Jerzy Skolimowski

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Jeremy Fox » 4 juin 15, 15:53

Tiens, pour oublier ta déception Essential Killing (que je n'aime pas non plus), tente à l'occasion Le Bateau Phare, excellent film à suspense, très tendu. D'ailleurs, pas revu depuis une éternité ; pas facile à dégoter avec stf à priori.

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Edouard
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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Edouard » 4 juin 15, 15:57

Jeremy Fox a écrit :Tiens, pour oublier ta déception Essential Killing (que je n'aime pas non plus), tente à l'occasion Le Bateau Phare, excellent film à suspense, très tendu. D'ailleurs, pas revu depuis une éternité ; pas facile à dégoter à priori.

C'est noté, merci. :wink:
Sinon, malgré cette déception, Le Cri du Sorcier m'intrigue au plus haut point.
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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Flol » 4 juin 15, 16:02

Tu peux aussi tenter Moonlighting, c'est vraiment très bien.

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Edouard » 4 juin 15, 16:07

Ratatouille a écrit :Tu peux aussi tenter Moonlighting, c'est vraiment très bien.

Je connais, j'aime bien. Je n'ai vu que quelques épisodes diffusés sur FR3. C'est très sympa. Et puis j'aime bien Willis dans ce registre.













:uhuh:
C'est noté aussi. J'aime bien Jeremy Irons, donc ça peut le faire :wink:
On en pourra pas dire que je suis buté concernant un cinéaste dont je n'aime pas un film.
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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Jeremy Fox » 4 juin 15, 16:15

Et puis, même si tu n'apprécies pas le film, tu ne pourras que nous remercier de t'avoir conseillé Deep End car, comme tout le monde, tu tomberas en principe amoureux de Jane Asher.

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar bruce randylan » 4 juin 15, 16:29

Ratatouille a écrit :C'est incroyable que ce topic soit remonté. Parce que j'ai justement rêvé cette nuit que j'interviewais Skolimowski.
Voilà, c'est tout. :D

Fais gaffe, il aime bien poser des lapins... :evil:

Curieusement en 2001, il était vachement plus accessible (Le Festival de Belfort lui avait rendu hommage et il acceptait toutes les interviews, même celle d'étudiants en BTS audiovisuel qui n'avait jamais entendu parlé de lui :uhuh: )

Jeremy Fox a écrit :Tiens, pour oublier ta déception Essential Killing (que je n'aime pas non plus), tente à l'occasion Le Bateau Phare, excellent film à suspense, très tendu. D'ailleurs, pas revu depuis une éternité ; pas facile à dégoter avec stf à priori.

J'aimerai bien le revoir celui-là. Sur le moment, j'avais été déçu car on ne reconnaissait pas vraiment son style et sa pâte mais c'est vrai que c'était plutôt prenant. :)
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Flol » 4 juin 15, 19:19

Jeremy Fox a écrit :Et puis, même si tu n'apprécies pas le film, tu ne pourras que nous remercier de t'avoir conseillé Deep End car, comme tout le monde, tu tomberas en principe amoureux de Jane Asher.

Attention : on peut à la fois tomber amoureux de la demoiselle, et bien se faire chier devant le film.

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Dale Cooper » 4 juin 15, 20:17

Jeremy Fox a écrit :Et puis, même si tu n'apprécies pas le film, tu ne pourras que nous remercier de t'avoir conseillé Deep End car, comme tout le monde, tu tomberas en principe amoureux de Jane Asher.

Oui et puis "Die Tonight" de Cat Stevens, c'est pas de la merde, ni cette superbe scène de déambulation nocturne sur la musique de Can. Voilà déjà autres deux bonnes raisons musicales.


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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Thaddeus » 4 juin 15, 20:43

Ah, l'occasion ou jamais de faire part de mon enthousiasme à mon tour et mettre ici ce que j'ai écrit sur mon film du mois de mai.


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Aquarius



"Deep End", c’est l'extrémité profonde du bassin, ce que l’on pourrait appeler le "Grand Bain", ou mieux encore "Le Bain des grands". Le titre du film est donc tout à fait adapté à son sujet : l’expérience par un jeune garçon de l'adolescence, au travers de sa première excursion hors du milieu familial. Confronté au sexe et à l'argent, au jeu de leur présence et de leur disparition, il lui faudra apprendre à surnager là où il n'a plus pied. Issu d'un foyer protégé, il devra s'adapter à un univers sans morale ni raison, où il ne sera plus central mais périphérique. L’élément aquatique a cette force d’inscrire dans le tableau ce qui semble non-dit, gommé : le milieu maternel. Et le cinéaste appuie la métaphore puisque le héros ne finit par perdre son pucelage que lorsque le bassin est vidé de son eau. L’œuvre initiatique de Jerzy Skolimowski est donc moins une éducation sentimentale qu'une bouillonnante éducation physique. Ce ne sont pas les petites aventures, les premiers émois, ni même les disques et les soirées que le cinéaste choisit de raconter. Il ne verse pas dans la chronique. Ce qui l'intéresse, c'est la mutation pubertaire, le bouleversement organique qui transforme un individu en un autre, la rupture qui coupe une existence en deux. Par la lutte et le brio, il sait tirer d'une matière inanimée des idées vivantes, des idées de cinéma. Dans chaque plan on sent qu'il y a quelque chose à arracher, une neutralité à vaincre.


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En plaçant le récit dans le lieu presque clos des bains publics, Skolimowski synthétise tout ce qui a trait à la mise en situation collective. Vestiaires, douches, cours de gymnastique occupent un rôle déterminant. Le décor exhale des odeurs d’eau chlorée et ressemble à un fragile échafaudage de carton et d'allumettes, un théâtre de marionnettes au bord de la ruine, soutenu par un étrange méli-mélo de fils à coudre, de câbles et de ficelles. Susan passe son temps à rembourrer et rafistoler des coussins. Les lampes pendouillent maladroitement au plafond, montant ou descendant, tandis qu'un but de water-polo coulisse vers la surface de l'eau en grinçant. L’endroit exhibe l’impitoyable décrépitude des visiteurs : les visages adultes sont bouffis par les rides, leurs corps déshabillés apparaissent flasques et affaissés. Une nympho fellinienne dingue de foot laisse la caméra palper les années de bacon entassées dans son soutien-gorge – grand moment de cocasserie. Les aplats monochromes, verts, jaunes et bleus ternis, organisent la progression dramatique du récit, qui se résout logiquement dans les pourpres de la tragédie. Plus précisément, le thème du sang, donné dès le générique par une caméra qui suit les canalisations peintes de rouge frais, irrigue les affrontements entre les protagonistes. Skolimowski recourt à des tonalités fortes, non en raison de l'impact oculaire qu'elles peuvent avoir sur le spectateur, encore moins pour des motifs de décoration, mais pour les tensions qu'engendre leur juxtaposition et qui renvoient aux fluctuations intimes des personnages. Toute une série d'"offensives chromatiques" rythment ainsi les moments forts du film, le faisant fugacement basculer dans l'absurde surréel ou l'onirisme.

Thème central, donc : l'adolescence, qui consiste en la découverte de son propre corps et de son rapport aux autres. C’est une période où tout semble précaire, où l'édifice de la vie paraît si fragile, si instable, qu'on s'attend à chaque instant à le voir basculer. À cet âge, le sexe est déterminé par deux paramètres incontournables : la maturité bien plus précoce des jeunes filles d’une part, l’impuissance des garçons à leur offrir quoique ce soit dans un système ne fonctionnant que sur l'échange d’autre part. Ces derniers n'ont ni liberté, ni argent, ni prestige social, et même pas d'expérience. Ils n'ont rien de ce qu’elles désirent pour se libérer de l'enfance et que leur offrent les adultes. Susan (l’envoûtante Jane Asher, ex-girlfriend de Paul McCartney) couche ainsi avec le professeur de gymnastique, vieux beau un peu minable trimballant ses cheveux grisonnants et son pauvre cabriolet, qui croit trouver chez les jouvencelles qu'il séduit un aveuglement à sa propre médiocrité. Elle a un fiancé qu'elle va épouser, il a de l'argent et une situation. Rien n'interdit de penser qu'elle se prostitue aussi plus ou moins dans les cabines de bain. Elle n'est la dupe de personne, sinon d'elle-même. Elle se pavane comme sur un podium, un peu trop sûre d'elle et de son sex-appeal qui cache mal son cynisme naissant de grande personne. Encore joyeuse et espiègle, elle songe déjà à son confort de future femme au foyer. Elle règle sa vie sur la provocation et le compromis, mais ne s'en tire que dans la mesure où ses partenaires observent les mêmes règles de jeu et se définissent eux aussi par le mensonge. Le geste involontairement meurtrier de Mike apparaît alors comme l'instrument d'une fatalité immanente, car son jeu à lui est fondé sur la sincérité.


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L'intelligence de Skolimowski est justement d’utiliser Susan comme une projection du héros dans l'univers de l'interdit. La sexualité juvénile ne transite qu'exceptionnellement par les boîtes ou les salles spécialisées de Soho ; les danseuses nues n'existent pour elle que dans un univers fantasmatique. Ces jeunes restent fascinés par les icônes enfantines d’un érotisme rêvé, totalement aliéné, aspirent à un amour dont ils ignorent la nature, et qui ne subsiste que sous la forme sublimée d'un désir rejeté. En cela, Deep End est une peinture saisissante de la première génération à avoir vécu son adolescence après ce qu'on a appelé la révolution sexuelle et qui n'était qu'une hystérie puritaine. Dans une scène particulièrement drôle, Mike erre à la périphérie, sur le trottoir du cabaret, faisant le bonheur du souriant vendeur de hot dogs installé au coin de la rue ("with mustard ?"). Et soudain il est précipité en plein centre de la réalité dévoilée du lieu, dans la chambre d'une prostituée, vieille, grosse, à la jambe plâtrée, brave femme plutôt ordinaire qui depuis son lit contrôle l'ouverture de sa porte par un astucieux système de poulies. Le masque tombe, le fantasme s'évanouit, disparaît l’idéal d'un plaisir souhaité par chacun et obtenu par personne, et se révèlent les traits du commerce, du travail, de la misère quotidienne. L'interrogation qui obsède l'adolescent c'est : pourquoi pas moi ? Qu'ont les adultes que je n'ai pas ? Ils ont quelque chose à échanger. Et en effet Susan ne commencera à le prendre au sérieux que lorsqu'il aura une vertu à monnayer : son imagination, qui lui permettra de retrouver le diamant, le symbole même du pouvoir du fiancé. Car la pierre est tombée dans la neige, et les deux amants se retrouvent projetés dans une logique purement poétique. Puisqu’il est impossible de distinguer le bijou des milliards de flocons scintillants, il faut ramasser toute la neige pour ensuite la faire fondre. Selon un raisonnement aussi délirant et implacable que tous les stratagèmes de cet âge, le seul lieu rendant l’opération possible est le fond de la piscine : le diamant ne pourra s'en échapper. Effectivement il réapparaît, cette fois propriété de Mike qui, prenant les choses très littéralement, réclame son dû sur le champ. Il installe une parodie de lit, se déshabille et y attire Susan. Elle vient. Dès lors il a compris quelque chose au sexe même si tout se passe vite, mal, sans satisfaction. Mais il a également compris qu'il n'y avait pas d'amour dans cette relation marchande.

Malgré sa lucidité tranchante, ses élans de noirceur et de cruauté, le film est une comédie, ponctuée d'instants burlesques souvent irrésistibles. Tout en candeur, malice, curiosité, John Moulder-Brown évoque un Antoine Doinel passé outre-Manche. Quand il ne file pas sur son vélo, il court à perdre haleine dans un parc en hiver ou il a, au fin fond de l'eau, des visions de sirène ondulante parmi les reflets de javel. Le dépaysement qu’inspirent ses ardeurs, sa frustration et ses agitations cyclothymiques collent pourtant à une certaine réalité contemporaine, car le style du réalisateur vise à l'essentiel, refuse de sacrifier la moindre parcelle de temps au pittoresque ou au descriptif. La psychologie même ne l'intéresse que dans sa traduction en gestes. Si les personnages existent de manière aussi évidente, c'est parce qu'ils réfractent la société dans laquelle ils vivent : le Londres prolétaire à l’orée des années 70, filmé avec une lucidité exempte de toute enluminure. C’est aussi parce que les choix du cinéaste induisent le mouvement, la nervosité, la fraîcheur. Mutation perpétuelle d'un lieu unique, avec cette piscine constamment repeinte en couleurs pop. Improvisation, lorsque Mike met en marche le signal d'alarme afin d'empêcher Susan de faire l'amour dans la cabine avec le professeur : panique totale, ils sortent en se reboutonnant, n'ayant visiblement pu aller jusqu'au bout. Chaque séquence, traitée en instantané ou menée à l'arraché jusqu'à son terme, cerne comme à l'emporte-pièce les contours d'un portrait très concerté. Tout ce qui est effet traditionnel, tout ce qui a trait à l'artisanat du cinéma est parasitaire dans ce travail singulier, dont le style réside dans la légèreté de la touche, la précision du détail, la fluidité abstraite de l'écriture. Avec une expression toute personnelle oscillant entre un pathétique et un comique décalés, le cinéaste emploie la caméra non pour faire des plans mais des phrases qui stimulent, intriguent et questionnent.



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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Kevin95 » 5 juin 15, 15:07

Ratatouille a écrit :Tu peux aussi tenter Moonlighting, c'est vraiment très bien.

J'adore, je me suis réconcilié avec le réalisateur avec ce film donc je me joins au conseil de Rata. :wink:
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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Harkento » 5 juin 15, 16:48

Thaddeus a écrit :"Deep End"
Malgré sa lucidité tranchante, ses élans de noirceur et de cruauté, le film est une comédie, ponctuée d'instants burlesques souvent irrésistibles. Tout en candeur, malice, curiosité, John Moulder-Brown évoque un Antoine Doinel passé outre-Manche. Quand il ne file pas sur son vélo, il court à perdre haleine dans un parc en hiver ou il a, au fin fond de l'eau, des visions de sirène ondulante parmi les reflets de javel.


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Tu m'enlève les mots de la bouche ! Ayant découvert Baisers volés à peine un an après Deep end, je me suis pris plusieurs fois à penser au film de Jerzy avec les déambulations urbaines et les errements d'Antoine. Avec Le lauréat, ces trois films sont pour moi les plus grands films sur la jeunesse sortis entre les années 60 et 70 ; et même à notre époque, je ne me souviens pas avoir vu, sur ce même sujet, des films aussi puissants, beaux, évocateurs, émouvants, tous les trois portés par une mise en scène prodigieuse, habités par un vrai souffle. A part peut être le Peril Jeune de Klapisch ... Tout ça pour dire qu'à eux trois, ils ont à mes yeux parfaitement saisis les tourments et les interrogations de la jeunesse (de l'adolescence au début de la vie d'adulte), et qu'on a jamais fait mieux par la suite parce que tout est dit et bien dit.

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Alexandre Angel » 6 juin 15, 08:57

J'ai par erreur déjà poster ce message sur le topic consacré à la capture de THE SHOUT.
A Xavier Jamet
Par rapport à votre article sur THE SHOUT, attention aux p'tites approximations : John Hurt, avant ce film, n'avait pas jouer que dans des films obscurs. Il a notamment le rôle principal de DAVEY DES GRANDS CHEMINS de John Huston (1970) même si c'est un film mineur. Et surtout, surtout, il est inoubliable dans le génial ETRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE, de Richard Fleischer (1971) en mari alcoolique et pleurnichard. D'autre part, ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX, c'est de Sidney Pollack pas de Robert Redford !!

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Jeremy Fox » 17 juin 15, 22:07

Le Cri du sorcier (The Shout) - 1978

Certes la mise en scène est intrigante, Skolimowski utilise à merveille les paysages anglais à sa disposition et Alan Bates est formidable ! Ceci étant dit, je ne me suis jamais intéressé ni à l'histoire (que j'ai parfois trouvé ridicule) ni aux personnages (John Hurt a rarement été aussi fade je trouve). Un film étrange au ton assez unique mais qui ne m'a absolument pas touché ; j'étais même assez content que ça se termine. Autant Deep End fut une sacré belle surprise autant The Shout m'a énormément déçu.

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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar Anorya » 20 juil. 15, 16:07

Un peu comme Thaddeus et un mois de décalage après...

Thaddeus a écrit :Ah, l'occasion ou jamais de faire part de mon enthousiasme à mon tour et mettre ici ce que j'ai écrit sur mon film du mois de mai.

Voici une petite chronique sur ce qui fut mon film du mois de juin. D'emblée pardon pour la taille des captures que je n'ai pas eu le temps de rétrécir. :|
Je précise que je n'avais pas lu l'excellente chronique de Classik au moment de la rédaction.


======


Le cri du sorcier (Jerzy Skolimowski - 1978)

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Comme chaque année, le docteur Robert Graves organise un tournoi de cricket entre les membres de son asile psychiatrique et les habitants du petit village qui l’héberge. Afin d’arbitrer la partie, il s’associe à un mystérieux patient, Crossley, persuadé d’avoir le pouvoir surnaturel de tuer grâce à son cri. Plus intéressé par la discussion que par le fait de compter les points, le malade se lance dans le récit de sa vie, marqué par l’apprentissage de la magie avec une tribu aborigène d’Australie, au cours duquel il a tué ses deux enfants. Mais ce n’est que le début d’un parcours terrifiant, qui va le mener chez les Filding, un couple anglais tout ce qu’il y a de plus normal, sur lequel il va exercer son emprise maléfique.

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Une folle histoire probablement racontée par un fou


Après 1967 et son départ (pour reprendre son film éponyme avec Jean-Pierre Antoine-Doinel Léaud) de Pologne puis de Belgique, Jerzy Skolimowski se pose pour un long moment dans les terres de la Perfide Albion. Pendant près de deux décennies il va livrer une bonne poignée de films importants dont Deep end, Travail au noir, Le bateau-phare et donc ce fascinant Cri du sorcier.

Fascinant dans sa manière d'entremêler réalité et onirisme afin de mieux montrer l'emprise d'un individu hors du commun sur un couple. Dès le début (et c'est ce qui fait sa force), le film va jouer sur l'incertitude et d'une certaine manière les échanges (conscients quand il se met en place pour le spectateur, inconscients dans son récit entre le triangle formé par le couple et le sorcier, on y reviendra). Dès le début et qu'apparaît le titre, l'image est brouillée avant qu'un dézoomage nous montre que ce n'est pas la nuit mais le jour et non une colline perdue mais des dunes de sables de la côte anglaise où un homme erre, non pas en ligne droite mais de manière sinueuse, à l'image du récit qui alternera flashbacks et retour au temps présent.

Un homme perdu précisera-t-on, et étranger au pays, comme importé directement en songe d'Australie. Détail qui a son importance puisqu'il n'apparaîtra plus par la suite que lors d'un rêve fugace qui s'imposera aux époux Fielding comme une prémonition de mauvais augure, le signe que Crossley arrive lentement pour assoir sa domination.

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Un court et fuyant échange de regards au début du film qui ne fait sens qu'à la fin ou lors d'un second visionnage.


Rêve qui marque déjà une scission dans le couple paisible des Fielding, là où l'homme y voit comme une menace, la femme y trouve du merveilleux. Cet homme vêtu comme venu du passé arrive en pointant un curieux objet : un os taillé qui tue lentement et inéluctablement sa victime. Le court passage en caméra subjective pour arriver à la crête où les Fielding faisaient leur sieste et se retournent en ne voyant rien ne fait que déclencher lentement alors la menace qui s'installera grandissante comme un lent malaise.

Un premier échange s'instaure à ce moment là tant dans le récit du passé qui nous est conté que dans l'histoire au présent. C'est remarquable parce qu'à partir de simples objets, Skolimowski et son scénariste Michael Austen tracent à la ligne rouge des traits tant dans la chronologie des évènements que des liens entre les personnages afin de mieux déstabiliser notre perception de ce qui est "réel" et ce qui est faussé : Un bout d'os taillé ressort de la veste de Crossley alors qu'il n'a pas encore commencé son récit à Tim Curry. Ce même bout d'os est ce que pointe l'aborigène maléfique du songe dans le récit de Crossley. Juste après le rêve, Rachel s'aperçoit avoir perdu sa boucle de sandale au profit d'un morceau d'os pas encore taillé pour devenir l'objet diabolique qui se trouve pratiquement à la même place dans le sable (captures suivantes un peu plus loin).

L'étonnement s'installe. Pour un peu un renard qui parle surgirait déjà en nous disant que le chaos règne qu'on ne serait pas plus étonné. :mrgreen:

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"Je vais la raconter d'une autre manière... Les faits ne changent pas mais... l'histoire est réelle dans les moindres détails mais, je... je change l'ordre des évènements et je... je varie la graduation parce que ça la rend plus vivante. Il faut qu'elle soit vivante... Qu'elle ait un peu de suspense.

Êtes vous allé vous promener dans les dunes près d'ici ?"

Quand il se confie à Robert Graves (Tim Curry), oreille neutre de l'histoire qui va suivre et témoin auprès du spectateur, Crossley (Alan Bates) ne fait qu'endosser la volonté de Jerzy Skolimowski puisque ce travail de conteur est par extension celui du réalisateur (mais aussi du monteur et du scénariste bien sûr). Les échanges d'objets et d'idées qui participent à la déperdition du réel sont donc en quelque sorte un travail de montage. La fameuse boucle disparue apparaîtra plus tard dans la main de Crossley juste avant qu'il ne lance son fameux cri, presque sûr de sa victoire sur un incrédule. Ou bien la touche-t-il en réflexe pour se donner du courage ? L'os revient aussi à ce moment là et atterrira plus tard dans le gobelet de la salle des bains qui contient les brosses à dents. On peut y voir aussi bien l'emprise de Crossley sur le couple que sur le récit en lui-même dans la manière de constamment marquer son territoire, quitte à se vanter un peu, expliquer ses secrets (l'anecdote d'une pierre où cacher son âme), ce qui signera pourtant plus ou moins sa perte.

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Crier à en perdre (h)alien


Et puis il y a le cri, le fameux cri qui tue.
Dans les arts martiaux, le cri de combat est ce qui précède la bataille quand il n'accompagne pas un coup. Il sert tout autant à la concentration du combattant qu'à la déconcentration de celui qui est combattu. Ici le cri précède toute vélléité de combat, n'accompagne même aucun mouvement, il est lancé en pleine puissance avec l'assurance fatale de décimer l'adversaire. A ce stade du récit, il nous en faut peu pour qu'on bascule du côté du fantastique pur, du film d'épouvante. Mais il suffira d'un cri pour que nos certitudes vacillent et que le pauvre John Hurt en fasse les frais (*).

Il est dit que c'est Skolimowski lui-même qui s'enregistra (avant mixage) pour le fameux cri. Ce qui est plus sûr c'est que le film utilise très bien le dolby stéréo pour le son et justement le fameux cri. Avec le recul c'est sans doute ce même cri qui est le vrai personnage du film : on nous l'annonce avant qu'il ne soit poussé pour mieux nous allécher, puis il arrive, tétanisant (vraiment), met sur les genoux et on en vient presqu'à le craindre s'il revient (ce qu'il fera dans le final du film. Et le réalisateur d'éclipser ce nouveau cri en le plaquant sur des images figées zoomées et dézoomées comme si le temps même du récit s'arrêtait cette fois fatalement).

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Dans la texture sonore du film, il faut noter d'ailleurs le remarquable travail de Rupert Hine pour tout ce qui est électronique ainsi que Mike Rutherford & Tony Banks de Genesis (respectivement bassiste et clavieriste) pour la bande-son. Cette dernière, jamais éditée en disque et on peut le déplorer (toutefois le premier album solo de Banks contient le morceau from the undertow qui reprend plus ou moins le thème principal du Cri du sorcier), se situe à l'orée de leurs travaux avec Genesis en mettant toutefois un pied bienvenu dehors. A l'époque fin 1978, Genesis vient d'achever une tournée monumentale suite à l'album And then they were three et les divers membres du groupes éprouvent le besoin de se ressourcer. Entre leurs premiers projets solos à venir, Banks et Rutherford sautent donc sur l'occasion que leur fait Skolimowski, qu'ils en soient remerciés.

Dans le son, il faut s'imaginer qu'on est à la fois très proche du lyrisme et de la richesse musicale provenant de la seconde vie du groupe (1975 à 1978 quand le guitariste Steve Hackett est encore avec le groupe avant de finalement convoler lui aussi comme le père Gabriel vers une carrière solo) avec pourtant des brumes sonores (et instrumentales donc vu qu'ici on a pas l'ami Phil) et le bruit du vent qui ne peuvent que faire penser aussi en partie au Tangerine Dream de ces années 70, quand les teutons étaient encore avec de l'équipement analogique et non le digital froid des années 80. Remarquable et fascinant travail sonore donc qu'on ne peut regretter d'autant plus qu'il n'y ait pas de bande originale. A chaque fois je ne peux m'empêcher à des passages issus de l'album Wind & Wuthering sans pourtant que ça s'en rapproche de trop.

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S'approprier un objet personnel pour mieux posséder son propriétaire ou simple pensée du désir de Crossley (avec le montage qui insert une image de Rachel sur son lit --Susannah York--) qui se concrétisera par la suite ?


Méconnu pour certains, culte pour d'autres, irritant pour d'autres encore, ce qui est sûr, c'est que le film ne laissera personne indifférent. Me situant dans la seconde catégorie (pour l'anecdote, c'est un film que j'ai longtemps cherché pendant de nombreuses années, désespérant d'une possible réédition. Du coup la très belle édition d'elephant films me satisfait pleinement), je ne pourrais évidemment que conseiller de se pencher dessus, juste pour essayer quoi, comme ça (mais il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film (et du coup la chronique de Classik complète assez bien). Tenez la séquence inspirée de Francis Bacon, qui sert d'inspiration pour un passage noir et blanc/couleur pour une photo de modèle à quatre pattes qui inspire aussi une courte scène du film. Ou cette image surréaliste de Crossley à table avec Rachel juste à côté de lui, la tête au niveau de la table comme un petit chien qui réclame sa pitance...).
Qui sait, vous ne serez probablement pas déçus du voyage, il faut le tenter cela dit... :wink:




(*) Oui bon, pardon pour ce jeu de mot vaseux. Je sais que la présence de John Hurt ne le justifiait pas particulièrement mais bon... :oops:
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Re: Jerzy Skolimowski

Messagepar cinéfile » 21 août 18, 21:49

Je viens de découvrir Travail au noir (aka « Moonlighting »). C’est peu dire que j’attendais Skolimowski au tournant après la déception de Deep End, dont j’espérais beaucoup.

Et bien j’ai trouvé ça remarquable sur tous les plans. C’est d'abord tendu comme un thriller (la courte durée de tournage, 4 semaines environ, est palpable et sert le film à merveille). Le propos est terriblement grinçant, noir et désespéré. Et puis, Jeremy Irons est difficilement oubliable dans la peau d’un beau salopard (voix-off glaçante), qu’on a pourtant du mal à détester complètement car sa solitude absolue bouleverse.

A noter aussi, la bande son électronique composée par Stanley Myers (aidé par un jeunot de vingt-cinq ans nommé Hans Zimmer !), discrète mais parfaitement inquiétante.

Je viens de commander le DVD de Lightship en Z1.