Commentaires à propos de votre film du mois

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Flol
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Messagepar Flol » 8 juin 16, 15:28

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Cartel Land - Matthew Heineman

Joshua avait raison : ce documentaire est extrêmement impressionnant.

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Jeremy Fox
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Jeremy Fox » 8 juin 16, 16:14

Rick Blaine a écrit :
Le vengeur agît au crépuscule (Decision at Sundown), de Budd Boetticher (1957) : 10/10



Il n'en méritait pas moins 8)
Je sens que je vais bientôt me le reprogrammer avant de faire une overdose de mauvais westerns.

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Messagepar Harkento » 8 juin 16, 16:22

Nouveau prétendant :

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La guerre des boutons (1962) de Yves Robert

Si j'aurais su, je l'aurais vu plus tôt...

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Messagepar Rick Blaine » 8 juin 16, 19:41

Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit :
Le vengeur agît au crépuscule (Decision at Sundown), de Budd Boetticher (1957) : 10/10



Il n'en méritait pas moins 8)
Je sens que je vais bientôt me le reprogrammer avant de faire une overdose de mauvais westerns.

Ce film est parfait. En le revoyant, je n'ai pas trouvé un plan râté, La narration est formidable, la composition des plans d'une superbe rigueur, la caractérisation des nombreux personnages remarquable... Un pur joyaux.

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Jeremy Fox
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Jeremy Fox » 8 juin 16, 19:49

Rick Blaine a écrit :
Jeremy Fox a écrit :
Rick Blaine a écrit :
Le vengeur agît au crépuscule (Decision at Sundown), de Budd Boetticher (1957) : 10/10



Il n'en méritait pas moins 8)
Je sens que je vais bientôt me le reprogrammer avant de faire une overdose de mauvais westerns.

Ce film est parfait. En le revoyant, je n'ai pas trouvé un plan râté, La narration est formidable, la composition des plans d'une superbe rigueur, la caractérisation des nombreux personnages remarquable... Un pur joyaux.


... et ce final ! :shock:

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Messagepar Rick Blaine » 8 juin 16, 20:12

Jeremy Fox a écrit :... et ce final ! :shock:

Oui, là c'est carrément révolutionnaire, oser cette conclusion à cette époque là c'est impressionnant.

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Demi-Lune
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Demi-Lune » 9 juin 16, 14:07

Thaddeus a écrit :L’année de tous les dangers (Peter Weir, 1982)
L’Indonésie convulsive de 1965, où à quelques jours du putsch communiste visant à renverser Sukarno, un gnome mystérieux et idéaliste se plaît à jouer les démiurges. Mabuse de poche à la Graham Greene, petit roi sans royaume prenant en charge le destin d’un Galatée mâle, il est le meilleur atout d’une intrigue où il reste pourtant secondaire. Car pour l’essentiel, le réalisateur s’en remet à un hollywoodianisme propre et carré, filmant aussi prudemment que son héros écrit, quelque part entre Lelouch et Costa-Gavras. De la love-story conventionnelle au happy-end bâclé, du mythe du reporter aventurier au boy-scoutisme un peu fade du récit, tout relève davantage du cliché touristique que du romanesque embrasé. Ce qui, pour un cinéaste d’ordinaire aussi subtil et perspicace que lui, est décevant. 3/6

Les bras m'en tombent.
C'est un de ses plus beaux films.

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 9 juin 16, 16:17

Mouais, bof. Je connais la réputation plutôt flatteuse du film, qui est à mon sens peu conforme avec sa mollesse timorée. Et puis utiliser Sigourney Weaver en objet de décoration, c'est un crime.

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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 9 juin 16, 16:26

Je plussoie l'avis de Thaddeus sur ce film de Weir.

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 9 juin 16, 17:01

Et avec pas mal de retard...


Film du mois de Mai 2016


1. Elle (Paul Verhoeven, 2016)


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2. Le Plein de Super (Alain Cavalier, 1976)


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3. Mystery Train (Jim Jarmusch, 1989)


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Mes découvertes en détail :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Zu, les guerriers de la montagne magique (Tsui Hark, 1983)
L’hallu complète. Faisant bouillir dans son chaudron une flopée de légendes cantonaises millénaires et farfelues, le réalisateur accouche d’un combo improbable entre Dragon Ball et le sketch Biouman des Inconnus, une fantaisie fluorescente roulée dans un humour de maternelle et animée par une hystérie permanente. Difficile de savoir s’il faut rire, s’éberluer ou bien se consterner devant les mimiques et les moulinets des acteurs ultra-nuls, la crétinerie des répliques sidérantes de premier degré, les délires graphiques qui atteignent au surréalisme à force d’assumer leur nawakisme débridé, la furie bricoleuse de cette logorrhée visuelle qui encourage à bien des égards la comparaison avec Evil Dead. Une sorte de nanar illuminé et irracontable, dont le kitsch décomplexé tient du génie. 3/6

Chantage (Alfred Hitchcock, 1929)
Le premier film parlant de l’histoire du cinéma anglais, quand bien même son suspense repose sur un alliage singulier de verbe et de silence. Hitchcock joue avec une certaine perversité du basculement de la morale et des louvoiements de la conscience (le flic dissimule une preuve pour innocenter sa petite amie, pourtant coupable, et faire accuser un bouc émissaire), fusionne déjà Eros et Thanatos (l’héroïne en état de choc, vêtue de simples dessous et le couteau à la main), opère par sa mise en scène plus que par l’intrigue, malgré les aspects sardoniques de celle-ci, l’émergence d’une auto-analyse en état de semi-refoulement, qu’il semble avoir inventée à son seul usage. Le décrochage final du Joker hilare et menaçant est à cet égard une parfaite transposition visuelle du caractère dérisoire du dénouement. 4/6

La vengeance est à moi (Shōhei Imamura, 1979)
Adoptant une structure en puzzle qui épouse autant l’incohérence du protagoniste que la logique froide de l’enquête policière, Imamura poursuit sa radiographie quasi ethnographique du Japon d’après-guerre et maintient sur son sujet une distance qui n’exclut ni ne privilégie rien. Son approche à la fois méthodique et primitiviste met tout à plat, sans condamnation ni défense, et cerne le comportement d’être perdus dans l’enfer des sens et des instincts. Il dresse ainsi le portrait non explicatif d’un assassin irrationnel, cynique, orgueilleux, égocentrique, parfaitement immoral, livre un documentaire glaçant sur le chaos, le mal et la déperdition de l’énergie par lequel il entretient une tension pénible que de furieux accès de violence ne résorbent pas, et se place sur la ligne de partage entre le tueur et la société. 4/6

Je suis un autarcique (Nanni Moretti, 1976)
C’est la profession de foi d’un grand adolescent déçu par les lendemains de Mai 68, une chronique foutraque et brouillonne relevant parfois du plus grand dilettantisme, tournée en super 8 entre potes puis gonflée en 16mm. Empruntant d’abord les sentiers pénibles d’un post-godardisme aux frontières de l’imbitable, elle opte ensuite pour la satire parodique d’un certain gauchisme devenu à la mode en ce milieu des années 70, d’une nouvelle idéologie qui s’amollit dans les drogues douces, la musique planante, le théâtre nouveau, les fringues et le désespoir luxueux. Mais elle a beau brocarder l’usure d’une mini-société qui se voudrait exclusivement intellectuelle et cultive poussivement un pessimisme snob, les ressources traditionnelles auxquelles elle recourt demeurent franchement minces. 3/6

Meantime (Mike Leigh, 1984)
Le cinéma britannique le plus pointu des années quatre-vingts tire souvent son suc de l’analyse d’un irrémédiable naufrage dans les niveaux les plus bas de l’échelle sociale. La preuve en est avec cette chronique assez accablante du chômage et de la détresse prolétaires, de l’enlisement auquel sont condamnés les laissés-pour-compte du capitalisme thatchérien, des ultimes miroitements d’un espoir de réussite qui se fracasse sur une réalité implacable aux exclus, aux faibles et aux défavorisés. Pris en étau entre l’humiliante bonne conscience bourgeoise et la violence cathartique des skins, les personnages, incapables de trouver les gestes et les mots de la communication, y noient leur marasme avec un humour rageur qui permet au film de conjurer toujours le misérabilisme glauque qui le menace. 4/6

Mystery train (Jim Jarmusch, 1989)
Memphis, ville-fantôme où presque rien ne circule, espace déchu superbement photographié, parcouru par quatre étrangers (un couple craquant de jeunes Japonais, une Italienne rapatriant son défunt mari, un Anglais en rupture amoureuse) qui dressent un diagnostic de l’imagerie américaine. Faux film à sketchs, l’œuvre est une miniature à trois étages constamment permutés entre eux, dont l’architecture d’horloger et les chevauchement spatio-temporels annoncent quelques pulpeuses fictions à venir. Opérant sur les registres de la douceur amoureuse, du mystère puis de la cocasserie, elle génère une tendresse désinvolte, une mélancolie charmeuse, une drôlerie exquise personnifiée par le gardien de nuit philosophe et le groom apprenti, Laurel et Hardy des temps modernes. On s’y sent follement bien. 5/6

Café society (Woody Allen, 2016)
Fidèle au mouvement de pendulation qui anime toujours son inspiration, le cinéaste revient à la fiction au passé et ajoute une nouvelle pièce à sa peinture mi-nostalgique mi-amusée d’un Hollywood scintillant de charmes glamours. Ce qui aurait pu n’être que la satire convenue d’un milieu obnubilé par le fric, la gloire et le règne de l’apparence explore pourtant des terrains plus subtils et mélancoliques, bien que propres à son auteur : l’écart entre ce que à quoi l’on se destine et ce que les hasards de l’existence réservent, la difficulté du choix et celle de l’assumer, la conscience obsédante, pour des êtres lucides et bienveillants, que la quête accomplie du bonheur et de l’amour ne se défont jamais de la présence lancinante du regret. Un opus fluide et harmonieux, touchant et secrètement spleenétique. 4/6

Ma loute (Bruno Dumont, 2016)
Telle une excroissance monstrueuse du cinéma français, le film s’offre comme le démolissage d’une certaine idée de la bienséance et déploie un univers pour le moins original fait d’horreurs ordinaires et de candeurs dégénérées, d’hybris et d’amoralité, d’éructations et d’outrages. Il ne sacrifie à aucun moment aux affres de la psychologie traditionnelle et fuit comme la peste toute convention naturaliste. Cette approche intrigue autant qu’elle épuise : sa poésie parfois touchante est souvent grossière, son burlesque soumis à un régime hyperbolique assez pénible (hystérie généralisée, gags de maternelle, outrance insupportable d’acteurs en roue libre), et la splendeur de son imagerie a beau démontrer que le cinéaste filme comme peu d’autres, elle bute sur un propos dont le simplisme frise le néant. 4/6

Le dossier Anderson (Sidney Lumet, 1971)
À rebours de toute description angélique d’un monde fonctionnaliste, Lumet amorce le grand virage d’inquiétude et de dénonciation du cinéma américain des années 70, emploie les armes de l’ironie sans renier celles du suspense, et dresse le portrait d’une Amérique en crise. La publicité, le mariage, la bourse, les hommes d’affaires et cette société qui consacre des escrocs en col blanc : voilà contre quoi enrage son héros, cambrioleur que dix ans passés derrière les barreaux ont rendu anachronique, et qui sera mis hors jeu par l’empire généralisé de l’écoute et de la surveillance. Derrière le plaisir d’un divertissement policier rigoureusement réglé et savamment construit, c’est la dissociation d’un système en réseau que décrit le cinéaste, où services et informations sont neutralisés par leur propre profusion. 4/6

Julieta (Pedro Almodóvar, 2016)
Titre sibyllin pour un film tout aussi limpide, beau comme ses actrices, direct comme une épure essentialiste, de celles que les grands cinéastes entreprennent lorsqu’ils n’ont plus rien à prouver. La femme en demeure bien sûr la figure centrale, plurielle à l’image de ces filles, amies et rivales emportées dans une même tourmente, singulière avec cette héroïne hébétée de douleur qui retrace sa vie en une vague lentement minée par le destin. Le temps y joue la fonction révélative essentielle, processus scellant un récit dépourvu de toute aspérité dramatique, de toute logique ascendante, mais irrémédiablement lesté des topos de la tragédie. La culpabilité, enfin, en constitue le carburant actif, qui apporte une incurable tristesse à ce mélo tranquille dont l’affliction informulée suscite comme un vertige. 5/6

Elle et lui (Leo McCarey, 1939)
Deux oisifs se rencontrent en croisière et s’éprennent l’un de l’autre. Après avoir mis leurs sentiment à l’épreuve, ils décident de se rejoindre et de se marier, mais le destin en décide autrement. Deux pliures de six mois assurent la réversibilité temporelle autant que le retour des saisons, rythme nécessaire pour que mort symbolique et renaissance des personnages s’effectuent selon une convention établie, pour que le parallèle entre l’homme et la femme souligne l’harmonie profonde qui règne entre eux, pour que la structure d’ensemble élève la force dramatique du propos sans que jamais ne soit écornée la pudeur brodant chaque situation, à la manière d’une dentelle délicate. Finesse que le remake, dix-huit ans après, devra à la fois surpasser et enfermer en elle-même, comme un écrin protège un joyau. 4/6

Le plein de super (Alain Cavalier, 1976)
Une équipée automobile de Lille à Aix-en-Provence. Dans l’habitacle, deux parisiens et deux provinciaux, réunis par hasard comme les quatre doigts de la main. Ils veulent régler leurs comptes, se mettre entre parenthèses, refusent une vie sans signification et ont pour seuls bagages des souvenirs enfouis dans leur for intérieur. Alors que la course entraîne vers le soleil, des choses se perdent, d’autres se gagnent, le voyage d’affaires glisse lentement vers la détente, l’agrément, la libération. Chaque évasion de la voiture-vedette dévoile ces défaillances, cette exaspération du désir de vivre, de respirer et de rire, cet idéal d’amitié fraternelle à travers laquelle se lisent l’angoisse, le doute, le paralysie d’une époque. Une œuvre drôle, chaleureuse, singulière, servie par quatre acteurs remarquables. 5/6

Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (George Miller, 1985)
Nowhere, no time, suite et fin (jusqu’au reboot). Le troisième épisode est celui de la dualité : deux metteurs en scène (Miller s’y adjoint les compétences de George Ogilvie), deux lieux (Bartletown et son délirant patchwork contre l’oasis amazonienne perdue dans le vaste monde extérieur), deux adversaires (la mémorable Tina Turner et la créature bipartite constituée par le nain juché sur les épaules du colosse). Max également n’est ni tout à fait un autre ni tout-à-fait lui-même, figure mythique gagnant en humanité, hanté par les espoirs d’ados pré-pubères qui le prennent pour un messie. La dynamique de commotion, toujours aussi généreuse et inventive dont son foisonnement baroque, croise ainsi une logique de rêverie enfantine qui perce d’un coup le moment des grandes aventures standardisées. 4/6

Cockfighter (Monte Hellman, 1974)
Hellmann pousse toujours plus loin le bouchon d’une approche fictionnelle erratique, relâchée, anti-dramatique, réfutant l’idée même de structure au profit d’une indolence invertébrée qui frise volontairement le dilettantisme. Un tel mépris des règles a son charme et ses qualités, ne serait-ce que celle de parvenir à préserver l’intérêt pour la trajectoire maussade de ce grognon et crasseux dresseur de coqs de combat dérivant de patelins minables en bleds paumés et faisant vœu de silence le jour, plus cafardeux que les autres, où trépasse son galliforme favori. Inutile évidemment de chercher quelconque marivaudage gracieux dans cette chronique de l’Amérique des bas-fonds, où la petitesse des aspirations et la trivialité des milieux décrits le disputent au renvoi de Budweiser bien gras. 4/6

Toute la mémoire du monde (Alain Resnais, 1956) CM
Un nouveau modèle d’analyse esthétique et de stimulation intellectuelle, une exploration des arcanes de la Bibliothèque Nationale, pleine de brio et de fantaisie, d’imprévu et de digressions borgésiennes. Le sujet pouvait donner matière à dix court-métrages, son ampleur faisait courir un danger constant de dispersion, mais le cinéaste en tire une passionnante immersion dans les archives de la connaissance humaine. Son habileté est d’en aborder tous les aspects sur un ton extrêmement simple, naturel, évident, de nous mener partout avec une souplesse extraordinaire, dans la grande salle de lecture filmée en tri X pellicule, entre les rayons labyrinthiques emplis de richesses incomparables, d’estampes séculaires, de manuscrits, de médailles et d’imprimés précieux. Vingt minutes de bonheur. 5/6

Signes de vie (Werner Herzog, 1968)
La Seconde Guerre mondiale, trois soldats allemands envoyés en convalescence dans l’île de Cos pour garder un vieux fort dominant la côte. Dans l’éclatante blancheur du paysage, l’un d’eux est obsédé par des détails, des signes de vie. Et à travers la fascination exercée par cette Grèce lumineuse, le cinéaste raconte le drame des hommes qui se battent contre des moulins à vent, éoliennes tournant dans la vallée telles de grosses fleurs bicolores. C’est l’histoire d’un Prométhée débitant des prophéties désolées, cherchant à surpasser le soleil, se coupant du monde pour entreprendre une révolte vouée à l’échec, mais dont la fierté sème l’insoumission comme avec les vieilles pierres on bâtit du neuf, comme les anciens pieds des statues servent de soubassement aux jeunes constructions. Tout Herzog est déjà là. 4/6

Elle (Paul Verhoeven, 2016)
Dix ans d’inactivité n’auront pas entamé le tempérament iconoclaste et l’audace joueuse d’un artiste qui a rarement été aussi pleinement maître de ses moyens. Avec cet exercice d’équilibriste entre tableau de mœurs, thriller bizarroïde et portrait d’une femme transformant ses gouffres intérieurs en incoercible énergie, Verhoeven envoie valdinguer les codes d’un certain cinéma franco-bourgeois pour en faire jaillir un éblouissant bouquet de questions en suspens. Filmé au rasoir, avec une clarté rhétorique qui n’exclut ni le trouble ni la gravité, le film parvient à juguler névroses et faiblesses de personnages auquel il laisse toujours une chance – mieux, il célèbre leur faculté à se régénérer, à puiser dans l’épreuve et le conflit une force nouvelle, et promeut un humanisme vitaliste, paradoxal, tout à fait caractéristique de son auteur. 5/6

Le syndicat du crime (John Woo, 1986)
La culture de John Woo est évidente, sa bonne volonté aussi. Difficile souvent de déterminer ce qui chez lui tient de l’art ou de l’habileté, même si certaines séquences parviennent de toute évidence à combiner les deux. La violence chorégraphiée n’est pas ici une forme d’expression plaquée sur une fiction mais le moyen de décrire un chaos, une humanité gangrenée par la dérive mafieuse. Que la vindicte contre les triades relève d’un idéal chevaleresque un peu naïf ne constitue pas le défaut le plus flagrant d’un film plombé par ses développements psychologiques au pilon, ses ruptures de ton maladroites, sa musique de supermarché. Mais l’aplomb avec lequel le réalisateur ramasse la double mise d’une amitié masculine inébranlable et d’une réconciliation fraternelle douloureuse s’avère assez payant. 4/6



Et aussi :

Dalton Trumbo (Jay Roach, 2015) - 4/6
Les bois dont les rêves sont faits (Claire Simon, 2015) - 4/6
Un instant d'innocence (Mohsen Makhmalbaf, 1996) - 4/6
Hana et Alice mènent l'enquête (Shunji Iwai, 2015) - 4/6
John from (João Nicolau, 2015) - 4/6



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Films des mois précédents :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Avril 2016 - La pyramide humaine (Jean Rouch, 1961)
Mars 2016 - The assassin (Hou Hsiao-hsien, 2015)
Février 2016Le démon des femmes (Robert Aldrich, 1968)
Janvier 2016La Commune (Paris 1871) (Peter Watkins, 2000)
Décembre 2015Mia madre (Nanni Moretti, 2015)
Novembre 2015Avril ou le monde truqué (Franck Ekinci & Christian Desmares, 2015)
Octobre 2015Voyage à deux (Stanley Donen, 1967)
Septembre 2015Une histoire simple (Claude Sautet, 1978)
Août 2015La Marseillaise (Jean Renoir, 1938)
Juillet 2015Lumière silencieuse (Carlos Reygadas, 2007)
Juin 2015Vice-versa (Pete Docter & Ronaldo Del Carmen, 2015) Top 100
Mai 2015Deep end (Jerzy Skolimowski, 1970)
Avril 2015Blue collar (Paul Schrader, 1978)
Mars 2015Pandora (Albert Lewin, 1951)
Février 2015La femme modèle (Vincente Minnelli, 1957)
Janvier 2015Aventures en Birmanie (Raoul Walsh, 1945)
Décembre 2014Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Elio Petri, 1970)
Novembre 2014Lifeboat (Alfred Hitchcock, 1944)
Octobre 2014Zardoz (Sean Connery, 1974)
Septembre 2014Un, deux, trois (Billy Wilder, 1961)
Août 2014Le prix d’un homme (Lindsay Anderson, 1963)
Juillet 2014Le soleil brille pour tout le monde (John Ford, 1953)
Juin 2014Bird people (Pascale Ferran, 2014)
Mai 2014Léon Morin, prêtre (Jean-Pierre Melville, 1961) Top 100
Avril 2014L’homme d’Aran (Robert Flaherty, 1934)
Mars 2014Terre en transe (Glauber Rocha, 1967)
Février 2014Minnie et Moskowitz (John Cassavetes, 1971)
Janvier 201412 years a slave (Steve McQueen, 2013)
Décembre 2013La jalousie (Philippe Garrel, 2013)
Novembre 2013Elle et lui (Leo McCarey, 1957)
Octobre 2013L’arbre aux sabots (Ermanno Olmi, 1978)
Septembre 2013Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)
Août 2013La randonnée (Nicolas Roeg, 1971)
Juillet 2013Le monde d’Apu (Satyajit Ray, 1959)
Juin 2013Choses secrètes (Jean-Claude Brisseau, 2002)
Mai 2013Mud (Jeff Nichols, 2012)
Avril 2013Les espions (Fritz Lang, 1928)
Mars 2013Chronique d’un été (Jean Rouch & Edgar Morin, 1961)
Février 2013 – Le salon de musique (Satyajit Ray, 1958)
Janvier 2013L’heure suprême (Frank Borzage, 1927) Top 100
Décembre 2012 – Tabou (Miguel Gomes, 2012)
Novembre 2012 – Mark Dixon, détective (Otto Preminger, 1950)
Octobre 2012 – Point limite (Sidney Lumet, 1964)
Septembre 2012 – Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman, 1973)
Août 2012 – Barberousse (Akira Kurosawa, 1965) Top 100
Juillet 2012 – Que le spectacle commence ! (Bob Fosse, 1979)
Juin 2012 – Pique-nique à Hanging Rock (Peter Weir, 1975)
Mai 2012 – Moonrise kingdom (Wes Anderson, 2012)
Avril 2012 – Seuls les anges ont des ailes (Howard Hawks, 1939) Top 100
Mars 2012 – L'intendant Sansho (Kenji Mizoguchi, 1954)
Février 2012 – L'ombre d'un doute (Alfred Hitchcock, 1943)
Janvier 2012 – Brève rencontre (David Lean, 1945)
Décembre 2011 – Je t'aime, je t'aime (Alain Resnais, 1968)
Novembre 2011 – L'homme à la caméra (Dziga Vertov, 1929) Top 100 & L'incompris (Luigi Comencini, 1967) Top 100
Octobre 2011 – Georgia (Arthur Penn, 1981)
Septembre 2011 – Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu, 1953)
Août 2011 – Super 8 (J.J. Abrams, 2011)
Juillet 2011 – L'ami de mon amie (Éric Rohmer, 1987)
Dernière édition par Thaddeus le 9 mars 17, 17:07, édité 2 fois.

7swans
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Messagepar 7swans » 9 juin 16, 17:29

Thaddeus a écrit :Et avec pas mal de retard...


Film du mois de Mai 2016


1. Elle (Paul Verhoeven, 2016)


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2. Le Plein de Super (Alain Cavalier, 1976)


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3. Mystery Train (Jim Jarmusch, 1989)


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Superbe trio, ça fait plaisir.
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar G.T.O » 9 juin 16, 17:38

Demi-Lune a écrit :
Thaddeus a écrit :L’année de tous les dangers (Peter Weir, 1982)
L’Indonésie convulsive de 1965, où à quelques jours du putsch communiste visant à renverser Sukarno, un gnome mystérieux et idéaliste se plaît à jouer les démiurges. Mabuse de poche à la Graham Greene, petit roi sans royaume prenant en charge le destin d’un Galatée mâle, il est le meilleur atout d’une intrigue où il reste pourtant secondaire. Car pour l’essentiel, le réalisateur s’en remet à un hollywoodianisme propre et carré, filmant aussi prudemment que son héros écrit, quelque part entre Lelouch et Costa-Gavras. De la love-story conventionnelle au happy-end bâclé, du mythe du reporter aventurier au boy-scoutisme un peu fade du récit, tout relève davantage du cliché touristique que du romanesque embrasé. Ce qui, pour un cinéaste d’ordinaire aussi subtil et perspicace que lui, est décevant. 3/6

Les bras m'en tombent.
C'est un de ses plus beaux films.


Exactement, l'un de ses plus beaux films. Pas aussi conventionnel que ne le décrit le bon Thaddeus. Il omet de dire tout l'ambiguïté de la relation triangulaire. Ne parlons même pas de l'onirisme typiquement weirien qui infuse tout le film le rendant proche d'une expérience opiacée.

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Messagepar Flol » 9 juin 16, 18:11

Je n'étais pourtant pas un très grand fan de sa musique, mais il est quand même difficile de ne pas être touché par le destin tragique de cette étoile filante à la voix extraordinaire, malheureusement mal entourée.
Un gâchis triste à pleurer.

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Thaddeus
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 9 juin 16, 18:11

G.T.O a écrit :
Exactement, l'un de ses plus beaux films. Pas aussi conventionnel que ne le décrit le bon Thaddeus. Il omet de dire tout l'ambiguïté de la relation triangulaire. Ne parlons même pas de l'onirisme typiquement weirien qui infuse tout le film le rendant proche d'une expérience opiacée.


La relation triangulaire se déploie principalement autour du personnage de Billy Kwan, qui en est le véritable architecte et constitue en effet le coeur ambigu du film - sa première qualité, comme je le dis. En comparaison, les personnages de Gibson et Weaver sont transparents et se limitent à réinvestir certains archétypes rodés du récit d'aventures de type plus ou moins colonialiste (le journaliste qui se débat entre sentiment et déontologie, l'attachée d'ambassade attirée par le mystère des lieux mais pas trop...). Quant à l'onirisme du climat, il se limite pour moi à un exotisme très couleur locale, qui ne dépasse jamais l'imagerie qu'un occidental peut se fantasmer à cet égard. Bref, j'ai trouvé cela assez banal, à mon grand regret.

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Alexandre Angel
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Alexandre Angel » 9 juin 16, 18:25

Thaddeus a écrit :
G.T.O a écrit :
Exactement, l'un de ses plus beaux films. Pas aussi conventionnel que ne le décrit le bon Thaddeus. Il omet de dire tout l'ambiguïté de la relation triangulaire. Ne parlons même pas de l'onirisme typiquement weirien qui infuse tout le film le rendant proche d'une expérience opiacée.


La relation triangulaire se déploie principalement autour du personnage de Billy Kwan, qui en est le véritable architecte et constitue en effet le coeur ambigu du film - sa première qualité, comme je le dis. En comparaison, les personnages de Gibson et Weaver sont transparents et se limitent à réinvestir certains archétypes rodés du récit d'aventures de type plus ou moins colonialiste (le journaliste qui se débat entre sentiment et déontologie, l'attachée d'ambassade attirée par le mystère des lieux mais pas trop...). Quant à l'onirisme du climat, il se limite pour moi à un exotisme très couleur locale, qui ne dépasse jamais l'imagerie qu'un occidental peut se fantasmer à cet égard. Bref, j'ai trouvé cela assez banal, à mon grand regret.

Je ne l'ai pas revu depuis longtemps (et serais curieux de le revoir) mais à l'époque, il était, de la trilogie "reporters sous le feu" constituée également d'Underfire et de La Déchirure, celui que j'aimais le moins (mon chouchou est le Spottiswoode mais c'est à cause de Goldsmith). Mais, j'aimerais bien y remettre le nez.