m'a surpris par sa douceur, malgré une violence bien présente, et par son touchant traitement de l'amitié. Eddie Constantine y est sublime en porte-poisse et mène un remarquable casting (Pierre Brasseur, Jean-Pierre Darras, George Wilson, Claude Brasseur, Françoise Arnoul, ... n'en jetez plus). Le personnage principal est un des plus attachants que j'aie vu depuis longtemps, et participe de l'équilibre précaire mais réussi du film entre trame policière, comédie et drame. Une super surprise.

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Jeremy Fox
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Re: Michel Deville

Messagepar Jeremy Fox » 12 mars 13, 09:51

Rick Blaine a écrit :Lucky Jo

J'ai finalement choisi ce titre pour mon second Deville (maintenant que j'ai profité d'une allechante promo il y a quelque mois pour acheter les coffrets... :fiou: ), et voici une excellente surprise! Construit sur une intrigue de polar classique traitée avec beaucoup de subtilité et d'originalité, Lucky Jo m'a surpris par sa douceur, malgré une violence bien présente, et par son touchant traitement de l'amitié. Eddie Constantine y est sublime en porte-poisse et mène un remarquable casting (Pierre Brasseur, Jean-Pierre Darras, George Wilson, Claude Brasseur, Françoise Arnoul, ... n'en jetez plus). Le personnage principal est un des plus attachants que j'aie vu depuis longtemps, et participe de l'équilibre précaire mais réussi du film entre trame policière, comédie et drame. Une super surprise.



Parmi les polars de Michel Deville, je te conseille instamment de te rabattre sur un film très noir et assez mal aimé (je préfère prévenir), Toutes peines confondues avec un Patrick Bruel remarquable et comme accompagnement musical un quatuor de Chostakovich d'une rare puissance.

Quel était l'autre film de Deville que tu avais vu avant ?

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Re: Michel Deville

Messagepar Rick Blaine » 12 mars 13, 09:53

Jeremy Fox a écrit :
Parmi les polars de Michel Deville, je te conseille instamment de te rabattre sur un film très noir et assez mal aimé (je préfère prévenir), Toutes peines confondues avec un Patrick Bruel remarquable et comme accompagnement musical un quatuor de Chostakovich d'une rare puissance.


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Jeremy Fox a écrit :Quel était l'autre film de Deville que tu avais vu avant ?


L'Ours et la Poupée (Il y a déjà un an! :shock: - en page 4), j'avais beaucoup aimé.

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Re: Michel Deville

Messagepar Jeremy Fox » 12 mars 13, 09:57

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :Quel était l'autre film de Deville que tu avais vu avant ?


L'Ours et la Poupée (Il y a déjà un an! :shock: - en page 4), j'avais beaucoup aimé.



Ah oui, très bon début. Parmi ceux qu je pense que tu pourrais apprécier, Le dossier 51 ou encore La maladie de Sachs que j'ai grandement réévalué (avec un Dupontel remarquable)

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Re: Michel Deville

Messagepar Rick Blaine » 12 mars 13, 10:02

Jeremy Fox a écrit :Ah oui, très bon début. Parmi ceux qu je pense que tu pourrais apprécier, Le dossier 51 ou encore La maladie de Sachs que j'ai grandement réévalué (avec un Dupontel remarquable)


Le Dossier 51 est vraiment un film dont j'attends énormément.
Pour l'instant c'est effectivement un excellent début. Deux films formellement différents, tout aussi réussis l'un que l'autre, je suis particulièrement curieux d'en découvrir d'autres.

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Re: Michel Deville

Messagepar Jeremy Fox » 12 mars 13, 10:03

Et du coup ça me fait penser que je n'ai jamais vu Lucky Jo ; peut-être car les films de Borderie m'avaient un peu dégoutté d'Eddie Constantine (redécouvert depuis grâce à Godard et son Alphaville que j'aime beaucoup) :oops:

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Re: Michel Deville

Messagepar Rick Blaine » 12 mars 13, 10:08

Jeremy Fox a écrit :Et du coup ça me fait penser que je n'ai jamais vu Lucky Jo ; peut-être car les films de Borderie m'avaient un peu dégoutté d'Eddie Constantine (redécouvert depuis grâce à Godard et son Alphaville que j'aime beaucoup) :oops:


Lucky Jo est plus réussi que les Constantine traditionnels, Deville l'utilise très intelligemment, en conservant son image de cogneur habituelle tout en l'affaiblissant, c'est très réussi.
Je précise tout de même que de mon côté, j'aime beaucoup Constantine, même dans les Borderie qui sont un peu plan plans, son personnage et son charisme, me suffisent toujours à passer un bon moment.

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Re: Michel Deville

Messagepar Federico » 12 mars 13, 12:15

Je fais aussi partie de ceux qui aiment bien Constantine en général et pourtant j'aurais pu en être dégoûté très tôt avant même de l'avoir vu jouer puisque tout marmot, on m'avait fait écouter son dégoulinant tube L’homme et l’enfant. :mrgreen:

Je copie-colle ma brève critique du film de Deville, revu en 2011 :
Lucky Jo (1964 Michel Deville) 6,5/10
Un peu déçu par ce film que j'avais adoré il y a longtemps. Mais Eddie Constantine est bien touchant en truand porte-scoumoune abandonné par ses potes et qui erre dans Paname dans une petite 500 accompagné d'un cocker qui l'a pris en affection. Une histoire d'hommes (faibles) avec deux beaux personnages féminins : la belle Christiane Minazzoli et la divine Anouk Ferjac (qui n'apparaît hélas que dans une courte scène mais sa voix me fait un effet terrible).
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Re: Michel Deville

Messagepar origan42 » 12 mars 13, 16:41

Je viens de voir pour la première fois Lucky Jo, et c'est en effet une bonne surprise. Constantine, que j'ai du mal à supporter d'habitude, est ici attachant et touchant. Le film, plutôt lent au début, devient de plus en plus rapide sur la fin (une fin bien trouvée d'ailleurs). Et puis Brasseur père et fils, qui jouent le père et le fils.... Très bons seconds rôles, Wilson, Barbier, Darras.... et féminins.
Par ailleurs je recommande aussi "Le dossier 51", un chef-d'oeuvre (je ne galvaude pas le terme) et le très bon "La maladie de Sachs" (avec un grand Dupontel).
Je suis plus circonspect sur "Toutes peines confondues" qui ne m'a pas passionné ni trop convaincu, mais à ne pas rejeter tout de même.

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Re: Michel Deville

Messagepar monfilm » 12 mars 13, 18:35

Michel Deville, sa femme et les autres intervenants donnent des entretiens très intéressants sur chaque DVD de l'intégrale pour qui veut en savoir davantage sur l'homme et sa façon de travailler. Des moments d'intelligence avec simplicité.
ImageImage
Tout le reste est dérisoire.

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Re: Michel Deville

Messagepar Federico » 12 mars 13, 19:13

monfilm a écrit :Michel Deville, sa femme et les autres intervenants donnent des entretiens très intéressants sur chaque DVD de l'intégrale pour qui veut en savoir davantage sur l'homme et sa façon de travailler. Des moments d'intelligence avec simplicité.

Tout à fait. Un homme modeste (avec Alain Cavalier, le cinéaste de sa génération qui se sera le moins montré et donc le plus méconnu du grand public) et qui parle très bien de son travail.
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Re: Michel Deville

Messagepar Cathy » 13 mars 13, 18:51

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
Parmi les polars de Michel Deville, je te conseille instamment de te rabattre sur un film très noir et assez mal aimé (je préfère prévenir), Toutes peines confondues avec un Patrick Bruel remarquable et comme accompagnement musical un quatuor de Chostakovich d'une rare puissance.


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Jeremy Fox a écrit :Quel était l'autre film de Deville que tu avais vu avant ?


L'Ours et la Poupée (Il y a déjà un an! :shock: - en page 4), j'avais beaucoup aimé.


Dans l'esprit de l'Ours et la poupée, j'aime beaucoup Adorable menteuse. Et dans le registre romantique, Raphael ou le débauché est un superbe film Maurice Ronet et Françoise Fabian y sont magnifiques !

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Re: Michel Deville

Messagepar Federico » 25 mars 13, 17:46

On a volé la Joconde (1965)

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Découvert ce week-end sur la Rai et donc vu en italien (ce qui n'est qu'une semi-hérésie pour cette co-production apparemment plus italo-française que franco-italienne).

C'est très moyen pour être gentil et parce que j'aime beaucoup Deville et Companeez. Une comédie policière 1900 qui lorgne du côté d'Arsène Lupin mais dont les pas si trépidantes péripéties qui m'ont à peine diverti se rapprochent davantage de certains petits films anglais des années 50-60 que des feux d'artifice pétillants de Stanley Donen, Blake Edwards ou Philippe de Broca.

Le héros, gentleman de la cambriole qui signe ses exploits "Golden Boy" porte le hâle et le sourire Gibbs de George Chakiris (ce mix d'Anthony Perkins et de George Hamilton), acteur/danseur sympathique mais sans grand charisme et qui ne peut rivaliser avec un Cary Grant ou un Jean-Pierre Cassel.
Après avoir réussi à dérober le tableau de Leonardo, il tombe sous le charme d'une femme de chambre, copie conforme de Mona Lisa (et là, on ne peut qu'applaudir au choix de Marina Vlady car malgré sa blondeur slave, aucune actrice ne saurait autant qu'elle ressembler naturellement à la Joconde et à son indéfinissable sourire).

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S'ensuit une série de courses-poursuites avec quelques personnages burlesques : un magicien piteux, des détectives à la Dupondt, des méchants de dessin animé, Jean Lefebvre en gardien du Louvre passionné d'échecs, Jess Hahn en fêtard titubant... D'aussi excellents seconds couteaux comme Paul Frankeur et Henri Virlojeux y panouillent plus qu'autre chose (surtout quand on pense à ce que montra auparavant le premier et fera à nouveau ensuite chez Melville, Bunuel et Molinaro).

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L'ensemble n'est pas méchant mais bien léger. Il vaut principalement le coup d'oeil pour les charmes de Marina Vlady et ce que j’appellerai sa "sensuelle mollesse". Pour ceux qui rêvaient de voir la belle Marina dans sa tenue de Musidora de l'affiche italienne, l'image ne fait référence qu'à la brève et ultime séquence du film où elle accompagne désormais son amant sous le pseudo de Golden Girl. Image dont la pose me semble inspirée d'une toute autre séquence où Vlady en tenue fort légère est ligotée à une chaise par un méchant d'opérette dont elle se débarrassera après l'avoir supplié de lui masser les cuisses (scène bunuelienne propre à transformer en loups de Tex Avery les fétichistes nippons friands de coquineries européennes 60's :P ).

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Question belle plante appétissante - hélas seulement entrevue au tout début - on a droit au numéro habituel mais toujours réjouissant de la bombe 60's Margaret Lee. Jamais la dernière pour faire grimper le thermomètre, il faut la voir se rafraichir langoureusement le décolleté au long pain de glace que vient d'apporter un athlétique livreur ! :fiou:

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Re: Michel Deville

Messagepar Federico » 8 oct. 13, 01:13

Toute cette semaine sur France Culture, l'émission A voix nue est consacrée à Nina Companeez.
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Re: Michel Deville

Messagepar Frances » 18 avr. 14, 22:59

RAPHAEL OU LE DEBAUCHE (1971) de Michel Deville avec Maurice Ronet, Françoise Fabian, Brigitte Fossey.

1830, l’histoire d’Aurore jeune veuve oisive, vertueuse et pieuse, et de Raphaël un libertin désabusé. Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser pourtant, entre eux, la passion va naître jusqu’à les consumer.

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Treizième long métrage de Michel Deville après les succès de Benjamin ou les mémoires d’un puceau et l’ours et la poupée, Raphaël ou le débauché marque sa dernière collaboration avec Nina Campaneez au scénario qui réalisera la même année son premier film : Faustine ou le bel été.

Dans la sirène du Mississippi de François Truffaut Marion (Catherine Deneuve) disait à Louis (J.P. Belmondo) : « Je viens à l’amour, Louis, ça fait mal. Est-ce que l’amour fait mal ? ». Les protagonistes de Raphaël ou le débauché pourraient reprendre la célèbre réplique à leur compte si ce n’est que le film de Deville est lui, d’une noirceur abyssale.
Raphaël d’abord, le dandy revenu de tout, cynique, désabusé qui s’éveille à la tombée du jour pour se livrer à la débauche ; un subterfuge dérisoire qui ne trompe personne à commencer par lui-même mais lui permet de brûler sa morne existence un peu plus vite. Prostituées, alcool, excès, camaraderie virile, dérive du petit matin à cheval l’esprit brumeux et la sensation éphémère d’avoir échappé à la grisaille intérieure. Il rit trop fort, boit trop, baise trop, provoque la vie pour s’en affranchir comme l’équilibriste se joue de la pesanteur en sautillant sur un fil.
Puis Aurore, la veuve vertueuse et pieuse qui s’amuse malgré tout à tester son pouvoir de séduction sur de nombreux prétendants éblouit par sa beauté. Vanité, orgueil, suffisance…Aurore se donne bonne conscience en visitant les hospices et en assistant à la messe, Aurore se croit invulnérable guindée dans un statut qui la rend, croit-elle, inaccessible.
La passion qui va naître entre elle et Raphaël est d’une fulgurance et d’une impossibilité telles qu’elles entraîneront leur fin à tous deux. Une mort lente pour elle, un pseudo suicide teinté de panache pour lui.

Raphaël surpris, à n’en pas douter, d’éprouver le véritable amour s’interdira de souiller celle qu’il aime. Aurore qui succombera contre toute attente s’avilira pour tenter de rejoindre l’objet de son amour. On assiste ici à l’histoire d’une passion que la dégradation rend par essence impossible.

Deville s’empare du thème d’Éros et de Thanatos et entrave toute tentative de fuite. Un goût de cendre se repend alors dans la bouche de ses personnages et le sol s’ouvre sous leurs pieds pour les engloutir.

Le film atteint son apogée pendant la scène d’abandon et d’aveu de Raphaël (magnifique et déchirante) - une reddition éphémère, une concession égoïste à ses sentiments profonds - qui condamne Aurore.

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Raphaël ou le débauché est une somptueuse réussite tant sur le plan formel que sur le fond, alternant intérieurs aux éclairages parcimonieux et extérieurs aux lumières vespérales et brumeuses. Michel Deville avec la délicatesse qu’on lui connait renvoie aux grandes œuvres romantiques qui appellent le tragique. Le duo Maurice Ronet Françoise Fabian fonctionne merveilleusement. A (re)découvrir d’urgence.